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Module 2 Economie approfondie Chapitre 4 Fonctions et équilibre macroéconomiques.

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1 Module 2 Economie approfondie Chapitre 4 Fonctions et équilibre macroéconomiques

2 I. Lapproche macroéconomique de la consommation et de lépargne A.Définitions 1)La consommation des ménages Cest une consommation finale effective qui inclut: -La consommation marchande: les ménages achètent des biens et services marchands grâce à leurs revenus. -Autoconsommation: les ménages peuvent satisfaire leurs besoins en consommant des

3 Biens et services quils produisent eux – mêmes -Consommation de biens et services non- marchand fournis par les APU et qui nexigent pas de contrepartie monétaire immédiate (ex: lorsquun agent utilise lenseignement public pour scolariser ses enfants; remboursement de soins médicaux);ces services collectifs sont financés par les prélèvements obligatoires. Ces services peuvent être aussi fournis par les ISBLSM.

4 Consommation effective des ménages = dépense de consommation finale individuelle + consommation collective individualisable (services collectifs). On mesure la part de la consommation dans le PIB. La macroéconomie étudie les agrégats tels que la consommation ou lépargne. La micro étudie le comportement du consommateur.

5 2) Lépargne des ménages Cest la partie non consommée du RDB. Taux dépargne: épargne brute / RDB. Lépargne brute des ménages a deux composantes: -linvestissement logement -Lépargne financière: livrets dépargne, détention de titres (actions, obligations).

6 2 remarques Les achats de logement ne font pas partie de la dépense de consommation finale des ménages mais sont considérés comme un investissement. Ils font donc partie de la FBCF. Les achats de biens durables (automobiles, équipement électroménager, meubles) font partie de la consommation finale des ménages, même si leur utilisation sétale sur plusieurs années.

7 Du point de vue de la macroéconomie, la distinction entre biens durables et non durables est importante: les achats de biens durables ne représentent quune part mineure (moins de 10%) de la dépense de consommation des ménages, mais sont beaucoup plus volatiles (fluctuants) que les dépenses en biens non durables.

8 B. Les déterminants (facteurs)du partage du revenu entre C et S Remarque préliminaire sur le débat entre consommation et épargne: lépargne nest-elle quun résidu du revenu consommé? 1)Niveau général des prix et taux dintérêt réel Les économistes ont longtemps considéré que la consommation et lépargne dépendaient du taux dintérêt réel et du taux dinflation.

9 Selon les auteurs classiques et néo-classiques, le taux dépargne serait une fonction croissante du taux dintérêt réel: un fort taux dintérêt réel (une forte rémunération de lépargne) incite à diminuer sa consommation présente pour accroître son épargne. Cest leffet de substitution: on substitue de lépargne à de la consommation présente.

10 Mais la relation positive entre taux dintérêt et épargne peut être contrebalancée par un effet revenu: pour un ménage qui souhaite effectuer des placements financiers, une hausse du taux dintérêt signifie une hausse de revenus futurs, ce qui peut inciter à réduire lépargne nécessaire pour constituer un patrimoine. Selon P. Allard, « le sens de la réaction de lépargne au taux dintérêt est en théorie indéterminé. - Si la consommation présente et la consommation future sont fortement substituables aux yeux des ménages, leffet de substitution lemporte sur

11 Leffet revenu. -Au contraire, si la consommation future est ressentie comme complémentaire de la consommation présente, leffet de revenu lemportera. Le lien entre inflation et épargne a été dégagé la 1 ère fois par PIGOU (1949): lagent économique désire détenir un montant donné dencaisses liquides exprimé en termes réels: M/P = encaisses réelles M= encaisse monétaire et actifs financiers (patrimoine) P= indice des prix

12 -Effet dencaisses réelles à LT*: dun côté, en cas dinflation, pour conserver la valeur réelle de leur patrimoine financier, les ménages sont contraints dépargner plus. -Mais dun autre côté, à court terme, lanticipation dune accélération de linflation peut conduire les ménages à précipiter leurs achats, surtout de biens durables: fuite devant la monnaie et lépargne baisse => La rapidité de ces adaptations dépend du rythme de progression de linflation et du degré dillusion monétaire (myopie)des agents quant à linflation.

13 Toutefois, dans une période de relative stabilité des prix (+ 2% par an dans la zone OCDE entre 2003 et 2007), ce facteur (inflation) joue désormais un rôle marginal dans le comportement des ménages. Keynes a renouvelé le débat en affirmant que le niveau de la consommation et de lépargne est déterminé par le revenu courant

14 2) Le revenu courant Le lien entre consommation et revenu a pour la 1 ère fois été dégagé par Keynes dans sa Théorie générale (1936).Pour Keynes, lindividu fixe dabord sa consommation en fonction de son revenu courant et affecte ensuite le reliquat de son revenu à lépargne.

15 Certaines approches ont toutefois affiné le lien qui existe entre revenu et consommation (théorie du revenu relatif) tandis que dautres ont lié lévolution de la consommation à lensemble des ressources anticipées de lindividu à plus ou moins long terme, voire à sa richesse (théorie du revenu permanent et du cycle de vie). => Les néoclassiques parlent dactualisation: en t0, lindividu anticipe et fait un calcul actualisé des ses revenus en t1, t2, t3, jusquà la fin de sa vie.

16 LA THÉORIE KEYNÉSIENNE (MACROÉCONOMIQUE): LE REVENU COURANT La consommation est directement reliée au revenu des ménages dont elle suit les fluctuations à court terme. La fonction généralement retenue comprend une consommation incompressible C 0, et une propension marginale à consommer c, positive et < à 1, et constante. Loi psychologique fondamentale*: la consommation saccroît quand le revenu progresse, mais dans une moindre mesure,

17 Car lindividu consacre une partie de sa richesse nouvelle à lépargne. Y :Revenu C = C 0 + cY On peut aussi écrire la fonction de consommation avec une constante b: C = b + cY Repères p La propension moyenne à consommer C/Y qui diminue lorsque le revenu augmente

18 TESTS EMPIRIQUES DE LA FONCTION DE CONSOMMATION KEYNÉSIENNE La naissance de léconométrie est contemporaine de la Théorie générale, avec les travaux menés en 1939 par Jan TINBERGEN pour la Société des Nations. Les travaux statistiques sur la consommation réalisés depuis les années 1940 confirment lexistence dune telle fonction à court terme: la propension moyenne à consommer diminue avec le niveau de revenu.

19 Mais une étude en longue période réalisée par Simon KUZNETS (1946), obtient pour les Etats-Unis de 1869 à 1938, une fonction de consommation linéaire C t = 0,86 Y t Cette caractéristique infirme lhypothèse dune propension moyenne à consommer décroissante avec le revenu, puisquelle est constante à long terme. C/Y = 0,86 = c La propension marginale à consommer est sensiblement plus élevée qua court terme, et égale à la propension moyenne à consommer.

20 Le doute jeté sur la fonction de consommation de Keynes par ces résultats empiriques a suscité de nombreuses reformulations: comment expliquer cette discordance entre courte période et longue période?

21 LES REFORMULATIONS KEYNÉSIENNES Le rôle des habitudes de consommation: James Duesenberry (1948) et Franco Modigliani (1949) ont trouvé une irréversibilité dans le comportement de consommation: sil est plus facile daugmenter que de réduire sa consommation, le niveau de revenu le plus élevé atteint dans le passé exerce un « effet de crémaillère » ou « effet de cliquet » sur la fonction de consommation de court terme. Cet effet de cliquet explique le

22 maintien du niveau de consommation en période de récession ou dexpansion économique. Confrontés à une dégradation de leur pouvoir dachat, les consommateurs préservent leur consommation en épargnant moins ou en sendettant. En revanche, lorsque lactivité économique reprend, ils maintiennent leur consommation à son niveau antérieur et épargnent le supplément de revenu courant. La propension moyenne à consommer se comporte généralement de façon contra cyclique (elle nest pas liée aux cycles économiques) à court terme, tandis quelle est stable à long terme.

23 Cependant leffet de crémaillère est trop brutal: une formulation + souple des habitudes de consommation est élaborée par Thomas Brown (1952), qui propose dintroduire non plus une irréversibilité, mais une inertie des comportements de consommation. La consommation courante est alors expliquée par le revenu courant et la consommation de la période précédente, qui illustre le rôle des habitudes: C t = c Y t + aC t-1 + b 0 < c <1 0 a <1

24 Plus le coefficient a est élevé, plus la consommation passée exerce un effet de mémoire important sur la consommation présente. A court terme, les habitudes de consommation sont données (C t-1 ne peut être modifiée) et la propension marginale à consommer de courte période est C t / Y t = c A long terme, au contraire, toute augmentation du revenu va se transmettre de période en période par le biais du terme de consommation retardé: laugmentation de la consommation en t

25 Entraînera une augmentation de la consommation en t+1, puis en t+2… En longue période, si la consommation est stationnaire, la fonction de consommation sécrit C= c Y + a C + b, et la propension marginale est consommer à long terme c / (1-a) est supérieure à la propension marginale à consommer de court terme (c): la formulation de Brown expliquerait donc pourquoi les études empiriques sur longue période obtiennent une valeur plus forte que les études sur courte période.

26 Le revenu relatif (Duesenberry, 1949): dans cette approche, la propension moyenne à consommer des individus est autant influencée par le niveau de leur revenu courant que par la place quoccupe ce revenu, au sein de la hiérarchie des revenus. Linterdépendance du comportement des agents économiques et les phénomènes dimitation sociale expliquent que la propension moyenne à consommer soit globalement stable sur longue période, puisque cette progression moyenne dépend avant tout

27 de la situation de lindividu dans léchelle sociale.

28 3) La remise en cause de la fonction de consommation keynésienne: le revenu permanent Dans son ouvrage A theory of consumption fonction (1957), Milton Friedman propose détablir les fondements microéconomiques des comportements de consommation, sur la base de choix intertemporels du consommateur. Pour Friedman, il convient de distinguer au sein

29 du revenu et de la consommation une composante permanente et une composante transitoire. Le revenu permanent* est un revenu tendanciel anticipé, que lindividu infère des évolutions économiques de long terme et de ses propres capacités (anticipations rationnelles) Le revenu transitoire* ou revenu courant dépend au contraire dévènements imprévus ou de fluctuations à court terme. La seule relation stable qui existe entre revenu et consommation unit revenu permanent et consommation permanente.

30 Une hausse du revenu ne se traduira donc par une augmentation significative de la consommation, que si cette hausse est interprétée comme durable par les agents économiques et si elle aboutit à modifier les anticipations portant sur le revenu permanent. Dans le cas contraire, la hausse du revenu sera perçue comme provisoire et se traduira surtout par un flux dépargne supplémentaire (dans la crainte dune diminution future du pouvoir dachat.)

31 lexplication de Friedman relativise la portée des politiques keynésiennes de relance de la consommation à court terme, et met laccent sur le rôle contra cyclique des comportements de consommation. Contra-cyclique*: qui va à lopposé du cycle économique (récession ou expansion).

32 4) Le cycle de vie Initialement formulée par Ando-Modigliani (1963) et Modigliani-Brumberg (1954), la théorie du cycle de vie se situe, comme la théorie du revenu permanent, dans la tradition néoclassique de laffectation inter temporelle des revenus. => Rationalité du consommateur qui adopte un comportement prospectif doptimisation.

33 Néanmoins, contrairement à la théorie de Milton Friedman, lapproche est ici plus directement macroéconomique: au niveau agrégé, la théorie du cycle de vie affirme que le taux dépargne moyen des ménages dépend avant tout des variables démographiques. Comme Friedman, la théorie du cycle de vie relie la consommation aux ressources moyennes de lindividu calculées sur le long terme. Sa particularité cependant: substituer à la notion de revenu permanent la somme actualisée des revenus perçus par un individu

34 Pendant sa vie entière. Cette théorie montre les différences de comportements de consommation et dépargne à chaque stade du cycle de vie. Schématiquement, les individus: -consomment plus quils ne gagnent quand ils sont jeunes (le financement de leurs dépenses se faisant grâce à la famille ou par emprunt à des organismes de crédit) -épargnent de plus en plus au cours de leur vie active ( à la fois pour rembourser leurs dettes initiales, et pour se constituer un capital en

35 Vue de leur retraite) -Consomment les fonds accumulés peu à peu au cours de leur retraite. Cette théorie est globalement vérifiée sur les dernières décennies, mais lévolution du contexte économique conduit à y apporter quelques nuances Ex: épargne de précaution (chapitre V) => Au niveau microéconomique, cest lensemble du revenu actualisé durant sa vie active qui importe à lindividu pour définir son profil de consommation, même si des aléas intervenus

36 Dans le revenu courant ou des modifications de ses anticipations sur les revenus futurs peuvent modifier cette consommation à court terme. => Au niveau macro, le taux dépargne des ménages varie en fonction de la croissance de la population active (+ la pop. Active est importante, plus le taux dépargne est élevé), mais aussi de celle du revenu

37 C. Les évolutions empiriques vérifient- elles ces théories? 1)Evolution du taux dépargne peut-elle être expliquée par ces théories?

38 DANS LENSEMBLE DES PAYS DE LOCDE Le taux dépargne chute entre 1980 et 2005, avec des mouvements cycliques: baisse jusquen 1983, remontée de 1983 à 1989, chute entre 1990 et 1993, légère hausse depuis cette date, puis nouvelle diminution à partir de Cette évolution cyclique correspond aux fluctuations de la conjoncture éco: lépargne baisse en période de ralentissement (récession)car les ménages puisent dans leur épargne pour soutenir la

39 Consommation, et car les réductions de déficits publics conduisent à une baisse de lépargne globale (voir léquivalence ricardienne p. 68 dans le Repères: les ménages épargnent davantage en cas de déficit public important, car ils anticipent le fait que lEtat augmentera les impôts pour combler ce déficit public). Cette évolution masque une certaine dispersion des taux dépargne entre les pays: - Le Japon a connu une forte chute de son taux dépargne des ménages: 22,8% en 1975=>

40 Seulement 6,8% en Le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont partis de taux dépargne faibles; avec la chute de leur taux dépargne, les Etats-Unis atteignent 1% en 2006 et le Royaume-Uni 5,5% en Si en 2006, la France, lAllemagne et lItalie ont un niveau comparable dépargne des ménages (environ 15,5%), ces pays nont pas connu la même évolution depuis 1975: taux divisé par 2 en Italie, faible hausse en Allemagne et chute de 4 points en France.

41 Globalement, le taux dépargne des ménages dans les pays de lOCDE a connu depuis le 1 er choc pétrolier une baisse durable, qui sest encore accentuée à partir des années En France, cette évolution a été particulièrement marquée entre 1983 (politique économique réorientée dans le sens de la rigueur salariale) et 1988 (où le taux dépargne a atteint son niveau historique le plus bas). Avec la crise économique du début des années 1990, on a assisté à une stabilisation du taux dépargne, voire à une légère remontée en France.

42 Cependant, les taux dépargne atteints en 2000 nont jamais retrouvé leur niveau davant les 2 chocs pétroliers. Aux Etats-Unis, on a vu apparaître un taux dépargne nul, voire négatif, conséquence de laugmentation des cours boursiers (cours des actions et obligations), et donc, de celle du patrimoine des ménages => les ménages revendent leurs titres La période de stagnation du début des années 2000 a coïncidé avec une légère augmentation du taux dépargne des ménages, surtout en Europe, sexpliquant par des incertitudes en matière dévolution des revenus: S de précaution

43 Mais lamélioration de lactivité économique en 2006/2007 na, contrairement à tout attente, pas entraîné en Europe de reflux significatif du taux dépargne: cela peut sexpliquer en partie par les incertitudes pesant sur le caractère durable de cette reprise (chômage élevé, pressions inflationnistes notamment jusquen 2008). Si les ménages navaient pas anticipé le caractère temporaire de cette reprise économique, ils auraient moins épargné. => effectivement, la crise a de nouveau eu lieu en 2008.

44 UNE BAISSE DE LÉPARGNE DES MÉNAGES EN FRANCE Trois phases: Jusquen 1978, augmentation tendancielle du taux dépargne des ménages en France, qui atteint près de 20%en 1978 Phase de forte baisse entre 1978 et 1987 => 11% en Cette diminution affecte également la composante financière de

45 lépargne des ménages Le taux dépargne remonte tendanciellement après 1987 et se situe en 2008 à 15,3%; on assiste parallèlement à la remontée de lépargne financière des ménages (les ménages placent davantage sur des livrets, achètent davantage dactions, dobligations) a/ Les travaux français mettent laccent sur plusieurs facteurs clés pour expliquer la baisse du taux dépargne des ménages de 1978 à 1987:

46 La crise économique, et son impact sur la progression des revenus: la faible croissance des revenus a pu inciter les ménages à réduire leur épargne pour conserver leur niveau de consommation; un tel phénomène deffet de cliquet a été mise en évidence à la fin des années Exemple: de 1970 à 1980, le taux de croissance du pouvoir dachat du revenu des ménages est passé de 5% lan à 0% => les ménages ont réagi en diminuant leur taux dépargne qui sest abaissé de 17,5% à 14,9% => le niveau de leur

47 consommation est, en 1980, > de 3% à ce quil aurait été si le taux dépargne avait été maintenu au niveau de Les effets de linflation sur lépargne apparaissent ambivalents: à court terme, leffet de fuite devant la monnaie a pu jouer, pour céder la place à leffet dencaisse réelle à moyen terme. Ex: la baisse du taux dépargne en France de 1981 à 1988 a ainsi correspondu à une phase très rapide de désinflation (le taux dinflation est

48 passé entre ces 2 dates de 13% à 3,5%) et à une période de ralentissement très net de la progression du revenu disponible: les ménages ont tiré sur leur épargne, dont la valeur nétait plus dépréciée, plutôt que de sacrifier leur consommation.

49 La baisse du taux dépargne des ménages peut sexpliquer par la diminution de linvestissement en logements durant les années Motif de précaution: en période dincertitude sur leur revenu futur, les ménages peuvent décider daccroître leur effort dépargne afin de maintenir un niveau de consommation constant sur le long terme. => laugmentation du chômage influence lépargne de précaution (crainte de perdre son emploi).

50 Dans une optique de cycle de vie, le vieillissement de la population française devrait se traduire par une baisse structurelle du taux dépargne des ménages. En longue période, au taux actuel de fécondité, la part de personnes dau moins 60 ans par rapport aux personnes âgées de 20 à 59 ans, passera de 38% à 47% en 2025 => le poids relatif des désépargnants augmentera par rapport à celui des épargnants => le taux dépargne pourrait baisser.

51 Le taux dintérêt ne semble pas exercer dinfluence significative sur le volume de lépargne: les taux dintérêt réels sont très faibles en 1974 alors que le taux dépargne est élevé taux dintérêts réels augmentent de 1980 à 1986, tandis que le taux dépargne des ménages chute. Les « facteurs socioculturels »: selon A. Babeau, linstabilité des couples influe sur le taux dépargne des ménages => elle raccourcit lhorizon des choix; toutes les formes dengagements à long terme peuvent donc être dévalorisées, ainsi on peut repousser une

52 Consommation que lon peut se permettre dès maintenant. De même cet auteur avance que la crise économique des années 1980 a paradoxalement conduit à des comportements de préférence pour le présent: les projets à long terme sont devenus plus rares => cela est favorable à la consommation immédiate du revenu courant (théorie keynésienne).

53 Pour comparer lépargne des ménages en France aux autres pays, laccent est souvent mis sur des facteurs structurels tels que la démographie et le système de retraites. Ainsi, une étude du CEPII a tenté dexpliquer les différences de niveau dépargne entre les pays de lOCDE sur la période , en mobilisant 4 déterminants: - La part de la population du pays ayant + de 65 ans: dans une optique de cycle de vie, ce facteur doit être défavorable à lépargne

54 -Le taux dactivité des + de 60 ans: il influe négativement sur le taux dépargne -Les retraites versées (en % du PIB): de fortes retraites versées incitent peu à épargner -Le taux dactivité des femmes: ce dernier influe négativement sur le taux dépargne. Le RU, qui se caractérisait par un faible taux dépargne des ménages conjuguait une population relativement âgée (15% de + de 65 ans), un taux dactivité des femmes élevé (60%),

55 Royaume-UniFranceJapon Taux dépargne des ménages FaibleMoyenElevé Part des plus de 65 ans 15%`38%9% Taux dactivité des femmes 60%54%53% Taux dactivité des + de 60 ans 15%11%35% (seul facteur à la baisse du taux dépargne) Système de retraites (retraites versées en % du PIB) Conséquent (10,5%) Important (12%)Peu développé (5%)

56 b) La remontée du taux dépargne des ménages en France reste difficile à expliquer Si lon retient une approche en termes deffet dencaisse réelle, la désinflation actuelle (depuis 2008) aurait dû pousser le taux dépargne à la baisse. De même, lorsque le revenu courant ralentit de façon transitoire, ce qui a été le cas de 1990 à 1994, le revenu permanent nest pas sensiblement affecté si les ménages anticipent

57 Un rattrapage à long terme => ceux-ci consentent donc une baisse temporaire de leur taux dépargne leur permettant de maintenir leurs dépenses Plusieurs arguments ont été invoqués pour rendre compte de lévolution de lépargne des ménages depuis les années 1990: Face à laugmentation du taux de chômage entre 1990 et 1995, les ménages constituent une épargne de précaution.

58 De forts déficits publics (ou déficits budgétaires) au cours de la récession de 1993 ont pu conduire à des comportements du type « neutralité ricardienne » (David Ricardo et R. Barro): compte tenu de lampleur des déficits, financés par lemprunt, les ménages anticipaient une augmentation future des impôts et constituent en conséquence une épargne pour faire face à ces impôts. Les effets nouveaux de la libéralisation financière: dans loptique néoclassique, laffectation

59 du revenu des ménages entre consommation et épargne est essentiellement déterminée par la valeur du patrimoine des ménages. En effet, si lindividu choisit de différer sa consommation et daffecter une partie de son revenu à lépargne, cest pour se constituer un patrimoine qui va servir de réserve de valeur pour sa consommation future. Toute variation de la valeur réelle de ce patrimoine est ainsi susceptible dagir sur le partage immédiat du revenu entre consommation et épargne =>

60 Cela incite lindividu à épargner – ou à désépargner – davantage dans le but de maintenir son pouvoir dachat et son niveau de consommation ultérieur. Cette variation de la valeur réelle du patrimoine met en jeu deux facteurs: la modification nominale du prix des actifs dune part; le rôle du taux dintérêt dautre part.

61 Le rôle du taux dintérêt - En France, le haut niveau des taux dintérêt réels au début des années 90 a entraîné un arbitrage favorable à lépargne; de même les ménages qui sétaient endettés au milieu des année 80 ont dû réduire leur consommation dans les années 90 pour rembourser leurs emprunts (désendettement), compte tenu de la faible progression des revenus.

62 Depuis 1986, la libéralisation des marchés financiers a accru la sensibilité des ménages au niveau des taux dintérêt => hausse de lépargne: leffet de substitution lemporte sur leffet revenu. Rq: la hausse du taux dintérêt renchérit le coût du crédit. Cet effet joue principalement via limmobilier, dans les pays où les ménages sont endettés à taux variable (Etats-Unis, RU, Espagne) Economie politique contemporaine, Etienne Barel, Christophe Beaux, Emmanuel Kesler, Olivier Sichel, Armand Colin, 3 e édition, p. 67

63 On observe dans les pays de l'OCDE depuis le début de la crise de 2008 une remontée généralisée des taux d'épargne des ménages, qui contribue évidemment à la faiblesse de la demande : On peut avoir trois interprétations pour cette remontée des taux d'épargne : elle reflète le besoin de désendettement, de réduction du levier d'endettement des ménages : elle est alors liée au recul du crédit, et causée par le recul de la richesse des ménages ; elle reflète l'épargne de précaution due à la montée du chômage, à la mauvaise situation économique ; elle correspond alors normalement à une hausse des placements financiers.

64 elle vient du comportement de neutralité ricardienne : les ménages épargnant davantage parce que le niveau très élevé des déficits publics leur fait anticiper qu'il y aura dans le futur hausse des impôts ; il peut y avoir alors à la fois moins de crédit et davantage de placements financiers

65 2) Evolution de la consommation a) Le niveau de la consommation Economie politique contemporaine, Etienne Barel, Christophe Beaux, Emmanuel Kesler, Olivier Sichel, Armand Colin, 3 e édition, p La consommation des ménages depuis 50 ans (module I ESH)

66 Au-delà de la rupture de tendance survenue au milieu des années 1970, la hausse des dépenses de consommation des ménages, entre 1960 et 2008, a été quasi-continue, et à suivi celle de leur revenu: + 3,2% par an en moyenne.

67 Par habitant, la progression est de +2,5%, soit un triplement du volume de consommation en près de 50 ans. Cette progression globale recouvre de profonds changements dans la structure des dépenses. => Lire les articles sur lépargne des français pendant la crise sur le site WEB

68 b) Evolution de la structure de la consommation par fonction Les parts réservées à lalimentation et à lhabillement se sont réduites, au profit notamment du logement, des transports, de la santé, des dépenses de communication et de loisirs.

69 Cette transformation traduit des évolutions relatives des prix et des volumes de chacun des biens et services consommés (hausse des prix dans le secteur secondaire et le secteur tertiaire, baisse des prix dans le secteur primaire) Outre laccroissement total du budget disponible par personne, les mutations du marché du travail (taux dactivité), la nette progression du temps libre disponible par personne en emploi, lévolution des goûts et des modes de vie, les facteurs socio- démographiques type demploi,

70 Urbanisation, structure familiale) et le progrès technique sont autant de facteurs explicatifs de ces changements. Ce déplacement relatif de la consommation depuis les postes dalimentation et dhabillement vers dautres postes recouvre un phénomène plus massif encore: les services qui représentaient 30% des dépenses de consommation en 1960, dépassent 50% depuis le milieu des années Plus de la moitié de cette hausse tient aux seuls services de logement

71 (paiement de loyers, quils soient réels, ou fictifs, cest-à-dire imputés aux ménages propriétaires occupant leur logement. Ce déplacement relatif des dépenses de biens vers les services sexplique en premier lieu par un effet-prix: sur longue période, le prix des biens, en particulier celui des biens manufacturés (+3,5% par an), évolue nettement moins rapidement que celui des services (+5,9% pour les services hors loyers). Cela tient au fait que les gains de productivité induits par le progrès technique bénéficient surtout à la

72 Fabrication de biens manufacturés, alors même que les augmentations salariales se diffusent dans tous les secteurs dactivité. Cest pourquoi, à structure de consommation inchangée en volume, la simple augmentation relative du prix des services par rapport à celui des biens tend à déformer la structure du budget des ménages en valeur. => Quels sont les instruments statistiques qui permettent dobserver ces résultats?

73 c)Lobservation des dépenses familiales Comment exciter la compassion des plus riches? Comment amener les pouvoirs publics à prendre des mesures en faveur des pauvres? Les riches ou les puissants côtoient sans la voir la misère du peuple. Que mangent les pauvres? Comment shabillent-ils et sont-ils logés? A lorigine, les dépenses des familles pauvres sont observées à des fins charitables.

74 DE LINTÉRÊT « DOCUMENTAIRE » À LÉTUDE « SCIENTIFIQUE » Il nest donc pas surprenant que le 1 er à recueillir ce type dinformation soit un homme dEglise. A la fin du XVIIIe siècle, au moment de la première révolution industrielle, un pasteur anglais, David Davies, recueille les budgets de 127 ménages. Il ne cherche pas à les analyser, leur intérêt est seulement documentaire.

75 Leur seule publication est destinée à motiver la générosité de ses paroissiens plus aisés. De plus, Davies suggère des mesures de réforme. Pourquoi les pouvoirs publics ne réglementeraient-ils pas les salaires? Avec près de 2 siècles davance, il propose une loi qui fixerait un salaire minimal, analogue au salaire minimal interprofessionnel de croissance, le SMIC.

76 Deux ans plus tard, Frederick M. Eden publie Histoire de la pauvreté et des lois sur les pauvres. A son tour, il a rassemblé des données budgétaires et les publie: sont détaillées les dépenses de 60 familles de cultivateurs et de 36 familles non agricoles. Lui non plus ne se livre à aucun calcul sur ces données.

77 Stigler, en 1954, classe les dépenses des ménages, calcule les dépenses moyennes par poste budgétaire et même évalue leur part dans le budget total. Plus de 70% du budget sont dépensés en moyenne pour la nourriture. Dans les années , les études sur les dépenses quotidiennes forment un véritable domaine scientifique avec ses experts, ses « lois »: -ENGEL et LASPEYRES en Allemagne -CARROL WRIGHT aux Etats-Unis -DEL VECCHIO en Italie -HALBWACHS en France

78 La génération suivante marque les débuts de léconométrie de la consommation avec les travaux dALLEN et BOWLEY (1935) et de DEATON (1974): cest lapproche microéconomique du consommateur. Comment expliquer cette révolution intellectuelle et cet engouement?

79 LA « STATISTIQUE MORALE » APPLIQUÉE À LA CONSOMMATION Contexte: industrialisation et prolétarisation dune grande partie des travailleurs manuels. Lagitation des classes laborieuses et les débats politiques autour des idées socialistes qui culminent en France avec la révolution de 1848 et létablissement de la II e République sont à lorigine dun regain dintérêt de la part des milieux cultivés pour la condition réelle des catégories défavorisées et notamment des ouvriers.

80 Outre le facteur politique, les médecins sintéressent à la diffusion des maladies. Les conditions de vie des classes les plus pauvres sont étudiées selon lhypothèse que leur environnement habituel favorise la morbidité. Entre 1820 et 1850, Les Annales dhygiène publique et de médecine légale publient les travaux des « hygiénistes ». Un 3 e élément est la diffusion rapide parmi les milieux dominants des utilisations de la statistique (LAPLACE, COURNOT, POISSON, GAUSS et dautres mathématiciens ont

81 développé la théorie mathématique des probabilités). Les intuitions et les travaux dun mathématicien et astronome belge, Adolphe QUETELET, sont à lorigine des études sur les dépenses des ménages. Ce statisticien applique les techniques de calcul utilisées pour la physique à lanalyse des faits sociaux. Son idée force est la suivante: quand sont agrégées les données individuelles, les irrégularités qui tiennent aux particularités de chaque observation disparaissent. Lorsque les observations sont suffisamment nombreuses,

82 lanalyse permet détablir des lois générales qui régissent les sociétés. Cette approche lui permettra détablir que les suicides atteignent leur maximum journalier entre 6 et 8 heures. Quetelet aura une influence décisive sue Emile Durkheim et ses travaux sur le suicide, mais aussi sur Ernst Engel.

83 L OIS D E NGEL (1857) Ernst ENGEL ( ): statisticien prussien qui, à la suite du mathématicien belge Adolphe Quételet ( ), procéda aux premières mesures de consommation et de revenu des ménages. Il a suivi lenseignement de F. Le Play, mais il se désintéresse de la méthode monographique de ce dernier. Son étude ne consiste pas à collecter des entretiens, mais des faits sur les budgets de famille: il a recours aux méthodes

84 de la « statistique morale », cest-à-dire quil classe les dépenses et fait des calculs sur les montants pour rechercher des régularités statistiques. En revanche, il ne recueille pas lui-même ses données: ses informations de base sont celles de son maître Frédéric Le Play (Les ouvriers européens: études sur les travaux, la vie domestique et la conditions morale des populations ouvrières de lEurope. Précédé dun exposé de la méthode dobservation, 1856).

85 La 1 ère analyse statistique des budgets, réalisée par Engel, est publiée en 1857: Les conditions de la production et de la consommation du royaume de Saxe. Il ne sagit pas seulement dune description numérique dun ensemble de budgets; létude sinscrit dans une réflexion plus générale. La raison initiale pour laquelle Engel sintéresse au budget des familles est liée à la critique des théories démographiques de Malthus. Rappelons que pour Malthus, la population dun pays ne doit pas dépasser une certaine taille, car les ressources, notamment

86 vivrières, ne sont pas extensibles indéfiniment. Engel fait partie de ceux qui rejettent la thèse de Malthus: pour lui, le volume global des ressources nécessaires à la survie des populations que peut fournir un territoire nest pas fixé une fois pour toutes. Car le produit de lactivité économique dépend des forces productives, dont la taille de la population des actifs. Plus spécifiquement, Engel défend lidée suivante: pour maximiser la quantité de produits sur un

87 territoire donné, il faut que la répartition de la population active entre les divers secteurs économiques ne soit pas laissée au hasard, mais sinspire du budget des ménages. Si 70% du budget moyen sont consacrés à lalimentation, 70% de la population active doivent se trouver dans lensemble des secteurs qui produisent et distribuent la nourriture et la boisson (agriculture, pêche, transport et magasin dalimentation). Si cette structure socioprofessionnelle est réalisée, la société na pas à craindre la sous-production. Dans ces

88 conditions, la grandeur absolue de sa population est sans danger. Engel ventile les dépenses budgétaires des familles en 9 postes: Nourriture: celle qui est prise à la maison et prise à lextérieur Habillement Habitation qui comprend le loyer du logement, les mobilier, les ustensiles de ménage et la prime dassurance du logement Chauffage et éclairage

89 Outillage et instruments de travail nécessaires aux membres actifs de la famille pour exercer leur profession Education et loisirs culturels Impôts Santé Services des domestiques => Cette nomenclature est fort peu éloignée de celle qui est utilisée pour les enquêtes récentes sur les budgets familiaux.

90 Il constata que, lorsque le revenu augmente -les dépenses alimentaires occupent une part décroissante dans lensemble des dépenses du ménages - alors que cest linverse pour les dépenses quil qualifiait « de luxe » (transports, livres, journaux, sorties…) - les dépenses dhabillement progressant quant à elles à peu près au même rythme que le revenu.

91 Ce triple constat semble avoir été corroboré par les faits depuis lors, bien quil faille nuancer cela. Tout dabord, la hausse du revenu incite à une alimentation plus riche, voire à des substitutions: on va davantage au restaurant, achat de plats surgelés, on boit du Champagne dans les grandes occasions, or, tout cela coûte plus cher. Il reste que la consommation alimentaire (qui certes ne comprend pas les repas hors domicile dans les statistiques),

92 occupe une part décroissante du budget des ménages (car le revenu des ménages augmente dans le temps): 60% vers 1860, 33% un siècle plus tard, 17% en 2007 (et 20% avec les repas hors domicile). Les lois dENGEL sont donc valables tant en étude chronologique quen coupe instantanée.

93 Se pose un problème de classification: si Engel poursuivait son étude aujourdhui, il lui faudrait classer les dépenses de logement (loyers, chauffage, équipement ménager) dans les dépenses de luxe. En effet, ce poste na cessé de progresser dans lensemble des dépenses: 5% en 1860, 22% en 1960 et 31% aujourdhui, notamment du fait de la rente foncière (ce que les propriétaire encaissent grâce à lurbanisation et à laugmentation de la demande de logements qui en résulte et qui tire les loyers vers le haut). Se loger serait-il un luxe?

94 LA POSTÉRITÉ DES LOIS DENGEL La découverte dEngel a connu un immense succès. Très tôt elle est reprise et vérifiée sur dautres données. Dès 1875, CARROLL WRIGHT, responsable des statistiques sur le travail dans lEtat du Massachussetts aux Etats-Unis, constate lui aussi que sur une population homogène de familles ouvrières, classées selon des tranches de revenus, la part de lalimentation passe de 64% du budget pour les plus pauvres à 51% pour les plus riches.

95 Mais lanalyse de WRIGHT sétend aux autres postes budgétaires: il regroupe en un seul poste lhabitation et le chauffage, et un autre poste « divers » loutillage, léducation, les impôts, la santé et les services domestiques => Il formule dautres régularités statistiques et attribue à Engel la paternité de trois autres lois (outre la 1 ère loi qui montre que les dépenses alimentaires baissent proportionnellement lorsque le revenu augmente):

96 2 e loi: la part des dépenses consacrées aux vêtements est approximativement la même quelque soit le revenu 3 e loi: la part des dépenses relatives à lhabitation, au chauffage et à léclairage est invariable, quelque soit le revenu 4 e loi: lorsque le revenu saccroît, la part des dépenses diverses saccroît Une littérature considérable sest développée autour de la 3 e loi, celle qui concerne la part des dépenses dhabitation. Le directeur du Bureau de la statistique de Berlin,

97 Hermann SCHWABE, établit contre Wright que « plus on est pauvre, plus est élevée la part relative que lon doit dépenser pour lalimentation » (1868). A Leipzig (1875) et à Hambourg (1876), la proposition de SCHWABE est vérifiée. Aussi ENGEL accepte la formulation de SCHWABE et non celle de WRIGHT (1872). 40 ans plus tard, cette polémique nest pas close. Le sociologue Maurice HALBWACHS (1913) soutient, preuves à lappui, la position de WRIGHT.

98 D. Consommation et mode de vie 1)Consommation et société chez Maurice Halbwachs ( ): une autre manière de penser le niveau de vie et la consommation Loriginalité de ses travaux en France tient au lien quil établit entre consommation et classe sociale. Il fait partir de lécole de sociologie française fondée par Emile Durkheim.

99 En 1913, il soutient à la Sorbonne sa thèse de sociologie consacrée à La classe ouvrière et aux niveaux de vie, ce qui constitue une première à luniversité à cette époque. Ses travaux sont brûlants dactualité car la question que se posent les sociologues aujourdhui est la suivante: létude scientifique des budgets des classes donne-t-elle la clé de toutes les relations quelles entretiennent entre elles: ségrégation, exploitation, distinction, exclusion, voire imitation ou rattrapage? La classes ouvrière est-elle intégrée à la société moderne?

100 Le développement de la consommation accroît-il la participation aux valeurs centrales de la vie sociale? Selon lui, les lois dENGEL sont trop générales pour avoir un sens sociologique. HALBWACHS part en effet de lexpérience attestée d « ensembles sociaux réels » (classe ouvrière, milieux urbains, bourgeoisie parisienne, paysans du Langedoc…). Cest de ces milieux quil essaie de saisir les régularités ou, si lon veut, les lois. Mais une formule générale énonçant une relation entre des grandeurs abstraites (revenu et

101 nourriture, revenu et habillement, âge et épargne…) nest quune vaine imitation des lois de la physique parce quelle néglige précisément les ensembles sociaux réels au sein desquels ces grandeurs abstraites se réalisent. Un même montant de dépenses consacré à lalimentation dissimule des paniers très différents: plus de viande, de jambon et de saucisses pour les employés, plus de graisse et de pommes de terre pour les ouvriers. Sous le chiffre, le produit; sous le produit, la valeur sociale qui lui est accordée et lusage qui en est fait.

102 Le chiffre ne doit jamais faire écran à la réalité concrète observée. Telle est la conviction profonde dHALBWACHS et lorigine de ses réticences à légard des lois dENGEL. Lhypothèse dHALBWACHS est claire: les classes sociales ne se distinguent pas seulement par leurs moyens mais aussi par leurs besoins. Ex: Halbwachs compare deux classes sociales proches, les employés et les ouvriers allemands en En matière de nourriture, on vérifie à peu près la 1 ère loi dENGEL. Cependant, à revenu égal

103 avec les employés, les ouvriers consacrent plus dargent à se nourrir. Cette valeur supérieure attribuée à la nourriture témoigne de besoins différents. A mesure que les revenus sélèvent, les ouvriers consacrent une part croissante aux vêtements, mais ce nest pas le cas pour les employés. A mesure que les revenus sélèvent, les employés dépensent davantage pour le logement, ce qui nest pas le cas pour les ouvriers.

104 Dépenses diverses: elles croissent dans les deux classes sociales, conformément à la quatrième loi dENGEL. Mais il faut observer aussi quà revenu égal, la part consacrée à ces dépenses (moins dépendantes des impératifs de la nature et quon pourrait donc dire plus « sociales ») occupe une place plus grande chez les employés que chez les ouvriers. En accédant à des niveaux daisance comparables, les ouvriers et les employés se distinguent par leur façon de vivre.

105 Conclusion: en matière de consommation, les différences de classe lemportent sur les écarts de revenu. Une classe sociale ne se définit pas par un niveau de ressources: ce sont plutôt les conditions dexistence et de travail, les représentations sociales et la culture qui sont aux principe des différences de classe et de genre de vie. Les hypothèses simplistes des économistes et des statisticiens ne peuvent donc être retenues. => Il existe une hiérarchie des besoins propre aux ouvriers.

106 Comment expliquer cette hiérarchie des besoins ouvriers? Halbwachs pose le refoulement de la sociabilité que le travail dusine étouffe en réduisant lhomme au rang dinstrument mécanique. Limportance accordée au vêtement et aux dépenses diverses exprime la volonté forte de mêler à la) vie sociale de la rue. Halbwachs met ici laccent sur un trait permanent du comportement ouvrier comme lattestent dans des registres très divers Les grands boulevards chantés par Yves Montand à la Libération, lattachement à la rue des ouvriers

107 du 13 e arrondissement lors dune opération de rénovation dun quartier misérable étudié par Henri COING (1965), ou la culture ou le théâtre de la rue décrit par Michel VERRET (1979). Cest dans le même esprit que Maurice Halbwachs interprète la part importante que les ouvriers accordent aux dépenses diverses quand ils senrichissent. Le rassemblement familial autour des repas, qui donne un poids élevé au coefficient budgétaire de lalimentation dans la classe ouvrière, est une autre manière de libérer les

108 besoins de sociabilité refoulés par le travail industriel. Cette explication du mode de vie des ouvriers sinscrit de manière originale dans une tradition de réflexion sur les relations entre lindividu et la société, qui caractérise lécole durkheimienne, de Durkheim lui-même, à Bourdieu ou Lévi- Strauss. Durkheim avait encadré ses réflexions par une épistémologie réaliste et brutale qui distribuait les objets comme des territoires: à la psychologie la réalité individuelle, à la sociologie la réalité sociale.

109 Lopposition de ces réalités masque mal leur hiérarchie: au moi des psychologues est dévolue la part des instincts et des affects, alors que la société se charge dinstaller en chacun les attributs du Je transcendantal kantien: catégories intellectuelles, valeurs morales, principes du jugement esthétique et religieux. Mais il est bien remarquable que les plus proches disciples de DURKHEIM, sils sattachent comme lui à méditer sur les rapports entre lindividu et la société, le font avec une grande liberté par rapport à lépistémologie dogmatique du « patron ».

110 -Marcel MAUSS par exemple, recherche, les bases sociales de la formation de la personne, sans se soucier de la hiérarchie entre sociologie et psychologie. -Dans sa théorie sociologique des besoins, Maurice Halbwachs combine avec beaucoup de finesse les inspirations contradictoires de Durkheim et de Bergson. Dans ses travaux sur le suicide, la mémoire, la psychologie collective et bien sûr létude des besoins, Maurice Halbwachs est amené à

111 discerner tout ce que la constitution de la personne doit à la vie sociale. Dans un texte des Deux sources de la morale et de la religion, Henri BERGSON décrit deux formes de relation entre le moi et la société: à un niveau superficiel, le moi est rattaché aux autres par le réseau superficiel des intérêts et des contraintes matérielles; selon BERGSON, grand adversaire de la pensée de Durkheim, ce niveau de surface, tant pour le moi que pour la société, est celui dont la sociologie expérimentale et rationnelle se contente.

112 Mais le social et le moi se rejoignent aussi à leurs racines, que seule peut atteindre lintuition philosophique. Instruit par Durkheim à se défier des intuitions, Halbwachs nhésite pourtant pas à faire du champ décrit par Bergson, celui où les tendances les plus profondes des personnes rejoignent les valeurs ultimes de la société, le domaine par excellence de la sociologie.

113 Et aujourdhui? Les tendances observées par Halbwachs en 1907 et 1930 sont loin davoir disparu au XX e siècle. Par exemple, Christiane et Claude Grignon, dans Les pratiques alimentaires, Données sociales, INSEE, 1984, analysent les modes dalimentation des employés et des ouvriers: « Plus coûteuse, plus moderne et plus cultivée, lalimentation des employés de bureau soppose nettement à celle de la catégorie immédiatement voisine des ouvriers qualifiés.[…]Plus coûteuse que celle des ouvriers qualifiés, leur alimentation est aussi plus

114 économique en temps. […] Lalimentation des employés est aussi plus conforme aux modes, sinon aux normes diététiques […] Leur comportement, en la matière, ressemble de loin à celui des cadres supérieurs. » Classes sociales: la théorie du feu de camp. Les faits en témoignent: les différences de revenu nexpliquent pas tout. La société ne consiste pas en une distribution inégale de moyens à des hommes universellement dotés des mêmes propensions. La société modèle les besoins eux-mêmes.

115 Les conditions dexistence et de travail imposent à ceux qui les vivent des besoins qui diffèrent dun milieu à lautre. Dans leur degré de satisfaction bien sûr mais aussi dans le fait de les ressentir ou non comme des besoins. Les façons de dépenser son argent, lisibles dans la structure des budgets, permettent de saisir, sur une base objective, cette réalité cachée et insaisissable quHalbwachs se propose danalyser en 1912: la hiérarchie différentielle des besoins selon les classes sociales. Pour Halbwachs, le niveau de vie a un sens

116 qualitatif: il désigne à la fois les degrés et les formes de participation des individus à la vie sociale. Cest-à-dire dabord les façons dont les membres des différentes classes sarrachent ou non à létat de nature ( à la matière) pour entrer dans létat de société. Un niveau de vie correspond donc à la place quoccupe le groupe ou lindividu par rapport à la société: dedans ou dehors, au centre ou à la périphérie. Il se mesure par le type biens matériels ou symboliques produits par cette société auxquels ont accès ces différents groupes.

117 Des plus élevés aux plus humbles, se distribueront ainsi les différentes classes de la société. Loin dêtre une simple et approximative mesure du bien-être, un niveau de vie désigne donc un degré dintégration et de participation à la vie sociale au sens large. Consommer, ce nest pas seulement dépenser ni acquérir des biens matériels, cest bel et bien prendre sa part de la vie sociale. Or, les différentes classes ne participent pas également à la société. De fait, cette conception du niveau de vie renvoie à son tour à une théorie complète des classes sociales.

118 Militant socialiste distant mais fidèle, collaborateur occasionnel de LHumanité, Halbwachs aurait pu emprunter cette théorie toute faite au marxisme. Rappelons que dans la théorie marxiste, les classes se définissent dans la production, par des rapports de conflits, qui constituent, de la base (linfrastructure) aux superstructures, lessence même de la vie sociale: exploitation économique, oppression politique, domination idéologique. Dynamique et contradictoire, la conception marxiste fonde le concept de classe sur celui de rapports de classes: une classe nexiste que dans

119 La lutte qui loppose à dautres classes. En-soi ou pour-soi, la classe est toujours seconde. Telle nest pourtant pas la voie suivie par Halbwachs: attentif à la variété des niveaux de vie, il nen demeure pas moins un sociologue de lunité sociale et de lintégration au sens durkheimien du terme. Parler dintégration sociale, cest définir les mécanismes qui rendent une société unifiée et non point conflictuelle; cest évoquer aussi les processus civilisateurs par lesquels les individus sont arrachés à la vie instinctuelle et formés à la vie de relation.

120 Pleinement conforme à son essence, bien formée et bonne formatrice, la société ignore les conflits ou les domine comme subalternes. Lorsque le conflit vient au 1 er plan, le lien social est tout prêt de se dissoudre et la mission civilisatrice fait place à lanomie, où les individus sont abandonnés à leurs instincts. Pour Durkheim, la guerre des classes, dont il constate et déplore parfois lexistence, nest quune forme pathologique de la division du travail et du fonctionnement social.

121 Ce nest pas tout: alors que la théorie de Marx met la production au centre de la société, Halbwachs désigne le social comme les relations interpersonnelles profondes où les individus peuvent vivre leurs rôles sociaux sur le mode de la vie personnelle. Certains des textes dHalbwachs ont dailleurs des résonances interactionnistes qui évoquent George MEAD ou Erving GOFFMAN. Louvrier retrouve son rang dans la famille, lavocat ou le magistrat sont aidés dans laccomplissement

122 souple de leurs fonctions par le réseau dinterconnaissances et de connivences noué autour du Palais. La société est bien le lieu où chacun défend face aux autres lestime de soi. Halbwachs nutilise pas ce vocabulaire, mais cest bien à ce genre de phénomènes quil sintéresse dabord. Or, le monde du travail, et les univers professionnels en général, sont peu propices à la formation de ces rapports. La production, par sa fonctionnalité et le face-à-face avec la matière inerte, tend à mécaniser les rapports humains, à les construire sur le mode des choses.

123 Louvrier nest lui-même que dans sa famille et, si le magistrat peut exercer au Palais ses fonctions sur un mode personnel, cest à lintensité de sa vie extra-professionnelle quil le doit. Réduites à ses dimensions familiales et mondaines, « la société » au sens de Halbwachs exclut donc de son champ tout lunivers de la production et du travail. Halbwachs devra donc tenir la gageure de formuler une théorie des classes sociales qui fasse passer la production au second plan et laisse leur primat aux forces sociales dintégration.

124 Contraint de penser la diversité et le conflit dans le cadre dune sociologie durkheimienne qui lexcluait, la théorie sociale de Maurice Halbwachs se présente a posteriori comme un intéressant compromis entre les deux représentations dominantes à son époque de la société de classes: la théorie marxiste et la sociologie descriptive américaine. Ce modèle américain était plus stratifié, statique et descriptif: modèle du tas de sable ou de la pyramide feuilletée. Haut, bas, milieu; riches, pauvres; cultivés, incultes; base, sommet. Les couches sont superposées

125 Sans quon puisse jamais sexpliquer la nature des rapports quelles entretiennent entre elles. Les « classes » sont déjà là et leurs relations ne relèvent que de la superposition. Cette représentation de la structure de classe reproduit sous une forme à peine transformée les visions spontanées du sens commun. La société se donne comme une hiérarchie unique et continue, avec des degrés, des échelons, des barreaux ou des marches descalier. Les deux tantes ardennaises de Jules MICHELET déplorant le misérabilisme dont avait preuve

126 leur neveu dans son autobiographie – Le Peuple – reprochaient déjà au grand historien « de les avoir fait descendre dun échelon dans la hiérarchie sociale ». La théorie dHalbwachs est plus réfléchie : la société se présente comme un ensemble emboîté de cercles concentriques disposés autour dun noyau central, chaud et vivant, qui représente « la vie sociale la plus intense quon puisse se représenter ». Chacun des cercles correspond à une classe sociale. Chacune se définit ainsi par la distance

127 qui la sépare du « feu de camp » central. Au plus près, les classes les plus « in », les plus instruites, les plus riches, les plus intégrées, les plus sociales (cest-à-dire les moins matérielles, les moins animales). A la périphérie, tout près de la sortie, les classes ouvrières que « leurs fonctions obligent à sortir périodiquement de la société ».

128 Ces distances plus ou moins grandes qui séparent les différentes classes sociales du feu de camp central engendrent à leur tour des niveau de vie, cest-à-dire des degrés inégaux de participation à la vie sociale. On peut observer ces derniers, les mesurer, les comparer. Comment? En analysant la façon dont se hiérarchisent les besoins parmi les différentes classes sociales: Halbwachs saisit ces besoins par les dépenses des familles. Se lit ainsi dans le budget, la façon dont un individu ou un groupe dindividus sintègre (ou non) à la société

129 dans (ou hors de) laquelle il vit. Dans cet art de mesurer de façon objective des phénomènes sociaux profonds et apparemment insaisissables, Halbwachs se montre le digne continuateur de Durkheim: la relation entre la participation ouvrière à la vie sociale et les coefficients budgétaires est analogue à la relation établie par Durkheim entre le degré dintégration dune société et le taux de suicide. Dans les deux cas, la théorie va à lencontre des faits statistiques.

130 On reste donc à lintérieur de la théorie sociale de Durkheim. Lintégration demeure la valeur centrale et constitutive de la vie sociale. Mais on lenrichit considérablement en montrant quil existe des degrés différents dintégration et par conséquent plusieurs classes. Le degré dintégration peut même tendre vers zéro et certains groupes sociaux, entièrement absorbés par leurs fonctions dans la production – les classes ouvrières – sont pratiquement exclus et même désintégrés. Halbwachs le pense à propos des ouvriers européens du début du siècle.

131 Une classe ouvrière intégrée, cela est très récent. Dans les années 1840, Auguste Comte parle dun prolétariat campant à la porte de nos cités; Halbwachs situe en 1912 les ouvriers à lextrême périphérie de la société; Louis Guilloux dans Le Pain des rêves décrit en 1942 les conditions précaires de logement de toute sa famille. Cela a été confirmé par toutes les enquêtes sociologiques menées par Chombart de Lauwe, Madeleine Guibert et Viviane Isambert, Henri Coing au cours des années 50.

132 Depuis 1975, la généralisation du chômage conduit à penser lexclusion comme la perte de garanties sociales associées à la condition ouvrière. Ces garanties sont des conquêtes récentes: quil sagisse de laccès à la salle de bain par le HLM, de laccès aux soins par la Sécurité sociale ou de laccès à la plage par la voiture et les congés payés. Les conditions de vie des ouvriers français nont véritablement changé quau cours des Trente Glorieuses.

133 2)La consommation des ménages depuis 50 ans Voir le dossier de lINSEE joint : « La consommation des ménages depuis 50 ans » sur le site web Voir la fiche de Consommation et mode de vie de Nicolas Herpin et Daniel Verger sur le site WEB


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