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2 Durée environ 10 minutes. Attendez que la musique de List démarre et cliquez pour avancer Daprès un texte de Daniela HUREZANU DeathByEmbers

3 LÂme sennuyait, car elle était seule, plus seule que Celui qui, au début de tout commencement, la créa, se retirant après, à son image, plus délicate que la brise, lempreinte dun visage quelle, lâme, na jamais eu. dguy7

4 Ainsi est-elle née avec un défaut congénital : image dun corps qui lui manquait.

5 Cest de là peut-être quil lui est resté un désir pour les corps et pour tout ce qui pouvait compenser cette fragilité innée.

6 Sa vie commença directement avec ladolescence et cest toujours avec celle-ci quelle finit. Dès le jour où elle entendit parler de lamour, une fièvre sempara delle.

7 Elle ne pensait plus à rien d autre, ou si elle y pensait, cétait toujours à la surface de cette autre pensée qui ne la quittait jamais, quelle portait toujours avec elle, et quand elle était plongée dans nimporte quelle minuscule activité de la quotidienneté, la pensée lui revenait tout dun coup des tréfonds de lêtre, à fleur dâme, pour ainsi dire, et elle sarrêtait tout court :

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9 « Et si cétait elle, celle que je viens de frôler en passant, lâme-sœur, et je lai perdue à jamais ? »

10 Cette idée que peut-être elle aurait pu croiser lautre moitié delle-même, destinée à accomplir cette merveilleuse sphère que les autres appelaient « amour, » fut à lorigine dun permanent tourment dans sa vie qui finit par abîmer visiblement ses capacités visuelles. Deat

11 Car, à force de regarder avec une attention accrue tous les visages quelle rencontrait, ses yeux devinrent de plus en plus faibles ; imperfect_bliss

12 et pour comble de lironie, à chaque fois quelle regardait cet autre visage inconnu profondément dans les yeux, elle était frappée par le même sentiment de reconnaissance, de sorte quaprès quelque temps, elle se trouva amoureuse de tous les visages quelle rencontrait.

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14 Cétait plus fort quelle : un regard dans les yeux dun passant, et si ignoble, si plein de péchés fût-il, elle y voyait toujours quelque chose qui lui rappelait ses yeux à elle. Elle était amoureuse à jamais, folle damour, elle était folle.

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16 Non, cela ne pouvait pas continuer ainsi. Et puisque cela ne pouvait pas continuer, cela empira. Maintenant elle ne pouvait plus reconnaître personne, aucune fascination pour les yeux quelle rencontrait, aucun dépaysement vertigineux ;

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18 mais, après quelque temps, elle constata avec stupeur quil lui arrivait, quand dautres yeux sarrêtaient plus longtemps sur elle, déprouver un mélange démotions singulières, comme si elle-même avait trouvé refuge dans cet autre corps, et de là, elle regardait fascinée ses propres yeux !

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20 Oui, cette chose incroyable se passa ! Elle éprouvait maintenant la folie des autres, de tous ceux qui, assez fous pour se laisser conduire par la lumière trompeuse de ces yeux à elle, plongeaient dans la nuit sans relève des passions, elle ressentait leur folie comme la sienne, séparée delle-même et dans cette séparation, se désirant comme elle navait jamais désiré personne, nom de Dieu, elle vivait lamour de tous ceux qui laimaient, elle était amoureuse delle-même !

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22 Ce quelle voulait, cétait comprendre cette chose incompréhensible : par quel miracle, dans la fente dune paupière autre que la sienne, le monde souvrait dun coup sur un autre rythme, et par quel miracle, ce rythme se faisait-il si clairement entendre dans chaque cellule de son corps ?

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24 Cétait peut-être sa constitution légère, vaguement fantomatique, qui faisait quelle soit particulièrement curieuse du point où la matérialité de toute existence était brusquement interrompue par les tréfonds intouchables de lœil.

25 Elle savait sans doute, plus que personne, que le charme extérieur dune existence nétait que lapparence grossière de cette matérialité, à linstar dune paupière qui cachait derrière elle les mystères insondables de lêtre.

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27 Mais comment se faisait-il que dans cette légère ouverture qui séparait la matière du non-être, dans lœil ouvert, rien de matériel ne subsistait, sinon une illumination de tout le corps par son rythme intérieur ?

28 Plus tard, beaucoup trop tard, elle aura compris quelle ne devait pas regarder les yeux des autres bien en face, jusquaux tréfonds ; elle y trouvait toujours sa propre image évanescente, linsaisissable Âme.

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30 Un jour, lÂme fut brusquement arrêtée dans son nonchalant passage à travers lexistence par une paire dyeux dun bleu velouté couleur de la mer furieuse, noire presque mais pas encore.

31 Le porteur des yeux sarrêta lui aussi, comme inspiré, la brise étant particulièrement forte ce jour-là, des chuchotements comme des serpents amoureux sentrelaçant vers les cieux, là où le bleu de ses yeux presque noirs rencontrait les yeux vulnérables déjà blessés de lÂme.

32 Oh, comme elle en fut touchée ! Elle le reconnut à linstant, mais pas lui, tout fasciné quil était par sa légèreté, car lui, il était bien attaché à la terre, même si, par ses yeux, parent de la mer.

33 Mais il la regarda droit dans les yeux, et elle, âme sans attaches, trembla jusquau fond delle-même, jusquà lâme de son âme.

34 Comment décrire le vertige qui la saisissait quand ses yeux, si sombres quen les regardant seulement elle pouvait déjà sentir lodeur salée de la mer et des algues, et voir les vagues qui viennent et qui se retirent, qui viennent et qui se retirent, sombres comme le fond sans fond de la mer, et cependant si lumineux que leur lumière la frappait toujours comme un choc reçu au milieu de la nuit, et alors le vertige, quand ses yeux rencontraient ses yeux à elle.

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36 On dit que les yeux sont les fenêtres de lâme, du moins les vieux le disaient autrefois, quand ils avaient encore une âme, mais aujourdhui, les yeux sont restés, les âmes sont parties, loin à louest, loin à lest, ou peut-être au nord ou au sud dans une île des peuplades disparues.

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38 Oui, elle avait une âme, elle nétait quâme, le corps revenait parfois, mais pas souvent.

39 Cétait un problème dans ce monde de corps où son âme sattachait chaque fois à jamais, sacré travail !

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41 Et cette chose incompréhensible : ces corps qui, de loin, par leurs yeux et mouvements parfois le rythme de la danse rappelaient, de près étaient tous lourds, dune lourdeur de fin de siècle, plomb.

42 Mais ses yeux à lui avaient la violence dun oiseau de proie, bien quil fût la douceur même, les yeux de la maîtrise et du savoir, dun noir où Ariane même se serait perdue.

43 Leurs yeux se connaissaient. Ils se virent, se reconnurent et saimèrent.

44 Musique extraite des préludes de Franz Liszt Photos Internet Daniel 21 Juin 2008 Ce diaporama numéro 46 est strictement privé. Il est à usage non commercial.


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