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ABBY ET LES ARBRES. Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai.

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1 ABBY ET LES ARBRES

2 Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. Victor Hugo

3 Arbres, vous m'avez vu fuir l'homme et chercher Dieu! Victor Hugo Aux arbres

4 Je connais, au fond d'une anse Où sa maigre forme danse, Un érable mort, Mort nous raconte une histoire De s'être penché pour boire L'eau claire du bord. Alphonse Beauregard Larbre mort

5 Forêt! c'est dans votre ombre et dans votre mystère, C'est sous votre branchage auguste et solitaire, Que je veux abriter mon sépulcre ignoré, Et que je veux dormir quand je m'endormirai. Victor Hugo Aux arbres

6 L'esprit calme des dieux habite dans les plantes. Heureux est le grand arbre aux feuillages épais ; Dans son corps large et sain la sève coule en paix, Mais le sang se consume en nos veines brûlantes. Victor de Laprade A un grand arbre

7 Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours, Je vous aime, et vous, lierre au seuil des autres sourds, Ravins où l'on entend filtrer les sources vives, Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives! Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois, Dans tout ce qui m'entoure et me cache à la fois, Dans votre solitude où je rentre en moi-même, Je sens quelqu'un de grand qui m'écoute et qui m'aime! Victor Hugo Aux arbres

8 Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires, Des histoires du temps passé, Quand les branches d'arbres sont noires, Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé ! Alfred de Vigny La neige

9 L'été, ces deux bouleaux qui se font vis-à-vis, Avec ce délicat et mystique feuillage D'un vert si vaporeux sur un si fin branchage, Ont l'air extasié devant les yeux ravis. Ceints d'un lierre imitant un grand serpent inerte, Pommés sur leurs troncs droits, tout lamés d'argent blanc, Ils charment ce pacage où leur froufrou tremblant Traîne le bercement de sa musique verte. Mais, vient l'hiver qui rend par ses déluges froids La figure du ciel, des rochers et des bois, Aussi lugubre que la nôtre ; Morfondus, noirs, alors les bouleaux désolés Sont deux grands spectres nus, hideux, échevelés, Pleurant l'un en face de l'autre. Maurice Rollinat Les deux bouleaux

10 Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme! Au gré des envieux, la foule loue et blâme ; Vous me connaissez, vous! - vous m'avez vu souvent, Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant. Vous le savez, la pierre où court un scarabée, Une humble goutte d'eau de fleur en fleur tombée, Un nuage, un oiseau, m'occupent tout un jour. La contemplation m'emplit le coeur d'amour. Victor Hugo Aux arbres

11 Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes. L'hiver s'est abattu sur toute floraison ; Des arbres dépouillés dressent à l'horizon Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes. Guy de Maupassant Nuit de neige

12 Tu réveilles en moi des souvenirs confus. Je t'ai vu, n'est-ce pas ? moins triste et moins modeste. Ta tête sous l'orage avait un noble geste, Et l'amour se cachait dans tes rameaux touffus. D'autres, autour de toi, comme de riches fûts, Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste. Ils sont tombés, et rien de leur beauté ne reste ; Et toi-même, aujourd'hui, sait-on ce que tu fus ? O viel arbre tremblant dans ton écorce grise ! Sens-tu couler encore une sève qui grise ? Les oiseaux chantent-ils sur tes rameaux gercés ? Moi, je suis un vieil arbre oublié dans la plaine, Et, pour tromper l'ennui dont ma pauvre âme est pleine, J'aime à me souvenir des nids que j'ai bercés. Léon Le May A un vieil arbre

13 Le Chêne un jour dit au Roseau : "Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ; Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau. Le moindre vent, qui d'aventure Fait rider la face de l'eau, Vous oblige à baisser la tête : Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrêter les rayons du soleil, Brave l'effort de la tempête. Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage, Vous n'auriez pas tant à souffrir : Je vous défendrais de l'orage ; Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des Royaumes du vent. La nature envers vous me semble bien injuste. - Votre compassion, lui répondit l'Arbuste, Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci. Les vents me sont moins qu'à vous redoutables. Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici Contre leurs coups épouvantables Résisté sans courber le dos ; Mais attendons la fin. "Comme il disait ces mots, Du bout de l'horizon accourt avec furie Le plus terrible des enfants Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs. L'Arbre tient bon ; le Roseau plie. Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au Ciel était voisine Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts. Jean de La Fontaine Le chêne et le roseau

14 Si j'étais un grand chêne avec ta sève pure, Pour tous, ainsi que toi, bon, riche, hospitalier, J'abriterais l'abeille et l'oiseau familier Qui, sur ton front touffu, répandent le murmure ; Mes feuilles verseraient l'oubli sacré du mal ; Le sommeil, à mes pieds, monterait de la mousse ; Et là viendraient tous ceux que la cité repousse Ecouter ce silence où parle l'idéal. Victor de Laprade A un grand arbre

15 Victor de Laprade A un grand arbre Ah ! moi, je sens qu'une âme est là sous ton écorce : Tu n'as pas nos transports et nos désirs de feu, Mais tu rêves, profond et serein comme un dieu ; Ton immobilité repose sur ta force.


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