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La bourgeoise Des symboles « typiquement » bourgeois: commerce interrégional.

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1 La bourgeoise Des symboles « typiquement » bourgeois: commerce interrégional et la ville, siège de leur pouvoir Guy Lanoue, Université de Montréal,

2 Emil Benveniste (« Symbolisme social dans les cultes grécos-italiques », Revue de lhistoire des religions 129, 1945), en parlant de la survivance de la structure de lidéologie indo-européenne tripartite (prêtres-rois, guerriers, producteurs) en Europe, cite le roi anglais Alfred (The Great): « A populated territory: that is the work with which a king concerns himself. He needs men of prayer, men of war, and men of labor. In the 14th century … one could read this in an English sermon: God made clerics, knights, and tillers of the soil, but the Demon made burghers and usurers. » Monnaie du roi Alfred, 9 e siècle, Wessex

3 «La leçon de piano», de Ludger Larose, artiste montréalais, 1907 La bourgeoisie est traditionnellement vue comme une catégorie parmi tant dautres dans un système de classe. Souvent vilipendée, car identifiée comme propriétaire immorale de moyens de production et dexploiteurs du prolétariat, elle trace ses origines à un monde occidental qui a largement disparu, lAncien Régime, avec ses états qui fonctionnaient à tous les effets comme des castes. Elle a donc conservé de traits qui ne sont pas entièrement compatibles avec la dimension économique contemporaine, surtout le désire de faire impression. Voilà pourquoi elle est tantôt décrite selon ses attributs culturels, tantôt par sa position dans une hiérarchie politico-financière. Parfois, ses membres sont des investisseurs et capitalistes, mais souvent de personnes tout à fait divorcées du système financier sont décrites (et se décrivent) par la rubrique «bourgeoise». urgeoisie.JPG/ /bourgeoisie.JPG À droite, image populaire du bourgeois au 17 e siècle. En réalité, cette époque dite «bourgeoise» devient iconique dans les manuels dhistoires du 20 e siècle parce que cest le moment où les bourgeoisies européennes commencent à saisir le contrôle politique et à créer leurs propres mythes dorigine.

4 Un médecin, un courtier de la bourse, une châtelaine, un professeur duniversité peuvent tous être qualifiés de «bourgeois», même sils affichent de positions sociopolitiques libérales, et même sils sont salariés. Quelques catégories ayant un statut légèrement inférieur (ingénieur, enseignant de lycée, comptable) peuvent également être étiquetées de bourgeois, surtout sils assument des airs censés avancer leur position sociale. «Bourgeois» est donc synonyme darriviste, dexploiteur, de borné, de l«assis», de lindifférence aux autres, même de fasciste. Il y a peu de synonymes positifs, sauf peut-être «personne aisée», et, là, cette dimension est plus apte à susciter de lenvie plutôt que de ladmiration. Pourtant, cest la bourgeoisie qui a développé le mythe occidental de lindividualité, ce qui sabote son statut privilégié près du sommet de la pyramide sociale, car lindividualité souligne implicitement la capacité de quiconque de changer son statut moyennant un investissement dans le Soi: apprendre de bonnes manières, maitriser une profession et la culture muséale; sacheter (c.-à-d., pas la recevoir en héritage) une résidence dans un quartier huppé; envoyer ses enfants à une école privée (les vraies élites du système médiéval ne croyaient pas trop en léducation, car elles nen avaient pas besoin pour affirmer leur statut). Le mythe que lindividu peut se créer par ses propres efforts est si primordial pour lOccident quil est difficile imaginer comment les systèmes politiques et les sociétés typiques de la modernité (post-1450) auraient pu sériger sans ce mythe. Bref: les bourgeois inventent lindividu comme catégorie philadelphia-black-bourgeoisie-flesh-coloured.jpg Ironiser lembourgeoisement des Noirs américains en 1829 à Philadelphie. Lambigüité de la bourgeoisie dans toute sa splendeur: comment osent-«ils» devenir bourgeois, quand «bourgeois» cest «notre» insulte!

5 Contrairement à plusieurs versions populaires (p.e., sur Wikipedia), la bourgeoisie européenne némerge pas au 17 e siècle, mais avec le capitalisme embryonnaire du 13e siècle dans certaines villes dEurope et dItalie septentrionale: Florence, Milan, Gênes, Pise, Utrecht et dautres villes du nord-ouest de lAllemagne (le Saint-Empire romain) et les villes de Flandre et du nord-est de la France. Il est difficile de cerner de traces de cette classe à lépoque médiévale en Grande-Bretagne, mais au 14 e siècle des activités bourgeoises se manifestent à Londres et probablement à dautres villes portuaires. Les bourgeois commencent à émerger quand certains marchands de lépoque ont eu lopportunité dassurer la qualité et la quantité de leur marchandise en achetant les ateliers artisanaux qui fabriquaient leurs marchandises quils échangeaient dune ville à lautre, surtout les textiles et la bière. Par ses activités, la bourgeoisie crée le prolétariat. 50c7d8c42f85ff05547e835a8377bf5.jpg Souvent ce sont les monastères qui développent et standardisent les recettes pour la fabrication de la bière avant le 13 e siècle. Lajout du houblon (qui est naturellement antiseptique) à la bière commençant au 12 e siècle permet aux marchands de lexporter sans regard à la question de la conservation. ums/z80/Malvoisin_bucket/mediev al%20images/loom.jpg Un métier à tisser vertical à deux poutres du 13 e siècle; notez que ceci est un développement technologique très important, car il permet de fabriquer de morceaux de tissu ininterrompu, et permet un certain degré de confort au tisseur, qui comme conséquence peut augmenter sa productivité.

6 Léchange mercantile à lépoque médiévale, montrant les liens établis par la Ligue hanséatique (noir), Gênes (rouge), par les républiques de Venise (bleu) et Gênes et Venise (mauve). Le gris montre les voies terrestres et fluviales. La création dalliances mercantiles est signe dun autre trait bourgeois: exclue de la politique, elle ne sidentifie aucunement avec les frontières nationales. Ces alliances remontent au 13 e siècle.

7 Cette activité mercantile est encadrée par quatre faits: a) les villes en question, avec quelques exceptions, sont très petites, parfois ne dépassant pas 5000 habitants; les activités bourgeoisies ont donc un impact démesuré sur la ville; b) dans une époque où les infrastructures de transport étaient peu développées, lactivité économique de chaque ville est guidée par la théorie de lavantage comparatif; par exemple, une ville au carrefour de deux fleuves qui coupent une plaine où pousse lorge se spécialise dans la production de la bière; cette spécialisation favorise léchange, qui se concentre naturellement dans les mains des marchands- bourgeois; c) la vraie richesse et les moyens de production les plus importants, la terre et lagriculture, étaient solidement dans les mains de laristocratie; lactivité artisanale, mercantile et capitaliste ne constitue quune partie infime de la richesse, et donc échappe à lœil des nobles et des rois, qui souvent se contentent de conférer de chartres aux villes pour les rendre semi-indépendantes à condition quelles paient leurs taxes; ceci permet aux marchands et aux bourgeois de saisir le contrôle politique des villes pour créer de conditions qui favorisent leurs activités de production, par exemple la fondation de corporations (les collèges) qui assurent la qualité de la marchandise; d) le 13e siècle est une époque de prospérité et dexpansion en Europe occidentale, mais ceci est brutalement interrompu au 14e par la Grande Famine (1322) et par la peste (une vingtaine dannées plus tard, selon le lieu), dont les effets, à longue durée, favorisent la création dun prolétariat composé de réfugiés de la campagne; ces désastres encouragement les artisans à vendre leurs ateliers aux marchands-bourgeois et à se transformer en simples employés. Il peut sembler incroyable, mais le capitalisme se développe dans les sociétés agraires dominées par le chevalier (ci-haut), dont limage est devenue iconique de lépoque. Cependant, celui-ci fait partie du système féodal de la campagne et non de la ville.

8 b_k/S_mTmzZQofI/AAAAAAAA AFI/HfYtxtfyHCQ/s1600/528px-Bu bonic_plague-en_svg.png Introduction et propagation de la peste en Europe. Notez que les parties moins urbanisées de lEurope, au nord et à lest, ont été relativement intouchées, ce qui a encouragé les rois occidentaux dacheter du grain de ces zones, créant de conditions de féodalisation et de sous-développement industriel qui marquent lEurope orientale jusquà nos jours. Ce déséquilibre politico-économique favorise léchange entre les deux Europes, et les néo-bourgeois occidentaux au 14 e siècle sont prêts à saisir cette opportunité pour projeter leur pouvoir sur le secteur agricole. Une partie devient les agents chargés par les rois de trouver les impôts pour financer leurs achats de grain; dautres commencent à acheter de terres mises à lenchère pour payer les impôts imposés par ces mêmes bourgeois agents du roi.

9 L a bourgeoisie est relativement imperméable aux conditions locales. Elle possède plus ou moins les mêmes qualités partout en Occident. On peut préciser quelques traits qui soulignent sa position ambigüe: a) dans lAncien Régime, elle était classée avec la classe marchande et avec les paysans, le tiers état, une catégorie largement composée de laboureurs ruraux, mais elle est née dans un contexte urbain et non rural; malgré sa catégorisation «officielle», elle ne sidentifie aucunement avec les autres membres du tiers état et donc ne forme aucun attachement aux autres classes; b) elle appartient à létat ayant le plus bas statut des trois, mais elle domine néanmoins son environnement urbain; autrement dit, son pouvoir considérable, dans le contexte local, nest pas lié à son statut; c) sa richesse dépend de léchange régional, qui est possible grâce à la spécialisation économique (p.e., le tissu de Nîmes, la bière bavaroise), mais son parcours historique se converge vers un modèle culturel unique, car en saisissant le contrôle de lartisanat local pour garantir la qualité et la quantité de la production, elle se réoriente vers la dimension financière; d) étant assujettie à ces paradoxes, elle est simultanément désireuse daugmenter son statut en copiant les mœurs des aristocrates, mais elle est aussi orgueilleuse quelle sest créée par ses propres efforts. «Un homme du troisième état et sa famille», anonyme. La France postrévolutionnaire était bourrée de ces allégories et surtout de parodies du tiers état, dont les membres avaient, avant la révolution mené une lutte acharnée pour la respectabilité noble. Ils ont été néanmoins inclus dans le tiers état par les nobles et par le clergé, car, selon le dicton renommé, ils avaient de largent «sans statut».

10 La culture bourgeoise héberge un paradoxe, la fusion de conservatisme culturel qui, pour le discours populaire, la transforme en synonyme de borné et de lhypocrisie, et davant-gardisme qui lutte pour mettre fin à la notion médiévale de lidentité figée par lhéritage. Ironiquement, le mariage de ces deux traits a été responsable de lémergence de lhumanisme rationnel et du libéralisme politique qui définissent la modernité occidentale. La culture bourgeoise a toujours favoriser la transformation de la culture de lindividu: car cest par la manipulation des mots et des images que cette classe saisi le pouvoir. En affichant la richesse, ils convainquent les rois de leur fiabilité pour devenir leurs fonctionnaires. Bref, la culture bourgeoise est contradictoire: individualiste, mais prête à sintégrer dans le statuquo. Ironiquement, les bourgeois peuvent se critiquer précisément parce quils ont adopté les mœurs et les attitudes de catégories «supérieures». /16/1654/8AJGD00Z/posters/che- guevera.jpg Bourgeois et révolutionnaire: inspiration de nombreuses parodies. Serait-ce le Rolex? rge/Viva-La-Evolucion-Small-Poster-(4272).jpg ntent/uploads/2010/07/CheLrg.jpg.jpeg La culture bourgeoise

11 Cette combinaison a inspiré David Brooks à proposer le concept de Bobos, des bourgeois bohèmes (Bobos in Paradise: The new upper class and how they got there, New York, 2000). Descendants des yuppies égoïstes des années 1980s (brillamment incarné par Gordon Gekko, protagoniste du film Wall Street dOliver Stone, 1987), les bobos fusionnent (selon eux) le libéralisme politique à la dépersonnalisation technocratique («les jeunes loups», ou «les petits normaliens») des décennies antérieures: de lhumanisme sans humanité. Ils sont les nouveaux capitalistes qui se distinguent par leur engagement politique libéral et par la charité (voir Marc Abélès, Les Nouveaux Riches. Un ethnologue dans la Silicon Valley, 2002). ry.com/blohttp://iloapp.thebobogalle ry.com/blo/www?ShowFil e&image= jpg Un bobo est un bourgeois recyclé qui fait du recyclage; voir le PPT Branding, recyclage et publicité. Lady Gaga est une postbobo parfaite, car non seulement incarne-t-elle brillamment lidée du recyclage dans son brand, elle a brouillé la frontière entre loriginale et les versions retravaillées et reétiquetées. Loriginale, de Henri Rousseau; Le rêve, 1910.

12 Il y a deux-cents ans, les capitalistes luttaient pour transformer le langage de léchange, pour la purger de la dimension politique qui subordonnait louvrier au bourgeois. Ils établirent un langage dépersonnalisé, rationnel, voire institutionnalisé (voir Max Weber, Léthique protestante et lesprit du capitalisme; vers. or. en Allemand, , où lauteur décrit linfluence du oonists/dsc/lowres/dscn13l.jpg À gauche, American Gothic de Grant Wood (1930). Pour plusieurs, ces personnages incarnent la détermination, le travail, et lesprit austère du protestantisme capitaliste. Drôlement, les modèles pour le fermier sérieux et sa fille nubile (au début, on pensait quil sagissait de lépouse) étaient la sœur de lartiste et son dentiste. Puritanisme qui pousse les personnes à épargner et à travailler de façon acharnée), où le rapport fut décrit comme étant purement « économique » et « naturel » et donc « incontournable » (comme Karl Marx a souligné en Capital), car protégé et reproduit par la loi du contrat. Cet engagement envers une image rationnelle et « naturelle » cache les lignes de force hégémoniques qui ont permis aux bourgeois dacquérir leurs privilèges.

13 Cest cette combinaison dindividualisme (donc, le désir détablir son autonomie et de la distance entre le Moi et la communauté) et de conformisme (donc, le désir de sidentifier le Moi avec la communauté) qui définit la culture bourgeoise. Il nest pas nécessaire que la personne soit dans une position particulière dans un système de production (ou de finance) pour quelle soit considérée bourgeoise. Il y a donc plusieurs personnes, dont les circonstances de vie les poussent à sidentifier avec cette culture dautonomie et de conformisme, qui se considèrent et sont considérées bourgeoises par la communauté – les médecins et dautres professionnels libres; les petits entrepreneurs immigrants; les membres de la haute classe moyenne salariée tels que les professeurs universitaires, etc. La bourgeoisie est, paradoxalement, étant donné ses origines mercantiles, lunique classe qui se définit par sa culture et non par sa position dans un système de production. Le fait que cette culture soit établie depuis très longtemps a permis cette culture dacquérir de métonymies qui sont tellement bien établies (depuis le début du 17e siècle, en France) quelles sont synonymes de cette culture, sous la forme collective connue comme la Belle Époque (voir La cousine Bette [1846] et dautres exemples de La Comédie humaine, de Balzac). Le cœur de cette entité, cependant, reste la fusion de lindépendance individuelle et du conformisme social.

14 La culture bourgeoise nest pas homogène, et les bourgeois ne sont pas solidaires; avec le poids accordé à lindividualisme, ceci nest pas surprenant. Par exemple, il y a neuf catégories bourgeoises à Rome: 1) les descendants, généralement de professionnels et de fonctionnaires aujourdhui, des entrepreneurs immobiliers arrivés à Rome de Turin et de Milan (il generone) après lunification; leur héritage sest construit de deux boums immobiliers en 1880 et 1900; 2) les descendants, aussi professionnels ou fonctionnaires, de la petite aristocratie qui a participé, grâce à leurs contactes avec le gouvernement, dans les boums immobiliers; 3) les descendants des propriétaires dentreprises agricoles situées dans lAgro romano qui se sont enrichi grâce à lélevage de chevaux, dont la demande a augmenté avec le boum immobilier; 4) les descendants aujourdhui en commerce de marchand s ruraux qui alimentaient Rome; 5) les descendants dintendants des grandes entreprises agricoles (mezzadria) situées en dehors de lAgro mais dans les confins des États pontificaux; 6) les descendants, aujourdhui politiciens et fonctionnaires, des fonctionnaires de lancien Royaume de Naples qui ont été transféré à Rome par le nouveau gouvernement pour affaiblir leur impacte politique après la conquête du Sud; 7) de nouvelles élites financières qui se sont enfichées grâce à leurs réseaux politiques qui ont été formés avant 1992; 8) de nouvelles élites formées après les réformes de 1992, qui se sont enrichies avec la politique de privatisation (p.e., la création de Telecom Italia en 1994); 9) les descendants, aujourdhui professionnels, de professionnels qui vivaient et travaillaient à Rome avant content/uploads/2010/11/ _antonio_gramsci_d0.jpg Antonio Gramsci ( ), théoricien de lhégémonie bourgeoise en Occident

15 « Bourgeois » est devenu péjoratif (évidemment, pour les sociétés qui en possèdent). Le mot est symbole de complaisance, de collaboration avec le pouvoir, de lexploitation de louvrier, de lindifférence au social, et de lindividualisme philistin. « Petit bourgeois » est encore pire, car la personne ciblée na même pas le statut et les prétentions grandioses dun « vrai » bourgeois « capitaine de lindustrie ». Ironiquement, cette dimension négative surgit parce que les bourgeois sont complaisants avec le pouvoir, et parce quils sont le pouvoir. En fait, ce sont leurs traits culturels plus que leur position dautorité qui semble être visée, mais il sagit de la même chose, car les bourgeois, depuis quelques siècles ont mobilisé et politisé la culture pour établir leur domination; bref, lhégémonie, contre laquelle les autres classes ne peuvent monter une résistance, car cet instrument de gouvernance les rend auto-censurant et complaisant. Ils ressentent de pressions psychiques et non politiques, car lhégémonie se déroule dans le cadre de liberté individuelle et de la loi du contrat, où les parties sont en principe libre et sans contraintes identifiables. Bref, les autres haïssent les bourgeois content/uploads/2009/12/lenin.jpg parce quils se haïssent eux même, sans savoir ni où ni comment diriger leurs ressentiments, qui ont été nourris par des critiques littéraires et filmiques du système de classe: Flaubert (Mme Bovary), Balzac (La cousine Bette), Stendhal (Le rouge et le noir), Bunuel (Le charme discret de la bourgeoisie; LAge dOr) à gauche, Lenin; à droite, le Bourgeois gentilhomme interprété par Molière. umb/4/42/Le-bourgeois-gentilhomme.jpg/300px- Le-bourgeois-gentilhomme.jpg

16 Puisque la bourgeoisie impose ses valeurs sur la culture nationale, lidée de construire et de produire le Soi par lagir individuel senracine, se propage, et « inspire » tous les secteurs de la société, dans le sens que lagir et lindividualité deviennent des vecteurs de lhégémonie bourgeoise, et donc sont des valeurs naturalisées. Linverse est aussi vrai: des pays avec des secteurs bourgeois absents ou limités ont parfois de classes moyennes plus influencées des valeurs venant du « bas » que du « haut ». Autrement dit, les classes moyennes bloquées par une hiérarchie trop rigide conservent leurs valeurs du milieu doù elles sont issues, la paysannerie et le prolétariat. Les classes moyennes « libres » copient les aristocrates. À gauche, une vieille interprétation des différences séparant trois classes: les aristocrates, la classe moyenne, et les ouvriers. Notez les différences de taille; ils sont posés, mais il y avait des différences importantes de taille jusquà la 2 e Guerre mondiale. En haut, une pose stéréotype de la classe moyenne. ew/sfh.jpg/ /sfh.jpg

17 Par exemple, la classe moyenne italienne est de ce premier type. LItalie est née dun plan politique mis en place par des élites septentrionales largement inspirées de modèles romantiques. Parce que la culture nationale a été planifiée et créée par lélite politique (qui nincluait pas les paysans dans leur vision; ces derniers constituaient 80% de la population en 1870). Les bourgeois industrialisent une partie du nord, mais le sud est dominé par la bureaucratisation, surtout pour absorber les ex-fonctionnaires du Royaume de Naples. Le résultat est une classe moyenne inerte: selon le sociologue Giuseppe De Rita (fondateur du CENSIS, léquivalent de StatsCan au Canada et du Département de commerce aux É-U) (Léclisse de la borghesia, Rome, 2011) le ceto medio, qui nest pas exactement classe moyenne dans le sens nord-américain, mais « niveau du milieu ». ash4/295798_ _ _ _ _n.jpg « Ce nest pas un pays pour les jeunes »; en fait, ce nest pas un pays pour les personnes qui nont pas de pistons politiques.

18 Avant les années 1960 (après le « miracle italien » des années 1950), la classe moyenne est trop petite et faible pour que son travail et son impact économique soient la force motrice pour le développement social; les investissements et la planification viennent « den haut » (même aujourdhui le gouvernement italien est actionnaire dans plusieurs grandes entreprises). Le ceto medio est le bénéficiaire uniquement parce que les élites ont besoin de la main-d'œuvre pour leurs usines, et transforment la paysannerie méridionale largement illettrée en prolétariat urbain septentrional; lentement, cette catégorie se « moyenise » avec lembourgeoisement des valeurs. Autrement dit, la classe moyenne reçoit les bénéfices de la croissance, mais ne la crée pas par ses efforts (travail, impôts) et donc na pas dinvestissement moral dans linfrastructure sociale du pays. Bref, limpacte limité de la bourgeoisie mène à une classe moyenne complaisante, soumise et surtout passive. Cest la vraie différence qui sépare lItalie de lAllemagne, la France, la Grande-Bretagne, et lAmérique du Nord, avec des structures élites, oui, mais aussi avec des classes moyennes énormes et socialement engagées à conserver le statu quo. Perché io, Pina, ho una caratteristica: loro non lo sanno, ma io sono indistruttibile, e sai perché? Perché sono il più grande perditore di tutti i tempi. Ho perso sempre tutto: due guerre mondiali, un impero coloniale, otto - dico otto! - campionati mondiali di calcio consecutivi, capacità d'acquisto della lira, fiducia in chi mi governa e la testa per un mostro, per una donna come te – Le credo du ragg. Ugo Fantozzi, 1980


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