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TEODOR-FLORIN ZANOAGA UNIVERSITÉ PARIS SORBONNE (PARIS IV) ÉQUIPE DACUEIL 4080 «LINGUISTIQUE ET LEXICOGRAPHIE LATINES ET ROMANES»

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1 TEODOR-FLORIN ZANOAGA UNIVERSITÉ PARIS SORBONNE (PARIS IV) ÉQUIPE DACUEIL 4080 «LINGUISTIQUE ET LEXICOGRAPHIE LATINES ET ROMANES» Gesellschaft für Sprache und Sprachen (GeSuS) Linguistik Tage 2-4 Mars Freiburg-im-Breisgau

2 Université Albert Ludwigs

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5 Le but de cette présentation est de montrer quelques mots du vocabulaire de la magie et des superstitions relevés en français antillais littéraire. Le glossaire que nous avons rédigé a pour but non seulement de synthétiser les informations trouvées dans divers dictionnaires (sens, origine, étymologie, attestations), mais aussi de compléter, dans la mesure du possible, les lacunes de létude diachronique et synchronique de ces mots.

6 Notre corpus est constitué de trois romans, les plus représentatifs de lécrivain guadeloupéen Ernest Pépin : LHomme-au-bâton (Paris, Gallimard, 1992), pour lequel lécrivain a remporté le prix des Caraïbes, Tambour-Babel (Paris, Gallimard, 1996), qui a obtenu le Prix RFO du livre et LEnvers du décor (Paris, Du Rocher / Le Serpent à Plumes, 2006). 6

7 MÉTHODOLOGIE Le modèle de glossaire que nous avons employé dans notre recherche est celui proposé par André Thibault dans larticle « Glossairistique et littérature francophone » paru dans la Revue de linguistique romane, n°70 (2006),

8 Voici le schéma général dun article : ENTRÉE (catégorie grammaticale) 1. Premier sens du mot rencontré dans le corpus. Contexte (page du roman doù ce contexte a été extrait) 2. Deuxième sens du mot rencontré dans le corpus (le cas échéant) Contexte (page du roman doù ce contexte a été extrait) Remarques (REM.) Dans cette partie nous avons inclus des observations portant sur la graphie, la phonétique, la morphologie grammaticale et lexicale et sur les rapports que tel ou tel mot entretient avec le français de référence.

9 Rubrique encyclopédique (ENCYCL.) Les informations fournies dans cette partie pourraient faciliter la lecture des romans dE. Pépin et être une source dinformations pour les lecteurs qui sont peu familiarisés avec les réalités des Antilles françaises. Francophonie (Francoph.) Dans cette rubrique, nous avons marqué les régions francophones où tel ou tel mot est attesté, notamment les régions francophones dAfrique.

10 Commentaire historique et comparatif Les observations faites dans le cadre de cette rubrique portent sur : – lorigine du mot ; – la première attestation dans des sources métalexicales ou des ouvrages qui font références à lespace antillais. GRL (Google Recherche de Livres) a été un outil de recherche très important pour cette partie du commentaire, étant donné que les sources écrites en français littéraire antillais ont été peu dépouillées. – la mise en perspective du mot par rapport au reste de la Francophonie ; – lexistence dautres formes et acceptions possibles pour le mot.

11 Bilan bibliographique (BBG.) Cette rubrique contient une liste chronologique des sources utilisées pour la présentation de chaque entrée figurant dans le glossaire, par ordre alphabétique. Précision de nature méthodologique: Concernant la structure des articles, nous voulons attirer lattention sur le fait que les définitions proposées sappliquent au(x) contexte(s) dans le(s)quel(s) le mot a été relevé mais nous avons essayé, autant que possible, de présenter aussi les autres sens de tel ou tel mot du glossaire, sils en existent.

12 LISTE DE MOTS ANALYSÉS amarrement N. m. amener-venir / méné-vini N. m. bain(-)démarré N. m. gadèzafè N. m. loa N. m. maliémin N. m., f. maledictionné N. m. manman-dlo N. m. marabouté N. m. protègement N. m. quimboiseur N. m. séancier N. m. soucougnan N. m. vaudou N. m. / Adj. zombi(e) N. m. zombifié Part. passé adj.

13 AMARREMENT N. m. Sorcellerie. « Ce nest pas malchance, oh ! Ça cest une affaire de main sale, un amarrement raide-raide. Un coup de maître-sorcier ! Pour Éloi cest coda, coda, fini à tout jamais ! » (Tambour, 127) Innovation lexématique réalisée par dérivation à partir du vb. trans. amarrer envoûter avec le suff. -ment exprimant laction et son résultat. BBG. Absent de toutes les sources consultées.

14 AMENER-VENIR / MÉNÉ-VINI N. m. Produit végétal destiné à attirer une personne aimée. « Des bas noirs pour un enterrement, un chapeau pour une première communion, une bouteille deau de Cologne et souvent un méné-vini ou un talisman. » (Homme, 47) Emploi métaph. « À même la distillerie où, goutte à goutte, ton sang de femme fait sa magie de méné-vini, damener-venir. » (Tambour, 112)

15 Nom formé par changement de classe grammaticale à partir du vb. sériel amener-venir / méné-vini. La reprise du nom méné-vini par son équivalent du français régional, amener-venir, dans la dernière citation de notre corpus, est un indice dune intention explicative de l'auteur qui désire avertir ainsi le lecteur que les deux mots renvoient dans le contexte au même référent.

16 BBG. «sorte d'herbe, Merremia dissecta (Jacq.) Hall. f. (Convolvulaceae)», «produit préparé spécialement avec l'herbe ci-dessus pour susciter lamour de quelqu'un et l'attirer; philtre d'amour»; «parfum (vendu en flacon) censé attirer la personne aimée» Tourneux / Barbotin 1990 s.v. menné-vini; «produit préparé spécialement pour susciter l'amour de quelqu'un pour soi et l'attirer» Barbotin 1995 s.v. méné-vini; «liane-amande-amère (Merremia Dissecta): on en fait une lotion à laquelle on attribue la vertu d'attirer les amours; utilisé pour séduire» Ludwig 2002 s.v. menné-vini; «philtre d'amour à base d'herbe du même nom» Barthèlemi 2007 s.v. mennen-vini; «poudre magique censée attirer à soi l'être aimé, philtre d'amour» Confiant 2007 s.v. mennen-vini1.

17 BAIN DÉMARRÉ / BAIN-DÉMARRÉ N. m. « Bain qui libère des fils occultes » (Ludwig 2002 s.v. démaré, s.v. ben démaré). « Conseillèrent neuvaines, jeûnes, processions, voyages à Montréal et à Lourdes, pèlerinages, bains démarrés, etc. » (Tambour, 124) « La ville dégourdissait ses membres et soffrait un grand bain-démarré pour repartir dun bon pied. » (Homme, 106)

18 ENCYCL. Le bain démarré ou bain lustral a une fonction magique aux Antilles. Plus précisément, il sert à se débarrasser de ses ennuis et de tout ce qui est néfaste. « À minuit, on part de chez soi tout nu (ou vêtu de haillons) pour aller se baigner dans la mer, en emportant une queue de morue. Si lon est en haillons, on les abandonne dans leau. On se passe la queue de morue sur les parties sexuelles, puis, en sortant de leau, on se rhabille avec des vêtements convenables et on rentre chez soi. Normalement, on prend ce bain en groupe. Il se pratique souvent sous une forme édulcorée, sans queue de morue, dans la nuit du 31 décembre au 1 er janvier. » Tourneux / Barbotin 1990 s.v. ben, s.v. ben démaré.

19 Type lexical qui existe dans les créoles de l'aire atlantique (CG, CMG, CM v. BBG.) et qui se rencontre chez E. Pépin sous les formes bain démarré ou bain-démarré. Le mot est composé de bain n. m. ablution, nom appartenant au FR, et démarré, participe passé de vb. trans. démarrer désenvoûter, attesté en CM (v. Confiant 2007 s.v. démaré3) et dans Désormeaux s.v. démaré («détacher, désenvoûter»). Les premières attestations du mot dans GRL date de 1951: «C'est là qu'on va prendre le bain 'démarré' dont le but avoué est de 'démarrer' ou détacher la déveine persistante.» Eugène Revert, De quelques aspects du folklore martiniquais: la magie antillaise, [s.l.], [s. n.], 1951, 59. «'bain démarré' en créole 'bin démaré' qui est un bain pour détacher» Cahiers de l'Association internationale des études françaises, n° 55 / 1951, Paris, Association internationale des études françaises, Diff. Les Belles Lettres, 171.

20 BBG. Ø FEW 15/1 3b *AENMARREN; «bain que lon prend en fin dannée ou à dautres moments pour se laver de la malveillance des forces occultes.» Telchid 1997 s.v. bain démarré; LetiAntilles 2000, 184; «bain de feuillages qui a la vertu de délivrer des maléfices.» Germain 1980 s.v. démaré, s.v. bain démaré; «Le ben démaré est un bain qui a pour fonction de dénouer un sort; il est prescrit et en général exécuté par un spécialiste; il est plus ou moins complexe et l'on retrouve dans sa composition les plantes de protection disposées près des habitations […].» Vilayleck 1999, 116 s.v. ben démaré; «Pratiques superstitieuses généralement commandées par les quimboiseurs, la première pour amener ou confirmer la chance, la seconde pour démarrer, c'est-à-dire dénouer la malchance. Pour le détail de ce genre de croyances voir le livre de Paul Labrousse, Deux vieilles terres françaises (Guadeloupe et Martinique), Paris, 1935» Jourdain 1956, 254, s.v. bain de chance et bain démarré, note n° 4; «bain lustral, pour se débarrasser de ses ennuis et de tout ce qui est néfaste.» Tourneux / Barbotin 1990 s.v. ben, s.v. ben démaré;

21 «Pratique superstitieuse pour se débarrasser de ses ennuis et de tout ce qui est néfaste.» Barbotin 1995 s.v. ben démaré; «Bain qui libère des fils occultes.» Ludwig 2002 s.v. démaré, s.v. ben démaré; «bain désensorceleur, désenvoûteur (que l'on prend, en général, le jour de l'an, à l'embouchure d'une rivière ou au bord de mer)» Confiant 2007 s.v. ben-démaré.

22 GADÈZAFÈ N. m. Sorcier, medium, thérapeute. «Les gadèzafè faisaient fortune en proposant des protections variées à base dhosties ou de calcium. » (Homme, 30) Mot créole présent dans les créoles de laire atlantique (CG, CMG, CM v. BBG.) qui renvoie peut-être à lidée que le sorcier est considéré aux Antilles comme un être doué de facultés psychiques lui permettant de percevoir des réalités supranormales, dentrer en communication avec des esprits et de trouver des remèdes aux maladies (donc, il regarde ou garde les affaires). BBG. Tourneux / Barbotin 1990 s.v. gadè-dzafè; «voyant qui utilise divers moyens (lecture de cartes, écriture automatique, invocation de 'saints', etc.) pour révéler l'avenir de ses clients. Littéralement, c'est un 'regardeur d'affaires'.» Désormeaux s.v. gadézafè; Ludwig 2002 s.v. gadèzafé, gadèdzaf; «sorcier, guérisseur, voyant» Telchid 1997 s.v. gadè-d-zaffaires; Confiant 2007 s.v. gadè-d-zafè, var. gadé-zafè.

23 LOA N. m. Esprit, dans le culte vaudou. « Chienne, bourrelle ou putain-manawa [prostituée], elle est comme Legba, le loa vaudou qui ouvre les barrières de la vie ! » (Tambour, 97) « Mon élève béninoise ma enseigné lhistoire du roi Béhanzim et de ses amazones, les loas du vaudou et la porte du Non-Retour, lArbre de loubli […]» (Envers, 67) « Choucoune sen est allé au pays des loas. » (Envers, 92) ENCYCL. Le loa se manifeste comme une force surnaturelle, anonyme qui sabat sur lindividu. Celui-ci ne peut retrouver son équilibre quen renouant le dialogue avec lui. Pour cela, le pratiquant du vaudou doit lui donner un nom. Ainsi, il y a des loas de la famille, des grands-parents, du pays, etc. Perdre le dialogue avec le loa cest perdre le dialogue avec la communauté, être livré à linsécurité (Ce paragraphe est un résumé des idées trouvées dans JointVaudou 2002).

24 Francoph. Haïti. - Mot inclus par P. Pradel dans sa thèse dans le chapitre consacré aux haïtianismes à la page 161: « Pour se rendre favorables les esprits ou loas, les adeptes du vodou organisent en leur honneur des cérémonies propitiatoires appelées services ou manger les âmes […]. » (161). V. aussi DUF 1997 s.v. loa: «divinité, puissance surnaturelle dans le culte vaudou».

25 René Hénane définit ce nom ainsi : « esprit qui prend possession du fidèle lors de la transe » (Hénane 2004 s.v. loa). Et il rajoute un bref commentaire portant sur la transe initiatique où se révèlent les loas : « La transe initiatique a lieu dans le Djevo (chevaux, en créole haïtien), cest-à- dire dans la chambre dinitiation. Là, linitié devra devenir le cheval des voix, car ainsi est désigné celui qui est monté par un loa, il en devient le cheval. » Willy Apollon, Le Vaudou – un espace pour les voix, Éditions Galilée, 1976, 102 daprès Hénane 2004.

26 L'étymologie de ce mot est incertaine. a) Jean Kerboull est l'adepte de l'origine française du mot: «En fait, pourtant, il semble bien que le mot soit tout simplement le français loi […] Il est possible toutefois que 'Loa (Loi) provienne de Roi par alternance des lettres L et R. Cette hypothèse est appuyée par les Index de Loas établis sur les Héritages familiaux d'esprits sacrés. » (Jean Kerboull, Le vaudou. Magie ou religion?, Paris, Éditions R. Laffont, 1973, 50).

27 b) Dominique Fattier appuie l hypothèse qui fait provenir le mot Loa du fr. Roi, par la correspondance phonétique /r/ > /l/ qui, sans être constante, existe entre français et créole (par ex. broquette > [blòkè], 'fronde' > [flõn]) et par le phénomène de variation libre entre les liquides /r/ / l/ qui se manifeste en CH (par ex. [rara / lara]) (cf. ALH, II, 1998, , 1342). Toutefois, la chercheuse affirme qu'une étymologie africaine du mot peut être également avancée, en s'appuyant sur le livre de S. J. Joseph Fortier, Le mythe et les contes de Sou en pays Mbaï-Moïssala, Julliard, Fortier et Association des Classiques africains, 1967, 21: loa, qui est le nom générique des divinités vaudou pourrait être issu du nom du créateur des hommes, Dieu de l'orage et de la pluie, des populations sara, qui s'appelle Lóa (cf. ALH, II, , 1342). L'hypothèse de l'origine congolaise a également été avancée (Cf. J. Verschueren, Le culte du Vaudou, 43, cité dans JointVaudou 1999).

28 BBG. Ø FEW. Jean Kerboull, Le vaudou. Magie ou religion?, Paris, Éditions R. Laffont, 1973, 50; Pompilus 1961; «êtres surnaturels, appelés parfois 'mystères', 'saints' ou 'anges', auxquels sont consacrés la plupart des rites du culte vaudou.» Désormeaux s.v. loas; DUF 1997; JointVaudou 1997; ALH, II, 1998, , 1342; HurbonVaudou 2002; Hénane 2004.

29 MALIÉMIN / MALIÉMIN N. [v. REM.] 1. Divinité du culte hindou de la Martinique. « Elle était sur le point daller se mettre toute nue sur un pont, à minuit, pour débarrer le chemin de sa vie, lorsquelle songea avoir oublié la toute-puissance de Maliémin. » (Tambour, 32) [une brève note en bas de page informe le lecteur que Maliémin a le sens de «déesse des cultes hindous originaire du sud de lInde» et que ce nom existe aussi sous la forme Mariémin] « À lissue de toutes ces roueries doiseau-Piade [espèce doiseau, Vireo altiloquus], la cérémonie eut lieu dans les terres lointaines de Capesterre où Shiva, Kali, Maliémin accomplissaient miracles sur miracles, transformant en gros richards de pauvres Indiens débarqués sans même une vache, mais avec de belles femmes à lencens tourmenteur et des modèles dimplorations attrape-chance [qui apportent la chance] ! » (Tambour, 33) 2. Fête consacrée à Maliémin, une divinité du culte hindou de la Martinique, pendant laquelle des animaux sont sacrifiés. « Il retrouvait les images dun maliémin, des odeurs de sang de cabri [chèvre des Antilles] et de colombo et des visages dIndiennes si belles et gracieuses. » (Homme, 41)

30 REM. Maliémin étant à lorigine un mot créole, il est difficile détablir son genre au passage en français régional. En tant que nom propre désignant une déesse, Maliémin devrait être en français un nom féminin. En tant que nom commun, il est masculin (v. lexemple du 2 e sens de notre corpus).

31 ENCYCL. H. Poullet nous a témoigné dans son courriel du 29 janvier 2009 que cette déesse originaire du pays tamoul, qui représente la vie et la fécondité, mais qui ny joue quun rôle secondaire, est devenue la divinité la plus évoquée parmi les hindous habitant les Antilles, à tel point que le seul grand temple hindou de Guadeloupe, qui se trouve à Capesterre, lui est dédié. Maliémin a la réputation dêtre terrible, pouvant attirer autant des faveurs extraordinaires que les pires des malédictions.

32 1. Type lexical qui existe en CM (v. BBG.) et qui se rencontre chez E. Pépin sous la forme Maliémin. Le nom Maliémin est une déformation du mot hindou Mariamman sous lequel est connu cette divinité en Inde (cf. Laënnec 2000, 314). 2. Innovation lexématique formée par métonymie (le nom propre est devenu nom commun). BBG. Arch. pers.; «divinité principale du culte hindou de la Martinique» Confiant 2007 s.v. Mariémèn, var. mayémen; Laënnec 2000.

33 MALÉDICTIONNÉ N. m. Personne maudite. « […] ceux dont les mains sont tapissées de poils-fainéants, ceux qui pillent la nasse dautrui et puis les matamores [vantard plus courageux en paroles qu'en actes], les arrogants, les aristocrates, les astiqueurs de puces [personne qui perd son temps avec des choses inutiles], les mendianneurs [mendiants], les malédictionnés et toutes les sortes dinutiles abonnés par erreur à la vie des humains. » (Tambour, 90)

34 Mot formé par changement de classe grammaticale à partir de malédictionné part. passé adj. du vb. *malédictionner, créé à partir du n. f. malédiction action de maudire et le résultat de cette action avec la dés. -er. Il existait en ancien français (v. BBG.). Toutefois, chez Ernest Pépin, il ne doit pas être interprété comme un mot du français dautrefois. Son absence des dictionnaires créoles est un indice quil nest pas vivant aux Antilles. Il sagit plutôt dun phénomène de polygenèse: le fait quil apparaît en ancien français est chez Ernest Pépin nest quun coïncidence fortuite. Il est très probable que lauteur lait inventé lui- même.

35 BBG. FEW : 6/1, 85b : mfr. malédictionné (adj.) couvert de malédictions (1490, Molin). Ø BLF; Absent de toutes les autres sources consultées.

36 MANMAN-DLO N. f. Personnage féminin de récits fantastiques antillais qui ressemble à la Sirène. « Croyaient en manman-dlo ! » (Envers, 127)

37 ENCYCL. La manman-dlo est la protagoniste de plusieurs légendes et contes antillais. Elle existe sous diverses formes dans limaginaire de toutes les civilisations riveraines et en Europe, cest la sirène qui lui ressemble le plus. Manman-dlo est, donc, une «sorte d'ondine ou de sirène que l'on retrouve dans les contes antillo-guyanais (c'est par exemple la Watur Mama au Surinam) et dont on ne saurait exactement déterminer les origines. Le monde occidental n'ignore pas ces créatures à la fois ensorcelantes et maléfiques (encore qu'elles puissent dans certaines conditions être bénéfiques aux pêcheurs qui peuvent se concilier leurs bonnes grâces). Mais on les retrouve sous forme de génies des eaux en Amérique centrale ou en Amérique du Sud dans les cultes d'origine africaine, notamment le vaudou haïtien et le candomblé brésilien. En Afrique noire, ces génies étaient souvent associés aux lamentins, mammifères aquatiques qui, on le sait, étaient très nombreux à l'origine aux Antilles.» Désormeaux s.v. manman d'l'eau).

38 Mot créole rencontré dans laire atlantique (CMG et CM v. BBG.) Sylviane Telchid le considère comme un mot du F. R. A. Cela nous détermine à lanalyser comme un nom du français, composé de deux mots créoles : manman n. f. mère de famille, appellatif affectueux et lun des premiers mots que les enfants apprennent à articuler, et dlo, équivalent créole pour eau, formée avec lagglutination de larticle partitif de l. Toutefois, R. Confiant fait la précision quen F. R. A., la graphie du mot serait plutôt manman dleau (v. Confiant 2007 s.v. manman-dlo).

39 BBG. Ø FEW MAMA 6/1, 133ab-134ab; AQUA 25, 63b, 64a, 67a; «personnage des contes antillais qui fait du tort aux humains, equivalent à la Sirène.» Telchid 1997 s.v. manman-dlo; «sirène redoutable» Germain 1980 s.v. manman-dlo; «sorte de sirène qui, daprès la croyance populaire, vient sur le rivage et emmène ses victimes sous la mer» Barbotin 1995 s.v. manman dlo; Désormeaux s.v. manman d'l'eau; «divinité aquatique, mi-femme mi- poisson, que lon dit vivre dans les rivières ou les embouchures» Confiant 2007 s.v. manman-dlo.

40 MARABOUTÉ N. m. Personne qui est victime dun ensorcellement. « De guerre lasse, elle fit le vœu de shabiller en blanc jusquà la guérison du marabouté. » (Tambour, 125)

41 Francoph. Sénégal («victime dun envoûtement» NDiayeSénégal 2006 s.v. marabouté). Le verbe marabouter qui a, à la voix passive, le sens de être lobjet dun maraboutage, être la victime dune pratique magique maléfique est attesté dans plusieurs pays africains : Bénin, Burkina Faso, Côte dIvoire, Mali, Nigéria, Sénegal, Togo (v. UREFAfrique 1988). Pour la Côte dIvoire, v. aussi LafageIvoire 2002.

42 Nom formé par changement de classe grammaticale à partir du part. passé du vb. marabouter, bien représenté en fr. rég. dAfrique, lui-même formé à partir de marabout n. m. sorcier, mot dorigine arabe qui a pénétré en FR par lintermédiaire du port. maraboto (cf. TLFi). Rien ne prouve quil est vivant aux Antilles, sa présence sexpliquant par la volonté de lauteur Ernest Pépin qui nous a témoigné dans son courriel du 3 décembre 2008 qu'il a l'intention de «marier les vocabulaires issus de la francophonie »

43 BBG. Ø FEW 19, 171a MURĀBIT; Arch. pers.; «envoûter, faire envoûter» DUF 1997 s.v. marabouter; UREFAfrique 1988 s.v. marabouté; LafageIvoire 2002 s.v. marabouté; NDiayeSénégal 2006 s.v. marabouté.

44 PROTÈGEMENT N. m. 1. Protection plus ou moins symbolique qui détourne le mal. « Jen ai déjà fait tous les modèles de prières, de protègements et de manœuvres salvatrices et rectificatrices sans obtenir pas même une rognure dongle de résultat chrétien. » (Tambour, 72) 2. Amulette. « Elle rongea mot à mot le recueil des quarante-quatre prières sans obtenir pièce [aucune] délivrance. Elle rumina de très saintes neuvaines pour rien. Elle composa [assembla] des pentacles, des protègements. Elle absorba force [beaucoup de] breuvages tous plus amers les uns que les autres et n'eut que la peine de tordre sa bouche en grimaces d'avalement.» (Tambour, 32)

45 Type lexical qui existe dans les créoles de l'aire atlantique (CG, CM v. BBG.) et qui se rencontre chez E. Pépin sous la forme protègement. Le mot est formé par dérivation à partir de protéger vb. trans. et le suff. -ment qui indique laction et son résultat. Dans la seconde citation, protègement apparaît comme une forme dexplication en F.R.A. pour le mot pentacle du FR.

46 BBG. Ø avec ce sens FEW (9, 469b); «Synonymes montage, protection» [sans autre précision] Telchid 1997 s.v. protègement; Pinalie 1992, 178 s.v. pwotèjman; «amulette protectrice» Ludwig 2002 s.v. pwotèjman.

47 QUIMBOISEUR, QUIMBOISEUSE N. m., f. Sorcier, sorcière. « Elle décanta vers les quimboiseurs. Tous reconnurent la profondeur du mal. » (Tambour, ) « […] il sexila au fin fond des bois et cest aussi à cause de ce temple quil fut reconnu comme le plus grand quimboiseur de tous les temps, consulté en cachette, du premier serein nocturne [fraîcheur du soir] au premier chant du coq ordinaire […] » (Tambour, , 222 ; Envers, 10) « Pays épileptique, malmené par ses démons et toujours en quête dun quimboiseur. » (Envers, 111) « Elle courut de maison en maison, de lolo [petit épicerie traditionnelle où lon trouve de tout] en lolo et surtout elle confia aux marchandes le soin de divulguer la version du quimboiseur. » (Homme, , 42, 180) « Les femmes, de plus en plus rares, se cachaient ou se livraient à toutes sortes de charlatans prétendument quimboiseurs en réalité exploiteurs sans vergogne, suppôts de Satan plus lubriques que mille boucs réunis. » (Homme, 177, 184) « Comment savoir quAnita, la grosse, était une réputée quimboiseuse ? » (Envers, )

48 Type lexical qui existe dans les créoles de laire atlantique (CG, CMG et CM v. BBG.) et qui se rencontre aussi chez E. Pépin sous la forme quimboiseur n. m. / quimboiseuse n. f.

49 1 re attestation (GRL) dans une source écrite en anglais: 1890: « Under the tamarinds of the Place du Fort, a quimboiseur plied his ghastly calling […]. » Youma: The Story of a West-Indian Slave, écrit par Lafcadio Hearn, New York, Harper & Brother, 1890, re attestation dans une source écrite en français: 1892: « Mais prenez garde: le quimboiseur a mille cordes à son arc. » Ludovic Drapeyron, Charles Vélain, Revue de géographie annuelle, Paris, C. Delagrave, 1892, 445. Le mot est formé par dérivation à partir de quimboiser vb. trans. ensorceler et le suff. -eur (pour le m.) et -euse (pour le f.) indiquant lagent de laction. Quimboiser est formé, à son tour, sur le radical quimbois, qui serait, daprès Élodie Jourdain, dorigine délocutive (« < tiens, bois ! phrase dite par le sorcier qui administre un philtre ; cest du moins lexplication la plus plausible quon ait trouvée jusquici pour ce mot. », selon Jourdain 1956, 254).

50 BBG. GRL; «sorcier» DUF 1997 s.v. quimboiseur; «sorcier, voyant, féticheur» Telchid 1997 s.v. quimboiseur; «sorcier qui use de quimbois» Jourdain 1956, 254 quimboiseù; «sorcier» Tourneux / Barbotin 1990 s.v. kenbwazè; «sorcier» Ludwig 2002 s.v. kenbwazè, kyenbwazè; «sorcier» Confiant 2007 s.v. tjenbwazè; Thibault 2008 (une seule occurrence chez J. Zobel).

51 SÉANCIER n. m. Sorcier qui a la capacité de voir l'avenir. « Cétait le fantôme dun grand séancier qui sétait pendu lannée dernière en laissant une lettre dans laquelle il jurait de régler leur compte à toutes les femmes. » (Homme, 26)

52 REM. H. Poullet nous a témoigné dans son courriel du 27 juillet 2009 que pendant cette séance qui est accordée pour une somme variant actuellement entre 100 et 500 euros et qui dure entre 15 et 30 minutes, le sorcier doit s'endormir pour entrer en contact avec les esprits qui parlent par sa bouche, trouver les causes des problèmes et indiquer les moyens de s'en sortir.

53 Type lexical qui existe dans les créoles de laire atlantique (CG, CM v. BBG.) La plus ancienne attestation du mot en contexte antillais que nous avons trouvée dans GRL date de Le mot semble être un dérivé avec le suff. -ier, qui indique l'agent, à partir du n. f. séance, qui désigne aux Antilles un entretien privé au cours duquel le sorcier analyse l'affaire de son client et préconise les mesures appropriées.

54 BBG. GRL; Arch. pers.; Telchid 1997 («Voyant (e), sorcier (e), guérisseur (euse).» s.v. séancier (ère) n. Synonymes gadé-d-zaffaires, quimboiseur; «homme exerçant les fonctions de sorcier, de devin et de guérisseur» Thibault 2008 s.v. séancier; «voyant» Ludwig 2002 s.v. séansyé / séansyé; «devin, voyant […] séansié» s.v. séyansié; «consulter un séancier (sorcier)» Pinalie 1992 s.v. gadé-zafè, s.v. consulter; «séyansyé» Ibid., s.v. sorcier; Maurice Mességué, André Gayot, Ce soir, le diable viendra te prendre : la sorcellerie aux Antilles, Paris, R. Laffont, 1968, 110 : «Enfin ils ne l'avaient pas regretté : le séancier avait confirmé... Le séancier leur avait proposé son aide.»

55 SOUCOUGNAN N. m. Être qui a le pouvoir de se dépouiller de sa peau, de voler sous forme de boule de feu et qui suce le sang des animaux et parfois des humains. « Cétait un soucougnan dont une femme avait volé la peau, lempêchant de retrouver sa forme humaine. » (Homme, 27) « Or il est indéniable que le peuple croit aux zombies, aux soucougnans, aux mofrasés [personne qui a la possibilité de se transformer en animal] et à lHomme-au-Bâton !» (Homme, 151)

56 Type lexical qui existe dans les créoles de laire atlantique (CG, CMG et CM v. BBG.) et qui se rencontre chez E. Pépin sous la forme soucougnan. 1 re attestation (GRL): GRL: 1841: « On concevra aisément la présence de ces sentiments dans le cœur de ce vieillard lorsquon connaîtra les idées de mal et de grossière superstition attachées au mot soucougnan, et la créance [sic] avec laquelle elles étaient reçues dans un esprit aussi peu cultivé que le sien. Le soucougnan est une personne qui sest liée avec le diable par un pacte secret. » (11 mars 1841, 2 e feuille, 2 e colonne) M. Ledru-Rollin (dir.), Journal du palais : recueil le plus ancien et le plus complet de la jurisprudence, Paris, Typographie de Wittersheim, 1841.

57 Selon Élodie Jourdain il sagirait dun mot dorigine dahoméenne (La chercheuse affirme quen fon, une langue parlée au Bénin, soukou a le sens de nuit sans lune (sens quon retrouve à la Guyane, où soukou a le sens dobscurité, nuit noire) et gnan, en fon, a le sens de maître ; le soukougnan serait, donc, le maître de la nuit sans lune, le sorcier, cf. Jourdain 1956, 168.

58 BBG. GRL; Ø TLFi; « Être maléfique qui serait en humain transformé en boule de feu. Synonyme VOLANT. Variantes SOUKLIAN, SOUKLIAN-VOLANT. » Telchid 1997 s.v. soucougnan; « À la Martinique, le soukougnan [sic,italiques] a la faculté de sortir de sa peau pour vaquer à ses occupations malfaisantes, et quelques personnes osaient autrefois se vanter davoir trouvé de ces peaux abandonnées et dy avoir versé une pimentade corsée pour empêcher le propriétaire de lendosser. À la Guadeloupe, le soukougnan [sic, avec italiques] peut revêtir des formes animales pour pénétrer chez ceux à qui il désire nuire. La même croyance existe à la Martinique où lon suspecte beaucoup les bêtes voyées, mais on ne les appelle pas soukougnans. » Jourdain 1956, 168; «soukougnan (M.) = esprit mauvais » Ibid., 297; «(mot africain): Fantôme errant dans la nuit noire sous la forme d'une boule de feu.» Germain 1980 s.v. soucougnan; « soukougnan, sorcier qui vole dans les airs de la nuit en émettant de la lumière » Tourneux / Barbotin 1990 s.v. soukougnan ;

59 «créature diabolique (généralement un 'gengajé' volant comme un oiseau et s'en allant boire la nuit le sang de ses victimes. Le mot, selon Michel Leiris, qui s'appuie sur Jean Cremer (Matériaux d'ethnographie et de linguistique soudanaises: Dictionnaire français-peul, dialectes de la Haute-Volta) et sur F. V. Equilbecq (Contes indigènes de l'Ouest africain français), pourrait être d'origine peul: «sukunyadio» désignant le sorcier qui se dépouille de sa peau pour pouvoir voler.» Désormeaux s.v. soucougnan ou souclian; «soukouyan, souklyan» Pinalie 1992 s.v. sorcière; «loup-garou» Rézeau 1995 s.v. 14 et 30 nov. 1879, 12 juillet 1880, 11 nov.1881, 26 mai 1882; « Personne qui se transforme en boule lumineuse et se déplace en lair la nuit ; on lappelle aussi soukounyan. » Barbotin 1995 s.v. volan 1 ; «sorcier, sorcière ; mort ambulant» Anglade 1998 s.v. souklyan / soukouyan; «(Mart.) Être maléfique représenté sous la forme dune boule de feu.» ; (Haïti) Être maléfique représenté sous la forme dun sorcier volant, diffusant de la lumière la nuit.»; «est plutôt connu en Guadeloupe » LetiAntilles 2000 s.v. soucougnan ou souclian; « Être mythique né de la métamorphose dune personne qui quitterait sa peau la nuit pour se transformer en oiseau de feu » Ludwig 2002 s.v. soukougnan / soukounyan / soukouyan; « personne qui se transforme la nuit en créature volante (décrite souvent sous la forme dune boule de feu) pour aller commettre des actions maléfiques » Confiant 2007 s.v. soukliyan, syn. soukougnan.

60 ZOMBI(E) N. m. Fantôme dun mort. « Or il est indéniable que le peuple croit aux zombies, aux soucougnans, aux mofrasés* et à lHomme-au-Bâton ! » (Homme, , 127, 135, 151, 175 ; Envers, 82) « […] en roulant des yeux vides de zombi […]. » (Tambour, , 142, 196) Moko-Zombi N. m. Personnage carnavalesque qui marche sur des échasses. « […] conduits par un immense Moko-Zombi aux gestes de chef dorchestre. » (Tambour, 162)

61 REM. 1. Zombi et zombie se rencontrent aussi en FR (v. TLFi). 2. Les deux formes graphiques sont masculines. ENCYCL. La conception du zombi est différente en Haïti par rapport à la Martinique. Le zombi haïtien est un mort ressuscité par des forces maléfiques et soumis par un prêtre qui sappelle houngan. À la Martinique, le zombi est plutôt lesprit dun mort qui cherche son repos qui peut prendre lapparence dun camarade, dun compagnon de voyage ou dun animal. Toute créature rencontrée après la tombée de la nuit peut être un zombi. Si lon veut savoir sil sagit dun vrai zombi, il faut essayer de le piquer avec une aiguille. LétiAntilles 2000 s.v. zombi, passim.

62 Francoph. Haïti « Le vaudouisant croit à la survie des morts qui se manifestent aux vivants sous la forme de zombis ou revenants ; il vit dans la terreur perpétuelle du wanga, cest-à-dire du mauvais sort qui peut lui être jeté par un ennemi ou un envieux, ou dans la crainte du mauvais air, cest-à-dire de lesprit malin qui menace sa vie et celle de ses enfants. » Pompilus 1962, 161.

63 Type lexical qui existe dans les créoles de laire atlantique (CG, CMG, CM, CH, CL v. BBG.) et qui se rencontre chez E. Pépin sous les formes graphiques zombi ou zombie. 1 re attestation (GRL): 1788: « Les Nègres qui laimoient [un indien décédé] sépuisèrent en conjectures. Les uns prétendoient que les Zombis [en note : Les Zombis jouent un grand rôle parmi les Nègres : ce sont leurs larves, leurs farfadets] lavoient enlevé » Mercure de France, 3 mai, re attestation en tant que mot créole: 1797: « un conte de Zombi [en note : mot créol [sic] qui signifie esprit, revenant] Moreau, 70. – Ducœur 1802, 349 le donne comme mot créole, équivalent de fr. revenant : « Zomby. Il nest nommé ainsi que dans lacception desprit revenant» ; MasséTrinidad (1879) » RézeauSt-Domingue 2008 s.v. zombi. Le mot est dorigine africaine selon le TLFi qui ne donne malheureusement que très peu de précisions.

64 BBG. GRL; « zombie, esprit. » Telchid 1997 s.v. zombi; TLFi s.v. zombi, zombie; « Les zombis, soucougnans, volantes, mounes mò, sont les esprits mauvais, incarnations de sorciers ou de trépassés qui peuplent lobscurité aux Antilles; zombi et soucougnan sont deux mots venus dAfrique […]. » (Jourdain 1956, 53 (an zombi), 247 (zombi, dans le chapitre consacré à la religion), 297 («zombi = esprit malfaisant», dans le chapitre consacré aux survivances dialectales et aux emprunts étrangers); «esprit malfaisant qui hante les nuits antillaises» Germain 1980 s.v. zombi; « fantôme dun mort, revenant »; «revenant, fantôme » Tourneux / Barbotin 1990 s.v. zonbi et moko-zonbi ; Rézeau 1995 s.v. zombi, 26 oct., 14 et 30 nov., 16 déc. 1879, etc.; «revenant, le plus souvent mal intentionné, selon certaines croyances vaudou des Antilles.» DUF 1997 s.v. zombi, zombie; « personne que le bokò met en catalepsie et quil exhume le soir même de son inhumation pour le faire travailler à son profit » Anglade 1998 s.v. zonbi ou sombi; « Fantôme » Barbotin 1995 s.v. zonbi; «Très laid. Ou lèd kon moko zonbi: Tu es laid comme un méchant fantôme.» Barbotin 1995 s.v. moko zonbi;

65 « Zombi, revenant, fantôme, esprit » Valdman 1998 s.v. zonbi; LetiAntilles 2000 s.v. zombi; « zombi, esprit » Ludwig 2002 s.v. zonbi; « (afr. [mot dorigine africaine] zombie (sorte de revenant) » Confiant 2007 s.v. zonbi; ibid., lexplication suivante tirée de H. Migerel, La migration des zombis: survivances de la magie antillaise en France, L'Harmattan, 2000 : « Dans les Antilles françaises, le terme zombi est vaste et na rien de commun avec les morts- vivants dHaïti, esclaves dun boko dont la nourriture hyposodée accentue létat dobéissance léthargique. En fait, il serait plus correct de dire esprit, mort rôdant dans lattente dêtre replacé (mis dans sa tombe). Si pour le sorcier, il est simple dinvoquer un trépassé, de lui confier une mission persécutive, pour le Gadé-Zafè la difficulté réside dans le fait quil doit mener à bien le travail. Enlever un esprit dune maison ne suffit point, encore faudrait-il savoir le replacer. Aussi beaucoup de morts rôdent, la nuit venue, dans les carrefours, attaquent les braves gens ou les accompagnent chemin faisant. »; « À Saint- Domingue, un esprit follet, le gob[e]lin, est appelé un zombi, le zombi. On dit Dans tel endroit, il y a des zombis. Gare le zombi, dit-on aux enfants. » RézeauStDomingue 2008 s.v. zombi.

66 ZOMBIFIÉ Part. passé adj. Transformé en zombi. « Lancienne usine Marquisat, zombifiée, flottant dans son passé dusine à sucre. » (Envers, 38)

67 Ce mot est formé à partir du vb. zombifier (formé lui-même sur zombi n. m. avec le suff. (i)fier qui implique l'idée de transformation). Le mot semble avoir une connotation plaisante. Quelques attestations dans GRL dont la plus ancienne date de 1974: «vont-ils laisser zombifier leur petit ?». Alix Mathon, écrivain haïtien, Le drapeau en berne, Port-au-Prince, [s. éd.], 1974, 140. Une attestation apparaît également chez l'écrivain québécois Hubert Aquin, dans Trou de mémoire : roman (Montréal, Bibliothèque québécoise, 1968, 24 : «Il faut zombifier à mort la chambre bassement basse du Bas-Canada et tout faire sauter.» Toutefois, dans ce dernier cas, il s'agirait plutôt d'un emploi isolé. André Thibault nous a témoigné que zombifier est compris par les Québécois, mais il n'est pas ressenti comme propre au fr. québécois.

68 BBG. GRL; Arch. pers.; Jean Bernabé, Fondal-natal, vol. 1 (Le cadre anthropologistique, la description syntaxique), Paris, LHarmattan, 1983, 86 («[…] le mot créole zonbi est emprunté par le français qui procède dailleurs aux dérivations zombifier, zombification, réintroduits dans le créole […].»).

69 CONCLUSIONS Les mots du vocabulaire de la magie et des superstitions désignent : des notions liées à la sorcellerie (amarrement), des agents de la magie (quimboiseur), des patients (malédictionné, marabouté), des personnages fantastiques (loa, Maliémin, manman-dlo, soucougnan, zombi(e)), des pratiques magiques (bain(-)démarré) et des instruments magiques (amener-venir, protègement).

70 Du point de vue étymologique, il est à remarquer le nombre important de mots dorigine africaine (loa, marabouté, soucougnan, vaudou, zombie) un mot dorigine hindoue (maliémin) des emprunts directs que lauteur a fait à dautres variétés de français, quil a lu dans divers ouvrages francophones ou quil a rencontré pendant ses voyages (marabouté) et des inventions lexicales de lauteur (malédictionné).

71 Employés fréquemment par le narrateur et par ses personnages, les mots du vocabulaire de la magie et des superstitions dans les romans dErnest Pépin confèrent à lunivers antillais décrit une nuance de mystère et poussent le lecteur à avancer dans la lecture.

72 Ces mots sont également une source dambiguïté, le lecteur étant souvent dans limpossibilité de déchiffrer le texte et dassocier les référents appropriés à certaines notions. Un glossaire ou une aide de la part dun locuteur créolophone sont parfois indispensables à une bonne compréhension du texte.

73 Les mots du vocabulaire de la magie et des superstitions ne font pas partie du vocabulaire passif du français régional des Antilles. Leurs attestations en créole montrent quils ne sont pas employés seulement en littérature pour évoquer des notions et des pratiques magiques dautrefois, mais que la magie et les superstitions sont particulièrement enracinés dans lesprit des Antillais, âgés ou jeunes, et quaucun point de vue ne peut les dissuader de ce quils croient être des idées bien fondées. Le vocabulaire magico-religieux montre, donc, que, même aujourdhui, dans lespace antillais on recourt souvent aux forces de lirrationnel pour trouver des solutions et expliquer des événements de la vie courante.

74 Je vous remercie pour votre attention! Si vous avez des questions…


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