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Éléments dethnologie ANT 1013 Guy Lanoue C-3075, 3150 Jean-Brillant Guy Lanoue, Université de Montréal, 2009-2013.

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1 Éléments dethnologie ANT 1013 Guy Lanoue C-3075, 3150 Jean-Brillant Guy Lanoue, Université de Montréal,

2 Lethnologie et la culture La culture est: a) un ensemble (pas «un système») de représentations b) créée par les individus, mais aucun individu nincarne tous les traits de la culture c) reproduit et véhiculée par de choix individuels, même par des comportements et des attitudes non-conformes et hautement idiosyncrasiques d) naturalisée et normalisée; elle est donc véhiculée par les émotions et par dautres dimensions du corporel; on sent la culture dans les tripes e) parfois irrationnelle et toujours arbitraire f) indépendante des actions et de la volonté dun individu («superorganique») /e46/Spazmoticat/ideology.jpghttp://i36.photobucket.com/albums

3 a) lidéologie (un ensemble assez cohérent didées), parce que ses composants ne sont pas nécessairement cohérents lun avec lautre b) limitée aux valeurs explicitement partagées par la communauté c) un synonyme pour «un peuple», comme se dit parfois dans le discours populaire, «la culture des X», comme si la culture était une entité étanche qui se colle à tous les membres dune société de façon identique. Cest faux. Chaque société est parsemée de plusieurs dynamiques culturelles qui sont parfois en contradiction lune et lautre. Par exemple, les grandes civilisations possèdent de cultures qui sont organisées, métaphoriquement, en forme de pyramide. Vers le sommet, occupés par les élites qui contrôlent les représentations, il y a peu de composants, mais ils sont très complexes et difficiles à maitriser, comme p.e. la haute culture «classique». La survalorisation de ces éléments permet à lélite de reproduire la hiérarchie sociale; maitriser ces éléments «raffinés», selon les normes définies par lélite, devient un composant essentiel de lidentité sociale. Par contraste, les personnes ayant un statut bas dont laccès au pouvoir est limité souvent développent de cultures dont les composants sont simples et faciles à maitriser, mais qui sont combinés dans des ensembles _resources/handsigns/menu jpg Symbole de la gang de rue Bloods complexes, fluides et novateurs, pour ériger une frontière culturelle relativement imperméable aux membres de lélite – par exemple, des argots populaires tels que la langue SMS, les gang signs (à droite), la langue djeunz (France), le rhyming slang cockney, le gangsta rap américain; ou, il peut sagir de certains types de comportements corporels, tels que le pimp roll; le décor riche ou kitsch; habillement scene ou obscène. Les deux dynamiques culturelles – lune dont le signifié est une société relativement fermée, lautre se référant à une société relativement ouverte – peuvent coexister tranquillement. La culture nest pas: Voir Bruno Munari, Supplemento al dizionario italiano, Mantoue, 2007 (1963; un dictionnaire de gestes italiens «typiques»).

4 Les thèmes populaires de lethnologie - léconomie et les rapports écologiques; adaptation à lenvironnement; modes de survie; technologies; pressions et dynamiques démographiques - politique; structure sociale, gouvernance; rapports de pouvoir et de force; résistance individuelle et collective au pouvoir coercitif; le contrôle indirect du temps et de lespace - représentations et symboles; religion, limaginaire et la projection du Soi; mythe et mythification; la production dune communauté de référence; métaphorisation et métonymisation - autres formes de production culturelle – musique, art visuel et dimensionnel, littérature et légendes, films et télévision, mode et habillement, décoration et ameublement; la production et la consommation du spectacle comme lieu ritualisé - parenté et lintime; la production du Moi et du Soi social; lindividualisation et lidentité sociale; la corporalité et le pouvoir; la politisation de la sexualité et du genre - lutilisation du temps – la production du passé, de lhistoire et de souvenirs - la ritualisation, la normalisation, la ritualisation – comment fonctionnent les technologies de la gouvernance en créant des ponts symboliques entre la communauté imaginée et le vécu; comment sincarne le pouvoir dans le quotidien

5 Faire lethnologie - se concentrer sur les dimensions «cachées» dun phénomène - examiner comment un trait est lié aux autres (leffet du «système») - analyser comment les diverses frontières se chevauchent (autour du Soi, autour de la communauté, autour de la société) - être sensible aux divergences entre la description (la rhétorique, lidéologie) et la pratique - identifier les mécanismes par lesquels les individus se situent vis-à-vis de la communauté de référence et les moyens par lesquels ils partagent cette construction /roidjk27/LAFOIREOLIEN/merkeloslo2.jpg esterne _big.jpg Angela Merkel shooped?* Limage a été utilisée dans la campagne électorale de 2009, sans lapprobation de Mme Merkel. Publicité postmoderne * Shoop = photoshop déformé et transformé en netspeak et verbe

6 Le terrain – lapproche à lAutre le recul – peut mener au scientisme aveugle, car semble être la à base du regard objectif, mais est néanmoins incontournable comme condition du terrain le temps artificiel de la recherche – dominé parfois par un modèle bureaucratique sensibilisé aux rythmes administratifs et non aux dynamiques qui gouvernent la production des savoirs; léternel présent; lintensité et donc lintimité de la rencontre sont exagérées par le temps limité de la recherche lidéal et le vécu – les déclarations de lAutre font partie de son imaginaire et ne sont nécessairement des miroirs des règles de vie le terrain traditionnel ou le terrain sans frontières; méthodologie basée sur lorientation envers sensible à laire culturelle ou à une thématique? Le terrain contemporain Le terrain traditionnel

7 Lidéal et le vécu /people/i/2004/04/startrac ks/040524/kbeckinsale.jpg s/fat-girls-in-thomgs-ugly-women- topless-breasts-rio-beach.jpg com/2007/04/speedo_guy.jpg /t/taylor_lautner_of_twilight-2659.jpg

8 Dangers du terrain «Exotiser» lautre -être séduit par lintimité et croire que les secrets sont partagés par tout le monde -penser que la dimension intime et «cachée» de lAutre est plus importante que ses institutions et pratiques publiques -être trop sensible aux conditions locales mais saveugler aux conditions globales qui peuvent impacter le local -penser que les conditions locales sont complètement créées par les dynamiques de la mondialisation -être trop orienté aux prévisions de la théorie et insensible aux croyances de lAutre -être trop sensible aux déclarations de lautre et avoir peur de théoriser -être piégé par la rectitude politique et cacher certains traits «inconfortables» -être incapable dutiliser la méthode comparative, car les frontières politiques ou géographiques ne définissent plus les limites de lagir culturel; sans comparaison, comment arriver à des lois universelles? -confondre lengagement politique et moral avec lanthropologie; vouloir aider ou changer le monde nest pas un substitut pour lanalyse outoforbit/Henri_matisse_Odalique_1923.jpg Lexotisme et lorientalisation de lAutre: Henri Matisse, Odalisque, 1923

9 Le terrain traditionnel (1976): jadis, la barbe était signe obligatoire du sérieux et de lengagement envers la discipline (le premier film dIndiana Jones est apparu en 1981; comme dhabitude, jétais à lavant-garde de la mode, comme ma chemise témoigne). Cependant, les femmes anthropologues devaient parfois improviser. Les résultats sont … incertains.

10 Le terrain traditionnel (1976) Avant linvention des mesures de sécurité avancées telles que le Bear-dar, des centaines dethnologues ont sacrifié leur vie pour la science; à lépoque, des collisions entre les chercheurs et les ours dominent les manchettes

11 Le terrain traditionnel (1979) À lépoque, la quantité et la brillance des théories ethnologiques étaient limitées par la longueur excessive des cheveux, qui empêchent les chercheurs de voir certains détails importants. Les ethnologues porteurs de fusils sont particulièrement dangereux, surtout dans les contextes urbains. Des douzaines dinformateurs potentiels perdent la vie parce que lassociation américaine refuse dimposer des limitations sur lutilisation des fusils lors du terrain. Heureusement, limage de lintellectuel comme bohème passe de mode, et le progrès scientifique fait de bonds notables quand un ethnologue mâle se coupe les cheveux après avoir assisté à un congrès féministe à Seattle. _breeds/images/old_english_sheepdog_h03.jpg

12 Le terrain en Italie (Abruzzes), 1997 Parfois, des paysans nous tombent du ciel; des douzaines dethnologues perdent la vie ou sont gravement blessés dans une série daccidents bizarres; les écoles ne préparent aucunement les ethnologues en herbe pour affronter ce danger, car lépoque est dominée par le matérialisme; la plupart des ethnologues, entrainés à être sensibles aux infrastructures, ne conçoivent pas que les superstructures soient importantes. Heureusement pour vous, jassume comme mission sacrée la responsabilité de vous sensibiliser à tous les dangers de la recherche: noubliez pas de regarder vers le haut.

13 Le terrain transversal (2000 à présent) Le terrain transversal est un concept introduit par George Marcus («multi-sited fieldwork», Ethnography Through Thick and Thin, 1998), où lethnologue tente de tracer les liens parfois politiques, parfois économiques, partant dun seul phénomène. Il oblige le chercheur dignorer les frontières géographiques. Cest la méthode de recherche privilégiée pour une planète désormais mondialisée. Parfois, comme dans mon cas, on se trouve dans la nature sauvage. Lethnologue est désormais comme limage hollywoodienne du Mountie, qui nabandonne jamais lenquête, malgré leffet néfaste de certains lieux sur lesprit.

14 Le terrain transversal (2000 à présent): La poursuite de la vérité lointaine peut nous mener à des lieux imprévus et même dangereux. Derrière la nouveauté du phénomène désormais global, cependant, se trouve parfois de situations déjà vécues. La formation doit donc accorder un certain poids à lhistoire de la pensée. Ici, on voit lanthropologue, aujourdhui et hier, faire face aux dangers aquatiques.

15 Le terrain transversal (2000 à présent): On sefforce de travailler même quand on est entouré de choses vieilles et abimées, dans de conditions dominées par des ruines. On fonce vers la vérité, carnet dans une main, un café espresso dans lautre.

16 Le terrain transversal (2000 à présent): il faut parfois consommer des quantités dangereusement élevées dalcool et de mets raffinés pour se désensibiliser à lagression esthétique quon subit lors de lenquête en certains quartiers

17 Le terrain (2000 à présent) Comment mener lenquête quand on est continuellement obligé à combattre la solitude existentielle qui nous accompagne partout? Bonjour, tristesse. Notre seule arme: le cocktail, mais, attention!, seulement sans glaçons, sinon cest inefficace. Ces techniques avancées sont en général enseignées uniquement lorsquon sinscrit aux études supérieures, mais je partage ce petit secret du métier avec vous.

18 Le terrain transversal (2000 à présent): par politesse, il faut shabituer à la nourriture locale et avaler notre répulsion; pour cela, il est nécessaire de subir un entrainement rigoureux, shabituant peu à peu à des saveurs exotiques et bizarres. Le programme détudes spécialisées consiste de cours à lInstitut dhôtellerie.

19 Le terrain transversal (2000 à présent): souvent, nos sensibilités raffinées dintellectuel se heurtent contre les réalités philistines et grossières de la vie contemporaine; on continue, moralement obligé par notre engagement envers notre discipline, à visiter des centres dachats, malgré le risque dêtre contaminé par lesprit du commerce. Heureusement, nous sommes soutenus par lidée que notre travail un jour transformera le monde pour le mieux.

20 Problèmes liés à la collecte de données qualitatives: 1)Les faits ne sont pas discrets (quest-ce qui constitue un fait?) 2)Les faits ne sont pas toujours significatifs en soi 3)Les données ne consistent pas uniquement des déclarations des informateurs, mais de leurs gestes (il faut une longue période dobservation) 4)On doit lier les gestes lun à lautre pour définir une séquence significative 5)On a donc un grand ensemble de petits gestes, dont aucun nest nécessairement important en soi. Il faut trouver une façon de lier un fait à lautre pour dégager les dynamiques. Le but est donc de trouver une méthode darranger les données non significatives en soi pour quelles dégagent de connexions qui ne sont pas évidentes à premier vue dœil, et déviter de projeter de liens basés sur les préjugés et postulats de la culture de lobservateur. Travailler le terrain/1 Depuis lépoque de Malinowski, cette image de la recherche est devenue iconique, mais aujourdhui elle nest plus typique de la recherche de terrain.

21 Semaine 1: B1a: blablabla B1b: blablabla C1a: blablabla Semaine 2: C2a: blablabla C2b: blablabla A2a: blablabla Semaine 3: C3a: blablabla C3b: blablabla A3a: blablabla Chaque observation est codée simplement selon: a)le type dactivité (A= politique; B = sociale; C = économie; b)lindice du temps (semaine 1, semaine 2, etc.); on peut utiliser le jour ou le mois comme unité de temps, mais une semaine est un bon compromis; c)un troisième code qui distingue les activités dans la même semaine (a, b, c, etc.) Première étape: un journal quotidien où on écrit tout; chaque observation (une ligne, un paragraphe) est codée Deuxième étape: On prépare de matrices, une par semaine, où on insère les codes de gauche à droite dans lordre chronologique, respectant le code de chaque colonne (p.e., un Bxx est placé dans colonne no. 2). Le terrain/2

22 A) PolitiqueB) SocialeC) Économie B1aC1a B1b ABC C2a C2b A2a ABC C3a C3b A3a Semaine 1: Semaine 2: Semaine 3: Le terrain/3

23 On peut lire linformation sur trois axes: 1) de gauche à droite, de haut en bas (structure narrative), comme un livre 2) de lavant-plan à larrière-plan, cellule par cellule (structure dynamique, où on voit le développement dynamique dun thème, p.e., léconomie, où un phénomène est une condition antérieure pour un autre) 3) colonne par colonne (structure thématique, mais qui indique la densité dun phénomène ou dun secteur: plusieurs observations dans lespace dune semaine peuvent indiquer que le phénomène a une dimension temporelle) Michael Taussig est un anthropologue renommé qui utilise ses carnets de terrain pour dessiner, pour se laisser aller, car il considère la rencontre avec lAutre un travail de limagination. Il revisite donc souvent les vieilles observations pour y apposer de commentaires (visuels et autres), transformant le texte original en hypertexte. Ma méthode est la même, mais plus organisée. Le terrain/4

24 Lagir: souvent, la traduction française du mot agency (une autre est « agencéité) utilisé surtout par les Américains influencés par Michel Foucault et par sa notion de biopouvoir; les actions de lindividu qui sont marquées comme significatives et définitoires pour le Moi autocensuré et pour le Soi superficiellement complice de lAutre. Originalement, utilisé pour contraster la liberté de choix avec le conformisme à une structure, mais aujourdhui se réfère à la capacité de naviguer indépendamment dans le cadre dune structure (ou un cadre) particulière. Cest la conscience que nos actions ont des conséquences pour nos rapports avec les autres. Biopolitique: souvent et erronément synonyme du biopouvoir, exercer le pouvoir sur le corps; la biopolitique est la politisation de la sensibilité corporelle de lhumain. Par exemple, obliger des élèves à respecter un plan rigide de placement dans une salle de cours, jour après jour, les sensibilise à involontairement traiter le corps, censé être au cœur de lidentité individuelle, comme un engin de conformisme; cependant, orné de tatouages et de vêtements non-standards, et utilisant un ton de voix et une gestualité «vulgaire» ou «impoli», il peut également souligner lindividualité et former la base du rejet de la complicité et du conformisme (en fait, le biopouvoir). Proposé et utilisé par Michel Foucault, Histoire de la sexualité, t.1, tent/uploads/2009/07/self-esteem.jpg /getimage.asp?id= blogs.fr/media/01/01/ jpg Le Soi et le Moi: le Moi est légo primordial, composé des émotions, pensées, et pulsions qui sont propres à lÉgo individuel et qui sont invoquées quand lindividu se constitue comme une entité; le Soi y ajoute une couche sociale, la sensibilité du Moi envers le monde social (vécu ou imaginé) dans lequel il vit; le Moi comme sujet social. Traditionnellement, plusieurs théories donnent la primauté au Moi, sur lequel sérige le Soi, mais la postmodernité a mis cette hiérarchie en question. mons/9/98/MiiReuel.jpg Le Mii le Moi Michel Foucault Quelques définitions provisoires :

25 Dynamique culturelle (10NAMK Q2RL, pour ceux et celles qui visionnent ce texte via Blackberry) ou processus culturel: les séquelles de lagir individuel, qui sinsèrent dans un cadre intersubjectif. Ceci crée un pont liant les choix et les réactions de lindividu à la communauté. Autrement dit, il sagit du mécanisme qui établit de liens entre un sujet et un ou plusieurs autres (qui peut être des catégories ayant de manifestations existentielles, telles que «mon peuple», «ma communauté», ou il peut sagir de catégories abstraites, telles que «lamour»). Un exemple très simple est le rapport du rouge (en Occident) à lobligation de sarrêter à un carrefour, et donc les personnes ont tendance à choisir cette couleur pour signaler lobligation de sarrêter face au danger, et par métonymie, pour signaler le danger en soi. Ce choix de couleur tient compte, consciemment ou inconsciemment, des attentes et de réactions possibles de la part des autres. De plus, on actionne des objets selon notre interprétation de leurs qualités sémiotiques et de leur impact sur les autres, mais ceux-ci peuvent être tellement complexes ou imprévisibles que leurs mises en scène ne sont pas identiques ou même similaires dune situation à lautre; donc, on parle de «tendances» et non de «structure» contraignante. Deux, la dynamique culturelle se réfère aux tentatives de simplifier et de canaliser linterprétation des gestes de lautre en les étiquetant pour que ceux- ci soient facilement interprétables selon un ensemble de catégories supposément fixes (voir ritualisation). Ceci signifie quil existe toujours une tension au cœur de la dynamique culturelle entre attente « idéalisée » et résultat « pratique ». Trois, une fois définis, les personnes peuvent y ajouter dautres couches de signification au processus pour expérimenter la nouveauté, la résistance à lhégémonie, et lindividualisation. Par exemple, quand les membres dune classe inférieure veulent améliorer leur statut en imitant un trait censé être typique dune classe supérieure, ils peuvent le modifier pour que le trait devienne « typique » de leur classe et, donc, de leur résistance au « système ». /WEB_CHEMIN_1073_ jpg Les personnes qui shabillent en costume lors dune fête ou selon les exigences du lieu sont un exemple dune dynamique culturelle english ladies 1570 de Heere-sm.gif

26 Identité: aujourdhui, cest un mot très en vogue en anthropologie sociale et surtout en anthropologie politique. On a tendance à penser que derrière chaque geste ou habitude est un désir dépater et daffirmer lidentité personnelle ou du groupe. La dynamique culturelle, selon cette position, est réduite à une pose, et linteraction devient une stratégie pour obtenir la plus grande quantité de bénéfices, surtout la reconnaissance de la part de lAutre que lidentité revendiquée soit « légitime ». Cette position est le fruit de la politisation du monde contemporain, et lincapacité des anthropologues de se distancer suffisamment des positions idéologiques du système mondial. Lemphase contemporaine sur lidentité est évidemment liée au néo-libéralisme, et, trop souvent, est issue des idéologues et non des théoriciens: professeurs désireux dobtenir des subventions (p.e., en économie avec les théories du « bottom up », qui justifient les approches laissez-faire à la gouvernance, ce qui permet aux grandes entreprises de faire ce quils veulent) et politiciens mineurs qui veulent faire du chemin en créant de positions idéologiques qui justifient des compressions aux avantages sociaux. Ce que plusieurs semblent avoir oublié deux choses: 1) une identité, reconnue par autrui, ne doit nécessairement être étiquetée comme « légitime » pour quelle soit « efficace » (c.-à-d., pour quelle satisfasse le désir dêtre reconnu par autrui); il y a plusieurs identités contre les normes et même « illégitimes », mais qui néanmoins fonctionnent pour les individus et les petits groupes: héroïnomane (qui peut « excuser » un autre problème psychiquement inacceptable), « Gitan » ou groupe marginalisé (qui peut permettre à ses membres de vivre dans la semi- légalité); 2) si on ignore les aspects psychiques (qui ne sont pas une dimension étudiée par les anthropologues), toute identité est efficace dans le cadre hiérarchique duquel elle émerge, et donc peut servir à protéger les personnes dabus venant du « haut » autant quelle peut les aider à « avancer » ou « grimper » léchelle sociale partant du « bas ». Donc, les personnes ne sont pas forcément motivées par un désir dépater ou de laisser une impression sur lautre. Comme Michael Herzfeld la dit (Cultural Intimacy: Social Poetics in the Nation-State, New York, 1997), les personnes peuvent être complices dans un système inégalitaire et même injuste; elles acceptent une identité négative parce quelle les permet de manoeuvrer dans une autre dimension, parfois illégitime ou cachée. Un restaurant européen avec décor « traditionnel » et serveurs en costume traditionnel. Il y a-t-il un enjeu identitaire?

27 Normalisation: concept issu du domaine de la statistique et de la politique, la transformation dune condition sociale ou dun trait culturel en norme, qui se présente donc comme inné ou incontournable; définir la normativité. Naturalisation: souvent un synonyme de «normalisation», le processus où un trait ou une condition se présente comme naturelle et donc incontournable, mais avec laddition dune couche supplémentaire de signification: le trait ou la condition est lié sémiotiquement à la force primordiale et inexorable de la nature, ce qui renforce la «norme». Cela peut inclure de références subtiles à la nature: se promener avec une bouteille deau visible; insister sur un habillement plus adapté au trekking au Népal, etc. Hégémonie: le pouvoir culturel; un mécanisme de contrôle social et politique basé sur lautocensure et sur la complicité individuelle et parfois inconsciente, quand les valeurs incarnées par les individus sans accès au pouvoir centralisé (de classes «subalternes», «marginales», prolétaires, sous-prolétaires, etc.) les encouragent à faire des choix qui implicitement reproduisent le statuquo du pouvoir; le «consentement fabriqué», selon Antonio Gramsci. Valeurs: les orientations «éthiques» vis-à-vis de la communauté; souvent (mais pas toujours) inconscientes, car elles sont normalisées et incarnées; elles agissent surtout dans la dimension émotive, comme véhicules de lhégémonie. Idéologie: un ensemble cohérent didées et dorientations explicites, surtout politiques, censé animer la communauté, mais qui, en réalité, se réfère implicitement à des actions qui peuvent menacer le groupe. Lidéologie est le point cardinal sur lequel soriente la définition formelle de la communauté et, donc, la rationalité de la gouvernance. Sa nature explicite, structurée et cohérente autorise une logique dont la qualité universelle cache les intérêts individuels – plus est-elle cohérente, plus apparaissent «logiques» les actions calculées quelle est censée justifier. Autrement dit, cest son aspect formel et non son continu qui cache les motivations intéressées qui potentiellement affaiblissent la solidarité. hangenow.com/wordpre hangenow.com/wordpre ss/wp-content/uploads/ 2009/10/child-soldiers.jpg images/website/ jpg s.wordpress.com/2009/01/kid s-in-classroom.jpg m/files/pl9O8MM m/files/pl9O8MM eslO- CzqDxVAow5PGX* CIDg0S6t *hzSNQycWQ4k0Ls Q9MQBJhpt*q X1NsCqPDciVLrPM ac7ii17hTvbg-I PuiOG/familyguy_1 024.jpg files.wordpress.com/2 009/10/mussolini_hitler.jpg

28 Métaphore et métonymie: à gauche, un suisse, nom québécois dun tamia, parce que son dos rayé ressemble aux uniformes rayés de la Garde suisse pontificale du Vatican. Les uniformes des zouaves* et les dos de lanimal sont dans un rapport métonymique, car la distance symbolique entre les deux est trop grande pour que le lien soit évident. Il est nécessaire dy ajouter dautre information particulière et locale pour comprendre le rapport entre lobjet et sa représentation. Pour un lien métaphorique, la distance entre signifié et signifiant est raccourcie, et la connaissance même superficielle du contexte culturel général suffit pour déchiffrer la signification du lien. el2/beyonce_sit.jpg wikipedia/commons/thumb/8/ 87/Gardes_suisses.JPG/200px-Gar des_suisses.JPG * Zouave = dun mot kabyle pour les soldats «africains» dans les unités de lArmée française; le Garde pontifical nest pas, strictement parlant, composé de zouaves, mais leurs uniformes farfelus rappellent celle de cette unité militaire. À gauche, un carrefour au Maroc. On na pas besoin de lire larabe pour comprendre le rapport entre loctogone, la couleur rouge, et lobligation de sarrêter. Face à ce symbole sans mots, vous arrêteriez- vous? Zouave_Drum_major_North_Africa_1880_by_Detaille_copy.jpg Un vrai zouave

29 «Halte!» «Bon» rouge (collecte de sang: vie, communauté, gouvernance) «Mauvais» rouge (tache de sang; violence, mort) Rouge «pure» = métaphore Rose rouge (le sexe féminin; la transgression) «Halte!» (danger, normativité) Drapeaux et uniformes militaires (puissance, force, protéger la communauté) Lèvres rouges (sensualité, lindividualité, biopouvoir) Moulin Rouge (transgression) Classe moyenne (normativité, communauté) St-Valentin (amour, passion «retenue», mariage, vie) Un champ de métonymies: Dans un champ très restreint et très structuré (le mythe), ce rapport est bidirectionnel: «Halte!» Notez que tout passe par le rouge au centre, mais cela aurait produit un dessin incompréhensible Le lien ici est métonymique, car basé sur une inversion La métaphore de la métaphore = métonymie

30 Mythologie: un domaine de la pensée souvent contrasté à la pensée «scientifique». La mythologie est généralement considérée comme étant dans un rapport complémentaire avec le rituel. Les deux ont comme but définir les possibilités dagir sans pourtant définir toutes les limites de la structure du social: a) à différence des valeurs ou de lidéologie, qui souvent sont explicitées dans le discours, la mythologie généralement utilise de métaphores et de métonymies pour atteindre son but, toujours dans un cadre narratif; b) à différence de lhistoire, qui insiste que ses composants soient «vrais» selon les conventions qui gèrent le vécu, ou la légende ou le conte de fées, qui proposent que leurs fantaisies reposent sur quelques faits primordiaux, la mythologie sexprime dans limaginaire, où les conventions du vrai et du faux sont consciemment ignorées par les raconteurs et leur public; c) le mythe nadhère à aucune logique du «vrai», les éléments métaphoriques qui composent un mythe se transforment allégrement selon une logique aléatoire. Par exemple, la Belle au Bois Dormant meurt et «renait (grâce à un acte sexuel symbolique); Cendrillon «renait» complètement transformée, et Oedipe «renait» après sa rencontre avec la Sphinx (sur une un devinette dont la réponse juste est le cycle de vie de lhomme, une allusion métaphorique à la naissance; voir Structuralisme/2) Aujourdhui, le discours populaire insiste que le mythe soit une métaphore, une erreur ou un mensonge, ou, parfois, un récit du monde Antique. Parce que lidéologie moderne de lOccident insiste que le mythe fasse partie du passé, la mythologie antique continue à animer limaginaire occidental, surtout parce quelle permet dexplorer de thèmes autrement ignorés par lidéologie, la religion ou par la science. À gauche, les Mythbusters, de lémission homonyme; à droite, Saturne qui dévore ses enfants (peinture de Francisco Goya, 18 e siècle). La pensée mythique peut donc émergée dans la culture populaire (p.e., les manga japonais) ou dans la psychologie, dans une tentative déchapper la complicité et le conformisme engendré par lhégémonie du régime politico- culturel dominant.

31 Réflexivité: une dimension de la culture, la perception quun geste tient compte des réactions des autres personnes. En particulier, une action est conditionnée par la perception de lacteur quil fait partie dun système qui inclut dautres personnes, quil y a de conséquences à son laction et quil modifie laction selon cette perception. Plus le système mondial a des effets locaux (échanges rapides et toujours en augmentation du capital, des marchandises, des idées, des personnes), plus un acteur individuel est-il conscient et sensible à ses paramètres et à ses dynamiques. Sur le plan philosophique, ceci brouille la logique traditionnelle qui définit un évènement (action) comme cause et un autre comme effet, car « leffet » conditionne laction première et donc la soi-disant cause. Ceci est important, car les États-nations contemporains établissent un système de gouvernance hégémonique en contrôlant les horaires et lutilisation de lespace (le plan urbain) pour obliger les personnes dadhérer à une navette continuelle. Ceci devient la base des rapports cause-effet et établit un sous-texte social et surtout politique à la rationalité, qui devient loutil dominant de la complaisance et de la complicité avec le statuquo. Mais, il faut être attentif: par exemple, quand une personne allume un feu dans le foyer familial pour réchauffer lambiance, il peut être conscient du prix du bois et donc de la dimension économique de sa vie, comme il peut être conscient quelle possède un foyer et ses voisins, non, mais cela ne change pas nécessairement la charge symbolique de laction, qui en premier lieu est dirigée vers la production dun ton accueillant pour sa famille. La réflexivité est importante, mais ne change pas obligatoirement la décision dagir dune façon ou dune autre. En fait, la théorisation de la réflexivité qui a débutée en anthropologie dans les années 1980 avec la critique lancée par George Marcus et James Clifford (parmi dautres) à propos de la distance arbitraire (et politisée) qui était censée séparer lanthropologue de ses sujets (selon les canons de lanthropologie classique), nest nul dautre que le même mécanisme qui contrôle les marchés capitalistes qui dominent les économies de lOccident depuis des siècles. wDkSRGMQ2kE/TgJBi3oxltI/AAAAAAAABa g/hrASX4SewD4/s1600/t_grieve4.jpg

32 Ritualisation – traditionnellement, le rituel est vu par plusieurs anthropologues et par le discours populaire comme une forme de mis-en-scène cérémoniale pour illustrer, souligner et transmettre (lors dune performance) les valeurs principales dune société, comme si les symboles du rituel étaient sélectionnés et contrôlés par une élite gouvernementale. Cependant, ceci nest quune dimension du rituel. Le rituel est une performance composée déléments appauvris ou simplifiés, un modèle du vécu. Nimporte activité ou comportement conforme à un modèle est une forme de ritualisation – le chant, la danse, etc. Le rituel nest pas uniquement une performance de valeurs importantes; il est aussi un champ sémiotique très puissant au cœur du banal, car le lien du signifiant dans le champ rituel avec son signifié «normalisé» dans le vécu est brisé, interrompu, ou transformé et modifié. Cela veut dire que les éléments sélectionnés qui composent le champ rituel sont en effet hyperchargés, car ils sont des signes «purs», des signifiants sans signifiés évidents. Ces éléments se lient lun à lautre à lintérieur du champ rituel, où un signifiant devient le signifié dun autre signifiant. Autrement dit, le rituel est un aussi un engin qui peut transformer le lien dun symbole avec son signifié «normal» dune métaphore (où le lien est évident) en métonymie (où le lien ne lest pas). Les personnes y participent volontiers dans un rituel (et ont tendance à ritualiser plusieurs aspects de la vie), car laffaiblissement de la valeur dun signe quand il est placé à lintérieur dun champ rituel signifie quils sont plus facilement manipulés et contrôlés par les personnes. Autrement dit, les symboles du champ rituel appartiennent autant aux individus quaux instances du pouvoir institutionnel. La ritualisation est un outil qui souligne lagir individuel. Cet aspect explique pourquoi les personnes participent volontairement dans des champs rituels, même quand ceux-ci sont parfois imposés par les instances du pouvoir. /photos/izem.musique.com/images/ gd/ /le-nif-a-tout-prix.jpg Qui ne peut oublier ce moment de la semi- finale Italie-France du Mondial 2006, la réaction de Zidane après que Materazzi ait insulté sa mère et sa sœur (Materazzi admet seulement quil a insulté la sœur de Zidane). La masculinité méditerranéenne a ses rituels, dont protéger «ses» femmes.

33 Ritualisation/2 – Exemples: danse (les mouvements du corps suivent des matrices connues), musique (les sons sont conformes à des modèles sonores bien établis, p.e., la gamme ou clef musicale), Twitter (les messages ne doivent dépassés 140 caractères) et dautres formes de réseautage telles que Facebook (photos de 720 pixels), Myspace, YouTube (2GB, 15 min.), Craigslist et les les petites annonces («compagnons/compagnes recherchés», etc.) adhèrent à un modèle fortement contrôlé et limité. Plus est restreint et rigide la structure, plus deviennent puissants ses composants, car chaque élément devient polysémique, c.-à-d., il est chargé de communiquer plusieurs messages. Cela semble paradoxal: plus est restreint et formel le modèle de communication, plus ses composants augmentent leur polyvalence sémiotique et donc leur puissance communicative: la danse, la musique, la poésie. Les personnes participent volontairement aux rituels parce que la polysémie rehaussée de lespace rituel et de ses composants leur fournit un véhicule public pour leurs émotions et pensées individuelles. Voir Victor Turner, The Ritual Process: Structure and Anti-Structure, Une page Facebook (ci-haut) peut être considérée comme un rituel du jeune adulte urbain single, non parce que tout le monde en a une, mais parce quelle adhère à une matrice qui encadre et canalise lindividualité selon un modèle assez rigide. Cela produit un espace relativement neutre composé déléments surchargés sur le plan de signification, car le sens dun seul élément, sa capacité de se référer à quelque chose du vécu, est toujours ambigu.

34 La tradition est un mot intimement associé avec lethnologie, car, selon certains points de vue assez répandus (mais aujourdhui niés par la majorité des ethnologues), la tradition est censée être lobjet détude de lanthropologie. 1) Épistémologiquement, nous sommes déjà face à un problème, car cette «définition» tautologique signifie que la tradition en tant que telle nexiste pas empiriquement, mais est un objet heuristique créé par le geste denquêter. 2) La plupart des ethnologues parlent de tradition dans un sens plutôt ambigu, mais ne lutilisent rarement dans leurs théorisations, car nous savons que la tradition nest pas aussi hermétique ni aucunement étanche que lanthropologie dantan laissait croire. Dans un monde colonial, où existaient de différences hautement visibles séparant les grandes puissances de leurs colonies, les riches et les pauvres, les sociétés industrialisées et les peuples possédant de technologies simples, il était relativement facile de tracer les frontières dune «tradition», qui souvent était synonyme du mot «culture», dans le sens de «peuple». 3) «Tradition» est souvent la poubelle de lethnologie, dans le sens que, quand un phénomène est mal compris (c.-à-d., on ne peut préciser les mécanismes liants les humains aux créations de limaginaire), on lattribue à «la tradition». Il est un peu inquiétant que cette utilisation de «tradition» soit rarement attribuée aux cultures urbaines de loccident. Celles-ci sont vues comme étant trop «dynamiques» pour être «traditionnelles», sauf parfois les pauvres, pour lesquels la tradition locale est parfois interprétée comme une forme de «résistance» à lhégémonie, ou pour les élites, qui sidentifient davantage avec la stabilité fictive incarnée par lhistoire officielle (et donc avec la «tradition politique»). Dans limaginaire populaire (qui laisse ses empreintes sur le domaine intellectuel), la «tradition» serait donc utilisée pour établir une hiérarchie: un Nous «moderne», et un Autre «traditionnel» – les paysans, les Autochtones, les Aborigènes, les Indios, etc. 4) Quand on trouve une pratique jugée répugnante selon les valeurs censées être au cœur du projet occidental – le cannibalisme, consommer des insectes, la clitoridectomie – on est tenté de lattribuer à la «tradition». 5) Dans son sens général, la tradition peut être conçue comme une matrice assez stable censée orienter lindividu vers lautre; cette structure a tendance à perdurer, car les personnes y projettent de lautorité morale en invoquant le passé, qui est simplement une métaphore pour situer les créations de limaginaire dans un espace lointain et donc relativement intouchable. Cette définition peut nous servir pour mieux comprendre lindividualité dans certains contextes contemporains, où on renonce à la tradition, afin de créer un Soi apparemment plus souple et plus autonome. Quand on largue la tradition, on renonce aussi au Soi orienté vers lAutre. Ceci a certainement de conséquences importantes pour les définitions de la communauté et de lindividu, surtout dans un régime mondial qui, apparemment et ironiquement, nous «rapproche» davantage lun à lautre. Voir E. Hobsbawm et T. Ranger (eds.), The Invention of Tradition, Londres, 1983.

35 Modernité: mot ambigu, car utilisé par plusieurs disciplines de façon aléatoire pour parler de la contemporanéité, de laprès (2 e )-guerre, du futurisme fin de siècle, du mouvement banlieusard des années 1950s, de la révolution sexuelle des années 1960s, de programmes de développement économique et culturel du Tiers monde des années 1970s, du style Art déco des années s; de la période de démocratisation qui suit les Lumières, etc. Les historiens ont choisi, de façon plus ou moins arbitraire, la date de 1450 pour marquer la transition de la fin de lépoque médiévale et le début de la Renaissance et de la période moderne. La modernité est liée à lascension du capitalisme et notamment aux changements sociaux qui laccompagnent, surtout le sens que lindividualité est à désormais une dimension de toute identité sociale et politique (les bourgeois capitalistes ont tendance à croire dans la notion quils se créent par un acte de volonté et dengagement). Lindividualité (pas lindividualisme, associé parfois dans le discours populaire à la consommation démesurée et à lavarice) est quelquefois identifiée avec lhumanisme néoclassique de la Renaissance censé être à lorigine des Lumières. press.com/2010/10/modernity.jpg Contemporanéité est ici utilisée pour parler de la période du perfectionnement du pouvoir étatique après les émeutes et les revendications populaires des années 1840s en Europe occidentale. Il ny a pas de date précise pour ses débuts, car les États ont réagi selon les secousses quils ont subi (par exemple, aux États-Unis, ce sont les revendications anarcho-syndicalistes des années 1880s), mais, en général, lépoque contemporaine se réfère à lapplication étendue de systèmes de gouvernance basés sur lhégémonie, où les valeurs normalement reléguées au domaine de la culture du quotidien sont politisées pour les transformer en véhicules censés orienter les individus vers lÉtat. _P/0_paintings_lamb.jpg

36 La condition postmoderne nest pas le postmodernisme, qui est un ensemble de théories littéraires du texte et de limage, souvent incompréhensibles. Il y a plusieurs pistes, traces, idées et notions qui sont réunies sous la rubrique de la postmodernité (c-à-d., la condition postmoderne), mais ils semblent tous partager une position: lindividu est déraciné des contextes culturels, politiques et sociaux qui définissaient le compromis «traditionnel» (dès les années 1850s) du partage de pouvoir en Occident. Ce compromis peut être visualisé, plus ou moins, comme un triangle, dont les points sont composés du peuple/ouvriers et ses représentants les syndicats, du gouvernement, et des entreprises/le marché capitaliste. Quand un de ces composants ne se comporte plus selon les règles structurelles du jeu (par exemple, laccélération de léchange mondial est liée au déplacement rapide du capital, qui affaiblit le contrôle gouvernemental keynésien du système financier, qui pousse les personnes vers une forme plus forte de lindividualisation pour compenser la perte de stabilité sociale), le résultat est, selon le philosophe Jean- François Lyotard (à gauche; professeur qui a travaillé à lUniversité de Montréal,* il est considéré un des pères fondateurs des études de la postmodernité), laffaiblissement des métarécits sur lesquels sérige la structure sociale. Les métarécits seraient des orientations primordiales qui, généralement, ne sont pas explicitées, mais qui soutiennent autant les idéologies nationalises que les prises de position individuelles. Voir La condition postmoderne, Rapport sur le savoir, Paris, Les théories de Lyotard sont fortement enracinées dans les approches philosophiques et littéraires typiques du courant intellectuel qui cible le rapport entre le savoir (sous sa forme idéologique) et léquilibre politique. Ceci trace ses origines à la notion du contrat social de Jean-Jacques Rousseau (Du contrat social, 1752), et, avant lui, à Thomas Hobbes (Leviathan, 1651) et à John Locke (Two Treatises of Government, 1689); sa contrepartie économique est Adam Smith, The Wealth of Nations (1776). t/uploads/2009/05/lyotard-300x266.jpg * Je ne mentionne pas son lien à lUniversité de Montréal par chauvinisme, mais parce que son hypothèse fameuse de métarécits devenus moins «bruyants» dans lélaboration du Soi social (ceux-ci sont mes termes, pas les siens) est basée sur sa recherche sur la société québécoise en phase de transformation rapide lors de son séjour ici. s-from-inside-the-devils-triangle.jpg Le triangle est aussi symbole du danger routier. Je ne suis pas certain de sa pertinence, mais javais cet espace à remplir.

37 La méthode comparative – un outil danalyse inspiré de la méthodologie linguistique. On peut décrire une langue comme un ensemble intégré aux niveaux phonétique et grammatical, ou on peut la décrire en comparant un seul trait à un autre trait semblable dans une autre langue, pour voir si les deux sont liés dans un sens phylogénétique. Ceci est la méthode comparative, en ethnologie popularisée par Radcliffe-Brown mais adoptée au 19 e siècle par les évolutionnistes, qui tentait détablir des grilles danalyses en réunissant toutes les sociétés, par exemple, qui pratiquaient le mariage avec la cousine croisée matrilatérale pour voir si telles sociétés étaient situées dans des régions tropicales, ou dans des régions où se pratiquait la circoncision, ou si elles possédaient un système de filiation matrilatérale (le lien le plus probable, selon les théories de lépoque). Une corrélation significative signale que lanthropologue peut parler de «lois» universelles: telle forme de mariage est liée à tel système de filiation, sans spécifier le mécanisme responsable. Cette approche aux données est passée de mode, en grande partie parce que les anthropologues contemporains sont plus aptes à ne pas considérer les sociétés individuelles comme isolées. Si on nest pas certain de limperméabilité de frontières culturelles, quest-ce quon compare au juste? Le rapport nest plus une loi structurelle, mais une coïncidence due à la diffusion. Deux anthropologues biologiques – Anthony Di Fiore, NYU, et Bernard Chapais, U. de Montréal. Ils se ressemblent, ils sont anthropologues biologiques, et ils sont beaux. Si on se base sur une interprétation stricte de la méthode comparative, tous les anthropologues biologiques sont mâles, beaux et avec l a barbe Selon cette logique, voici dautres anthropologues biologiques:

38 Société – mot qui brille par son absence et par sa qualité éphémère. Essentiellement, une société nest pas un groupe, qui est constitué par les murs étanches qui le contiennent (par exemple, on peut qualifier de groupe un parti politique, car ses membres adhèrent à une position idéologique bien définie; ou des étudiants en salle de cours; ou un gang de rues, car ses membres sunissent autour dun petit ensemble de valeurs assez étanche). Une société est le signifié de «communauté», qui na pas toujours une manifestation empirique très cohérente. En principe, il y a autant de sociétés quil y a de définitions et de représentations de la communauté. La société est donc un référent partiel de la communauté, qui nest quune représentation jamais partagée de façon homogène. Par exemple, le Canada, souvent appelé une société dans le discours populaire (politiciens, média, idéologues), se réfère à une superficie topographique, à un système formel de gouvernement et aux personnes qui sont légalement reconnues comme membres de ce gouvernement, en mesure quelles reconnaissent la légitimité du concept. Il ne se réfère aucunement aux valeurs, aux orientations, aux pratiques de vie, aux institutions, et aux cultures individuelles. Jadis, les anthropologues se concentraient sur des sociétés relativement homogènes et de petites tailles. Leurs frontières étaient relativement étanches (à différence des pays contemporains), et leurs membres partageaient une définition assez précise du Nous et de lAutre. Aujourdhui, les grandes «sociétés» sont caractérisées par de clivages ethniques, de classe, de religion, et même de génération et dorientation culturelle. Ces chercheurs ont donc normalisé la définition de la société dans la culture de la discipline. Une communauté et donc une société sont des entités toujours en évolution et en discussion.

39 Quelques repères théoriques ~rfrey/images/220/Edward%20Tylor.jpg Évolutionnisme – ensemble de théories inspirées par le darwinisme de lépoque et parrainées par Edward Tylor à la fin du 19 e siècle (qui a inspiré des écoles au 20 e – Julian Steward, Leslie White, et même Marshall Sahlins). Propose lunité psychique des humains (les différences sont culturelles, pas génétiques; la capacité innée de produire la culture est partout pareille, sauf que les circonstances vont canaliser cette qualité vers des manifestations particulières), que toutes les sociétés passent à travers des étapes où la technologie et la culture «mentale» interagissent pour définir une matrice dominante: la promiscuité, la sauvagerie, le barbarisme, et la civilisation. Diffusionnisme – surtout lié à la pensée de Wilhelm Schmidt au début du 20e siècle, qui propose lidée des «kulturekreiss», des «cercles (ou berceaux) de culture», où se développent des notions de monothéisme «primitif» (Schmidt était un prêtre catholique), qui sont à la base de lévolution culturelle. La majorité des sociétés ne développent pas tels mécanismes et notions, et sont donc influencées par les peuples plus avancés. La diffusion est donc le mécanisme privilégié pour lévolution humaine. Schmidt et ses théories sensibilisent les anthropologues au fait que les cultures ne vivent pas de façon isolée. Culturalisme américain – fortement influencées par les théories psychanalytiques de Sigmund Freud, Margaret Mead (ici) et Ruth Benedict proposent que la culture soit une manifestation des tensions et des conflits de la psyché individuelle, mais, à différence de Freud, elles ne croient pas que les traits psychiques soient universels. Les deux théoriciennes proposent que des rapports affectifs et sexuels soient primordiaux pour établir une matrice culturelle locale.

40 Le marxisme a fortement influencé la théorisation anthropologique, car, à différence des autres théories du 19 e siècle, il propose que les sociétés ne soient pas en équilibre, avec des institutions dont lexistence est interprétée (suivant une logique tautologique) comme preuve quelles ont comme «but» renforcer la solidarité sociale, comme si la société avait été construite sur un plan logique par un comité de la sûreté publique. Selon Marx, la culture (la «superstructure») nest quun épiphénomène dont le but est de cacher et de reproduire des déséquilibres sociaux. Ceux-ci tracent leur origine à deux sources: 1) lexploitation de classe, avec une ou plusieurs classes qui sapproprient du pouvoir politique et économique aux dépens dune autre (souvent, les travailleurs ou les paysans), et 2) lopposition, dune part, entre cette culture essentiellement statique (doù pourrait émerger, selon cette vision, la pulsion pour le changement, si la fonction primordiale de la culture est de cacher et de reproduire un écart de pouvoir?) et, dautre part, les forces de production, dont la capacité productive augmente continuellement avec les développements technologiques et sociaux. Ceci mène à de révolutions culturelles périodiques, où on tente de réaligner la culture avec les nouvelles formations sociales attachées aux capacités productrices rehaussées. Le marxisme a fortement influencé des générations danthropologues, car il les a sensibilisés au pouvoir, à limportance de la technologie, aux questions de contrôle de la technologie, et surtout à lidée dune matrice dont le dynamisme est dû à la présence de déséquilibres sociaux, économiques et politiques. On voit des traces dans lœuvre de Leslie White, Julian Steward, Elman Service, Eric Wolfe, Sydney Mintz (États- Unis), les penseurs de lÉcole de Francfort (Adorno, Marcuse, Horkheimer, Fromm), des penseurs indépendants (qui nacceptaient pas le concept marxiste de conscience de classe) tels que Antonio Gramsci et Georg Lukacs, le philosophe Walter Benjamin et dans les multiples tentatives (dès les années 1970s) de fusionner ce courant et le structuralisme de Claude Lévi-Strauss. osofia/files/2008/05/marx.jpg

41 Particularisme historique – associé avec Franz Boas, chercheur allemand émigré aux États-Unis au début du 20 e siècle, il navait pas de théorie générale comme telle, mais soulignait limportance de la recherche détaillée des particularités de chaque culture, surtout pour comprendre son évolution («histoire») comme une réponse aux conditions locales. Les sociétés ne sont pas, selon Boas, de manifestations de conditions et de dynamiques universelles. Surtout, elles ne sont pas des gradins individuels dune échelle évolutive globale, dont les contours définissent un parcours universel et inévitable. Fonctionnalisme – commençant avec Émile Durkheim, considéré un «père fondateur» de lanthropologie et de la sociologie contemporaine, il propose que certains éléments dans une société fonctionnent comme un engin qui favorise la solidarité sociale. P.e., sa recherche renommée sur le suicide démontre que le taux de suicide est lié à la religion (plus bas parmi les juifs et catholiques, qui favorisent des communautés plus interventionnistes; plus élevé parmi les protestants «individualistes»). La religion est donc une dimension de la culture censée augmenter lintégration sociale de lindividu. Il est également connu pour le concept de «fait social», quand un phénomène social a une existence autonome indépendamment de la volonté individuelle. Structuro-fonctionnalisme – Radcliffe-Brown, au milieu du 20e siècle, sinspire du fonctionnalisme pour mieux comprendre les systèmes de parenté et de mariage (surtout en Afrique). Il propose que la filiation agisse de structure intégratrice, dont la fonction est dassurer la continuité et la survie de la société. Cette position est fréquemment associée aux Anglais, dont la tradition de science sociale a été influencée par le colonialisme. Naturellement, ils avaient peu dexpérience de sociétés acéphales et, donc, voulaient à tout prix identifier et gérer le «noyau» structurel qui stabilise la société.

42 Le fonctionnalisme de Bronislaw Malinowski (Polonais dorigine, émigré au Royaume- Uni; interné sur les Îles Trobriandais comme «ennemi» à loccasion de la 1 re Guerre mondiale et donc père involontaire de la recherche à longue durée) sinspire aussi de Durkheim, mais place lemphase sur les besoins de lindividu. La société «répond» à ces besoins en créant des institutions qui les satisfont. P.e., le mariage et la parenté sont organisés essentiellement pour satisfaire les besoins sexuels de telle façon que ces pulsions ne menacent pas la solidarité sociale. Renommé pour sa recherche sur le système déchange Kula des Îles Trobriandais; les échanges sont régularisés dans un mégasystème qui assure la stabilité économique dans la région, mais les individus qui y participent ignorent les qualités homéostatiques de lensemble. /Malinowski.jpg Lécologie culturelle (parfois appelé le matérialisme culturel), surtout liée au nom de Julian Steward dans les années 1950+, et à Marvin Harris (à gauche) dans les années 1960s et 1970s, met lemphase sur le rapport société – environnement. Lexemple mieux connu proposé par Harris est la vache sacrée de lInde, qui est un «vidangeur» assez efficace et donc ne rentre pas en compétition avec les humains pour de ressources. Les vaches sont donc laissées libres à circuler (elles ne sont pas sacrées, dans le vrai sens du mot), et fournissent du cuir et dautres produits quand elles meurent. En contraste, les cochons de la Nouvelle-Guinée mangent les mêmes choses que les personnes, et donc sont consommés allègrement, car ils sont une ressource précieuse mais en compétition avec lhomme. Harris a également suggéré que le cannibalisme aztèque était lié à un manque de protéine dans la diète. Plusieurs ont critiqué cette position, qui semble être une forme de marxisme appauvrie et simpliste. ms/S3G8tR-bEeI/AAAAAAAAACo/N 33OjO9kcmE/s200/marvin+harris.jpg

43 Structuralisme – développé surtout par Claude Lévi-Strauss dans les années Une des seules théories complète et intégrée de la pensée, qui prétend expliquer la culture comme un système logique basé sur léchange. Surtout connu pour Les structures élémentaires de la parenté (1948, où il propose la notion de «latome de la parenté»), et Mythologiques (4 vols., , où il suggère que la dimension narrative des mythes ne soit quun moyen expéditif pour proposer de solutions à des contradictions de la vie sociale. Les mythes sont donc logiques, même si la structure narrative semble fantastique, car sa vraie logique est souvent cachée pour ne pas révéler que les contradictions sont en fait insurmontables et incontournables. Ses théories surtout sur la mythologie transforment lanthropologie, car il est désormais possible à voir les détails dune logique très complexe et rationnelle qui anime le choix dimages et de structures narratives apparemment bizarres (pour les observateurs occidentaux habitués à la rationalité rigide de loffre et de la demande mercantile). Il renverse le problème du totémisme (pourquoi certains groupes choisissent-ils de se représenter par de signes largement tirés du monde animal?) en proposant que le but du totémisme ne soit pas dunir le groupe, mais de sassurer que chaque motif fasse partie dun système, dont le but est de faciliter léchange en fragmentant lensemble de la société en composants sémantiquement indépendant (un aigle est un aigle, un héron est un héron, mais les deux sont dans la même catégorie, des oiseux), mais dans un rapport de complémentarité sémiotique qui permet léchange, que pour Lévi-Strauss est à la base de la vie sociale (les hommes du clan aigle prennent comme épouses des femmes du clan des hérons; les deux sont symboliquement des oiseaux et donc placés dans la même catégorie, mais ils sopposent aux clans ours et carcajous, mammifères, mais mangeurs dœufs, donc néanmoins liés à la catégorie aviaire; les permutations logiques sont autant vastes que les connaissances biologiques permettent). ~rfrey/images/220/Claude%20 Levi-Strauss.jpg

44 Structuralisme/2 – Lévi-Strauss démontra que les mythes possèdent une logique rigide en dépit des éléments fantastiques qui semblent les composer. Le mythe utilise un mécanisme précis pour métaphoriser un problème contradictoire et insoluble, ce qui le permet de proposer une solution à la contradiction, une solution qui est plausible uniquement dans le contexte de la logique mythique, mais qui ne peut être concrétisée. Un mythe est donc «bon à penser» le monde, mais ne le transforme pas. Typiquement, le mythe propose deux métaphores qui substituent les termes du problème. Le mythe développe une narration uniquement pour proposer dautres métaphores qui substituent les images initiales, créant donc des chaines de signification, dont les composants se transforment en métonymies du problème initial. Éventuellement, le mythe arrive à des métaphores-substituts qui permettent lintroduction dun troisième terme, le médiateur, dont les traits incorporent des éléments des deux séries de métaphores principales. Ces traits créent lillusion que les métaphores finales – dont la signification originale remonte à la contradiction initiale, ne loublions pas – ne sont pas tant différentes lune de lautre, et donc il est possible de proposer des «solutions» à des problèmes autrement insolubles, même si telles solutions restent dans limaginaire. images/mlw_0001_0003_0_img0155.jpg organisation sociale centralisée autonomie individuelle «règles» «liberté/autonomie» haut/pouvoir bas/impuissance ciel plaine cime dun arbre racines dun arbre pomme Ici, le problème classique de lordre social versus lindividualité est métaphorisé par une parabole qui parle du haut et du bas, substituant des éléments qui affaiblissent la contradiction, suggérant que les deux termes initiales ne sont pas «vraiment» en opposition. Lhomme qui mange la pomme reste humain, mais incorpore un peu de lessence omnipuissante de Dieu, ce qui provoque le vrai Dieu à le chasser du Paradis terrestre. Représentation ancienne du mythe dŒdipe, un des premiers à être analysé par Lévi-Strauss. Ci-haut, le sphinx lance sa devinette notoire à Œdipe (Qui marche à quatre pattes le matin, deux laprès-midi, et trois le soir? Réponse: lhomme). Le sphinx, dévasté par la réponse exacte, se jette dans la mer; Thèbes la ville natale dŒdipe est enfin libérée, mais notre héros finit mal, car il tue son père et épouse sa mère, sans connaitre leurs vraies identités. Sur le symbolisme de leau, du féminin et de Thèbes fondée par Cadmos le frère dEuropa, voir le PPT Les images du féminin.

45 Il est difficile de catégoriser la pensée de Clifford Geertz, mais son influence sur lanthropologie de la fin du siècle est irréfutable. Il met laccent sur lagir symbolique des individus; la culture nest pas homogène, ni monolithique. Les personnes linterprètent selon leurs buts stratégiques. Ces interprétations ne sont pas contraintes par le besoin dêtre homogènes ou cohérents, ni limitées à des domaines particuliers, dont lapparence logique et hermétique de «la» culture nest quune illusion projetée sur les faits par lanthropologue. P.e., un «jeu» simple comme un combat de coqs (à la Bali) engage des dimensions psychiques et surtout un combat symbolique pour le statut politique. Le tout passe par la métaphorisation du coq comme symbole du phallus. Lanalyse du chevauchement de ces chaines de signification est la «thick description». Le (de)constructivisme postmoderne – toujours plus difficile à décrire, au point dêtre insaisissable (doù limage à gauche), car la discipline contemporaine est éclatée et sans cohésion théorique. Cependant, quelques noms brillent, surtout James Clifford, George Marcus et Johannes Fabian. Ils suggèrent que le savoir, qui inclut les théories anthropologiques, est une construction, autant que lest la culture étudiée par les anthropologues. Donc, «la» culture est le résultat dun rapport dialogique toujours en évolution entre lacteur social et lanthropologue, un rapport qui ne prend pas fin avec la publication du texte anthropologique «figé» par lécriture. Naturellement, ceci mène à des questions de paternité et de la légitimité du texte – à qui appartiennent les connaissances, et quel est le rôle de lanthropologue dans ce dialogue? Peut-il (ou elle) prétendre avoir «créé» les textes quil présente sous la rubrique danthropologie? Lanthropologue est-il simplement un traducteur qui déplace le savoir dun contexte rhétorique «indigène» et «inculte» à un contexte «intellectuel» dont les traits sont cohérents avec les traditions humanistes de lOccident? Lobjectivité scientifique est-elle possible ou même souhaitable? Si lanthropologue ne parle plus «pour» les autres, est-ce que ces derniers prennent la parole sans maitriser la langue et la culture de la science? Ironiquement, cette tentative de se rapprocher de lAutre en lui donnant une voix plus explicite dans la construction du texte peut créer un rapport déséquilibré, car le «rapprochement» devient une forme de colonisation qui nie lindividualité de lAutre. /web/jasper/DigitalPopups/2pop /images/pixel-face_01.gif

46 Lautre et le Nous Lautre comparé au Nous (une image normalisée de la communauté qui est projetée dans limaginaire du Nous): - pour plusieurs, incarne lexotique (on souligne uniquement les traits qui établissent un contraste) -est censé être irrationnel (dominé par la tradition ou par la culture) (concept dautorisation – qui a le pouvoir de définir les normes, la rationalité, le bonheur, etc.) - est donc une projection de notre imaginaire et de la façon quon prétend se voir es/titre/couverture_big.jpg _semidivine_exotic_vision_of_beauty_mh27.jpg /uploads//2007/12/cheif_illiniwek.jpg Un autre qui se présente selon les attentes de «son» autre, dans une construction ritualisée qui est très ambigüe: est-il ironique? Veut-il sisoler de «son» Autre un peu trop raciste en se cachant derrière un stéréotype? Être trop conforme est parfois une forme de résistance.

47 Visions de lAutre - Dans lesprit ethnocentrique exploré par Lévi- Strauss en Race et Histoire (1960), «nous» sommes censées incarner la rationalité, et l«Autre» serait donc dominé par la dimension organique ou naturelle (soit impuissant, soit hyperpuissant); sa vie spirituelle est dominée de rites «incompréhensibles».

48 Quand lAutre ne peut plus constituer un «Nous» «Lanthropologie nest pas une science désintéressée comme lastronomie, qui sest développée sur la base de la contemplation dévènements et de choses lointaines. Elle est plutôt le résultat dun processus historique qui a assujetti la partie majoritaire de lhumanité à la partie minoritaire, durant lequel de millions dêtres humains ont été pillés de leurs ressources, et leurs institutions et leurs croyances ont été détruites, pour ne pas mentionner quils ont été tués sans hésitation, asservis, et infectés par des maladies pour lesquelles ils navaient aucune résistance. Lanthropologie est la fille de cette époque de violence: sa capacité dévaluer objectivement les faits qui entourent la condition humaine est un miroir, sur le niveau épistémologique, dune situation où une partie de lhumanité a traité lautre comme un objet.» (original en anglais; Claude Lévi-Strauss Anthropology: Its achievements and future. Current Anthropology 7:124–27). «In fact, colonialism has never finished. It continues to exist as a cultural phenomenon. A Japanese cultural studies scholar, Kumagome Takeshi, claimed in his article 'Japanese Colonial Memory and Modernity: Successive Layers of Violence' that even [if] there is no colonized, there are always colonizers (2001: ). Even [if] the era moved to a post- colonial phase, the hegemonic power of the West stays as strong as in colonialism era.» Atsuko Miyawaki; 520images/colonialism3.jpg&imgrefurl=http://hemi.nyu.edu/cuaderno/politicalperformance2004/colonialism/atsuko.h tml&usg=__j3RlTpUxOzLP_pcXJxBBtytw5r8=&h=606&w=621&sz=105&hl=en&start=20&um=1&itbs=1&tbnid= 9gZKYdr09_iQaM:&tbnh=133&tbnw=136&prev=/images%3Fq%3Dcolonialism%26um%3D1%26hl%3Den%26sa %3DN%26rls%3Dcom.microsoft:en-US%26tbs%3Disch:1 ( ) /colonialism/atsukos%20images/colonialism2.jpg

49 Le visible et linvisible Enfin, il ne faut jamais oublier que les apparences parfois cachent certains aspects de la réalité.


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