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Insectes protégés et insectes dimportance patrimoniale Que protéger et pourquoi ? Pierre Zagatti.

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1 Insectes protégés et insectes dimportance patrimoniale Que protéger et pourquoi ? Pierre Zagatti

2 115 espèces protégées sur ! Coléoptères 35% Lépidoptères 11% Hyménoptères 9% Diptères 8% Hémiptères 6% Autres insectes 4% Arachnides 3% Crustacés 3% Myriapodes 1% Mollusques 6% Protozoaires 3% Vers 2% Autres invertébrés 2% Vertébrés 7% Coléoptères 22% Lépidoptères 11% Hyménoptères 18% Diptères 19% Hémiptères 8% Autres insectes 6% Arachnides 6% Crustacés2% Myriapodes 1% Mollusques 1% Vers 3% Autres invertébrés1% Vertébrés 2% Monde Martinez et Gauvrit, 1997 France Fauna Europaea, 2002 Σ insectes = Σ insectes =

3 Facteurs limitants pour les insectes Ressources offertes par lhabitat Facteurs biotiques Alimentation adultes et larves Abris Facteurs abiotiques Climat Eau, cavités, granulométrie... Les autres espèces Prédateurs et parasites Espèces concurrentes Le potentiel reproducteur nest pas limitant Le milieu est exploité de manière optimale

4 Protéger des espèces ou protéger des espaces ? Le potentiel reproducteur nest pas limitant Le milieu est exploité de manière optimale Une dépression sur la population (collecte) est sans incidence, si lhabitat nest pas touché Législation héritée des stratégies de conservation des vertébrés ou des plantes

5 Protéger des espèces, cest protéger des espaces Le législateur ne sait pas caractériser un milieu, sauf sil héberge des espèces patrimoniales Encore faut-il dépasser la législation brute, pour évaluer la pertinence des espèces considérées en fonction de la région, et du milieu Certaines espèces sont tellement caractéristiques dun milieu menacé, que leur protection suffit à assurer celle des espèces qui les accompagnent (espèces parapluie).

6 Les habitats des insectes Les insectes ont conquis tous les milieux, ils occupent dinnombrables niches écologiques et les habitats qui leur correspondent Résistance à la sécheresse Petite taille Des ailes pour occuper toutes les strates La description de lenvironnement végétal ne suffit pas à caractériser lhabitat dun insecte (référentiels phytosociologiques).

7 Lhabitat du lucane cerf-volant Une espèce de lannexe II. Un régime alimentaire spécialisé

8 Lhabitat du lucane cerf-volant Quel référentiel peut qualifier les sites favorables ? 2080 Dunes boisées des régions atlantique, continentale et boréale 6310 Dehesas à Quercus spp. sempervirents 9110 Hêtraies du Luzulo-Fagetum 9120 Hêtraies acidophiles atlantiques à sous-bois à Ilex et Taxus (Quercion robori-petraeae ou Ilici-Fagenion) 9130 Hêtraies du Asperulo-Fagetum 9140 Hêtraies subalpines médio-européennes à Acer et Rumex arifolius 9150 Hêtraies calcicoles médio-européennes à Cephalanthero-Fagion 9160 Chênaies pédonculées ou chênaies-charmaies sub-atlantiques et médio-européennes du Carpinion betuli 9170 Chênaies-charmaies du Galio-Carpinetum 9180 Forêts de pentes, éboulis ou ravins du Tilio-Acerion 9190 Vieilles chênaies acidophiles des plaines sablonneuses à Quercus robur 91A0 Vieilles chênaies des îles Britanniques à Ilex et Blechnum 91B0 Frênaies thermophiles à Fraxinus angustifolia 91E0 Forêts alluviales à Alnus glutinosa et Fraxinus excelsior (Alno-Padion, Alnion incanae, Salicion albae) 91F0 Forêts mixtes à Quercus robur, Ulmus laevis, Ulmus minor, Fraxinus excelsior ou Fraxinus angustifolia, riveraines des grands fleuves (Ulmenion minoris) 9230 Chênaies galicio-portugaises à Quercus robur et Quercus pyrenaica 9260 Forêts de Castanea sativa 9330 Forêts à Quercus suber 9340 Forêts à Quercus ilex et Quercus rotundifolia

9 Lhabitat du lucane cerf-volant Association despèces végétales ? Ou caractérisation de ces espèces végétales ?

10 Les insectes protégés Les insectes en France sont protégés si : Ils se trouvent dans une aire de protection totale : Parc National (zone centrale) Réserve naturelle nationale ou régionale Arrêté préfectoral de protection de biotope Ils sont sur la liste figurant dans larrêté du 23 avril 2007, pour lensemble de la France métropolitaine Ils sont sur la liste figurant dans larrêté du 22 juillet 1993, pour la Région Ile-de-France

11 Cadre international Deux grands textes internationaux concernent la faune française: la Convention de Berne (à l'initiative du Conseil de l'Europe) la Directive CEE (modifiée par la Directive CE) dite 'Directive Habitats' (à l'initiative de l'Union Européenne). Une seule espèce française est concernée par la convention de Washington, le Porte-Queue de Corse Papilio hospiton, espèce par ailleurs reprise dans les textes européens. Par ailleurs, on rappelle que les espèces qui apparaissent dans les annexes des textes européens ne sont pas protégées en France tant que les décrets nationaux d'application n'ont pas été publiés. Ces espèces sont souvent menacées en Europe du Nord, mais parfois communes, voire très communes (nuisibles ?) plus au sud Les espèces endémiques présentes dans un seul état napparaissent jamais dans ces textes européens, leur protection est de la responsabilité de létat qui les héberge.

12 La Convention de Berne Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe, adoptée à Berne le 19 septembre 1979 Buts : Assurer la conservation de la flore et de la faune sauvages et de leurs habitats naturels, notamment des espèces et de leurs habitats dont la conservation nécessite la coopération de plusieurs états, et promouvoir une telle coopération; Accorder une attention particulière aux espèces, y compris aux espèces migratrices, menacées d'extinction et vulnérables. Partenaires : 31 parties contractantes parmi lesquelles des états membres et non membres du Conseil de l'Europe : Autriche, Belgique, Bulgarie, Burkina Faso, Chypre, Danemark, Estonie, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Liechtenstein, Luxembourg, Malte, Moldova, Monaco, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Roumanie, Sénégal, Espagne, Suède, Suisse, Turquie, Royaume-Unis, ainsi que la Communauté européenne Annexe I : Liste des espèces végétales strictement protégées. Annexe II : Liste des espèces animales strictement protégées: 53 espèces d'insectes Annexe III : Liste des espèces animales protégées: 2 espèces d'insectes Annexe IV : Moyens et méthodes de chasse et autres formes d'exploitation interdits.

13 La Directive Habitats Faune-Flore Directive 92/43/CEE du conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages Particularités : La Directive définit des Habitats d'Intérêt Communautaire (Annexe 1) et des Espèces d'Intérêt Communautaire (Annexe 2) Ces habitats ou ces espèces peuvent être prioritaires La présence en un site d'Habitats d'Intérêt Communautaire ou d'Espèces d'Intérêt Communautaire permet de définir des Sites d'Importance Communautaire, qui constituent le Réseau Natura Annexe 1 : Types d'habitats naturels d'intérêt communautaire dont la conservation nécessite la désignation de zones spéciales de conservation Annexe 2 : Espèces animales et végétales d'intérêt communautaire dont la conservation nécessite la désignation de zones spéciales de conservation: 54 espèces d'insectes Annexe 3 : Critères de sélection des sites susceptibles d'être identifiés comme sites d'importance communautaire et désignés comme zones spéciales de conservation. Annexe 4 : Espèces animales et végétales d'intérêt communautaire qui nécessitent une protection stricte : 46 espèces d'insectes Annexe 5 : Espèces animales et végétales d'intérêt communautaire dont le prélèvement dans la nature et l'exploitation sont susceptibles de faire l'objet de mesures de gestion. Annexe 6 : Méthodes et moyens de capture et de mise à mort et modes de transport interdits.

14 Cadre national : arrêté du 23 avril 2007

15 Les espèces protégées La liste (nationale) est un mélange d'espèces menacées en France, d'espèces caractéristiques de milieux menacés (cavernicoles et insectes des tourbières) et d'espèces distinguées au niveau européen mais non menacées (voire communes) en France. Une espèce n'appartient pas à la faune de France (Cucujus cinnaberinus). Lépidoptères : 36 espèces Rhopalocères : 27 espèces "Macrolépidoptères" : 36 espèces Coléoptères : 66 espèces (dont 52 Carabidae cavernicoles) Orthoptères : 3 espèces Odonates : 10 espèces

16 Origine des espèces protégées A la demande des associations, un arrêté est pris le 3 août 1979, pour protéger strictement des insectes français (carabes, Papilio hospiton, Graellsia isabellae etc.) Parallèlement, la convention de Berne (1979) dont les annexes 2 et 3 listent des espèces à protéger strictement, est ratifiée à linitiative du Conseil de lEurope. La France na ratifié la Convention de Berne quen 1990, larrêté de 1993 fixant la liste des espèces protégéees en France devait obligatoirement inclure les espèces françaises des annexes 2 et 3, sans que la France nait en rien participé aux discussions

17 Les espèces de lannexe 2 Directive Habitat Faune-Flore (Directive CEE, modifiée en 1997 et 2006). Les espèces de lannexe 2 non reprises dans lannexe 4 sont souvent considérées comme protégées, alors quen fait seul leur habitat est protégé. Cinq Coléoptères, un Lépidoptère, un Odonate Espèces plus (Limoniscus violaceus) ou moins (Euplagia quadripunctaria) pertinentes pour caractériser leur milieu

18 Les espèces patrimoniales Parmi les milliers d'espèces d'insectes vivant en France, quelques dizaines sont considérées comme représentatives du patrimoine naturel du pays : Espèces protégées Espèces de lannexe 2 de la Directive Habitat Espèces déterminantes Bio-indicateurs Espèces menacées (listes rouges) Espèces endémiques...

19 Les espèces déterminantes Les ZNIEFF (Zones Naturelles d'Intérêt Ecologique Faune-Flore) sont des zones du territoire national où des éléments remarquables du patrimoine naturel ont été identifiés. Le classement en ZNIEFF s'établit en fonction de la présence d'un certain nombre d'espèces végétales et animales dites déterminantes Ces listes sont régionales, les espèces qui les constituent présentent un certain nombre de caractéristiques : Elles sont caractéristiques du milieu qu'elles occupent Elles ne sont pas rarissimes Elles sont d'identification relativement facile (ou bien des genres entiers sont classés comme déterminants) Les espèces protégées sont considérées comme déterminantes "avec certaines précautions" Les espèces endémiques ou en limites d'aire sont également considérées comme déterminantes IDF : Coléoptères : 301 esp., Lépidoptères 55 esp., Orthoptères : 25 esp.

20 Les bio-indicateurs Les grands types de milieux fréquentés par les insectes (aquatique lotique ou lentique, forestier, terres cultivées etc...) sont dans des états de conservation très variables pour la biodiversité. Pour le gestionnaire il est tentant d'utiliser quelques espèces sténoèces comme indicateurs de l'état de conservation. Pour le milieu aquatique, ces espèces seront caractéristiques des états de pollution. Pour le milieu forestier il s'agira de préciser le degré de naturalité du peuplement (hétérogénéité, vieillissement, bois mort) par rapport à la plantation d'arbres. Pour les espèces des zones cultivées, les indicateurs informeront sur les pollutions agricoles, la spécialisation des productions et le caractère extensif de l'activité agricole.

21 Les bio-indicateurs Ces indicateurs existent pour les eaux courantes. Ils sont utilisés pour l'établissement d'un Indice Biologique Global Normalisé, et d'autres indices moins utilisés. Ce sont des larves d'éphémères, de perles et de diptères qui sont utilisées. Les difficultés des déterminations spécifiques font toutefois perdre de la pertinence à cette approche. Pour les espèces saproxyliques, Brustel (2001) a formalisé une liste de 300 espèces de Coléoptères qui témoignent de la qualité du peuplement forestier en termes de biodiversité. Cette liste tient compte du faciès et de la localisation du site. Cette approche est très pertinente, mais la difficulté d'identification de certaines espèces limite son utilisation. Rien n'a encore été formalisé pour les espèces des zones cultivées.

22 Les autres critères de patrimonialité Menaces Rareté Endémisme Aspect Valeur commerciale Critères socio-culturels

23 Beaucoup d'espèces sont actuellement menacées par la destruction de leurs habitats, l'urbanisation, la pollution, l'agriculture intensive etc… L'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) produit des Listes Rouges qui dressent le statut des espèces en fonction du degré de menace qu'elles subissent. Dans le même esprit, de nombreuses collectivités territoriales ou même des associations naturalistes établissent également des listes rouges de portée plus restreinte suivant les critères de l'UICN. Menaces

24 Rareté La rareté est un des critères les plus fréquemment évoqués pour justifier l'intérêt patrimonial d'une espèce. Il s'agit cependant d'une notion qu'il convient de préciser : Espèces répandues mais à densités faibles ou très faibles - c'est une situation peu fréquente chez les insectes. Elle sous-entend une grande mobilité et des systèmes de recrutement à distance des partenaires sexuels très élaborés Espèces très localisées, abondantes dans leurs biotopes mais ces biotopes sont très dispersés. C'est le cas habituel chez les insectes dits rares. Il s'agit souvent d'espèces sténoèces dont les milieux sont menacés. Espèces dont la biologie est mal connue ou très mal échantillonnées par les méthodes classiques, parfois inaccessibles. La rencontre de l'espèce n'est alors due qu'au hasard et aucune conclusion précise ne peut être tirée quant au statut de ses populations. Ce cas est très fréquent chez les insectes. Le deuxième cas, espèces très localisées, est le plus pertinent pour la valeur patrimoniale. L'espèce est un indicateur de son biotope et ses populations peuvent y être quantifiées. Dans la majorité des cas, la protection du biotope assure une conservation satisfaisante des espèces qui y vivent.

25 Endémisme L'endémisme dans son sens biologique (Lumaret et al, 1996) : Une vaste unité de référence, ici la région ouest-paléarctique (12 M km²) Espèces de classe I : aire de distribution 0,1 % de la référence ( km²) Espèces de classe II : aire de distribution 0,5 % de la référence ( km²) Espèces de classe III : aire de distribution 1 % de la référence ( km²) Espèces de classe IV : aire de distribution 5 % de la référence ( km²) Pour les Scarabéoides étudiés par Lumaret, ces 4 classes d'endémiques représentent 13% des espèces françaises Il s'agit souvent d'espèces montagnardes ou du cordon littoral, fréquemment aptères ou en tous cas peu mobiles

26 Nombre despèces endémiques par Région Distribution des Scarabéides endémiques (Lumaret, 1996)

27 Endémisme L'endémisme dans son sens politique : Il s'agit d'espèces, sous-espèces ou formes diverses dont la répartition est restreinte à une entité géographique bien précise, région ou état. Le taxon considéré prend alors une valeur emblématique pour le patrimoine de la région considérée, surtout si le nom (scientifique ou vernaculaire créé pour l'occasion) reprend une partie de cette origine géographique. Exemple le papillon isabelle, Graellsia isabelae galliaegloria un habitué des cartes postales touristiques dans le Queyras.

28 Aspect Des dizaines de Cerambycidae sont en France des espèces patrimoniales sur un effectif de 240 espèces. Un seul staphylin, le plus coloré des gros, apparaît sur une liste d'espèces patrimoniales, alors que notre faune en compte près de 1800 espèces. La taille, la beauté, la sympathie qu'évoquent certaines espèces (les papillons de jour sont populaires, les blattes moins) sont des critères de patrimonialité très importants, même s'ils sont très subjectifs. Valeur commerciale Dès lors qu'il se développe un goût pour la détention d'espèces mortes ou vivantes, chaque espèce a potentiellement une valeur marchande, légale ou non (espèces protégées). Les espèces les plus rares et les plus spectaculaires sont bien évidemment les plus chères. Critères socio-culturels Certaines espèces animales ou végétales prennent une valeur patrimoniale considérable pour des raisons historiques ou culturelles. Il peut s'agir d'espèces jadis liées à une activité humaine (cochenilles et colorants par exemple) ou utilisées à des fins alimentaires (pas d'insectes en France mais des crustacés et mollusques) pharmaceutiques (la cantharide, vésicatoire et aphrodisiaque), agricoles (les auxiliaires des cultures) ou de loisirs (chasse, pêche ou tourisme). Autres critères de patrimonialité

29 Ces milliers d'espèces d'insectes sont mal connues : Problème d'échantillonnage Problème de personnes compétentes

30 Problèmes d'échantillonnage Un certain nombre d'espèces d'insectes ne sont pas capturées par les méthodes classiques Espèces à éclipses La biologie et le comportement de beaucoup d'espèces sont totalement inconnus Un certain nombre de milieux spécifiques sont inaccessibles Fourmilières Nappes phréatiques Parasites...

31 Problèmes de compétences L'initiation à l'histoire naturelle en général a disparu des programmes scolaires La formation en entomologie a disparu des programmes universitaires et des écoles d'ingénieurs Les entomologistes professionnels sont déconsidérés dans les milieux scientifiques et leurs départs ne sont pas remplacés On assiste actuellement à une pénurie dramatique d'entomologistes alors que la demande en expertise n'a jamais été aussi forte Beaucoup de jeunes naturalistes sont autodidactes ou formés sans discipline scientifique Seuls les groupes d'insectes les plus faciles sont abordés, indépendamment de leur intérêt patrimonial

32 Entomologistes dans le sainfoin Abeilles sauvages très efficaces comme pollinisateurs PNR Gâtinais Français : étude miel AOC Stéphane Perera Miel de sainfoin Faune du sol – pollinisateurs apoïdes

33 Need an entomologist ! Butineurs du sainfoin : identification à lespèce 2001 : British Aculeate Group : Université de Mons-Hainaut Jean Tosti Colletidae : 1 esp. (0 id.) Andrenidae : 9 esp. (7 id.) Mellitidae : 2 esp. (2 id.) Halictidae : 21 esp. (21 id.) Megachilidae : 5 esp. (1 id.) Anthophoridae : 3 esp. (2 id.) Apidae : 9 esp. (9 id.) Total : 50 espèces, dont 42 identifiées Onobrychis viciifolia

34 Fragmentation des habitats Changement climatique Urbanisation Agriculture Sylviculture Pollutions Espèces envahissantes Menaces sur les milieux et sur les espèces

35 Paysages, corridors et trames La répartition spatiale d'une espèce donnée n'est jamais homogène à l'échelle du paysage. Les habitats favorables à l'espèce forment des taches sur la carte qui sont ou ne sont pas occupées par l'espèce à l'instant t. Des accidents environnementaux les plus divers font évoluer constamment la dynamique d'occupation des taches, avec de nombreuses extinctions et colonisations. Site occupé Site vacant L'ensemble de ces populations sur les taches occupées forme une métapopulation

36 Le fonctionnement du système implique que les individus puissent se disperser dune tache à lautre en empruntant des corridors Site occupé Site vacant Dispersion

37 Ces corridors sont généralement des éléments linéaires du paysage, en principe non favorables au développement de l'espèce, mais souvent favorables à son alimentation. Suivant les espèces, ces corridors seront des haies, des forêts galeries, des sentiers ouverts dans un massif forestier etc. Une des tendances actuelles, notamment en zones agricoles et périurbaines, est à la fragmentation du paysage. Les taches sont moins nombreuses, plus éloignées et surtout leur connectivité n'est plus assurée par la détérioration des corridors (remembrement par exemple). Les corridors varient en nature et en échelle suivant les espèces. Un corridor valide pour Carabus auratus sera un obstacle pour Carabus auronitens. Les notions de trame verte et bleue sous-entendent cependant quon peut définir un corridor commun à lensemble de la biodiversité… Corridors écologiques

38 Les corridors varient en nature et en échelle suivant les espèces. La fragmentation des habitats Brenthis ino en forêt de Rambouillet (Mari, 2005)

39 La fragmentation des habitats

40 Le Changement global Réchauffement du climat Urbanisation, tourisme et destruction des milieux Evolution des pratiques et des paysages agricoles Sylviculture moderne Mondialisation des échanges Pollutions agricoles, industrielles et domestiques Espèces envahissantes

41 Réchauffement climatique Alaska : Evolution des glaciers Muir et Riggs en 63 ans (Glacier Bay National Park and Preserve)

42 Les relevés de Météo- France depuis un siècle montrent que les hivers sont plus chauds dans la moitié nord-ouest de la France. Tendances (en °C/siècle) à partir de 70 séries de températures minimales - © Météo-France Evolution des températures hivernales depuis un siècle Et en France ?

43 Evolution des températures estivales depuis un siècle Les mêmes relevés indiquent que les étés sont plus chauds dans la moitié sud de la France. Le réchauffement hivernal (0,7 à 1,7 °C en 1 siècle) est cependant plus marqué que le réchauffement estival (-0,1 à 1,3 °C). Tendances (en °C/siècle) à partir de 70 séries de températures maximales - © Météo-France 2001.

44 Température estivale en France (M. Deque ; Météo France) Un phénomène qui va saccentuer

45 Les espèces face au réchauffement Depuis 30 ans, les isothermes remontent vers le nord de 4 km par an (Hansen, 2006). Une observation sur des espèces parmi les plus mobiles (papillons et libellules) estime cette remontée à 0,6 km/an (Parmesan, 2006). Pour les espèces montagnardes, laltitude moyenne progresse de 60 cm/an.

46 Réchauffement climatique et devenir des espèces Le réchauffement climatique pourrait favoriser la remontée vers le nord despèces méridionales Lamplitude observée actuellement est encore trop limitée pour avoir des conséquences significatives en France continentale. Si le phénomène ne saccélère pas (60 km / 100 ans), la faune risque de ne pas beaucoup changer. Leffet est beaucoup plus sensible pour les espèces marines pélagiques

47 Un phénomène complexe Biodiversité : diversité des interactions Interactions entre espèces Plante – insecte Proie – prédateur Hôte – parasite Plus une espèce est haut placée dans la chaîne alimentaire, plus sa survie dépend de nombreux facteurs Parasite prédateur proie herbivore plante Est-ce que les espèces en interaction réagissent de manière identique à une pression extérieure ?

48 Un phénomène complexe un modèle simple Modèle : Une plante : lorpin blanc (Sedum album Crassulacée) Linsecte qui la consomme : lapollon (Parnassius apollo Papilionidé) Eclosion des chenilles et sortie du sol des bourgeons simultanés Causse-Cévennes.com D. Morel

49 Un phénomène complexe un modèle simple Mais : Les jeunes chenilles ne peuvent consommer que les feuilles terminales Si la plante débourre plus tôt : Le tégument de la plante devient trop coriace pour la chenille La chenille ne parvient pas à escalader la plante La plante dresse des obstacles physiques (filaments) La plante secréte des composés toxiques (polyphénols) Un décalage phénologique entre la plante et son consommateur devient défavorable à lespèce herbivore J R Crellin

50 + 3 °C Un modèle à trois Croissance Thomas et al, mars15 mars1 avril15 avril1 mai15 mai Feuille de chêne Bombyx disparate Mésange bleue

51 Espèces de montagne Lapollon, espèce de montagne Réchauffement climatique : élévation de laltitude moyenne En voie dextinction à brève échéance dans les moyennes montagnes ? (c) Fauna Europaea Avant 1970 Depuis 1970 (c) OPIE

52 Désynchronisations et maladaptations Faible diversité génétique de certaines populations Régulation des cycles saisonniers Grosses différences dans les potentiels reproducteurs Mobilité En dernière analyse, le réchauffement du climat en France risque surtout de se traduire par des disparitions despèces, plutôt que par une arrivée massive despèces méridionales

53 Urbanisation L'urbanisation conduit à l'établissement de mégalopoles, mais la démocratisation de l'habitat individuel en périphérie augmente considérablement la surface prise sur les milieux naturels ou agricoles Cette urbanisation a cependant pour corollaire une déprise agricole et un exode rural significatifs Une conséquence importante de l'urbanisation et de la démographie est l'accroissement considérable du transport, routier notamment, avec le quadrillage subséquent du territoire par des voies de communication de plus en plus surdimensionnées

54 Tourisme La France est le pays le plus visité par les touristes au monde (74 M de visiteurs étrangers en 2001) La fréquentation touristique se concentre sur des sites particuliers (littoral, montagnes…) souvent vulnérables. L'afflux de touristes en ces sites se traduit par l'urbanisation ou l'aménagement de milieux naturels (parkings, sentiers etc…) Enfin la naturalité des paysages français attire certains touristes, encouragés un nouveau système de pensée bien médiatisé. Le 'Tourisme Vert' qui en résulte se traduit par des aménagements souvent dommageables à la vie sauvage (sécurisation des sites, surfréquentation des parcours balisés…)

55 Autres destructions des milieux L'urbanisation, le développement du tourisme et leurs activités associées sont de loin les principales causes de la destruction des milieux naturels Le développement d'une civilisation des loisirs rejoint la problématique du tourisme dans l'impact sur les milieux naturels : terrains de golf, véhicules tout-terrains et autres bases de loisirs L'amélioration de la qualité de la vie et de la santé humaine ont également joué un rôle important, notamment par des campagnes massives d'assèchement des zones humides et de démoustication.

56 Sanctuarisation des milieux naturels Toutes ces menaces et destructions de milieux ont depuis longtemps alerté les naturalistes Alertés à leur tour, les pouvoirs publics ont répondu par la création d'espaces protégés, parcs et réserves divers ou arrêtés de protection de biotope Le résultat de cette politique est que des milieux remarquables sont devenus des sanctuaires pour la faune et la flore, alors que les espaces non protégés sont abandonnés aux impératifs du développement

57 Evolution des pratiques et des paysages agricoles Il y a 2000 ans, une grande partie de la France était recouverte d'une forêt climacique caducifoliée. A partir de l'occupation romaine, presque tous les milieux ont été défrichés et façonnés par l'homme (à l'exception des marais et des hautes montagnes), y compris les forêts. L'entomofaune française s'est en grande majorité totalement adaptée à ces activités humaines traditionnelles, dans les domaines agricoles, artisanaux ou même urbains. C'est ce système de milieux bocagers, avec une polyculture extensive, qui est le plus favorable à la diversité entomologique.

58 INRA La Brie : en 1950 une polyculture extensive Biodiversité en France au 21 e siècle ?

59 Evolution des pratiques et des paysages agricoles Depuis le milieu du 20ème siècle, l'agriculture se spécialise et ses pratiques évoluent en même temps que l'habitat. Intensification des pratiques agricoles Remembrement et disparition des haies Abandon de la polyculture et spécialisation régionale Abandon de l'élevage extensif et de la transhumance Généralisation des traitements vétérinaires Abandon de l'autarcie vivrière (basse-cour, potager) Disparition des caves Disparition d'un artisanat traditionnel, osiers, charbon de bois... De nombreux milieux entomologiques disparaissent et des espèces autrefois banales ne se rencontrent plus que dans les régions les plus déshéritées.

60 Hêtraie de Bethmale (Ariège)Aulnaie des Vaux de Cernay (Yvelines) Forêts ou plantations d'arbres

61 Les pratiques sylvicoles modernes visent avant tout à la production intensive de bois, au détriment de la diversité entomologique : Essences allochtones Peuplements homogènes Elimination des sujets sans valeur commerciale Elimination du bois mort, à terre et sur pied Vieillissement limité Filière bois énergie ?

62 Pollutions agricoles L'agriculture moderne exige une optimisation des rendements que seule l'utilisation d'engrais minéraux ou organiques permet d'obtenir. Toute production végétale vise à favoriser exclusivement une espèce cultivée aux dépens des autres végétaux adventices ou des animaux vivant au contact de cette plante. Le déséquilibre inhérent à cette activité ne peut être entretenu que par une intervention permanente de l'homme. Dans la plupart des systèmes de culture conventionnels, la lutte contre les bioagresseurs des plantes cultivées passe par l'emploi de pesticides de synthèse : insecticides, fongicides et herbicides.

63 Tonnage des pesticides en France (matières actives - source rapport annuel UIPP Tonnes Herbicides Fongicides Divers Insecticides 31 M hectares et tonnes de matières actives pesticides : charge 3,2 kg/ha

64 Le recyclage de la matière organique Insectes coprophages Diptères Coléoptères Traitements du bétail : Avermectines Australie C. Golpi

65 Australie « the dung beetle project » Un continent peuplé uniquement de marsupiaux Des milliards de bovins, ovins et lapins depuis 2 siècles (35 M têtes abattues en 2008 en Australie…) Une faune coprophage totalement inadaptée Une catastrophe économique et écologique majeure !

66 Australie « the dung beetle project » Dr George Bornemissza Copris Euoniticellus Onitis Onthophagus Sisyphus Bubas Copris Euoniticellus Geotrupes Onthophagus 23 espèces introduites avec succès 20 échecs de naturalisation

67 Pourquoi les fleurs ne sont-elles pas vertes ? 70 à 80 % des espèces de plantes à fleurs sont pollinisées par les insectes 35 % des plantes cultivées

68 Déclin des pollinisateurs Pesticides Engrais azotés : disparition des légumineuses Spécialisation agricole Nouveaux agresseurs Fleurs non nectarifères …

69 Les conséquences : Extinctions despèces dans le monde

70 Source : Lumaret 1990 Les conséquences : Régression despèces en France Observations postérieures à 1950 Observations antérieures à 1950 Observations postérieures à 1950 Observations antérieures à 1950 Sisyphus schaefferiEuheptaulacus sus Espèce répandue dans toute la France Espèce répandue dans le nord de la France

71 Eteint (Non revu depuis 50 ans) 26% Menacé (Obs. -67 à -100% depuis 30 ans) 22% Vulnérable (Obs. -33 à -67% depuis 30 ans) 20% Stable 23% Migrateur 5% Accidendel Douteux 4% Erosion de la biodiversité Les papillons de jour de la Région Ile-de-France Statut des 113 espèces en 2000 Rochat - GILIF 2004

72 Espèces envahissantes Introduction accidentelle d'espèces (généralement phytophages) qui s'adaptent très vite aux plantes (ou cultures) locales. Généralement leur expansion est favorisée par l'absence de prédateurs ou parasites spécifiques. Introduction volontaire d'espèces Auxiliaires des cultures (lutte biologique et pollinisation) Exploitation industrielle ou commerciale (bombyx de l'aillante) Introductions liées aux activités de loisir Il s'agit d'espèces allochtones en voie de colonisation d'une nouvelle aire géographique et dont la prolifération perturbe les équilibres naturels: Les espèces en voie d'extension pour des raisons "naturelles" (qui peuvent être la réponse d'un organisme aux modifications du milieu induites par l'homme) ne rentrent pas dans cette définition

73 Le rhynchophore roux ( Rhynchophorus ferrugineus ) s'attaque au palmier dattier au Moyen Orient. L'utilisation et le transport de toutes les parties du palmier par les caravanes nomades a facilité sa dispersion vers l'ouest, jusquen Afrique du Nord. Invasions biologiques

74 En 1992, des palmiers ornementaux de l'Emirat d'Oman ont été importés à l'occasion de l'Exposition Universelle de Séville, introduisant le charançon dans le sud de l'Espagne où il s'est parfaitement adapté aux Phoenix et Washingtonia ornementaux. Pavillon des Pays Arabes Exposition Universelle Sevilla 1992

75 Les navires de transports marchands, lorsquils voyagent à vide, emplissent deau des ballasts pour compenser lassiette du bateau. Les tonnes deau ainsi embarquées peuvent contenir toutes sortes dorganismes, comme des larves de la moule zébrée de la mer Caspienne Dreissena polymorpha Invasions biologiques

76 Relarguées dans leau douce des Grands Lacs américains, ces larves ont pu former des colonies très prospères qui se fixent sur tous les supports et éliminent progressivement les moules deau douce indigènes. La moule zébrée de la Caspienne

77 Linstabilité politique est aujourdhui une cause majeure des disséminations involontaires despèces. Cest ainsi que la chrysomèle du maïs est apparue pour la première fois autour de laéroport de Belgrade lors de la guerre des Balkans La chrysomèle et la guerre Chrysomèles du maïs Diabrotica virgifera Aéroport de Roissy, octobre 2002

78 Dans le cas de Diabrotica, un conflit comme celui des Balkans signifie non seulement détection défaillante, mais aussi absence des premières mesures de lutte, les priorités étant ailleurs à cette époque. Extension de Diabrotica virgifera en Europe centrale à partir de 1992

79 Introductions volontaires despèces envahissantes Les insectes sont peu concernés par les introductions à des fins alimentaires (écrevisses, poissons, escargots) Beaucoup dagents de lutte biologique sont concernés Auxiliaires devenus envahissants (Harmonia axyridis) Ou pollution génétique (Bombus terrestris ou Danaus plexippus).


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