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Sommes-nous des philosophes ou des singes ? La question de la spécificité humaine Georges Chapouthier « De lanimal à lhomme : rupture on continuité » Strasbourg,

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1 Sommes-nous des philosophes ou des singes ? La question de la spécificité humaine Georges Chapouthier « De lanimal à lhomme : rupture on continuité » Strasbourg, 27 Novembre 2010

2 Intro Titre provocateur Question de fond Argumentation : racines biologiques (éthologiques), conclusions philosophiques

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4 Plan Lhomme et lanimal à travers les civilisations : la « nature » biologique de lêtre humain La question de la « culture » chez les animaux : proto-morales, proto- esthétiques Lêtre humain est-il un philosophe ou un singe ?

5 Lhomme et lanimal à travers les civilisations LANIMAL HUMANISE Procès, Louis XII Littérature : fables, roman de Renart… Expressions populaires Divinisé Ganesh / Quetzalcoatl

6 Lhomme et lanimal à travers les civilisations LANIMAL HUMANISE Egypte : « Toutes les combinaisons sont possibles, forme entièrement humaine ou animale ou encore mixte, corps humain à tête danimal, corps animal à tête humaine (sphinx) » (Marc Etienne) Hathor (bonheur) : vache ou oreilles de vache Bastet (musique, danse) : chatte ou femme à tête de chatte Anubis (cimetières) : chien ou homme à tête de chien Horus (ordre) : faucon ou homme à tête de faucon Nekhbet (protectrice Haute-Egypte) : vautour Ouadjet (protectrice Haute-Egypte) : cobra Thot (secrétaire des dieux) : tête dibis ou corps de babouin…

7 Lhomme et lanimal à travers les civilisations LANIMAL HUMANISE Grèce : divinités mineures Centaures, harpies (oiseaux à tête de femme) Pan Métempsycose : Pythagore, Empédocle : « Sur son propre fils, qui a changé de forme, le père lève le coup de la mort, labat et y ajoute une prière, le méchant fou… (…) sourd à son gémissement, il labat et prépare avec, à la maison, son repas de péché » Hindouisme, bouddhisme…

8 Lhomme et lanimal à travers les civilisations LANIMAL HUMANISE Occident : traces métaphoriques (« lagneau de Dieu ») Stade enfantin dhumanisation des animaux (nounours = poupée) Animalisation de lêtre humain par lesclavage

9 Lhomme et lanimal à travers les civilisations LANIMAL-OBJET Souvent contemporain de lanimal humanisé Dualisme cartésien. Limites (Kambouchner) « la morale cartésienne se réduit à quelques pages de la troisième partie de discours » Malebranche Conception dominante en Occident Mais Madame de Sévigné « Des machines qui aiment, des machines qui ont une élection pour quelquun, des machines qui sont jalouses, des machines qui craignent. Allez, allez, vous vous moquez des nous ; jamais Descartes na prétendu nous le faire croire. » Ex Fièvre aphteuse, Labo « bout de bois »…

10 Lhomme et lanimal à travers les civilisations LANIMAL- ETRE SENSIBLE /PARENT DE LHOMME SANS ETRE SON IDENTIQUE Développement même de la science cartésienne/bernardienne Isomorphie/parenté de lhomme avec les animaux les plus proches pour toutes les disciplines du vivant. Pathologie. Théorie de lévolution RESTE LA « CULTURE »

11 Lanimal, être de culture ? Quest-ce quune culture ? Lié au développement du cerveau Outils Règles cognitives Langages Morales Esthétiques

12 Loutil Principalement oiseaux et mammifères, mais pas seulement Grives et « enclumes à escargots » Pics et « enclumes à noisettes » Pinsons des Galapagos et épines Oiseaux dAustralie et tampons colorés Loutre et instrumentalisation du ventre Chimpanzés et brindilles Chimpanzés et « méta-outils » (cailloux pour stabiliser une « enclume à noix ») Mais aussi : fourmi Atta et terreau de feuilles Enfin : problème des nids

13 La règle La position classique de Levi-Strauss Un exemple de règle chez le rat Les protolangages chez les anthropoïdes Dauphins et instructions gestuelles humaines Notion de nombre chez les mammifères et les oiseaux Pigeons et notion détendue deau, de forêt…. Geais et suite logique de forme (cf QI) Pics épeiches et anticipation de la pesanteur Irene Pepperberg et ses perroquets (classement dobjets selon couleur ou forme, notion de semblable et de différent…) Interdit de linceste chez les primates

14 Le langage Communication et langage Protocultures dans la communication : dialectes de chant Communication entre espèce (signaux dalarme, cf Lestel) Protolangage des abeilles Protolangages des anthropoïdes Du langage aux symboles abstraits

15 La morale Proto-morale et vie en société Plus généralement : la protection privilégiée des jeunes Les travaux de Frans De Waal sur les chimpanzés Sympathie, attachement, intérêt pour les jeunes, aide aux handicapés, punitions, négociations, coopérations, réconciliations… « Le pardon nest pas… une idée mystérieuse et sublime que nous devons à quelques millénaires de judéo-christianisme…Le fait que les singes, les grands singes et les hommes ont tous des comportements de réconciliation signifie que le pardon a probablement plus de trente millions dannées et quil est antérieur à la séparation intervenue dans lévolution des primates »

16 Les choix esthétiques Michel Kreutzer : « Le goût pour le beau trouverait son origine dans lattrait quexercent les partenaires sexuels. Ensuite on peut imaginer que ce goût fut secondairement étendu à dautres domaines » Ex : couleurs vives dun partenaire qui révèlent sa « santé » Le lien entre esthétique et sexualité reste aussi présent chez les humains Similarités kinesthésiques entre danses humaines et danses de certains oiseaux

17 Les choix esthétiques (suite) Préférences de couleurs (saturées, brillantes, primaires), de formes (courbes, symétries), de motifs musicaux (rythmes) Lestel : dans leurs chants, les oiseaux « évitent les extrêmes de la régularité mécanique comme ceux de la simple diversité aléatoire » Lestel : « Les baleines composent et bricolent leurs chants avec une indéniable créativité et une grande ingéniosité » Peu d « œuvres dart » spontanées Tableaux effectués sur instruction humaine par les chimpanzés et certains oiseaux

18 La conscience dans le monde vivant Contrairement à Descartes / Malebranche Conscience daccès Conscience phénoménale Test du miroir

19 Conclusions sur la place de lêtre humain Le développement des sciences semble réduire, de plus en plus, le « fossé » qui était supposé séparer lhomme de lanimal Alors, en morale et en esthétique, sommes-nous philosophes ou chimpanzés ? Réponse : les deux

20 Complexité dun autre ordre Puissance du cerveau humain Divisions nerveuses supplémentaires ? Quantité ou qualité ?

21 Explosion du rationnel et de limaginaire La rationalité (« Homo sapiens ») Sacre du possible, du virtuel : limaginaire Deux hémisphères Ebauches chez lanimal

22 Importance de la néoténie Quest ce que la néoténie Bolk, Morris, Tinland Singe nu au super-cerveau Adaptabilité Déficience des régulations sociales (violence) Jeu

23 Vécu existentiel de durée Lanimal vit dans une certaine immédiateté Outils instantanés, communication, morale pratique, esthétique… Lêtre humain projette davantage dans la durée et dans lavenir Sur-développement du néocortex ? De lhémisphère gauche (abstraction), droit (imaginaire) ?

24 Une question métaphysique centrale Rupture ou continuité Descartes et la rupture Darwin et la continuité (philosophies orientales idem) Rupture ET continuité Deux dangers, cf « humanisé » et « objet »

25 Des conséquences morales pratiques Lêtre humain possède, du fait de son cerveau, un mode dêtre particulier : une certaine fierté dans le domaine de la connaissance (Homo sapiens) Cette fierté ne peut, en aucun cas, être transférée au comportement moral pratique (guerres, atrocités...). « Chacun porte en soi, au point de vue moral, quelque chose dabsolument mauvais, et même le meilleur et le plus noble caractère nous surprendra parfois, par des traits individuels de bassesse ; il confesse ainsi en quelque sorte sa parenté avec la race humaine, où lon voit se manifester tous les degrés dinfamie et même de cruauté » (Schopenhauer) Singe savant, lêtre humain est aussi un singe violent, cruel et destructeur

26 Lêtre humain est-il un philosophe ou un chimpanzé ? Il est un chimpanzé par sa biologie Il est un chimpanzé par les racines de sa culture Il est même un chimpanzé néoténique, qui contrôle mal sa violence et qui joue Il est un philosophe au sens large quand il tire un vrai profit de son super-cerveau Il est donc les deux. Unitaire. Animal et non animal. Mais « les fleurs empoisonnées de la culture, le mal en chacun dentre nous » Souhait que le philosophe contrôle davantage le chimpanzé néoténique qui sommeille en lui Davantage pour Homme, Animaux, Environnement

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