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Histoire de la France révolutionnaire Deuxième cours : Les origines intellectuelles de la révolution; 1789.

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1 Histoire de la France révolutionnaire Deuxième cours : Les origines intellectuelles de la révolution; 1789

2 5 – Les déboires de la politique étrangère La politique étrangère de Louis XIV navait pas été sans taches : ses guerres couteuses, handicapèrent le développement économique et provoquèrent morts et destructions innombrables. Mais même si certaines de ces guerres ne furent pas couronnées de succès, elles permirent à la France de simposer dans le monde. La politique étrangère de ses successeurs apparait chaotique et infructueuse, sans pour autant être moins couteuse. Mais compte tenu du statut quoccupe la France en 1715, le contraire aurait été surprenant, car lensemble de lEurope regarde le pays avec inquiétude. Les guerres menées au cours du XVIIIe siècle vont se solder par un affaiblissement du pays sur la scène internationale, tout en grevant les finances de lÉtat.

3 Cela contribua aussi à la désaffection de la population envers le régime. Car cest une chose de payer pour une armée qui triomphe et qui, en permettant lexpansion de lempire, permet lexpansion économique; cen est une autre de payer pour une armée défaite constamment. Cest ainsi que la désastreuse politique étrangère de Louis XV et de Louis XVI, va contribuer à laffaiblissement du régime, entraînant des difficultés financières considérables et une perte de prestige dans la population. Si la guerre de la Quadruple Alliance ( ) napporte pas de grands changements sur léchiquier européen, les guerres qui débutent avec la Guerre de succession de Pologne (qui voit par ailleurs le rattachement de la Lorraine), jusquà la Guerre de Sept- Ans ( ), ont un impact beaucoup plus important.

4 Dabord, elles voient un renversement dalliance mal compris, alors que la France se détourne de lAngleterre et de la Prusse, deux États appréciés par lopinion du, qui voit dans la première le phare du libéralisme politique et économique, et dans la seconde, le modèle du despotisme éclairé. De guerre en guerre, la France se rapproche de lAutriche, considérée comme lennemi héréditaire et contre laquelle elle sest battue pendant de longs siècles. De plus, la couronne autrichienne est vue comme le plus solide rempart du conservatisme et de lautocratie. De sorte quavant même le début de la Guerre de Sept Ans, lopinion française divorçait davec le régime dans le domaine de la politique étrangère. Lors de la Guerre de succession dAutriche ( ), quelquefois qualifié de première guerre de sept ans, la France, opposée à lAngleterre, aux Pays-Bas et à lAutriche, est le principal allié du roi de Prusse.

5 Cette guerre couteuse naura pour conséquence, et malgré les victoires terrestres de la France contre lAutriche et le match nul sur les mers contre lAngleterre, que le renforcement de la puissance de la Prusse, alors que la France ny gagnera que peu de choses, car par le traité dAix-la-Chapelle de 1748, elle restitue les territoires occupés à lAutriche. La guerre de Sept Ans va peser lourdement sur le destin de la France. En plus du mécontentement quelle provoque, elle se solde par une série de catastrophes militaires qui détruisent lempire français qui, par le traité de Paris, se voit contraint dabandonner pratiquement lAmérique (cession du Canada) et les territoires indiens, ne conservant que quelques petits territoires ici et là. Si le territoire de la métropole est peu concerné par cette guerre, le traité de Paris marque un changement fondamental en Europe, car la France nest plus alors la première puissance du monde.

6 LAngleterre voit souvrir les mers et les continents, ce qui lui permettra détablir sa domination, alors que la France rentrera dans ses terres, panser ses blessures. En fait, le seul point positif de la politique étrangère française au XVIIIe siècle sera sa victoire contre les révoltés corses en La France saisira loccasion de sa revanche contre lAngleterre en simpliquant dans le conflit qui loppose à ses colonies américaines à partir de Lopinion est favorable à cette guerre, autant les libéraux, qui voient dans les indépendantistes américains, comme Franklin, les champions des idées nouvelles, que chez les conservateurs, pour qui il sagit avant tout de venger laffront du traité de Paris. La France se gardera dans un premier temps de déclarer la guerre au Royaume de Grande-Bretagne, simpliquant par un soutien financier et matériel.

7 Cette position ne sera pas tenable à long terme et la France se trouvera impliquée militairement dans le conflit à partir de 1778, la guerre entre les deux rivaux sétendant par la suite aux Antilles et à locéan Indien. Mais la France, dont le rôle dans la victoire des indépendantistes américains ne doit pas être, obtiendra peu de chose de ce conflit auquel met fin le traité de Paris de septembre 1783 : quelques territoires récupérés en Asie, en Amérique et en Afrique, ainsi que certains droits commerciaux Même si sur le plan moral et diplomatique la victoire des coalisées est importante, ces quelques gains ne compensent pas les couts exorbitants du conflit, évalués de 1 à 3 milliards de livres. Cest entre autres à cause de ces dépenses que le problème fiscal devient incontournable. À ce titre, la guerre dindépendance a joué un rôle dans le processus révolutionnaire en France.

8 Autre conséquence, moins évidente, mais tout aussi importante : la propagation encore plus grande des idéaux libéraux défendus par les Américains, qui pénètrent alors dautant mieux en France quils sont portés par les héros de cette guerre de revanche nationale, dont le marquis de La Fayette.

9 Deuxième cours : 1 – Les origines intellectuelles de la révolution 2 – Vers les États généraux 3 – Les révolutions de lété – La fin de lordre féodal 5 – La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen

10 1 – Les origines intellectuelles de la révolution 1.1 – Les Lumières Au cours du XVIIIe siècle, un mouvement intellectuel, qui prend ses racines dans le rationalisme de la renaissance, se développe. Cest de ce mouvement que le siècle a pris son titre de siècle des lumières, même si les prémisses sont plus anciennes et quun Spinoza ou un Newton peuvent parfaitement y être rattachés. Le phénomène nest pas français mais bien européen et remet en question les dogmes religieux et lordre politique, social et économique issu du Moyen- âge. La raison se dresse contre la foi et les traditions.

11 Il ny existe pas dans la littérature de définition nette et claire de ce mouvement intellectuel et les spécialistes contemporains mettent laccent sur la diversité des courants quil représente. Car il sagit dun regard nouveau sur le monde, dune nouvelle sensibilité, plutôt que dun courant intellectuel qui provient de la maturation des remises en questions de la fin du Moyen-âge et de la diffusion du savoir qui concerne un nombre grandissant de personnes. Si au Moyen-âge, culture et savoir étaient limités à laristocratie, le développement de la bourgeoisie élargit le cercle des individus se consacrant à la réflexion. De sorte quil sagit aussi dune mutation démographique et si le nombre dauteurs importants de lépoque sexplique par laccroissement de la population urbaine. Mais si les représentants de la bourgeoisie dominent (Voltaire, Kant), on trouve aussi dimportants auteurs issus de la noblesse, dont Montesquieu ou Condorcet.

12 Ainsi, le mouvement tend à supprimer les hiérarchies traditionnelles par une sorte de communion intellectuelle entre des personnalités issues de milieux différents. Mais les changements démographiques ne peuvent à eux seuls expliquer lémergence de cette pensée critique, consécration des travaux de penseurs et doxographes de la renaissance, (Copernic, Descartes), dont les travaux fondent le rationalisme scientifique. Cest dabord à la nature que cette approche scientifique sera employée (Newton). Peu à peu, lobservation et lanalyse comme fondement de la connaissance seront étendus à dautres domaines, dont lorganisation sociale, léconomie, les systèmes politiques, etc. La fondation de lEncyclopédie en 1751 par dAlembert et Diderot pose un jalon dans ce développement, les fondateurs ayant lambition délaborer un Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers.

13 En plus délargir ainsi lapproche rationnelle à toutes les activités humaines, le projet des encyclopédistes va favoriser la diffusion des connaissances, participant ainsi à la démocratisation du savoir. Il nest pas possible, ni pertinent, de faire une analyse approfondie de lensemble des courants philosophiques qui structurent la pensée du XVIIIe siècle européen, mais certains dentre eux ne peuvent être ignorés, compte tenu de leur rôle fondamental dans les changements politiques qui surviennent à partir de 1789.

14 1.2 – Le libéralisme Le libéralisme est le courant de pensée politique le plus important du XVIIIe siècle. Le mot ne naît quau début du XIXe siècle, mais laffirmation de la liberté en tant que valeur politique suprême, caractéristique fondamentale, est nettement plus ancienne. Le libéralisme comprend des aspects politiques (qui concernent les droits de lindividu) et des aspects économiques (qui concernent létablissement dun marché libre de toute ingérence politique). On peut être partisan du premier sans lêtre de lautre, mais les libéraux du XVIIIe siècle conçoivent leur libéralisme comme un tout. Le libéralisme postule que lindividu dispose de droits fondamentaux que le pouvoir politique ne doit pas remettre en question.

15 Ces droits fondamentaux fluctuent selon les époques et peuvent inclure les libertés individuelles (ex. liberté dexpression), les libertés économiques (ex. liberté dentreprendre) ou certains droits collectifs (ex. le droit à la sécurité). Ces droits sont naturels inaliénables. Les premières manifestations du désir de limiter labsolutisme monarchique remontent au XIIIe siècle, avec les concessions que laristocratie anglaise parvient à obtenir. La Grande Charte de 1215 est la première manifestation légaliste du libéralisme politique. Les théorisations sont plus tardives et cest à John Locke ( ) que l'on attribue la paternité du libéralisme politique et la première théorie des droits naturels et son corollaire en matière dorganisation politique, la limitation du pouvoir. En France, le principal théoricien est Montesquieu. Si lidée dune séparation des pouvoirs remonte à Locke, la conception et la théorisation de cette idée sont de lui.

16 Dans Lesprit des lois, paru en 1748, Montesquieu, estimant que « le pouvoir doit arrêter le pouvoir », propose de distinguer les fonctions législatives, exécutives et judiciaires de lÉtat et de les confier à des structures distinctes. Léquilibre ainsi créé permet dassurer la défense des droits de lindividu, les trois pouvoirs se trouvant alors placés en compétition lun avec lautre. Cette idée constitue la base théorique de tout État de droit. Mais le libéralisme devient si important parce quil est diffusé par des auteurs qui ne se limitent pas au style plutôt hermétique de la théorisation politique et qui privilégient la littérature pour diffuser ces idées. Si Beaumarchais ( ), auteur dont les pièces de théâtre (Le mariage de Figaro, le barbier de Séville) ont fait rugir Louis XV et Louis XVI, est indéniablement associé à ce courant, son rôle nest pas comparable à celui de François-Marie Arouet.

17 Voltaire ( ), qui eut lhonneur de séjourner à quelques reprises à la Bastille a laissé une œuvre colossale et très diversifiée, incluant des écrits scientifiques et philosophiques, mais surtout de nombreux récits célèbres (Candide, Lingénu, etc.). Bien quil ne préconise pas une forme dorganisation politique particulière, il partage et diffuse une conception libérale de la société et considère les libertés individuelles (particulièrement la liberté de conscience et la liberté dexpression) comme le socle de toute société moderne et juste. Par sa plume célèbre et son goût pour la provocation, Voltaire a grandement contribué à la diffusion dans des cercles de plus en plus vastes des idéaux libéraux.

18 1.3 – Légalitarisme Le second grand courant est moins diffusé et plus limité à lespace francophone, sarticulant autour dun auteur, Jean-Jacques Rousseau. Comme le libéralisme est défendu par des aristocrates libéraux ou des grands bourgeois, on ne sétonnera pas que ces personnes ne voient pas nécessairement dun bon œil les théories égalitaires. Ce qui explique le faible nombre dauteurs qui ont réfléchi sur ce thème au XVIIIe siècle : cest une idéologie populaire, qui convient donc au peuple, lequel dispose de très peu de chantres. Légalitarisme sera bien davantage une conséquence de la révolution quune cause : cest lirruption dans le processus révolutionnaire de la population pauvre, qui réclame sa part de la redistribution, qui va aboutir à lintroduction de ce courant jusque dans les textes fondateurs du nouvel ordre politique.

19 Même si Rousseau est considéré comme le héraut de légalitarisme, il sappuie sur certains précédents et il nest pas le premier en France et en Europe à croire en légalité naturelle des hommes. Parmi les prédécesseurs de Rousseau, il convient de citer Jean Meslier ( ), curé dÉtrypigny. Son Testament na pas été publié de son vivant et cest Voltaire qui, en 1762, se chargea den assurer la publication. Au-delà de la violente critique quil fait de la religion et de lexistence de Dieu, Meslier est un grand défenseur de légalité naturelle : « Tous les hommes sont égaux par la nature, ils ont tous également le droit de vivre et de marcher sur la terre, également droit dy jouir de leur liberté naturelle et davoir part aux biens de la terre en travaillant les uns les autres pour avoir les choses nécessaires et utiles à la vie. »

20 Son égalitarisme sexprime violemment (« Il serait juste que les grands de la terre et que tous les nobles fussent pendus et étranglés avec les boyaux de prêtres »), au point où on peut voir en lui un précurseur idéologique du recours à la terreur pour le bien de la majorité. Jean-Jacques Rousseau ( ) constitue lun des principaux inspirateurs des plus radicaux des révolutionnaires français, dont Robespierre et Marat. Lœuvre de Rousseau aborde une multitude de problèmes dordre psychologique et sociologique. Issu dun milieu modeste, cest par un concours de circonstances quil se retrouva au milieu de lintense polémique qui allait faire de lui lun des penseurs les plus controversés de son époque. Après avoir été récompensé pour son Discours sur les sciences et les arts par lacadémie de Dijon, Rousseau présente un second texte en 1755 dans le cadre dun autre concours de cette même académie.

21 Ce texte, le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, va susciter des réactions critiques. Lidée de Rousseau est quil y existe une égalité naturelle entre les hommes à la naissance et ce sont les institutions humaines qui par la suite pervertissent cet équilibre naturel entre les individus. Que faire alors pour garantir le maintien de cette égalité dans le cadre social? Cest dans un autre texte quil tente de répondre à cette question. Du contrat social, publié en 1762, est considéré comme lun des actes fondateurs de la philosophie politique moderne. Linégalité étant conventionnelle, il faut mettre en place un ordre social capable de garantir légalité naturelle entre les individus. Et comme il faut un gouvernement adapté à cet objectif, il glisse peu à peu vers une conception républicaine de lordre social, cest-à-dire vers un système politique qui permet la participation de la population aux affaires publiques.

22 Égalitarisme, républicanisme et démocratie deviennent ainsi des conditions mutuellement nécessaires et suffisantes. Du point de vue théorique, cest une rupture radicale avec la pensée politique, ou la hiérarchisation relève de lévidence et même les penseurs les plus progressistes de lépoque, dont Voltaire, ne cacheront pas leur malaise devant cette révolution théorique, par laquelle on réclame pour le paysan quil puisse jouer un rôle politique tout aussi important que celui de nimporte quel intellectuel bourgeois.

23 2 – Vers les États généraux La situation des finances du royaume a contraint en 1788 le roi à convoquer les États généraux pour la première fois depuis À lui seul, ce fait témoigne éloquemment de la perte de puissance du souverain. Le 24 janvier 1789, le règlement de la convocation avait été fixé et Louis XVI avait accepté que le tiers état soit représenté par autant de députés que les deux ordres privilégiés. Le processus électif, complexe, variait selon la région et lordre concernés. Sans parler de suffrage universel, une partie importante de la population put participer à lélection des délégués, car tous les Français de plus de 25 ans eurent le droit de voter. Mais impossible de connaître la proportion de la population qui participa.

24 À louverture des états généraux, le 5 mai 1789, délégués se présentèrent, répartis à peu près également entre le tiers état et les deux ordres privilégiés. La délégation du clergé ne comptait que 46 évêques et certains dentre eux étaient considérés comme des libéraux, comme celui de Bordeaux ou dAutun, le marquis de Talleyrand. La majorité des délégués étaient de condition modeste et les curés de paroisses y étaient fort nombreux. Du côté de la noblesse, près du tiers des délégués appartenaient à la tendance libérale, dont La Fayette. Même chez ces ordres privilégiés, où le roi pouvait théoriquement escompter un fort soutien, une proportion importante des délégués étaient loin dêtre acquis à la cause de labsolutisme. La représentation du tiers état était très homogène. Pas de paysans, dartisans et douvriers parmi eux, mais plutôt une solide délégation de la bourgeoisie française.

25 Y dominaient des hommes de loi, des marchands et des commerçants La province y était aussi bien représentée que Paris. À noter la présence de certains transfuges des deux autres ordres, donc le comte de Mirabeau, ainsi que labbé Siéyès Grâce aux cahiers de doléances de la population, nous disposons dun témoignage remarquable de ses désirs et espérances au moment où souvrent les états généraux, cat toutes les corporations professionnelles, toutes les paroisses se sont employées dans les premiers mois de 1789 à recueillir lopinion des Français. Entendu que des notables prirent note de ces éléments, on peut supposer quils en ont adouci les contours, mais rien nindique quils en aient trahi lesprit. De cette masse de documents, il est difficile de déduire une réponse simple à la question de savoir ce que désirent les Français.

26 Mais certaines lignes de force se dégagent : désir dune monarchie contrôlé (rien ici qui évoque une république), réduction, ou parfois abolition, des privilèges de la noblesse et du clergé. Ainsi, déjà, deux concepts apparaissent en évidence : liberté et égalité. Mais ils sont brandis par des couches différentes de la société : la limitation du pouvoir royal est un désir partagé par tous les représentants, mais la noblesse ne partage pas le désir du tiers état dabolir les privilèges de la naissance. Ainsi, au moment de louverture des états généraux, le roi est en bonne position, dans la mesure où il garde des cartes en main et peut se donner le rôle darbitre. Dautant que si le tiers état a obtenu le doublement de sa représentation, il nest pas parvenu à obtenir le remplacement du vote par ordre par un vote par tête et conséquemment, peu importe le nombre de délégués, il est pour le moment condamné à la minorité.

27 En manœuvrant habilement, le roi peu encore sassurer lappui des états généraux par le biais de concessions libérales, qui pourraient satisfaire les ordres supérieurs. Linégalité des trois ordres est soulignée de façon protocolaire avant le début des travaux, lors de la présentation au roi, de la procession des députés et jusque dans lallocution douverture prononcée par lévêque de Nancy, qui présente au roi « les hommages du clergé, les respects de la noblesse et les humbles supplications du tiers état »…

28 3 – Les révolutions de lété 1789 Difficile de préciser le moment de la révolution, dautant que le processus qui senclenche avec le début des états généraux a connu sa répétition générale lors du bras de fer entre le roi et le Parlement de Paris, qui a abouti à la convocation des états généraux. Conventionnellement, on retient la date du 14 juillet, soit le jour de la prise de la Bastille. Tel est dailleurs le cas depuis 1790, alors que la Convention décide de célébrer lunité nationale ce jour symbolique. Mais cest lété 1789 dans son ensemble qui est révolutionnaire. On identifie au cours de cet été trois révolutions de nature très différente. Et ceux qui ont accompli la première ne voient pas tous dun œil favorable le développement de la troisième.

29 3.1 – La révolte des bourgeois Après le discours du roi à louverture des états généraux le Garde des Sceaux pose clairement les limites de lexercice : lautorisation daugmenter les impôts, mais pas de révision ou de réforme politique ou sociale. Puis Necker dresse le tableau de létat des finances et propose un emprunt de 80 millions. En dautres termes, on dit aux députés que tout lexercice doit se limiter à une approbation de la politique fiscale. Ce nest pas ce quattendent les députés, dont ceux du tiers état. La fronde commence sur la question de loctroi des pouvoirs : vote par ordre ou par tête. Les états sont divisés sur la question, le clergé et la noblesse défendant la première option en sappuyant sur la tradition, le tiers la seconde, en sappuyant sur la raison et les nouvelles idées.

30 Pendant un mois les États sont paralysés, mais le 10 juin, le tiers invite les deux autres ordres à se joindre à lui, dans le but de se constituer en assemblée et dimposer le vote par tête. Lappel commence le 12 et dès le 13, les premières défections du bas clergé surviennent, puis le mouvement saccélère. La majorité des députés penche alors du côté du tiers état. Se pose la question du nom de cette assemblée et le 17, à une forte majorité, celle-ci adopte le nom proposé par Sieyès : lAssemblée nationale est née. LAssemblée nationale commence à légiférer et dabord sur la question qui la réunie, celle de limposition. Les députés sattribuent alors la responsabilité et le droit de concéder les impôts. Deux légitimités se trouvent confrontées : celle du roi, puis la nouvelle, autoproclamée, celle de lassemblée, revendiquant son droit à représenter le peuple et sappuyant sur les idées du siècle.

31 Linitiative du tiers trouble les autres ordres et le 19, la majorité du clergé se rallie à lAssemblée nationale, suivie par un peu plus du quart de la noblesse. Les cartes se redistribuent : le haut clergé et la majorité de la noblesse se tournent alors du côté du roi, menacés quils sont par les initiatives du tiers dont la réunion, ironiquement, a été de leur fait… Louis XVI hésite. Ses proches le poussent à une réaction musclée, alors que le gouvernement lincite à la modération. Il choisit lattentisme, ordonne la tenue dune séance du Conseil den haut pour le 22 et la fermeture de la salle des Menus-Plaisirs où se réunissaient jusque-là les députés. Le 20, ceux-ci trouvent les portes de la salle close, mais rejetant ce quil considère être un attentat à la volonté populaire, les députés trouvent alors refuge dans la salle du Jeu de paume, où ils élaborent le fameux texte lu par lacadémicien Bailly.

32 Tous les députés, sauf un, prêtent serment, celui de se réunir jusquà ce que la « Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides ». Le 21, les 150 membres du clergé qui ont voté leur appui au tiers état se réunissent à lAssemblée nationale. Avant la séance royale du 23, Necker suggère certaines concessions : égalité fiscale, admission du vote par tête, sans remise en question des droits seigneuriaux et des privilèges des ordres supérieurs. Ces concessions sont rejetées par le roi À lissu de la réunion, le roi défini sa position : il concède le droit aux états généraux de consentir limpôt, la liberté individuelle et celle de la presse et déclare souhaiter que les privilégiés consentent à légalité fiscale. Oui à la liberté, non à légalité. Cest la position de laristocratie. Puis maniant le bâton, il menace de dissoudre lAssemblée nationale autoproclamée.

33 Celle-ci refuse de céder. Cette ferme résolution la sert bien et le 25, 47 nobles se joignent à lAssemblée. Refusant de recourir à la force, Louis XVI invite clergé et noblesse à se joindre au tiers état. Le roi concède à lassemblée sa légitimité et le 7 juillet, elle désigne un comité chargé délaborer la constitution. Le 9 juillet, se déclarant Assemblée nationale constituante, les membres de lassemblée mettent fin à la monarchie absolue Les deux légitimités semblent consolidées par leur reconnaissance mutuelle. Elles ne sont pas incompatibles : les députés du tiers état ne sont pas des radicaux et sils veulent gouverner, ils ne cherchent pas à gouverner seuls; leur objectif est une monarchie constitutionnelle, pas une république. Mais le parti absolutiste ne désarme pas. Louis XVI nest pas le plus actif, mais il se laisse convaincre.

34 Dès le 26 juin, autour de Paris, commence à sassembler une force militaire considérable, sous prétexte de maintenir lordre. La nature des régiments appelés (mercenaires suisses et allemands) fait craindre le pire à lAssemblée, qui vote alors une adresse au roi. Sur ces entrefaites, le roi renvoie Necker et se débarrasse de ses ministres libéraux. La contre-révolution menace.

35 3.2 – La révolution parisienne Tous ces événements se déroulent à Versailles, à quelques kilomètres de Paris et la capitale est agitée par les événements. La tension politique est accrue par la situation économique, le prix du pain à Paris atteignant son niveau le plus élevé du siècle le 14 juillet. Il ny existe aucune autorité représentative dans la capitale : le prévôt des marchands et quelques échevins, gouvernent la capitale, comme dans les autres villes. Pour assurer la sécurité, les autorités ne disposent que de quelques milliers dhommes, dont plus de la moitié appartenant à la garde française, ne sont guère sûrs, mécontents quils sont de leur solde et gagnés aux aussi par la fièvre politique qui agite la ville. Cest pourquoi la bourgeoisie de la capitale décide de sorganiser politiquement à la fin du mois de juin.

36 Grâce à la réunion des assemblées électorales qui ont votés pour les états généraux, les 400 représentants du 2 e degré électoral se constituent en assemblée officieuse. Paris se dote ainsi dun pouvoir représentatif.. Le12 juillet se répandent des bruits concernant les concentrations de troupes et la nouvelle du renvoi de Necker. Pour la population parisienne, cela signifie que la contre-révolution est en marche. Les attroupements commencent dans le quartier du Palais Royal. La décision du prévôt de recourir à ses mercenaires entraîne le ralliement à linsurrection dune partie des Gardes françaises. La population se met en quête darmes. Le 13 juillet, lassemblée municipale décide la création dune milice composée de 800 hommes pour chacun des 60 districts que compte la capitale. Cest la naissance de la Garde nationale. Lassemblée municipale devient de facto le siège du pouvoir à Paris.

37 Au matin du 14 juillet, la population converge vers la Bastille. Launay, le gouverneur, ne dispose que dune petite garnison. Croyant que les insurgés lancent une offensive, il fait tirer sur la foule. Des Gardes françaises déploient alors quatre canons devant la forteresse, contraignant Launay à capituler. La foule sengouffre dans la citadelle, sempare du gouverneur et du prévôt. Ils sont décapités et leurs têtes sont promenées par les rues de Paris. Il sagit ici dun événement symbolique : il ne change rien aux rapports de forces, mais témoigne dun élément nouveau dans le processus : les masses populaires. De bourgeoise, la révolte devient urbaine. De révolte, elle devient révolution. Launay et Flesselles sont en quelque sorte les premières victimes de la terreur. Les troubles se poursuivent les jours suivants. Le 15, le roi se rend à lAssemblée annoncer le retrait des troupes, où il est applaudi et le 16, il rappelle Necker.

38 Le 17, Louis se rend à lHôtel de Ville et lorsquil épingle à son chapeau la cocarde rouge et bleu, il est acclamé par la foule. La révolution a vaincu et limmigration royaliste commence. Les bourgeoisies provinciales sorganisent en corps représentatifs, sans nécessairement détruire lordre ancien, en se superposant à celui-ci. Dans ce pays centralisé, où les intendants servaient de courroies de transmission entre le centre et les régions, le discrédit de ceux-ci préparait naturellement le chemin à la seule force capable dempêcher lanarchie, la bourgeoisie. Le modèle parisien sapplique à Lyon, Dijon, Rouen. Dans dautres cas, des forces plus radicales sorganisent, éliminant par la violence les autorités de lordre déjà ancien, comme en Normandie. Les nouvelles autorités se dotent des moyens dassurer lordre en créant des milices bourgeoises.

39 La révolution bourgeoise triomphe partout dans les villes françaises. Appelée à linitiative de la noblesse pour faire pression sur le roi, elle est parvenue, grâce à la population des villes, à simposer à ceux-ci. Toute la question est alors de parvenir à freiner la force par laquelle elle sest employée à obtenir ce pouvoir.

40 3.3 – La révolution des campagnes À leur tour, les campagnes grondent. Elles nont pas attendu ces événements pour sagiter. Les cahiers de doléances provenant des campagnes montrent une exaspération croissante de la paysannerie. Dès mars, des crises paysannes agitent certaines régions (Provence et Picardie). Les deux dernières récoltes ont été mauvaises et entrainé une hausse importante du prix du pain. La crise frappe tout le monde et la noblesse provinciale accroit la pression fiscale sur la paysannerie pour compenser ses pertes Après avoir acquitté les redevances, il ne reste plus grand-chose pour vivre. De sorte que la crise paysanne qui se déploie en 1789 est dabord traditionnelle : elle est liée à la crise des subsistances.

41 Autre élément, laugmentation de linsécurité. La paupérisation dune part de la population jette sur les routes les indigents, vagabonds, maraudeurs et mendiants, ce qui alimente la peur. Mais le contexte politique qui prévaut donne demblée une connotation différente à ce qui demeure au fond une crise traditionnelle pour la France monarchiste, car lheure est à la discussion politique. Les troubles qui éclatent dans la seconde moitié du mois de juillet sont de deux ordres. Dans certaines régions (ex. Alsace), les troubles agraires prennent la forme dune guerre paysanne, alors que les paysans sattaquent aux châteaux et aux abbayes où se trouvent les titres de propriétés des terres. Dans la majorité des régions, la révolte nest pas aussi ouverte et si les tensions sont grandes, elles sont plus complexes à définir. Lhistoriographie a retenu le nom de « Grande peur ».

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43 Son origine repose dans le « complot aristocratique ». Les nouvelles de Paris parviennent lentement et elles y arrivent déformées. Dans le contexte du moment, ces nouvelles, amplifiées et parfois simplement imaginées, concourent à créer un mouvement de panique. Par exemple, dans le Limousin, on raconte que le comte dArtois a quitté Bordeaux à la tête de hommes, ce qui est complètement faux. Cela ne change rien : les paysans sarment pour se défendre et dans certaines régions, puisquil ny a pas darmée aristocratique en marche, la paysannerie se tourne vers les châteaux et les abbayes. Les bourgeois et les nobles de Paris sinquiètent du tour sauvage et anarchique que prend le mouvement quils ont déclenché. La bourgeoisie na aucun intérêt à tolérer la négation de la propriété nobiliaire, car au cours des derniers siècles, elle a elle-même acquis une partie de cette richesse.

44 LAssemblée nationale se trouve alors devant un choix difficile. Si elle choisit la répression, elle rompt lunité nationale et se met en position de faiblesse par rapport au roi. Si elle laisse la crise se développer, elle risque de permettre à lanarchie de sinstaller et de remettre en question le principe de propriété, socle de la pensée libérale dont elle sinspire. Ironiquement, le tiers état, censé mieux représenter la population que les ordres privilégiés, est dabord favorable à la répression du mouvement, alors que la noblesse hésite.

45 4 La fin de lordre féodal Dans la nuit du 3 au 4 août, au Club Breton une centaine de députés appartenant à la frange libérale de la noblesse sentendent sur la nécessité de partager avec la paysannerie insurgée les fruits de la révolution. À la session de lAssemblée nationale au soir du 4 août, on assiste à un événement remarquable qui, bien quil ne soit pas spontané, demeure dunique dans lhistoire : les privilégiés abandonnent leurs privilèges. Le vicomte de Noailles, un jeune homme de 29 sans fortune, monte à la tribune et propose dabolir les droits seigneuriaux, ainsi que les corvées et autres servitudes personnelles héritées de lépoque féodale. Lui succède le duc dAiguillon, 2 e fortune de France, après celle du roi, qui précise la proposition.

46 LA nuit du 4 août 1789

47 Après avoir excusé la conduite des paysans par les vexations dont ils sont victimes, il propose légalité fiscale, labolition des servitudes personnelles et l e rachat des droits féodaux. Ces deux discours suscitent un enthousiasme délirant dans lassemblée. Les uns après les autres, des députés montent à la tribune à tour de rôle pour exprimer leur soutien et surenchérir aux propositions initiales, y ajoutant labandon volontaire d'autres droits seigneuriaux. Puis vient le tour des droits du clergé (abolition de la dîme) et ceux de la province, alors que les députés de Bretagne, du Dauphiné et dautres régions ayant le statut de pays dÉtat, montent à leur tour pour céder « à la nation » les privilèges de leurs régions qui les distinguaient du reste du territoire. Les députés urbains font de même pour les chartes des villes et un membre du parlement de Paris propose labolition de lhérédité des charges publiques.

48 Statuts provinciaux avant 1789

49 Puis le marquis de Lolly-Tollendal propose que le titre de restaurateur de la liberté française soit décerné au roi Louis XVI, proposition accueillie dans lenthousiasme. Cet élan généreux nest pas dépourvu de calcul. Le premier objectif poursuivi par ceux qui lancent le bal est de mettre fin à létat dinsurrection des campagnes, afin de sauver ce qui demeure le plus important, la propriété et la sécurité des personnes. Il sagit de devancer, en le contrôlant, un processus qui semble ne pas pouvoir être stoppé. Par le rachat, même modéré, de certains droits, la noblesse se constitue une sorte de rente : cest une sorte dopération de conversion du droit féodal en bon argent bourgeois. Se pose la difficulté de coucher par écrit ces résolutions. Il faudra plus dune semaine de travail de lassemblée pour parvenir, le 11 août, à un texte qui fasse consensus. Il fut difficile de définir quels droits devaient être abolis, et quels autres seraient soumis au rachat.

50 On opte pour limiter labolition aux droits féodaux pesant sur les personnes, comme les corvées. Pour ceux qui concernent les terres (cens et champart), les paysans devront payer. Le paysan ne deviendra propriétaire de plein droit de la terre que lorsque ces droits auront été rachetés. Ces limitations susciteront la déception des paysans, mais elles seront abolies quelques mois plus tard. Il sagit ici du triomphe de lidée libérale : le droit civil remplace le droit féodal. Malgré les limitations et les reculs par rapport à la nuit du 4 août, le décret du 11 août 1789 consacre la destruction du système féodal. En détruisant la société dordres et en consacrant lanéantissement des privilèges et la possibilité pour tous davoir accès à tous les emplois, lAssemblée nationale glisse vers une conception égalitaire de la société. Ce nouvel élément devra être encadré dans un texte légal : ce sera la Déclaration universelle des droits de lhomme.

51 5 – La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen Cette idée dune déclaration était déjà dans lair dès le mois de juillet. Bien sûr, la déclaration dindépendance américaine est présente à lesprit de tous les députés et plusieurs voudraient s'en inspirer pour donner à la France un cadre légal équivalent. Mais certains députés soulignent certaines différences fondamentales entre la situation française et la situation américaine : les Américains nont pas connu lexpérience féodale et ils sont habitués à légalité, alors que les paysans français veulent surtout, aux yeux de ces députés, la garantie dun travail, de la sécurité, bref, des conditions nécessaires à leur subsistance et ne sont pas prêts à légalité…

52 Mais lidéalisme prévaut sur ces appréhensions. On optera pour une charte des droits très égalitaires. Les discussions a ce sujet reprennent le 12 août et après plus de deux semaines de débats, une Déclaration des droits est votée le 26 août, alors que le centre et la droite préconisaient une Déclaration des droits et des devoirs. Il y existe une controverse historiographique quant à la primeur de ce geste, une école historique au XIXe siècle considérant la Déclaration française comme étant une copie du texte américain. Mais même si lesprit de la déclaration dindépendance américaine a influencé les députés français, le Bill of rights américain (les 10 premiers amendements de la constitution) na été adopté quen Plutôt quune compétition chronologique entre les textes, une participation commune à un même esprit semble plus pertinente, les exemples français et américains sinfluençant mutuellement.

53 Ce texte fondamental inspire grandement lesprit et le contenu de la Déclaration universelle des droits de lhomme, adopté le 10 décembre 1948 par les 58 membres de lAssemblée générale de lONU. Le texte est constitué de 17 articles plutôt courts, ce qui contribue à sa force symbolique. Après un préambule déclarant les droits qui suivent « naturels et imprescriptibles », le texte énumère ces droits. Les premiers articles sont les plus importants. Le premier, dans un écho évident à la déclaration dindépendance américaine concrétise la fin du monde féodal et le début de lère moderne : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur lutilité commune. » La fusion des deux grands courants humanistes du XVIIIe siècle, libéralisme et égalitarisme, est ainsi proclamée.

54 Le deuxième article rappelle que la conservation et la protection des droits constituent la raison de lassociation civile, défini quatre droits fondamentaux : la liberté, la propriété, la sureté et la résistance à loppression. Larticle trois constitue pour sa part le principal élément politique révolutionnaire : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer dautorité qui nen émane expressément. » La monarchie ne sera abolie que plus tard, en 1792, mais ce troisième article pose demblée la première pierre de la république, le roi perdant son caractère sacré et ne pouvant désormais gouverner que par le consentement de la nation. Les autres articles ont une portée moins universelle. Les articles 4 et 5 précisent les modalités et les limites de la liberté individuelle, toutes choses encadrées par la loi.

55 Les articles 6 à 9 précisent des éléments liés aux droits de lindividu face à la loi, comme le rejet des peines arbitraires (articles 7 et 8) ou encore la présomption dinnocence (article 9). La liberté de conscience, ou liberté religieuse est garantie par larticle 10, alors que la liberté dexpression lest par larticle 11. Le caractère sacré et inviolable de la propriété est affirmée par le 17 e et dernier article. Les autres articles déclarent la nécessité de disposer dune force de lordre pour protéger les libertés (12 e ), que tous les citoyens doivent également contribuer financièrement à cette force de lordre et aux autres dépenses de lÉtat (par limpôt – 13e) et que tous les citoyens ont droit de réclamer des comptes sur la façon dont cet impôt est dépensé (14 e et 15 e articles). Enfin, le 16 e déclare que la garantie des droits et la séparation des pouvoirs sont la condition sine qua non dun État de droit constitué.

56 Malgré les insuffisances et le caractère vague de certaines dispositions, il sagit dune rupture fondamentale avec les préceptes qui régissaient la société française jusque-là. Parmi les autres insuffisances et incohérences, il convient de citer le rapport ambigu que lon continue dentretenir face à lesclavage, lexistence de catégories distinctes de citoyens (actifs et passifs) ou encore labsence des droits des femmes. Dailleurs, Olympe de Gouges qui en 1791 va écrire un pastiche intitulé Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne sera exécuté en 1793, pendant la Terreur, pour « avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe »…


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