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Les contractualistes et la question de la légitimité Hobbes – Locke - Rousseau.

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1 Les contractualistes et la question de la légitimité Hobbes – Locke - Rousseau

2 Thomas Hobbes Le modèle absolutiste

3 Vie et oeuvres The elements of law (1640) De cive (1642) Leviathan (1651) Partisan de la monarchie au moment de la révolution anglaise Conception absolutiste de la société

4 Le mythe politique Grecs (cf. Aristote) : la cité est première >< Hobbes : pas dantériorité de la société sur la personne humaine Rôle du mythe : - antériorité de lhomme isolé de toute communauté - distributeur de valeurs - critique de lordre réel dans lequel vivent les hommes Lindividu avant la société est premier en valeur : une société bien organisée préservera ses intérêts et ses droits (>< Platon)

5 Le pacte social Origine : homme aussi sauvage que les autres animaux (« homo homini lupus ») Sauvagerie = instinct de conservation individuel fonde le droit essentiel de lhomme Etat de nature : conflit généralisé et constant Lusage de la raison permet à lhomme de mettre fin à cet état Paix = conservation des vies humaines Premiers Pactes sociaux : les hommes renoncent à une partie des droits dont ils disposent en vertu de leur droit à la conservation de leur propre vie MAIS selon Hobbes il sagit encore dun état de nature CAR aucune menace ne pèse sur celui qui transgresse OR la vie en société nécessite le respect des pactes DOÙ la nécessité dune volonté unique (préserver la paix) Chaque individu doit abdiquer complètement sa propre volonté au profit dune VOLONTE UNIQUE

6 Le souverain Volonté unique = soit une personne unique soit une assemblée Le souverain - dispose de moyens coercitifs dans tous les domaines (législatif, militaire, religieux) - peut les mettre en œuvre sans y être soumis - son obligation est la conservation du peuple Pacte contrat pouvant être dénoncé par une des parties MAIS cela doit venir de lintégralité de la population …

7 Léviathan, I, chapitre XIII Nous trouvons... dans la nature humaine trois principales causes de discorde : tout d'abord, la Compétition ; en second lieu, la Défiance ; et, en troisième lieu, la Gloire. La première pousse les hommes à s'attaquer en vue du Gain, la seconde en vue de la Sécurité, et la troisième en vue de la Réputation. La Compétition fait employer la Violence pour se rendre Maître de la personne des autres, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs troupeaux ; la Défiance la fait employer pour se défendre ; la Gloire pour des riens : en un mot, un sourire, une différence d'opinion, un autre signe quelconque de dépréciation dirigée directement contre Soi ou indirectement contre sa Famille, ses Amis, son Pays, sa Profession ou son Nom. Hors des États Civils il y a perpétuellement Guerre de chacun contre chacun. Il est donc ainsi manifeste que, tant que les hommes vivent sans une Puissance commune qui les maintienne tous en crainte, ils sont dans cette condition que l'on appelle Guerre, et qui est la guerre de chacun contre chacun. La GUERRE ne consiste pas seulement en effet dans la bataille ou dans le fait d'en venir aux mains, mais elle existe tout le temps que la volonté de se battre est suffisamment avérée ; la notion de Temps est donc à considérer dans la nature de la Guerre, comme elle l'est dans la nature du Beau et du Mauvais Temps. Car, de même que la nature du Mauvais Temps ne réside pas seulement dans une ou deux averses, mais dans une tendance à la pluie pendant plusieurs jours consécutifs, de même la nature de la Guerre ne consiste pas seulement dans le fait actuel de se battre, mais dans une disposition reconnue à se battre pendant tout le temps qu'il n'y a pas assurance du contraire.

8 Le Citoyen, chap. X, § 1 in R. Derathé, « Rousseau et la science politique de son temps », Vrin, p. 312 et collection GF, trad. S. Sorbière, p.195. Hors de l'état civil, chacun jouit sans doute d'une liberté entière, mais stérile ; car, s'il a la liberté de faire tout ce qu'il lui plaît, il est en revanche, puisque les autres ont la même liberté, exposé à subir tout ce qu'il leur plaît. Mais, une fois la société civile constituée, chaque citoyen ne conserve qu'autant de liberté qu'il lui en faut pour vivre bien et vivre en paix, de même les autres perdent de leur liberté juste ce qu'il faut pour qu'ils ne soient plus à redouter. Hors de la société civile, chacun a un droit sur toutes choses, si bien qu'il ne peut néanmoins jouir d'aucune. Dans une société civile par contre, chacun jouit en toute sécurité d'un droit limité. Hors de la société civile, tout homme peut être dépouillé et tué par n'importe quel autre. Dans une société civile, il ne peut plus l'être que par un seul. Hors de la société civile, nous n'avons pour nous protéger que nos propres forces ; dans une société civile, nous avons celles de tous. Hors de la société civile, personne n'est assuré de jouir des fruits de son industrie ; dans une société civile, tous le sont. On ne trouve enfin hors de la société civile que l'empire des passions, la guerre, la crainte, la pauvreté, la laideur, la solitude, la barbarie, l'ignorance et la férocité ; dans une société civile, on voit, sous l'empire de la raison, régner la paix, la sécurité, l'abondance, la beauté, la sociabilité, la politesse, le savoir et la bienveillance.

9 Il est vrai que hors de la société civile chacun jouit d'une liberté très entière, mais qui est infructueuse, parce que comme elle donne le privilège de faire tout ce que bon nous semble, aussi elle laisse aux autres la puissance de nous faire souffrir tout ce qu'il leur plaît. Mais dans le gouvernement d'un État bien établi, chaque particulier ne se réserve qu'autant de liberté qu'il lui en faut pour vivre commodément, et en une parfaite tranquillité, comme on n'en ôte aux autres que ce dont ils seraient à craindre. Hors de la société, chacun a tellement droit sur toutes choses, qu'il ne s'en peut prévaloir et n'a la possession d'aucune ; mais dans la république, chacun jouit paisiblement de son droit particulier. Hors de la société civile, ce n'est qu'un continuel brigandage et on est exposé à la violence de tous ceux qui voudront nous ôter les biens et la vie ; mais dans l'État, cette puissance n'appartient qu'à un seul. Hors du commerce des hommes, nous n'avons que nos propres forces qui nous servent de protection, mais dans une ville, nous recevons le secours de tous nos concitoyens. Hors de la société, l'adresse et l'industrie sont de nul fruit : mais dans un État, rien ne manque à ceux qui s'évertuent. Enfin, hors de la société civile, les passions règnent, la guerre est éternelle, la pauvreté est insurmontable, la crainte ne nous abandonne jamais, les horreurs de la solitude nous persécutent, la misère nous accable, la barbarie, l'ignorance et la brutalité nous ôtent toutes les douceurs de la vie ; mais dans l'ordre du gouvernement, la raison exerce son empire, la paix revient au monde, la sûreté publique est rétablie, les richesses abondent, on goûte les charmes de la conversation, on voit ressusciter les arts, fleurir les sciences, la bienséance est rendue à toutes nos actions et nous ne vivons plus ignorants des lois de l'amitié.

10 Le Citoyen, Section 2, chapitre IX, paragraphe IX, trad. S. Sorbière, collection GF, p.189. Communément on tient que la liberté consiste à pouvoir faire impunément tout ce que bon nous semble et que la servitude est une restriction de cette liberté. Mais on le prend fort mal de ce biais-là ; car, à ce compte, il n'y aurait personne libre dans la république, vu que les États doivent maintenir la paix du genre humain par l'autorité souveraine, qui tient la bride à la volonté des personnes privées. Voici quel est mon raisonnement sur cette matière : je dis que la liberté n'est autre chose que l'absence de tous les empêchements qui s'opposent à quelque mouvement ; ainsi l'eau qui est enfermée dans un vase n'est pas libre, à cause que le vase l'empêche de se répandre et, lorsqu'il se rompt, elle recouvre sa liberté. Et de cette sorte une personne jouit de plus ou moins de liberté, suivant l'espace qu'on lui donne ; comme dans une prison étroite, la captivité est bien plus dure qu'en un lieu vaste où les coudées sont plus franches. D'ailleurs un homme peut être libre vers un endroit et non pas vers quelque autre ; comme en voyageant on peut bien s'avancer et gagner un pays, mais quelquefois on est empêché d'aller du bon côté par les haies et par les murailles dont on a garni les vignes et les jardins. Cette sorte d'empêchement est extérieure et ne reçoit point d'exception ; car les esclaves et les sujets sont libres de cette sorte s'ils ne sont en prison ou à la chaîne. Mais il y a d'autres empêchements que je nomme arbitraires et qui ne s'opposent pas à la liberté du mouvement absolument, mais par accident, à savoir parce que nous le voulons bien ainsi et qu'ils nous font souffrir une privation volontaire. Je m'explique par un exemple : celui qui est dans un navire au milieu de la mer, peut se jeter du tillac dans l'eau s'il lui en prend fantaisie ; il ne rencontre que des empêchements arbitraires à la résolution de se précipiter. La liberté civile est de cette nature et paraît d'autant plus grande que les mouvements peuvent être plus divers, c'est-à-dire qu'on a plus de moyens d'exécuter sa volonté. Mais, de quel privilège donc, me direz vous, jouissent les bourgeois d'une ville ou les fils de famille, par-dessus les esclaves ? C'est qu'ils ont de plus honorables emplois et qu'ils possèdent davantage de choses superflues. Et toute la différence qu'il y a entre un homme libre et un esclave est que celui qui est libre n'est obligé d'obéir qu'au public et que l'esclave doit obéir aussi à quelque particulier.

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12 John Locke Le modèle du pacte social

13 Vie et oeuvres Essai sur lentendement humain Traité sur le gouvernement civil (1690) Essai sur la tolérance (1666) Lettre sur la tolérance (1689)

14 Le pacte social Etat de nature/Vie sociale Etat de nature : antérieur à la vie sociale Mythe de létat sauvage : il existe un droit naturel qui précède le droit positif – cf. Hobbes : état de nature = absence de règles, guerre de tous contre tous 2 piliers du droit naturel - droit de la propriété - droit du père Les droits naturels ne sont pas des droits innés – cf. racines religieuses Communauté = condition dune garantie des droits naturels les individus remettent à la société leurs droits individuels Société : réunion à but utilitaire – usage de la force et de la répression

15 Rapports du citoyen et du souverain Possibilité pour le citoyen de dénoncer le pacte (>< Hobbes) voire même de se révolter Pouvoir du souverain limité par le respect du droit naturel - ex. les lois ne peuvent enfreindre droit à la propriété - ex. les lois ne peuvent varier selon le bon vouloir du souverain

16 Religion et souverain Nécessité de la tolérance religieuse : maintien de la paix civile Liberté religieuse définie à la lumière du pacte ex. sont interdites les pratiques portant préjudice au pacte Problème de lathéisme en rapport avec les sources du droit naturel

17 Du gouvernement civil, 27 Si la terre et toutes les créatures inférieures appartiennent à tous, du moins chaque homme détient-il un droit de propriété sur sa propre personne ; et sur elle aucun autre que lui n'a de droit. Par suite, son travail personnel et loeuvre de ses mains lui appartiennent en propre. Or chaque fois qu'il retire une chose quelconque de l'état où l'a mise et laissée la nature, il mêle à cette chose son travail, il y joint donc un élément personnel : par là il s'en acquiert la propriété. De plus, lorsque des biens ont ainsi été retirés par lui de l'état commun où les avait mis la nature, le travail qui leur a été incorporé supprime désormais le droit commun, qu'avaient sur eux les autres hommes. Car ce travail est la propriété indiscutable du travailleur, et personne d'autre que lui n'a le droit d'en récolter les fruits ; du moins tant que les autres disposent en quantités suffisantes, de biens communs de même qualité.

18 Jean-Jacques Rousseau De linégalité à lintérêt général

19 Vie et œuvres Placé en apprentissage, senfuit à lâge de 14 ans Cercles philosophiques de Paris – rencontre Diderot Vie précaire Nombreux enfants abandonnés – cf. LEmile : traité déducation - Discours sur les sciences et les arts - Discours sur lorigine de linégalité (1755) - Lettre à dAlembert (1758) - Contrat social (1762) - LEmile (1762)

20 Le Discours sur lorigine de linégalité Question initiale : quelle est lorigine de linégalité parmi les hommes? Est-elle autorisée par la loi naturelle? Mythe de létat de nature comme fondement des droits naturels Vision pessimiste de la société

21 Le mythe de létat de nature Thème de la philosophie du XVIIe : mythe de lhomme à létat de nature Vision de Rousseau opposée à celle de Hobbes et Locke Homme à létat de n. = homme dans le jardin dEden - lhomme y vit seul - sans conflit avec ses semblables - satisfait ses besoins - dépourvu dart – esprit « sauvage » - égalité des hommes - pas de véritable droit naturel car solitude du sujet Létat naturel est caractérise par la solitude complète de lhomme R. conçoit létat de nature comme un état possible de lhistoire de lhomme (histoire = lieu des états successifs et différents théorie politique orientée vers lavenir)

22 La naissance de la société et sa décadence Létat social est sans justification il peut donc être modifié Létat social est en totale rupture avec létat premier de lhomme Il est voué à la dégradation, à la décadence (>< état de n. fixe) Rousseau soppose aux systèmes politiques antérieurs - seul les difficultés naturelles conduisent lhomme à sunir de façon stable - MAIS cette communauté napporte pas un progrès, car surgissent lenvie, la vanité, le mépris - la société est le fruit du hasard (« une circonstance extraordinaire »)

23 R. élabore une sorte de genèse de linégalité : - découverte du fer origine de lagriculture propriété inégalité (riches/pauvres) - les riches établissent des lois qui protègent la richesse destruction définitive de légalité primitive - DOÙ le fait que le contrat social tel quil existe soit invalide - établi au profit exclusif dune seule des parties - la société est mauvaise, mais lêtre humain est fondamentalement bon – il est perverti car la société la perverti

24 Le Contrat social (1762) Nature et artifice R. propose la solution au problème ayant fait lobjet du Discours La société est « un mal nécessaire » - surmonter les adversités naturelles La société mérite dêtre réformée Lhomme doit parvenir à réconcilier les caractéristiques de létat de nature avec lartifice des conventions nécessaires à létat social – cf. rôle éducation in LEmile

25 Egalité et liberté Lhomme à létat de n. jouit de légalité La naissance de la société crée des rapports hiérarchiques légalité première se perd en même temps que la liberté Pour R. légalité est la cause de la liberté Toutes les classes sociales participent à lorganisation politique Nécessité de lobéissance à la seule loi La loi : – émanation de la volonté générale (>< volonté particulière) – Impersonnelle et commune garantie du lien social

26 La volonté générale La volonté générale >< volonté qui cherche lintérêt particulier La volonté générale suit la raison Elle nest pas la somme des intérêts particuliers Il faut taire les intérêts individuels et partisans Le Contrat social abolit les droits individuels de chaque membre au profit de la communauté toute entière La volonté générale fonde une puissance totalement impersonnelle

27 Lorganisation sociale Les membres de la société sont à la fois – Puissance législative – Sujets de cette même société Le CS met en place une démocratie absolue – cf. république de Genève modèle rousseauiste de la société limitée à une seule cité Paradoxe de la théorie rousseauiste : lindividu est antérieur à la société MAIS au terme du CS il est éradiqué du bon gouvernement lindividu nest une donnée positive que dans lisolement le plus complet CAR le contact avec les semblables le pervertit

28 Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Préface Tant que nous ne connaîtrons point l'homme naturel, c'est en vain que nous voudrons déterminer la loi qu'il a reçue ou celle qui convient le mieux à sa constitution. Tout ce que nous pouvons voir très clairement au sujet de cette loi, c'est que non seulement pour qu'elle soit loi il faut que la volonté de celui qu'elle oblige puisse s'y soumettre avec connaissance, mais qu'il faut encore pour qu'elle soit naturelle qu'elle parle immédiatement par la voix de la nature. Laissant donc tous les livres scientifiques qui ne nous apprennent qu'à voir les hommes tels qu'ils se sont faits, et méditant sur les premières et plus simples opérations de l'âme humaine, j'y crois apercevoir deux principes antérieurs à la raison, dont l'un nous intéresse ardemment à notre bien-être et à la conservation de nous-mêmes, et l'autre nous inspire une répugnance naturelle à voir périr ou souffrir tout être sensible et principalement nos semblables. C'est du concours et de la combinaison que notre esprit est en état de faire de ces deux principes, sans qu'il soit nécessaire d'y faire entrer celui de la sociabilité, que me paraissent découler toutes les règles du droit naturel ; règles que la raison est ensuite forcée de rétablir sur d'autres fondements, quand par ses développements successifs elle est venue à bout d'étouffer la nature.

29 Du Contrat Social, Livre II, chapitre VII Celui qui ose entreprendre d'instituer un peuple doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine ; de transformer chaque individu, qui par lui-même est un tout parfait et solitaire, en partie d'un plus grand tout dont cet individu reçoive en quelque sorte sa vie et son être ; d'altérer la constitution de l'homme pour la renforcer ; de substituer une existence partielle et morale à l'existence physique et indépendante que nous avons tous reçue de la nature. Il faut, en un mot, qu'il ôte à l'homme ses forces propres pour lui en donner qui lui soient étrangères et dont il ne puisse faire usage sans le secours d'autrui. Plus ces forces naturelles sont mortes et anéanties, plus les acquises sont grandes et durables, plus aussi l'institution est solide et parfaite. En sorte que si chaque citoyen n'est rien, ne peut rien, que par tous les autres, et que la force acquise par le tout soit égale ou supérieure à la somme des forces naturelles de tous les individus, on peut dire que la législation est au plus haut point la perfection qu'elle puisse atteindre.

30 Du Contrat social, Livre I, chapitre 8 Ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. C'est alors seulement que, la voix du devoir succédant à l'impulsion physique et le droit à l'appétit, l'homme, qui jusque-là n'avait regardé que lui-même, se voit forcé d'agir sur d'autres principes, et de consulter sa raison avant d'écouter ses penchants. Quoiqu'il se prive dans cet état de plusieurs avantages qu'il tient de la nature, il en regagne de si grands, ses facultés s'exercent et se développent, ses idées s'étendent, ses sentiments s'ennoblissent, son âme tout entière s'élève à tel point que, si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au- dessous de celle dont il est sorti, il devrait bénir sans cesse l'instant heureux qui l'en arracha pour jamais et qui, d'un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme.

31 Discours sur l'origine de l'inégalité, Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu'ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique ; en un mot, tant qu'ils ne s'appliquèrent qu'à des ouvrages qu'un seul pouvait faire, et qu'à des arts qui n'avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et heureux autant qu'ils pouvaient l'être par leur nature et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d'un commerce indépendant : mais dès l'instant qu'un homme eut besoin du secours d'un autre, dès qu'on s'aperçut qu'il était utile à un seul d'avoir des provisions pour deux, l'égalité disparut, la propriété s'introduisit le travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l'esclavage et la misère germer et croître avec les moissons. La métallurgie et l'agriculture furent les deux arts dont l'invention produisit cette grande révolution. Pour le poète, c'est l'or et l'argent ; mais pour le philosophe, ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes et perdu le genre humain. (...) L'invention des autres arts fut donc nécessaire pour forcer le genre humain de s'appliquer à celui de l'agriculture. Dès qu'il fallut des hommes pour fondre et forger le fer, il fallut d'autres hommes pour nourrir ceux-là. Plus le nombre des ouvriers vint à se multiplier, moins il y eut de mains employées à fournir à la subsistance commune, sans qu'il y eût moins de bouches pour la consommer ; et, comme il fallut aux uns des denrées en échange de leur fer, les autres trouvèrent enfin le secret d'employer le fer à la multiplication des denrées. De là naquirent d'un côté le labourage et l'agriculture, et de l'autre l'art de travailler les métaux et d'en multiplier les usages. De la culture des terres s'ensuivit nécessairement leur partage, et de la propriété une fois reconnue les premières règles de justice : car, pour rendre à chacun le sien, il faut que chacun puisse avoir quelque chose ; de plus, les hommes commençant à porter leurs vues dans l'avenir, et se voyant tous quelques biens à perdre, il n'y en avait aucun qui n'eût à craindre pour soi la représaille des torts qu'il pouvait faire à autrui. Cette origine est d'autant plus naturelle, qu'il est impossible de concevoir l'idée de la propriété naissante d'ailleurs que la main-d'œuvre ; car on ne voit pas ce que, pour s'approprier les choses qu'il n'a point faites, l'homme y peut mettre de plus que son travail. C'est le seul travail qui, donnant droit au cultivateur sur le produit de la terre qu'il a labourée, lui en donne par conséquent sur le fonds, au moins jusqu'à la récolte, et ainsi d'année en année ; ce qui, faisant une possession continue, se transforme aisément en propriété.


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