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Durée environ 10 minutes. Attendez que la musique de Bach démarre et cliquez pour avancer Une histoire de Colette Coursaget Colmera avec des images de.

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2 Durée environ 10 minutes. Attendez que la musique de Bach démarre et cliquez pour avancer Une histoire de Colette Coursaget Colmera avec des images de Whoopi Goldberg en tant que « Santonga »

3 Dimmenses couloirs dhôpital blancs, gris, beiges. Profonds comme langoisse des malades. Des infirmières passent insouciantes, alertes avec leurs claquettes blanches. Des portes souvrent, et se ferment avec un bruit mat.

4 Dans la salle dattente du scanner, au sous-sol du Centre anti-cancéreux, ni les plantes vertes, ni les revues sur la table narrivent à créer lillusion dune salle comme les autres. Lair est tassé, dense, un bruit grésillant et continu de moteur parvient du plafond, des barres de néon exsudent une lumière blafarde, aucune fenêtre, une seule porte dentrée et une mystérieuse porte blindée en face. Personne na envie de lire, encore moins de parler ou de se regarder.

5 La plupart des hommes gardent les coudes sur les genoux, les mains croisées, les épaules voûtées. Ils semblent étudier les motifs géométriques du sol. Ils tapent de temps à autre du pied. Les femmes restent plus droites sur leurs chaises, mais leur regard flotte et naccroche rien de précis.

6 Régulièrement une infirmière apparaît avec un dossier entre les mains, elle appelle un nom, quelquun se lève timidement, sapproche, elle le prend par le bras et lentraîne derrière la porte blindée. Cela ajoute au malaise. La salle dattente se vide à un rythme absolument imprévisible, parfois deux ou trois dun coup, parfois personne pendant une heure, comme si la mort elle même attendait derrière les lourdes portes.

7 Seule tache de couleurs vives dans ce décor, les vêtements en tissu vichy sur une robe bleuté dune femme assise sur une chaise roulante. Avec sa robe flottante, ses cheveux noirs attachés en chignon et sa peau foncée elle fait penser à un tableau. A part de légers cernes mauves elle ne semble pas malade car elle reste particulièrement à laise dans cette atmosphère lourde. Encore belle, dans la cinquantaine, elle se tient droite avec les mains soutenant sa tête, regardant dun côté ou de lautre, sans sarrêter de sourire : elle guette les arrivants et les occasions de se rendre utile, aimable et prévenante comme une hôtesse daccueil. Elle a déjà essayé plusieurs fois dentamer une conversation avec ses voisins mais on ne lui a répondu que par monosyllabes.

8 Elle brûlait pourtant de raconter toutes les choses qui lui étaient arrivées depuis quelle était rentrée ici. Elle était devenue une personne importante. Tous les médecins étaient accourus pour lexaminer, lausculter, ils avaient longuement discuté du traitement à lui administrer, opération avant ou opération après ? Elle les avait écoutés sagement, ils lui avaient dit « Vous résistez, vous êtes très courageuse » elle sétait enorgueillie de ces compliments inespérés. Dans ces conditions pourquoi prendre un air pitoyable comme tous ses voisins, qui avaient la chance de venir sur leurs deux jambes et qui ressortiraient peut être dans la rue, au soleil, alors quelle était sûre de remonter dans les étages !

9 Comme personne ne voulait parler, elle se met à chantonner lèvres fermées un air très doux, une ballade de son enfance des Caraïbes, en marquant le rythme sur les accoudoirs de son fauteuil. Cette mélopée, pourtant murmurée, a leffet dun ouragan sur le reste de lassistance : tous lèvent la tête, étonnés. Ils soulèvent les sourcils dun air entendu pour se signifier mutuellement « Quel sans gêne ! Où se croit-elle donc ? » Les plus indulgents secouent la tête dun air apitoyé « La pauvre femme, elle ne comprend pas, elle est inconsciente, tant mieux pour elle… »

10 Mais elle comprend très bien, elle voit les regards, les mimiques et elle éclate dun fou rire qui la stoppe net dans sa chanson. Quand elle sest remise de son rire, elle lance à la cantonade avec son accent guadeloupéen : « Si vous pouviez voir votre tête …! Ben quoi, faut pas en faire un fromage dêtre ici, on y est tous pour les mêmes raisons. Allez, faut pas vous en faire, y a de bons médecins, et de toutes façons on y passera un jour ou lautre…Alors arrêtez de faire ces grimaces ! »

11 « Mais Madame, je ne vous permets pas de juger à ma place ce que je dois faire ou ne pas faire… » lui rétorque un homme avec une cravate bleu marine. « Comment ça, je juge pas ! Je donne juste des conseils… moi vous savez, je men fiche …. » « Mais, Madame, je ne vous permets pas de… »

12 Linfirmière attirée par le bruit sort de son bureau et se dirige tout droit vers le fauteuil roulant en faisant mine de se fâcher : « Alors Santonga vous vous faites encore remarquer ! » Elle saisit vigoureusement les poignées du fauteuil pour le pousser derrière la porte blindée. La reine guadeloupéenne, triomphante et malicieuse, ne peut résister au plaisir de faire un pied de nez à lassistance avant de disparaître. Dans le silence de la deuxième salle dattente, Santonga veut remercier linfirmière de lavoir sauvée, celle-ci coupe court : « Non, non, ça tombe bien, le médecin voulait vous voir ».

13 Linterne en blouse blanche, entre avec un dossier volumineux dans les bras : « Bonjour Madame ça va bien ? » il lui demande toujours ça en lui serrant la main, sans jamais attendre la réponse. Quelle idée de poser cette question à une femme qui vient dêtre opérée dans un centre anti-cancéreux et qui a plein de tuyaux cachés sous sa robe, quelle question idiote !! Mais enfin elle lui pardonnait parce quil était vraiment gentil.

14 Il ouvre à plat le dossier rempli de feuilles de résultats, de colonnes de chiffres qui représentaient des choses dans son sang, des photographies très jolies, brillantes, en couleurs de son estomac, de son intestin et puis de belles mammographies de ses seins que lon avait étirés, mis à plat, compressés dans tous les sens, de son ventre quon avait ouvert, puis refermé… Santonga était fascinée par ce que lon pouvait voir de beau à lintérieur delle.

15 Elle était étonnée de tout ce que lon arrivait à mesurer de si petit dans son corps. Son corps, elle lavait toujours perçu comme un grand outil symétrique qui prolongeait sa tête, bien huilé et efficace, bien agréable à habiter, mais depuis quelle était arrivée ici elle avait découvert les choses étonnantes quelle avait transportées partout avec elle, cachées au chaud sous sa peau : cétait un monde complet, un univers avec ses continents, ses îles, ses fleuves, ses mers. Et cela vivait, bougeait à son rythme propre, ça « pouvait dire des choses » comme lui avait appris le jeune interne. Elle lavait écouté religieusement en essayant de comprendre, cétait vraiment compliqué.

16 Dès son enfance, sa mère lui avait enseigné que les femmes étaient faites pour procréer, que cétait leur rôle sur terre et que cétait la plus belle chose au monde. Les malheureuses qui ny arrivaient pas étaient maudites, abandonnées par les hommes et le reste du village. Comme Santonga nétait visiblement pas maudite dans ce domaine, elle avait accompli cette mission sacrée. Elle avait enfanté, enfanté jusquà lépuisement : quand elle était jeune ça sétait bien passé, mais sur les sept enfants quelle avait eus il ne lui en restait plus que cinq.

17 Puis un beau jour elle sétait mise à saigner, « comme un veau » disait la matrone de son quartier. Malgré la glace appliquée sur le ventre elle avait perdu des caillots de sang gros comme le poing, on avait fini par la transporter aux urgences de cet hôpital où le jeune interne musclé sous sa blouse verte lavait examinée, découpée, recousue, agrafée et plein dautres choses encore : « Jai bien examiné votre dossier, le scanner ne nous a rien appris de nouveau, il reste pourtant quelque chose que je narrive pas à expliquer… »

18 « Ah bon ? » Santonga ouvre de grands yeux, cest elle qui devrait aider ce pauvre jeune homme ?

19 Santonga le regarde plus attentivement : il ne mettait jamais rien sous sa chemise, il devait avoir trente cinq ans, un torse encore imberbe, une bonne odeur dhomme propre, une peau de brun sûrement très douce à toucher. Elle frissonne à cette pensée. Cela faisait longtemps quelle navait pas été avec un homme. Il avait un pantalon dhôpital, froncé à la taille, les pieds nus dans des sabots blancs, des pieds robustes comme ses mains aux doigts courts, carrés, des mains très propres, solides, il faut des mains comme ça pour couper la chair, sa chair, son ventre.. « …donc vous allez répondre à ce questionnaire. »

20 Il vient de conclure son explication en lui tendant un gros paquet de feuilles. Il partait déjà, elle avait à peine eu le temps de comprendre, elle nose pourtant pas le faire répéter, il ajoute avant de partir : « Si vous ne comprenez pas les questions linfirmière vous aidera ! »

21 Une fois de retour dans sa chambre Santonga ouvre le paquet et reste perplexe devant le nombre impressionnant de questions. Elles étaient numérotées jusquà 980 ! Chaque question était complétée de plusieurs réponses possibles suivies de petits carrés quil fallait noircir pour marquer son choix. Elle était soulagée de navoir rien à écrire, car lécriture nétait pas son point fort.

22 Elle fait rouler sa chaise jusquà la double fenêtre pour respirer lair du dehors qui lui manquait terriblement, depuis trois mois quelle moisissait à lhôpital : cétait la fin de lhiver, les pépiements confus, embrouillés des oiseaux sapprochaient comme une fine poussière despoir, par vagues, puis repartaient vers des lieux plus joyeux, plus verdoyants.

23 Elle se contentait de respirer, découter ce qui lui parvenait, par bouffées, elle imaginait les jardins où perçaient les crocus, les enfants qui enlevaient leurs vestes au retour de lécole, les cris, les bagarres de la vie si ennuyeuses pour les bien-portants et si fascinantes pour les autres, les blessés, les enfermés. Elle respirait profondément la vie palpitante des autres, le printemps des autres, qui passait autour de lhôpital sans sy arrêter. Ah, que cette vie lui manquait, quelle avait envie de marcher, de courir, de nager !

24 Elle ouvre le questionnaire sur ses genoux, il commençait par : « Etes-vous marié(e) ? Oui / Non ». Elle ne savait pas quoi choisir : elle avait été mariée une première fois et son mari avait disparu dans la nature. Elle avait trouvé un deuxième homme, bien doux, bien gentil mais celui là était déjà marié ailleurs. La vie nétait pas facile. Elle noircit les deux cases pour être plus proche de la vérité. Ah, les hommes, elle les aimait autant que ses enfants, mais cela faisait beaucoup de travail de soccuper deux.

25 Heureusement quelle avait une grande fille, intelligente, raisonnable pour surveiller les plus petits. Ah, si elle avait eu sa mère auprès delle cela aurait été plus facile, mais elle était restée à la Guadeloupe et à part quelques vieilles amies du quartier elle se sentait bien seule.

26 Son dossier continuait sur plusieurs pages avec plein de questions incroyables comme : « Vous est-il arrivé de mentir ? » Santonga haussa les épaules, forcément, on est bien obligé de mentir ! « Parlez-vous facilement à des inconnus ? » Aucun problème, elle était si bavarde, mais pourquoi cela les intéressait ?

27 « Quel est votre loisir favori : lecture, cinéma, danse, musique, sport … » Elle cétait la danse et la musique, surtout la musique antillaise, puis les questions demandaient encore des détails, sur le sport préféré, combien de fois dans la semaine, là il fallait reconnaître quelle navait pas le temps de faire du sport vu quelle travaillait et que les dimanches servaient à se reposer. Par contre à la question : « Votre travail demande-t-il un effort physique important ? » elle pouvait dire que oui, parce que tous les jours le ménage des bureaux et des escaliers cela faisait de lexercice !

28 Puis plein de questions stupides sur la nourriture « combien de grammes de viande au repas, combien de grammes de légumes », elle, elle faisait toujours la cuisine de son pays, avec un peu de poulet, beaucoup de légumes, des oignons, de lail, du riz. Cétait pas compliqué, elle aimait improviser avec ce quelle avait sous la main, en ajoutant des épices suivant son humeur ! La muscade cétait pour les courgettes les jours de cafard, le cumin cétait mieux pour le chou quand elle était fatiguée, la cannelle pour le poulet quand il faisait froid. Ses enfants lappelaient « Maman-senteurs », elle était fière de ce surnom surtout quand ils arrivaient dans la cuisine les yeux brillant de gourmandise « Quest ce que tu nous prépares de bon Maman-senteurs ? » elle riait et répondait « Devine mon petit, devine… » Souvent ils devinaient juste car ils avaient été bien éduqués.

29 « Combien de verres de vin, dalcool ?» oui, pour faire la fête, un petit punch cétait toujours bon à prendre, et « combien de cigarettes? » non, ça, elle ne fumait pas, ça coûtait trop cher, ça servait à rien quà faire tousser.

30 Le plus drôle était la suite: « Aimez vous faire lamour ? Combien de fois par semaine ? Combien avez-vous eu damants ? A quel âge avez-vous commencé ? » Suivies de beaucoup dautres détails indiscrets. Elle riait toute seule en répondant, bien sûr quelle aimait ça, qui naimerait pas cela ? Cétait encore une question idiote. Enfin, cétait vrai quil fallait quand même quelques conditions pour que cela soit agréable et réussi, mais ce nétait pas prévu dans les questions, on voyait bien que cétait un homme qui avait préparé ce questionnaire.

31 Et si cétait son petit interne ? Quest ce quil allait penser delle? Elle réfléchissait, elle comptait sur ses doigts, à cinquante ans cela faisait déjà une longue vie derrière elle. Ce questionnaire était tellement amusant quelle ne voyait pas le temps passer, elle avait limpression de faire un test dans un magazine féminin du genre « Etes-vous plutôt cool ou plutôt stressée ? » sauf quelle pouvait pas calculer elle-même la réponse. Dailleurs quest ce quils pouvaient bien calculer avec tout ça ? Comment un docteur aussi sérieux que le jeune interne pouvait lui poser des questions pareilles ?

32 Sa voisine de chambre, une femme plus âgée qui passait son temps à lire et à somnoler la regardait faire avec dépit. Santonga lui lut certaines questions à haute voix pour lui demander son avis. Sa voisine navait pas dopinion. Elle était trop sérieuse, elle ne riait jamais, ne blaguait jamais. Cétait un autre chirurgien, un professeur très important qui lavait opérée. Cétait le chef de tout le service, il venait chaque matin entouré détudiants pour prendre de ses nouvelles. Il était très grand, très corpulent, il impressionnait beaucoup Santonga avec ses cheveux noirs, sa façon de marcher le ventre en avant et les fesses serrées dans un étau.

33 Il avait une voix grave pour parler à sa voisine, il lui disait toujours « Tout va pour le mieux, tout va pour le mieux » ce qui était bizarre pour sadresser à une malade dans un lit dhôpital. Santonga crut quil mentait effrontément ce qui ne létonnait pas de la part de quelquun de si important, puis elle comprit que cela voulait dire que « tout allait pour le mieux pour lui » pas pour sa patiente. Il était très content de lui, de lopération quil avait faite, de ses jolis points sur la cicatrice, de ses étudiants qui lécoutaient.

34 Elle préférait de loin le jeune interne à la peau douce qui soccupait delle : il la regardait droit dans les yeux, il avait lair sincère. Mais si cétait seulement une apparence … Il lui avait expliqué que sa propre mère avait subi la même opération et quelle était guérie maintenant. Cela était vraiment généreux de sa part de lui rappeler que tous pouvaient attraper le cancer, même les mères des médecins. Il est vrai que la mort dune mère ça donne beaucoup moins de soucis que sa propre mort. Il était trop jeune pour comprendre ça le petit interne. Il ne savait pas, il nétait pas malade, lui.

35 Le plus dur cétait de laisser ceux que lon aime, dêtre séparée deux. Santonga pensait avec déchirement à sa petite dernière de huit ans. Que deviendrait-elle si … ? Pour chacun de ses enfants elle avait éprouvé un amour intense. Elle les avait vus arriver au monde comme des présents fabuleux quelle avait protégés patiemment jour après jour pour les mener à bon port. Celle qui nétait pas encore arrivée au port cétait sa petite dernière, si craintive, si fragile, elle ne pouvait pas envisager de la laisser seule.

36 Parfois une angoisse la prenait : si on lui faisait tout ça pour rien, toutes ces souffrances, ces tuyaux à lintérieur du ventre, si ça ne servait à rien, pourquoi ne pas la laisser tranquille ? Si cétait seulement pour mener leurs études à eux, les jeunes médecins ? Ils passaient leur temps à fumer des cigarettes et boire du café, dans la petite salle où ils se retrouvaient, est-ce quils étaient bien sérieux ? Lautre jour en passant elle les avait entendus rire aux éclats, cétait de leur âge. Mais ça faisait peur quand même. Elle narrivait pas à croire non plus quils puissent sintéresser à elle, elle navait rien de spécial, sa maladie était sa seule originalité. Elle hésitait entre la fierté et langoisse : elle possédait quelque chose qui les intéressait, mais quoi ? Une maladie plus rare, une maladie en voie dextinction ? Ils allaient lempailler comme un animal exotique ?

37 Dans la soirée linfirmière vient rechercher le questionnaire et la félicite davoir répondu si vite. Elle lui explique que toutes les réponses seront ajoutées à son dossier médical et quun ordinateur allait faire des calculs et des statistiques.

38 Santonga naimait pas beaucoup lidée quun ordinateur (et surtout la personne qui tapait dessus) apprenne ses petits secrets, mais on avait bien ouvert son ventre devant des tas de gens quelle ne connaissait pas, et on lavait vidée en lui laissant une grande « blesse » depuis les seins jusquen bas. Elle ne devait plus y penser, il fallait à tout prix quelle garde ses forces pour guérir, quelle triomphe du mal, de la mort. Comme chaque soir avant de sendormir elle se met à fredonner sa chanson de là-bas pour se donner du courage.

39 Le lendemain, à la cafétéria du personnel, le jeune interne se retrouve à la table du chef de service parce que toutes les autres tables sont prises. Le grand patron lui fait un signe et lui demande où il en est de ses recherches. Il répond quil a un bon échantillonnage mais quil lui faudra attendre encore un an ou deux pour tirer des conclusions intéressantes.

40 Le chef de service éclate de rire: « Tu penses vraiment quon peut évaluer la psyché des malades ? Mais ils ny comprennent rien à tes questions ! » « Si, si, jai testé les questions, et jai prévu les réponses, il suffit de choisir… » « Mais sils ne disent pas la vérité ? » « Cest prévu aussi, on a un paramètre qui en tient compte dans les résultats. On vérifie sils mentent facilement ou non… » « Ah bon ? Cest de la psychologie alors… » « Pas seulement, il faut constituer de grandes banques de données sur les différents modes de vie, les différentes pratiques, pour faire une véritable épidémiologie …»

41 « Foutaises que tout cela mon vieux, crois- moi il ny a que lexpérience….Quand tu auras mon âge tu comprendras » « Mais non, cest faux ! On commence à quantifier pas mal de choses, moi ce qui mintéresse cest linfluence de lesprit sur le corps….Il y a des cas troublants. Je viens dopérer une femme, une Guadeloupéenne, un cas assez avancé qui ne présente toujours aucune complication, aucune métastase, on dirait quelle se guérit toute seule… Je narrive pas à comprendre ! »

42 « Peut être quelle est allée à Lourdes ! » sesclaffe le vieux professeur. Il faillit sétrangler de rire, autour deux les conversations sétaient arrêtées, on ne perdait pas un mot de leur dispute. Le jeune interne sempourpre, ses oreilles deviennent des framboises transparentes, mais il ne baisse pas les yeux : « Pourquoi vous vous moquez ? Si quelque chose existait ? Appelons ça « force mentale », « énergie vitale », « instinct de vie » comme vous voudrez, cest un facteur important, pourquoi le négliger ? Si cétait le meilleur moyen daugmenter les défenses immunitaires ? En attendant le fameux vaccin qui tarde… »

43 Cétait une pierre dans le jardin du professeur qui travaillait depuis des années, sans résultats, à la mise au point dun vaccin génétique. Celui ci fronce les sourcils, il fait celui qui na pas entendu linsinuation et hausse le ton pour que toute la table entende : « Non, non, tu fais fausse route, je me suis battu toute ma vie contre ce bla-bla-bla sur le mental, ces sornettes religieuses, qui sont le lieu commun des centres anti-cancéreux… Toi, un chercheur brillant, tu tombes dans le panneau ? Allez, ressaisis-toi, il faut sen tenir aux faits, rien quaux faits ! Mesure le sang, la bouffe, les cigarettes, tout que tu veux ! Mais réfléchis un instant, quest ce quon en a à foutre de lâme ? Cest pas un hôpital de bonnes sœurs ici, ni une secte New Age !» Le vieux professeur ramasse son verre, le pain qui reste et profitant de leffet de surprise, part la tête haute avec son plateau, suivi de quelques fidèles qui commentent la dispute en hochant la tête.

44 La semaine suivante le jeune interne revient dans la chambre de Santonga, il est tout souriant en lui serrant la main et il répète : « Vous savez jai des bonnes nouvelles, jai des bonnes nouvelles… »

45 Santonga lui sourit de toutes ses dents blanches, il était vraiment beau quand il était comme ça ! Cétait la première fois quelle le voyait si joyeux, il avait une fossette sur la joue, il venait de se raser, il sentait bon le frais et en même temps la peau chaude, car lhôpital était surchauffé, ah, elle avait vraiment très envie de le prendre dans ses bras !

46 Il était en train de dire quelque chose dimportant : « …comme je vous lai dit, le corps ne suffit pas à tout expliquer en médecine, il y a des choses bien mystérieuses, bon… moi je poursuis une recherche sur ce sujet et jarrive à calculer un pourcentage de survie pour mes malades. Avec les années je laffine de plus en plus…Alors voilà vos résultats sont très bons, je vous annonce un pourcentage de survie de lordre de 80%. »

47 Santonga est abasourdie, elle ne comprend pas. Elle éclate, ses yeux lancent des éclairs noirs, elle bégaie de fureur : « Que..quoi..de « survie » ? Moi cest la vie qui mintéresse ! La vie à 100%, pas la survie ! »

48 « Heum… Excusez-moi, je nai pas été clair…Cest un terme quon utilise dans notre jargon…Mais ne vous inquiétez pas, cest un excellent résultat, cest un résultat fantastique » Il cherche les mots pour la convaincre : « Le meilleur résultat que jaie jamais eu ! ! »

49 Alors Santonga se lève de son fauteuil, elle pousse un cri de triomphe, un roucoulement rauque et puissant qui doit terroriser tout létage, elle lève les bras au ciel et commence une danse martelée sur ses pieds nus.

50 Le jeune interne est scandalisé, il ne veut pas ameuter le service, il essaie de la calmer, mais elle est solide Santonga, elle résiste, cest elle qui finit par lentraîner en le prenant dans ses bras, il se laisse faire, il danse avec elle en riant, quel phénomène cette femme, elle est incroyable, elle est merveilleuse ! Santonga ne se gêne plus pour lembrasser à laveuglette, sur les yeux, sur le nez, sur les joues en répétant :

51 « Merci, merci mon petit ! Merci ! Le « quimboiseur » lavait vu ! Il avait raison !…. Il mavait dit que je serai plus forte que le mal ! Plus forte que le mal ! »

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53 Images de Goran Visnjic en tant que « linterne ». Images de James Pickens Jr. en tant que le « Chef de service ». Images de Linda Cardellini en tant que « linfirmière ».

54 Musique Cantate BWV 140 de Jean Sébastien Bach Photos : Internet Daniel Mars 2008 Ce diaporama numéro 39 est strictement privé. Il est à usage non commercial.


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