La présentation est en train de télécharger. S'il vous plaît, attendez

La présentation est en train de télécharger. S'il vous plaît, attendez

LA LIBERTÉ. « Les différents niveaux de liberté » Liberté de droitLiberté de fait Liberté Liberté daction Liberté de la volonté

Présentations similaires


Présentation au sujet: "LA LIBERTÉ. « Les différents niveaux de liberté » Liberté de droitLiberté de fait Liberté Liberté daction Liberté de la volonté"— Transcription de la présentation:

1 LA LIBERTÉ

2 « Les différents niveaux de liberté » Liberté de droitLiberté de fait Liberté Liberté daction Liberté de la volonté

3 (Problème) La liberté est-elle illusion ? Suffit-il de se sentir libre dans ses désirs et dans ses choix pour lêtre véritablement ? Les causes véritables de nos choix ne nous échappent-ils pas au contraire ? Le sentiment de notre liberté ne découle-t-il pas de notre ignorance des causes qui nous déterminent ? (Problème) La liberté est-elle illusion ? Suffit-il de se sentir libre dans ses désirs et dans ses choix pour lêtre véritablement ? Les causes véritables de nos choix ne nous échappent-ils pas au contraire ? Le sentiment de notre liberté ne découle-t-il pas de notre ignorance des causes qui nous déterminent ?

4 I. La liberté : un pouvoir de choisir ? « notre liberté se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons », Principes de la Philosophie, I, La liberté ne se prouve pas mais « séprouve » Selon Descartes, nous avons le sentiment certain de notre liberté. Cette évidence immédiate de notre liberté repose dans le pouvoir absolu de notre volonté à se déterminer elle-même lors dun choix à faire. (Auto-détermination) Elle est tellement libre dans sa nature, quelle ne peut jamais être contrainte ou déterminée absolument, que ce soit par des mobiles sensibles (désirs, passions, sentiments), ou par des motifs rationnels (représentation de ce qui est bien, juste ou vrai, etc.)

5 Pour mieux comprendre ce pouvoir de la volonté, il suffit de prendre une image, celle de la balance. La liberté de la volonté apparaît comme ce qui est capable de faire pencher la balance, ou demporter la décision dans un sens ou dans lautre. 2. La théorie de la liberté dindifférence ou du « libre-arbitre » Dans la plupart des situations de choix, nous nous décidons sur la base de motifs ou de raisons qui nous poussent à préférer une chose plutôt une autre. Mais ces raisons semblent ne jamais nous déterminer totalement, nous avons le sentiment que nous aurions très bien pu dans les mêmes circonstances faire le choix contraire par pure liberté.

6 Notre liberté est telle que nous pourrions effectuer un choix même placé dans une situation d« indifférence », où nous naurions aucune raison de choisir, de préférer une option à une autre. Cest ce que met en évidence lexemple classique connu sous le nom d« Âne de Buridan » : Parce quil est dépourvu de liberté, on postule que lâne finit par mourir de faim ne pouvant choisir. Placé dans une situation équivalente, on postule que lhomme, parce quil est doté dune volonté libre, choisira quand même.

7 Cet exemple décrit une situation où les plateaux de notre balance sont également chargés. En ce cas, la liberté est la force supplémentaire qui permet de faire pencher la balance ou de « nous déterminer aux choses auxquelles nous sommes indifférents ». Cet exemple vise à mettre en évidence une situation où un choix a lieu « parce quil faut bien choisir », mais sans quil y ait aucune raison de choisir ceci plutôt que cela. Dans une telle situation, il est évident quil ne peut y avoir choix que sil y a liberté, cest-à-dire capacité à lauto-détermination. La liberté dindifférence est « cet état dans lequel la volonté se trouve, lorsquelle nest point portée, par la connaissance du vrai ou du bien, à suivre un parti plutôt quun autre ».

8 La liberté, comprise comme puissance des contraires, trouve son expression la plus claire dans la doctrine de lacte gratuit ou immotivée, telle que la imaginée le romancier André Gide dans Les caves du Vatican.

9 Si lon sen tient à lidée développée par Gide, serait gratuit lacte qui, tout en étant volontaire et réfléchi, serait dépourvu de fin ou de raison, voire même irait à lencontre de toute raison. Un acte gratuit, cest un acte dénué de fondement, sans but, une forme darbitraire qui mettrait simplement en exergue la puissance de la liberté. Dans ce roman, le personnage principal, Lafcadio précipite par la portière dun train, un voyageur inconnu de lui, Fleurissoire, sans aucun motif, ayant ainsi limpression dagir de façon plus libre et personnelle. « Qui le verrait, pensait Lafcadio ? Là, tout près de ma main, sous ma main, cette double fermeture que je peux faire jouer aisément ; cette porte, qui cédant tout à coup le laisserait crouler en avant, une petite poussée suffirait(…) on nentendrait même pas un cri (…). Un crime immotivé, quel embarras pour la police ! Ce nest pas tant des événements que jai curiosité, que de moi-même ». Et Lafcadio laisse la décision au hasard. « Si je puis compter jusquà douze, sans me presser, avant de voir dans la campagne quelque feu », lhomme est sauvé, « je commence une ; deux ; trois ; quatre ; (lentement, lentement) cinq ; six ; sept ; huit ; neuf … Dix, un feu ! » Et le crime saccomplit ».

10 (Pb1) Seulement voilà, quel sens un tel acte immotivé peut-il recevoir ? Si laction faite par le personnage principal relève de larbitraire, du pur hasard, si celle-ci na aucune raison tant apparente que cachée, peut-on encore la considérer comme une action humaine ? En abolissant toute raison dagir, lauteur de lacte gratuit récuse le caractère humain de son acte et risque de sombrer dans la barbarie, linhumanité (cf. Kubrick, Orange Mécanique).

11 (Pb2) Mais un tel acte immotivé est-il seulement possible, pensable ? Objection de Leibniz « Cest absolument contraire à lexpérience, et quand on sexaminera, lon trouvera quil y a toujours quelque cause ou raison qui nous a inclinés dans le parti quon a pris, quoique bien souvent ou ne saperçoive pas de ce qui nous meut » Essais de théodicée, § 314 Sil nous semble parfois nous déterminer dans lindifférence des motifs, cest seulement « que nous napercevons pas toujours des causes, souvent imperceptibles, dont notre résolution dépend. Cest comme si laiguille aimantée prenait plaisir de se tourner vers le nord. Là elle croirait tourner indépendamment de quelque cause, ne sapercevant pas des mouvements imperceptibles de la matière magnétique ».

12 3. Tout choix est nécessairement déterminé par des motifs - Pour Descartes, notre liberté est une réalité qui na pas besoin dêtre prouvée, puisquon en fait immédiatement lexpérience, celle-ci nous serait connue par le sentiment quon en a. - Mais rien nempêche que nous ayons ce sentiment, et que, en réalité, le monde obéisse à la nécessité et que donc nos choix soit en réalité déterminés par des causes ou des mobiles dont nous navons pas conscience. « Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent davoir, et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent »

13 - Spinoza montre dans lEthique que nous ne faisons pas lexpérience du libre- arbitre : on prend seulement lignorance des causes pour une expérience de leur inexistence. - Nous sommes toujours déterminés dans nos choix, mais nous avons conscience dêtre libres, à cause de lignorance des causes qui nous déterminent. Se dire libre, cest être comme une pierre qui aurait conscience de son élan vers le bas mais ignorerait la loi de la chute des corps.

14 II. Les figures de la Nécessité : Le Destin et le Déterminisme Universel La notion de nécessité renvoie à lidée que certaines choses ou événements ne peuvent pas ne pas se produire. Mais tout est-il nécessaire, fixé davance ou bien certaines choses sont-elles contingentes ? Si tout est nécessaire alors il semble quil ny a plus aucune place pour la liberté, celle-ci suppose une certaine forme de contingence. 1. Quest-ce que la nécessité?

15 Dans un jugement, ce qui est dit du sujet est considéré comme possible, réel ou nécessaire : (1) Possibilité : Possible : ce qui peut être, exister Impossible : ce qui ne peut pas être, exister Impossible Possible (2) Réalité : Existence : ce qui est Inexistence : ce qui nest pas Réel (3) Nécessité : Contingent : ce qui pourrait ne pas être Nécessaire : ce qui ne peut pas ne pas être Repère : Contingent / Nécessaire / Possible Nécessaire

16 La croyance en la nécessité connaît deux versions quil faut bien distinguer : (1) Le destin et le problème du fatalisme (2) Le déterminisme universel et le principe de la causalité naturelle

17 2. Destin, fatalisme et liberté intérieure (Le Stoïcisme) « Il y avait une fois, dans Bagdad, un Calife et son Vizir… Un jour, le Vizir arriva devant le Calife, pâle et tremblant : « pardonne mon épouvante, Lumière des Croyants, mais devant le palais une femme ma heurté dans la foule. Je me suis retourné : et cette femme au teint pâle, aux cheveux sombres, à la gorge voilée par une écharpe rouge était la Mort. En me voyant, elle a fait un geste vers moi. […] Puisque la Mort me cherche ici, Seigneur, permets-moi de fuir me cacher loin dici, à Samarkand. En me hâtant, jy serai avant ce soir ». Sur quoi il séloigna au grand galop de son cheval et disparut dans un nuage de poussière vers Samarkand. Le Calife sortit alors de son palais, et lui aussi rencontra la Mort : « Pourquoi avoir effrayé mon Vizir qui est jeune et bien-portant ? » demanda-t-il. Et la Mort répondit : « je nai pas voulu leffrayer, mais en le voyant dans Bagdad, jai eu un geste de surprise, car je lattends ce soi, à Samarkand ». Le destin renvoie au fatum des latins qui a pour origine le verbe « fari », dire. Le destin est dabord ce qui a été révélé par loracle et qui arrivera inéluctablement, quoique lon fasse ou que lon entreprenne pour y échapper. Telle est du moins la morale de ce conte soufi :

18 Chez les anciens grecs on retrouve aussi une telle conception de la vie humaine, incapable de se soustraire à ce qui a déjà été fixé pour nous. Dans la pièce de Sophocle, Œdipe-Roi, on apprend que loracle de Delphes a prédit quŒdipe tuerait son père Laïos et épouserait sa mère, Jocaste. Tout ce que tente le héros pour éviter que la prédiction se réalise ne fait en réalité que contribuer à lenchaînement fatal des événements. La dimension tragique dune telle histoire réside dans le fait que cest en voulant se soustraire à son destin quŒdipe, et chacun dentre nous, finit par laccomplir.

19 - Destin et liberté intérieure : le Stoïcisme Pour les Stoïciens, rien de ce qui arrive dans lunivers (cosmos) nest dû au hasard. Celui-ci est gouverné en sa totalité par une « divine providence » qui règle et organise toutes ses manifestations. Les stoïciens croient au destin. Il partent du principe que tout ce qui arrive devait arriver, conformément à lordre de causalité établi dans la nature par la raison divine. « J'appelle destin (fatum) ce que les Grecs appellent heimarménè, c'est-à- dire l'ordre et la série des causes, quand une cause liée à une autre produit d'elle-même un effet. (...) On comprend dès lors que le destin n'est pas ce qu'entend la superstition, mais ce que dit la science, à savoir la cause éternelle des choses, en vertu de laquelle les faits passés sont arrivés, les présents arrivent et les futurs doivent arriver. » Cicéron, De la divination

20 Pour les stoïciens, il est donc vain de se révolter contre le mauvais sort, la malchance ou linfortune. Il faut apprendre à accepter le destin, les choses qui nous arrivent comme elles nous arrivent et à bien distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous. Changer les choses ne dépend pas de nous, puisquil y a le destin. Mais changer notre opinion sur les choses, par contre dépend de nous. Soit nous acceptons le Destin, soit nous nous rendons malheureux en poursuivant en vain des choses qui ne dépendent pas de nous.

21 « Il ne faut pas demander que les événements arrivent comme tu le veux, mais il faut les vouloir comme ils arrivent; ainsi ta vie sera heureuse » Epictète, Manuel

22 Lidée que tout ce qui arrive est déjà écrit davance, fixé avant même notre naissance (prédestination) pourrait conduire certains à céder à ce quon appelle le « fatalisme », cest-à-dire à une forme de résignation face au monde et au sort qui nous est réservé. Elle conduit notamment à adopter ce quon appelle le « raisonnement du paresseux ». Le voici, rapporté par Cicéron dans Du Destin, XII, 28 : « Si cest votre destin de guérir de cette maladie, que vous fassiez ou non venir le médecin, vous en guérirez. Pareillement, si cest votre destin de ne pas guérir, vous nen guérirez pas. Et lun des deux est votre destin. Donc il ne sert à rien de faire venir le médecin ». Objection à l« argument du paresseux » « « Que tu fasses ou non appel au médecin, tu guériras » est un raisonnement captieux : il dépend en effet autant du destin dappeler le médecin que de guérir. »

23 3. Le déterminisme universel Le déterminisme causal est la thèse selon laquelle tout ce qui arrive, chaque événement dans lunivers est le résultat dun enchaînement de causes et deffets antérieurs – chaque cause déterminant toujours les mêmes effets. « Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si dailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à lanalyse, embrasserait dans la même formule les mouvements les plus grands de lunivers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et lavenir, comme le passé serait présent à ses yeux ». Le Démon de La Place

24 Si nous avions la possibilité dadopter un point de vue – celui du « démon » de Laplace – qui embrasse lunivers dans sa totalité, si nous avions connaissance de toutes les lois qui régissent les phénomènes et étions capables de connaître à un temps T tous les événements qui se produisent dans lunivers, alors nous aurions aussi immédiatement une connaissance de tous les événements passés et à venir.

25 Il n'y a pas de hasard dans les phénomènes matériels, pas d'effet sans cause. Si un phénomène matériel se produit (une balle de golfe prend son envol, un neurone bouge), c'est qu'il a été causé par un autre phénomène matériel (choc de la canne de golfe, stimulus électrique, etc.) On peut donc dire que le monde matériel est "déterminé", dans la mesure où, si je connais la position et la vitesse exacte de toutes les particules d'un système, je peux prédire l'avenir (et retrouver le passé) de ce système : c'est ce qui permet à tous les élèves de terminale de "prédire" la trajectoire d'une balle de golfe ou d'un ballon de basket quand ils sont soumis à une force de vecteur V.

26 - De ce point de vue, il ny a pas de contingence dans ce monde, tout ce qui arrive nest que le résultat dun enchaînement nécessaire de causes et deffets. - Le hasard nexiste pour nous que parce que nous sommes incapable de connaître lensemble des facteurs ou des causes qui déterminent les mouvements des choses.

27 Le déterminisme, pensé radicalement, implique la suppression de toute différence essentielle entre une conduite humaine, un comportement animal et une réaction mécanique. Tout comme nimporte quel autre phénomène, les actions humaines devraient pouvoir être prévisibles et sexpliquer à partir dune série de causes déterminantes quil suffirait de mettre à jour. - Le déterminisme appliqué à lhomme

28 Laction humaine semble être soumise à de multiples déterminismes qui en conditionnent la réalisation : - Physique, biologique, génétique - Psychologique - Sociologique La thèse déterministe pose un problème de taille : si tout est déterminé, sommes-nous alors encore responsables de nos actes ? Si la liberté de choix est illusoire, alors il faut remettre en cause toute idée dimputation morale. On nest responsable dun acte que dans la mesure où lon a choisi de laccomplir. Or si on considère que lhomme est entièrement soumis à la causalité naturelle, cela signifie que ses actions sont déterminées tout aussi mécaniquement que le mouvement dune pierre quand on la pousse ; on ne peut donc plus le considérer comme moralement responsable.

29 Cette perspective met en péril toute possibilité de la morale : - Comme le note Sartre, lhomme pourrait arguer du caractère nécessaire de tout ce qui arrive pour ne pas assumer la responsabilité de ses actions. - Cest une position confortable qui permettrait déchapper au sentiment de culpabilité et dangoisse que peut faire naître la liberté, qui pour Sartre, confronte lhomme à une responsabilité absolue.

30 « Il nest pas rationnel de croire que les choix sont déterminés et, simultanément de considérer que les hommes méritent dêtre blâmés ou loués pour leurs actes » Isaiah Berlin

31 - Objections au déterminisme - Le déterminisme universel nest quun postulat métaphysique qui ne peut être prouvé et qui est remis en cause aujourdhui par la physique quantique et la théorie du chaos

32 - Les déterminismes particuliers (causes sociales, culturelles, psychiques, biologiques, génétiques…) ne sont pas des déterminismes absolus. Que je sois déterminé par mon éducation, mon patrimoine génétique, etc. nimplique pas que je sois « nécessité » à devenir tel individu, à faire tels choix, etc., cela signifie seulement que ces divers facteurs vont avoir une certaine « influence », peser dans mes choix. - Ni le déterminisme génétique ni le déterminisme social ne mettent en valeur des liens de causalité nécessaire entre conditions et phénomènes. Le lien nest quun lien de probabilité.

33 Prenons lexemple de la reproduction sociale. Nos aspirations elles-mêmes sont déterminées socialement par le groupe dorigine, donc notre capacité de choisir elle-même. Mais - il ne sagit que de lois statistiques, des tendances. Il faut distinguer entre probabilités et nécessité. Il est nécessaire quun organisme meurt, mais il nest pas nécessaire quun fils douvrier soit ouvrier : Cest seulement probable. De plus, les probabilités restent faibles. -il ny a donc aucune fatalité à ce quun ouvrier devienne ouvrier.

34 III. Raison et liberté - Être libre, ce nest pas « faire ce quon veut » car nos choix pourraient nêtre que lexpression dun ensemble de facteurs (biologique, sociaux, etc.) dont nous navons pas conscience. - Pour être libre, il faut apprendre à comprendre les déterminismes qui pèsent sur nos vies pour sen libérer et pouvoir faire des choix « en connaissance de cause », daprès des raisons véritables et mûrement réfléchies. 1. Connaître ce qui nous détermine et agir daprès des raisons

35 2. La distinction entre les causes et les raisons de laction Georg Friedrich Hegel Dans la mesure où l'homme allègue qu'il a été entraîné par des circonstances, des excitations, etc. il entend par là rejeter, pour ainsi dire, hors de lui-même sa propre conduite, mais ainsi il se réduit tout simplement à l'état d'essence non-libre ou naturelle, alors que sa conduite, en vérité, est toujours sienne, non celle d'un autre ni l'effet de quelque chose qui existe hors de lui. Les circonstances ou mobiles n'ont jamais sur les hommes que le pouvoir qu'il leur accorde lui-même ». Propédeutique philosophique, § 15.

36 Aucun motif nest cause de laction au sens propre, immédiat et irrémédiable où nous affirmons quun trébuchement « cause » une chute ou que le chose dune boule de billard « cause » le mouvement de celle sur laquelle elle a frappé. Le motif permet de rendre compte et de justifier une action mais ne lexplique par à la manière dune cause physique. Aucun motif, aussi évident et convaincant soit-il ne provoque nécessairement laction.

37 Il appartient à un motif de conduite de pouvoir être évalué : la « grammaire » des motifs comporte quon puisse les dire honorables ou indignes, sérieux ou futiles, nobles ou ignobles. Mais un « motif » qui a été évalué nest plus un « facteur » qui aurait une « influence » sur la conduite, cest une raison dagir. La liberté suppose davoir la capacité dexaminer et dévaluer les motifs entrant en concurrence et de choisir dagir en fonction de lun dentre eux, à lexclusion des autres. On retrouve là la leçon dAristote quil expose au livre III de son Ethique à Nicomaque : Une action véritablement libre est une action qui est le résultat dune délibération et dune prise de décision.

38 3. Pour être libre, il faut apprendre à bien raisonner Une action sera réellement « libre » si elle est le produit dune délibération de la raison et dune prise de décision. Nous délibérons lorsque nous voulons faire quelque chose, mais que nous ne savons pas comment agir, ou bien quand, ou bien dans quel sens, etc. La délibération est une recherche rationnelle, qui cherche les conditions de la réalisation dune fin. Nous ne sommes pas libres au sens où nous aurions un pouvoir arbitraire de choix, mais parce que nous nous déterminons nous-mêmes à partir de la considération dune fin qui nest pas encore. Laction humaine est libre pour autant quelle est un moyen en vue dune fin non encore réalisée, et non le simple effet de causes antérieures qui la détermineraient mécaniquement.

39 Notre liberté réside donc dans notre capacité à évaluer et à réviser nos motifs daction et à connaître les causes qui nous influencent. Si je prends conscience des déterminismes qui influencent mes choix et mes actions, je pourrai les intégrer comme obstacle à contourner dans le raisonnement qui me conduira à choisir dagir de telle ou telle manière. Lhomme qui ne réfléchit pas, qui refuse de développer sa raison, qui fait le choix de lignorance quelque part, ne pourra pas être véritablement libre, il laissera ses pulsions, les autres, etc. décider pour lui. Il sera le jouet des multiples déterminismes qui pèsent sur chacun de nous. Au contraire, celui qui augmentera sa connaissance, aussi bien de lui- même que du monde dans lequel il vit, pourra déjouer en partie ces déterminismes, il pourra sen libérer progressivement en acquérant une autonomie plus grande.

40 Conclusion : les conditions politiques de la liberté On ne peut pas nier le fait que lhomme soit soumis à différentes formes de déterminisme. Mais ces déterminismes, naturels, sociaux, psychologiques, nagissent pas comme des causes dont nos actions ne seraient que leffet. Ils orientent nos choix, notamment parce quils conditionnent nos désirs. Mais quil y ait orientation ou influence, cela ne signifie pas quil y ait détermination mécanique : lhomme nest pas quune marionnette entre les mains de la « nature » ou de la « société » ou de son propre esprit inconscient. Le sujet reste libre de consentir ou non à ces déterminismes qui orientent ces choix. Bref, il conserve un libre-arbitre – ce qui le rend bien responsable devant les autres hommes.

41 Cela-dit, en consentant à ces désirs quil na pas lui-même forgé, lhomme, bien que doué de libre-arbitre, est aliéné : sa volonté libre suit passivement, voire aveuglément ses affects. Lhomme est ainsi généralement hétéronome. Car ses affects le font suivre ce que les autres, son milieu social, sa famille, ses proches, lui font aimer, et lui font fuir ce quils lui font haïr. Bref, lhomme na généralement pas dautonomie dans ses jugements. Devenir libre au sens de devenir autonome (en plus davoir un libre-arbitre), cela suppose suivre les règles auxquelles on a consenti par un jugement rationnel, après réflexion. La liberté de la volonté devient ainsi liberté éclairée, éclairée par la raison.

42 Mais suivre les règles quon sest soi-même fixé, cela suppose un contexte social et politique adéquat. Je ne peux être autonome en vivant dans une communauté religieuse (par exemple) ou dans une communauté politique qui décide pour moi quelles doivent être mes actions. Car parmi les règles que lindividu suit, il y a évidemment les règles juridiques ou lois : ces règles qui concernent la totalité de la société dans sa dimension politique ou Etat. Pour être autonome individuellement, le sujet doit donc aussi vivre dans une communauté organisée selon lidéal de lautonomie collective : une communauté politique dans laquelle les règles sont édictés par les membres eux-mêmes : une république démocratique. Lautonomie individuelle suppose donc participer à lélaboration des lois : elle suppose donc des libertés (droits) politiques. Et elle suppose surtout une formation de la capacité de raisonner et de juger, bref, une éducation de la raison : tel est le rôle de lécole selon la « philosophie » de la république.


Télécharger ppt "LA LIBERTÉ. « Les différents niveaux de liberté » Liberté de droitLiberté de fait Liberté Liberté daction Liberté de la volonté"

Présentations similaires


Annonces Google