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Gustave Courbet : 1819-1877 Charles Baudelaire : 1821-1867 Édouard Manet : 1832 - 1883 Paul Cézanne : 1839-1906 Émile Zola : 1840-1902 Claude Monet : 1840.

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1 Gustave Courbet : Charles Baudelaire : Édouard Manet : Paul Cézanne : Émile Zola : Claude Monet : Mes haines, causeries littéraires et artistique, A. Faure, Paris, Mon Salon, Librairie centrale, Paris, Édouard Manet, étude biographique et critique, E. Dentu, Paris, Le Roman expérimental, Charpentier, Paris, 1880; nouvelle édition commentée, GF-Flammarion, Nos auteurs dramatiques, Charpentier, Paris, Les Romanciers naturalistes, Charpentier, Paris, Le Naturalisme au théâtre, les théories et les exemple, Charpentier, Paris, Documents littéraires, Charpentier, Paris, Une campagne ( ), Charpentier, Paris, Nouvelle campagne (1896), Fasquelle, Paris, Références 3 Zola, le moment naturaliste, et son dépassement Version Travail : toute suggestion pour compléter ou amender cette présentation sont bienvenues. Certaines diapositives ont un texte complémentaire. Il suffit de quitter laffichage diaporama et de passer en affichage/page de commentaire. 64 dia.

2 1 / le réalisme avant létiquette du réalisme 2 / lAcadémisme comme repoussoir 3 / le choix de Courbet comme chef de file du réalisme Les artistes engagés face à la caricature 4 / ladmiration pour Manet : les trois scandales face au bon goût 5 / Les déceptions de Zola. On ne peut être sensible à limpressionnisme si lon maintient lesthétique réaliste ou naturaliste 6 / Le droit au rêve : Gauguin et louverture symboliste

3 manière Cent fois j'ai été tenté de dire aux jeunes élèves que je trouvais sur le chemin du Louvre, avec leur portefeuille sous le bras : " Mes amis, combien y a-t-il que vous dessinez là ? Deux ans. Eh bien ! Cest plus qu'il ne faut. Laissez-moi cette boutique de manière. Allez-vous-en aux Chartreux ; et vous y verrez la véritable attitude de la piété et de la componction. C'est aujourd'hui veille de grande fête : allez à la paroisse, rôdez autour des confessionnaux, et vous y verrez la véritable attitude du recueillement et du repentir. Demain, allez à la guinguette, et vous verrez l'action vraie de l'homme en colère. Cherchez les scènes publiques ; soyez observateurs dans les rues, dans les jardins, dans les marchés, dans les maisons, et vous y prendrez des idées justes du vrai mouvement dans les actions de la vie. Tenez, regardez vos deux camarades qui disputent ; voyez comme c'est la dispute même qui dispose à leur insu de la position de leurs membres. Examinez-les bien, et vous aurez pitié de la leçon de votre insipide professeur et de l'imitation de votre insipide modèle. Que je vous plains, mes amis, s' il faut qu'un jour vous mettiez à la place de toutes les faussetés que vous avez apprises, la simplicité et la vérité de Le Sueur ! Et il le faudra bien, si vous voulez être quelque chose. DIDEROT, Essais sur La peinture Quitter les chemins du Louvre pour revenir à lobservation de la vie : la vérité en peinture selon Diderot Eustache LE SUEUR (Paris, 1616-Paris, 1655) Un Chartreux dans sa cellule, dit aussi Saint Bruno en prière C Réunion damis, vers 1640, Louvre

4 El Greco L'adoration des bergers 1613, Museo del Prado, Madrid Le « Maniérisme » de l'italien maniera qui signifie style est un mouvement artistique apparu dans les milieux florentins vers 1520, que lon qualifie également de « Renaissance tardive » et qui fait la transition avec le mouvement baroque. Il sétend jusquà la fin du XVIème siècle. Le maniérisme cherche avant tout à se distancer de la réalité pure en attachant une importance marquée aux sentiments de lartiste lui- même. Retour sommaire

5 2 / lAcadémisme comme repoussoir

6 + Noble Peinture allégorique Peinture dhistoire Portrait Scène de genre Peinture animalière Nature morte gibiers poissons Nature morte fruits fleurs coquillages Marine Paysage - Noble Hiérarchie des genres codifiée en 1667 « Celui qui fait parfaitement des païsages est au-dessus d'un autre qui ne fait que des fruits, des fleurs ou des coquilles. Celui qui peint des animaux vivans est plus estimable que ceux qui ne représentent que des choses mortes & sans mouvement ; & comme la figure de l'homme est le plus parfait ouvrage de Dieu sur la Terre, il est certain aussi que celui qui se rend l'imitateur de Dieu en peignant des figures humaines, est beaucoup plus excellent que tous les autres... un Peintre qui ne fait que des portraits, n'a pas encore cette haute perfection de l'Art, & ne peut prétendre à l'honneur que reçoivent les plus sçavans. Il faut pour cela passer d'une seule figure à la représentation de plusieurs ensemble ; il faut traiter l'histoire & la fable ; il faut représenter de grandes actions comme les historiens, ou des sujets agréables comme les Poëtes ; & montant encore plus haut, il faut par des compositions allégoriques, sçavoir couvrir sous le voile de la fable les vertus des grands hommes, & les mystères les plus relevez. » André Félibien : préface des Conférences de l'Académie (orthographe d'époque !)

7 Prenez une Vénus antique, un corps de femme quelconque dessiné d'après les règles sacrées, et, légèrement, avec une houppe, maquillez ce corps de fard et de poudre de riz ; vous aurez l'idéal de monsieur Cabanel. […] Voyez au Champ-de-Mars la Naissance de Vénus. La déesse noyée dans un fleuve de lait, a l'air d'une délicieuse lorette, non pas en chair et en os, - ce serait indécent, - mais en une sorte de pâte d'amande blanche et rose. Il y a des gens qui trouvent cette adorable poupée bien dessinée, bien modelée, et qui la déclarent fille plus ou moins bâtarde de la Vénus de Milo : voilà le jugement des personnes graves. Il y a des gens qui s'émerveillent sur le sourire de la poupée, sur ses membres délicats, sur son attitude voluptueuse : voilà le jugement des personnes légères. Et tout est pour le mieux dans le meilleur des tableaux du monde. Emile Zola, nos peintres au Champ-de-Mars, 1867 Cabanel par Zola : « Et tout est pour le mieux dans le meilleur des tableaux possible ! » Lart « Pompier » lAcadémisme William Bouguereau appartient à la peinture académique française qui a eu droit à tous les triomphes officiels comme au mépris et à l'oubli des historiens de l'art moderne

8 … dans le goût classique, les toiles de M. Cabanel et de M. Bouguereau, le triomphe de la propreté en peinture, des tableaux unis comme une glace, dans lesquels les dames peuvent se coiffer. Emile Zola, le salon de 1875 William Bouguereau : premier baiser Pompier ? allusion aux personnages casqués de certaines compositions. Une peinture officielle, conventionnelle et solennelle produites sous l'influence des Académies. Utilisation des thèmes historiques ou mythologiques, avec tonalité moraliste. l' Académisme a été étroitement associé à L'Art Néoclassique. Adolphe William Bouguereau, Cabanel, Jean- Léon Gérôme résument ce modèle.

9 De concert avec M. Cabanel [M Bougereau] a inventé la peinture gazeuse, la pièce soufflée. Ce n' est même plus de la porcelaine, c' est du léché flasque ; c'est je ne sais quoi, quelque chose comme de la chair molle de poulpe. La naissance de Vénus, étalée sur la cimaise d' une salle, est une pauvreté qui n'a pas de nom. La composition est celle de tout le monde. Une femme nue sur une coquille, au centre. Tout autour d'autres femmes s'ébattant dans des poses connues. Les têtes sont banales, ce sont ces sydonies qu'on voit tourner dans la devanture des coiffeurs ; mais ce qui est plus affligeant encore, ce sont les bustes et les jambes. Prenez la Vénus de la tête aux pieds, c'est une baudruche mal gonflée. Ni muscles, ni nerfs, ni sang. Les genoux godent, manquent d'attaches; c'est par un miracle d' équilibre que cette malheureuse tient debout. Un coup d'épingle dans ce torse et le tout tomberait. La couleur est vile, et vil est le dessin. C'est exécuté comme pour des chromos de boîtes à dragées ; la main a marché seule, faisant l'ondulation du corps machinalement. C'est à hurler de rage quand on songe que ce peintre qui, dans la hiérarchie du médiocre, est maître, est chef d'école, et que cette école, si l'on n'y prend garde, deviendra tout simplement la négation la plus absolue de l'art ! Huysmans Salon de 1879 paru dans l'Art moderne William Bouguereau ( ) La naissance de Vénus : 1879 M Orsay

10 Les danses : 1850 Une âme emportée au ciel : 1878 Retour sommaire

11 Le chant des anges : 1881 Bougueraud : la Charité 1878 Retour sommaire

12 3 / le choix de Courbet comme chef de file du réalisme Les artistes engagés face à la caricature

13 Bouguerreau : Nymphes et Satyre : 1873 Courbet selon Zola : « voulait peindre en pleine viande… » ! il se sentait entraîné par toute sa chair par toute sa chair, entendez-vous? vers le monde matériel qui l'entourait, les femmes grasses, les hommes puissants, les campagnes plantureuses et largement fécondes. Trapu et vigoureux, il avait l'âpre désir de serrer entre ses bras la nature vraie; il voulait peindre en pleine viande et en plein terreau; Zola Mon Salon Courbet : Baigneuses,1853, Musee Fabre, Montpellier

14 Les provocations, les propos tenus à la brasserie Andler, lieu de réunion du cénacle expliquent une célébrité tapageuse. Courbet est sacré par la critique comme le chef des réaliste aux côtés de Champfleury Courbet est sacré par la critique comme le chef des réaliste aux côtés de Champfleury. Etienne Carjat Gustave Courbet, entre 1857 et 1865

15 Lappellation est-t-elle contrôlé par le peintre ? Lorsque Courbet, à l'Exposition internationale de 1855, décide d'organiser une présentation séparée de ses oeuvres, il s'explique dans son catalogue : « Le titre de réaliste m'a été imposé comme on a imposé aux hommes de 1830 le titre de romantiques. [...] Être a même de traduire les moeurs, les idées, l'aspect de mon époque, selon mon appréciation, [...] en un mot faire de l'art vivant, tel est mon but. » socialiste Peinture socialiste selon Proudhon son ami lorsquil voit Les casseurs de pierres (Salon de ). Courbet avoue « C'est sans le vouloir, simplement en peignant ce que j'ai vu, que j'ai soulevé ce qu'ils appellent la question sociale. » Bonnat, Jalabert, Jules Breton, Philippe Rousseau, Meissonnier, Gustave Boulanger, Courbet. Dessin de Alfred Le Petit, "On n'entre pas", Le Grelot n° 55, 28/4/1872.

16 Courbet est un Républicain convaincu. La guerre de 1870, et les événements de la Commune bouleversent le cours de sa vie. Il est Président de la commission nommée par les artistes pour veiller à la conservation des musées et richesses d'art et joue le rôle d'un directeur des beaux-arts. Il se signale dans une pétition du 14 septembre 1870 demandant le déboulonnage de la colonne Vendôme, « monument dénué de toute valeur artistique, tendant à perpétuer par son expression les idées de guerre et de conquêtes que réprouve le sentiment d'une nation républicaine ». il est présent lorsqu'on abat la Colonne le 16 mai Quand la commune est noyée dans le sang, Courbet le « révolutionnaire » est arrêté, traduit en conseil de guerre, condamné à six mois de prison quil purge à Sainte-Pélagie. Là, le peintre donne certains de ses tableaux les plus savoureux de texture, en particulier une série de natures mortes aux fruits, ou peint de mémoire marines et paysages avec un dépouillement et un amour qui émeuvent. La légende Courbet va naître beaucoup plus tard lors de la Commune de Paris en 1870 Dessin de Stick, Au grand maître la Patrie reconnaissante, Courbet fait le vieux et le neuf, Peintures en tous genres

17 Dessin de Bertall, « Le citoyen Courbet », Le Grelot n° 4, 30/4/1871.

18 Dessin de Cham, Courbet craignant quon ne lui fasse payer la revue, voyant les troupes se former en colonne » Le Charivari, 10/7/1873. « Souvenirs de la Commune » n° 21, sd. Dessin de Eugène Cottin, « Une échéance », La Timbale n° 25, 4/10/1873.

19 Dessin de Louis Legrand, « Naturalisme », Le Courrier français n° 13, 30/3/1890. Dessin de Albert Robida, « Le triomphe du naturalisme », La Caricature, 7/2/1880. Dessin de Lenepeveu, sans titre, Le Musée des horreurs, 11/1899. La critique des caricaturistes ne ménage pas Zola

20 Dessin de Gyp, « La vérité en marche », Le Rire, 21/5/1898. "N°1 Une odalisque en garni ou comme on fait son lit on se couche (scène d'intérieur)" "N°2 Les fruits de la réflexion, tombés avant leur maturité pour avoir passé 6 mois à l'ombre francs le tas !" La Chronique illustrée, 6/5/1872. Retour sommaire

21 4 / ladmiration pour Manet : les trois scandales face au bon goût Edouard Manet en 1874 photographié par Nadar Edouard Manet Autoportrait à la Palette, 1879 Autoportrait à la Palette, 1879 Edouard Manet

22 Le Salon des Refusés est créé en 1863 pour apaiser le ressentiment des nombreux peintres rejetés par le Salon officiel. Manet y expose "Le Déjeuner sur l'Herbe", tableau qui est jugé indécent et fait scandale car il représente une jeune femme nue assise entre deux hommes en costume, en pleine nature. Manet Le Déjeuner sur l'Herbe la toile scandale 1862 Le tableau, d'abord intitulé Le Bain, puis La Partie carrée, provoque un scandale lorsqu'il a été proposé au Salon de Paris.

23 Le Déjeuner sur l'herbe est la plus grande toile d'Edouard Manet, celle où il a réalisé le rêve que font tous les peintres: mettre des figures de grandeur naturelle dans un paysage. […] Cette femme nue a scandalisé le public, qui n'a vu qu'elle dans la toile. Bon Dieu! quelle indécence: une femme sans le moindre voile entre deux hommes habillés! Cela ne s'était jamais vu. Et cette croyance était une grossière erreur, car il y a au musée du Louvre plus de cinquante tableaux dans lesquels se trouvent mêlés des personnages habillés et des personnages nus. Mais personne ne va chercher à se scandaliser au musée du Louvre. La foule […] a cru que l'artiste avait mis une intention obscène et tapageuse dans la disposition du sujet, lorsque l'artiste avait simplement cherché à obtenir des oppositions vives et des masses franches. Emile Zola, Edouard Manet 1867 Manet : portrait d'Emile Zola 1868 Musée d'Orsay

24 Le Titien (Tiziano en italien vers : Concert champêtre ou Pastorale ( ) Lœuvre dart ou le choc de linattendu La situation en elle-même ne choque pas, cest même un classique, lorsquelle est rapportée à la mythologie… la moralité est sauve ! Dans cette allégorie de Poésie, on voit deux femmes nues (Calliope et Polymnie, Muses de la poésie épique et lyrique) en compagnie de deux jeunes hommes bien habillés, l'un d'eux jouant du luth. La scène se situe dans un paysage arcadien. Manet a repris ce thème mais les personnages sont modernes, et il sagit dun « picnic en forêt ». Si le Déjeuner est devenu de fait un manifeste cest quil a choqué lhorizon dattente du public, ses habitudes de pensée. Bel exemple de ce que lon appellera lesthétique de la réception. Pour faire bref : la découverte que le sens, la force, lémotion que dégage une œuvre dépend tout autant de lattente, de la culture de son public, de son goût que de lœuvre elle-même. « horizon dattente » : système de normes et de conventions définissant une génération historique. Concept central de lesthétique de la réception : «Une analyse de l'expérience esthétique du lecteur ou d'une collectivité de lecteurs, présente ou passée, doit considérer les deux éléments constitutifs de la concrétisation du sens ̵ l'effet produit par l'œuvre, qui est en fonction de l'œuvre elle-même, et la réception, qui est déterminée par le destinataire de l'œuvre »., [H.R. Jauss, Esthétique de la réception, trad. Française 1978]

25 Il vous fallait une femme nue, et vous avez choisi Olympia, la première venue; il vous fallait des taches claires et lumineuses, et vous avez mis un bouquet; il vous fallait des taches noires, et vous avez placé dans un coin une négresses et un chat. Qu'est-ce que tout cela veut dire ? vous ne le savez guère, ni moi non plus. Mais je sais, moi, que vous avez admirablement réussi Emile Zola, Edouard Manet 1867 Le scandale se renouvelle avec "Olympia", oeuvre qui est acceptée cette fois au Salon officiel. Cette "Olympia" avait à nouveau soulevé la protestation de la critique et du public, très choqués par le réalisme de la nudité représentée dans cette nouvelle toile. Faut-il quun tableau nous dise quelque chose ?

26 Olympia inspirée d'une toile italienne célèbre du Titien, la "Vénus d'Urbino" La question de la citation La question de la citation dans les tableaux de Manet, pose celle de la citation en peinture pour les modernes. La référence est vidé de sa signification littéraire. Le modèle nest plus quun simple schèmes formel, une structure préexistante. Lhistoire de lart nest plus un domaine sacré et intouchable, modèle suprême à imiter, mais elle devient un matériau disponible pour des jeux dassemblages et de détournements inédits Copie par Manet de la Vénus dUrbino

27 Edouard Manet : Le Balcon 1868, Musée d'Orsay Nullement découragé, il tente de revenir au salon en 1869 pour présenter son "Déjeuner à l'Atelier" et le "Balcon" où est représentée Berthe Morisot rencontrée quelque temps auparavant dans les galeries du Louvre. Ces toiles sont une nouvelle fois très mal accueillies, car on considère que ses personnages sont privés de tout contenu émotif et que ce sont en quelques sortes des natures mortes, car ils sont présentés sans perspective. Sous l'influence de Berthe Morisot mais aussi de Eva Gonzales qu'il rencontre cette année là, il décide alors de réaliser des toiles de "plein air".

28 Baudelaire, Lettre à Manet du 11 mai 1865 Il faut donc que je vous parle encore de vous. Il faut que je mapplique à vous démontrez ce que vous valez. Cest vraiment bête ce que vous exigez. On se moque de vous ; les plaisanteries vous agacent ; on ne sait pas vous rendre justice, etc., etc. Croyez-vous que vous soyez le premier homme dans ce cas ? Avez-vous plus de génie que Chateaubriand et que Wagner ? On sest bien moqué deux cependant ? Ils nen sont pas morts. Et pour ne pas vous inspirer trop dorgueil, je vous dirai que ces hommes sont des modèles, chacun dans son genre, et dans un monde très riche et que vous, vous nêtes que le premier dans la décrépitude de votre art. Baudelaire à Mme Paul Meurice, le 24 mai 1865 Quand vous verrez Manet, dites-lui ce que je vous dis, que la petite ou la grande foutaise, que la raillerie, que linsulte, que linjustice sont des choses excellentes, et quil serait ingrat, sil ne remerciait linjustice. Je sais bien quil aura quelque peine à comprendre ma théorie : les peintres veulent toujours des succès immédiats ; mais vraiment, Manet a des facultés si brillantes et si légères quil serait malheureux quil se décourageât. Jamais il ne comblera les lacunes de son tempérament. Mais il a un tempérament, cest limportant ; et il na pas lair de se douter que plus linjustice augmente, plus sa situation saméliore, - à condition quil ne perde pas la tête (vous saurez dire tout cela gaiement, et sans le blesser…) Manet à Baudelaire Manet à Baudelaire : Je voudrais bien vous avoir ici mon cher Baudelaire, les injures pleuvent sur moi comme grêle, je ne métais pas encore trouvé à pareille fête… Jaurais voulu avoir votre jugement sain sur mes tableaux car tous ces cris agacent, et il est évident quil y a quelquun qui se trompe. (mai 1865) Lartiste et ses doutes Le public est seul juge… soit mais quel public ?

29 Voici comment je m'explique la naissance de tout véritable artiste, celle d'Edouard Manet, par exemple. Sentant qu'il n'arrivait à rien en copiant les maîtres, en peignant la nature vue à travers des individualités différentes de la sienne, il aura compris, tout naïvement, un beau matin, qu'il lui restait à voir la nature telle qu'elle est, sans la regarder dans les œuvres et dans les opinions des autres. Dès que cette idée fut venue, il prit un objet quelconque, un être ou une chose, le plaça au fond de son atelier, et se mit à le reproduire sur une toile, selon ses facultés de vision ou de compréhension. Il fit effort pour oublier tout ce qu'il avait étudié dans les musées; il tâcha de ne plus se rappeler les conseils qu'il avait reçus, les œuvres peintes qu'il avait regardées. Il n'y eut plus là qu'une intelligence particulière servie par des organes doués d'une certaine façon, mise en face de la nature et la traduisant à sa manière. Emile Zola, Extrait de Edouard Manet, Etude biographique et critique Manet vu par Zola : le retour à lobservation directe et loubli des écoles Edouard Manet : le citron, 1880, Musée d'Orsay

30 " Non, me répondait-il, je ne puis rien faire sans la nature. Je ne sais pas inventer. Tant que j'ai voulu peindre d'après des leçons apprises, je n'ai produit rien qui vaille. Si je vaux quelque chose aujourd'hui, c'est à l'interprétation exacte, à l'analyse fidèle que je le dois. " Là est tout son talent. Il est avant tout un naturaliste. Emile Zola, l'Evènement illustré, 10 mai 1868 Manet : oublier toutes les leçons apprises L'évasion de Rochefort, 1881, Zürich, Kunsthaus

31 Chaque grand artiste est venu nous donner une traduction nouvelle et personnelle de la nature. La réalité est ici lélément fixe, et les divers tempéraments sont les éléments créateurs qui ont donné aux œuvres des caractères différents. Cest dans ces caractères différents, dans ces aspects toujours nouveaux, que consiste pour moi lintérêt puissamment humain des œuvres dart. Je voudrais que les toiles de tous les peintres du monde fussent réunies dans une immense salle, où nous pourrions aller lire page par page lépopée de la création humaine. Et le thème serait toujours la même nature, la même réalité, et les variations seraient les façons particulières et originales, à laide desquelles les artistes auraient rendu la grande création de Dieu. Cest au milieu de cette immense salle que la foule doit se placer pour juger sainement les œuvres dart ; le beau nest plus ici une chose absolue, une commune mesure ridicule ; le beau devient la vie humaine elle-même, lélément humain se mêlant à lélément fixe de la réalité et mettant au jour une création qui appartient à lhumanité. Cest dans nous que vit la beauté, et non en dehors de nous. Que mimporte une abstraction philosophique, que mimporte une perfection rêvée par un petit groupe dhommes. Ce qui mintéresse, moi homme, cest lhumanité, ma grand-mère ; ce qui me touche, ce qui me ravit, dans les créations humaines, dans les œuvres dart, cest de retrouver au fond de chacune delles un artiste, un frère, qui me représente la nature sous une face nouvelle, avec toute la puissance ou toute la douceur de sa personnalité. [Zola, Edouard Manet, étude biographique et critique, 1867] Le Beau nest plus un absolu il varie selon les tempéraments Le dogme naturaliste

32 Henri Fantin-Latour Un atelier aux Batignolles en 1870 Les Batignolles étaient le quartier où vivaient Manet et un certain nombre des futurs impressionnistes. Fantin-Latour rassemble autour de Manet, consacré chef d'école, de jeunes artistes aux idées novatrices. De gauche à droite, Otto Schölderer, Manet, assis devant son chevalet ; Auguste Renoir, coiffé d'un chapeau ; Zacharie Astruc, sculpteur et journaliste ; Emile Zola, porte- parole du renouveau de la peinture ; Edmond Maître, fonctionnaire à l'Hôtel de Ville ; Frédéric Bazille, qui sera fauché quelques mois plus tard, à l'âge de vingt-six ans, pendant la guerre de 1870 ; enfin, Claude Monet. Zola dit de Manet : "Autour du peintre vilipendé par le public sest créé un front commun de peintres et décrivains le revendiquant comme un maître". Edmond de Goncourt nest pas tendre pour Zola, ce « distributeur de gloire aux génies de brasserie », dit-il dans son journal !

33 Manet, Lola de Valence (1862) LOLA DE VALENCE Entre tant de beautés que partout on peut voir, Je comprends bien, amis, que le désir balance ; Mais on voit scintiller en Lola de Valence Le charme inattendu dun bijou rose et noir. Baudelaire Il est parfaitement vrai que Lola de Valence est un bijou rose et noir ; le peintre ne procède déjà plus que par taches, et son Espagnole est peinte largement, par vives oppositions ; la toile entière est couverte de deux teintes. Et laspect étrange et vrai de cette œuvre a été pour mes yeux un véritable charme inattendu. Zola, Le bon combat (rééd. Hermann, 1974, p. 86) La notion de « tache » marque lautonomie croissante des éléments plastiques par rapport au motif. Le tableau devient progressivement un objet pictural spécifique délaissant limitation ou le « récit ».

34 Ah ! Seigneur, ai-je rompu des lances pour le triomphe de la tache ! Jai loué Manet, et je le loue encore, davoir simplifié les procédés, en peignant les objets et les êtres dans lair où ils baignent, tels quils sy comportent, simples taches souvent que mange la lumière. Mais pouvais-je prévoir labus effroyable quon se mettrait à faire de la tache, lorsque la théorie si juste de lartiste aurait triomphé : au Salon, il ny a plus que des taches, un portrait nest plus quune tache, des figures ne sont plus que des taches, rien que des taches, des arbres, des maisons, des continents et des mers. Et ici le noir reparaît, la tache est noire, quand elle nest pas blanche. On passe sans transition de lenvoi dun peintre, cinq ou six toiles qui sont simplement une juxtaposition de taches blanches, à lenvoi dun autre peintre, cinq ou six toiles qui sont une juxtaposition de taches noires. Noir sur noir, blanc sur blanc, et voilà une originalité ! Rien de plus commode. Et ma consternation augmente. Zola Manet et le triomphe de la tache Stéphane Mallarmé par Manet en 1876 date de la publication de lAprès-midi dun faune, long poème illustré de gravures de Manet. Leur amitié remonte à 1873 et, pendant presque 10 ans, ils se rencontrent quotidiennement pour discuter peinture, littérature, nouvelle esthétique mais aussi chats et mode féminine. Comme il l'avait fait avec Zola en 1866, Manet remercie Mallarmé pour un article paru dans une revue anglaise. On remarquera lévolution de Manet dans lévolution décriée par Zola où la tache prend le dessus sur le dessin…

35 Un bar aux Folies Bergère Une des dernières œuvres de Manet. Bien que postérieur au portrait de Mallarmé, on voit bien à louvre le procédé des tâches ou la lumière et lombre mangent les contours des objets. Peut-on en dire autant de ce portrait de Clemenceau ? Le modèle lui-même ami de Monet et qui avait apporté un appui décisif pour l'entrée de l'Olympia de Manet au Louvre en 1907 disait : « Mon portrait par Manet ? Très mauvais, je ne l'ai pas et cela ne me peine pas. Il est au Louvre, je me demande pourquoi on l'y a mis » !

36 Manet : Nana 1877 le réel et tout le réel social La toile est refusée au Salon de Paris. Manet y représente sans une courtisane, on disait « créature » entretenue. Le réalisme en peinture cest aussi de représenter toute la réalité fut-elle triviale. Il de lactrice Henriette Hauser, il est fort probable que le titre ait été donné par Manet lorsquil apprend le titre du futur roman de Zola qui paraît trois ans après le tableau.

37 Les peintres, surtout Edouard Manet, qui est un peintre analyste, n'ont pas cette préoccupation du sujet qui tourmente la foule avant tout; le sujet pour eux est un prétexte à peindre tandis que pour la foule le sujet seul existe. Ainsi, assurément, la femme nue du Déjeuner sur l'herbe n'est là que pour fournir à l'artiste l'occasion de peindre un peu de chair. Ce qu'il faut voir dans le tableau, ce n'est pas un déjeuner sur l'herbe, c'est le paysage entier, avec ses vigueurs et ses finesses, avec ses premiers plans si larges, si solides, et ses fonds d'une délicatesse si légère; c'est cette chair ferme modelée à grands pans de lumière, ces étoffes souples et fortes, et surtout cette délicieuse silhouette de femme en chemise qui fait dans le fond, une adorable tache blanche au milieu des feuilles vertes, c'est enfin cet ensemble vaste, plein d'air, ce coin de la nature rendu avec une simplicité si juste, toute cette page admirable dans laquelle un artiste a mis tous les éléments particuliers et rares qui étaient en lui. Zola, Edouard Manet 1867 Le sujet en peinture : un prétexte à peindre ? Retour sommaire

38 5 / Les déceptions de Zola. On ne peut être sensible à limpressionnisme si lon maintient lesthétique réaliste ou naturaliste Claude Monet, Autoportrait au béret, 1886 Claude Monet Edgar Degas, Autoportrait au chapeau mou Edgar Degas Maurice Denis Maurice Denis, Portrait de l'artiste à l'âge de dix-huit ans1889

39 plein air Sous l'influence de ses amis, il se consacre donc à des toiles de "plein air", et passe son été 1874 à Genevilliers, auprès de Monet et de Renoir. Il se lie aussi d'amitié avec Stéphane Mallarmé. C'est pour lui une période qui marque sa peinture de notes beaucoup plus claires et le conduit à une peinture proche des impressionnistes. "Argenteuil", "Monet et sa femme sur le bateau- atelier" sont les toiles les plus représentatives de cette période. « Parmi ces peintres [qui aiment leur temps, les sujets modernes], au premier rang, je citerai Celui-là a sucé le lait de notre âge, Claude Monet. Celui-là a sucé le lait de notre âge, celui-là a grandi et grandira encore dans ladoration de ce qui lentoure. Il aime les horizons de nos villes, les taches grises et blanches que font les maisons sur le ciel clair... les maisons sur le ciel clair... » [Zola, Mes salons 1868] Edouard Manet, Argenteuil, 1874,Tournai Edouard Manet : Monet et sa Femme sur le Bateau-Atelier,1874 Pinakothek Munich

40 avril 1874, exposition dans latelier de Nadar Louis Le Roy, critique au Charivari, ironise sur ces peintres en rupture avec lacadémisme. Il intitule son article «L'exposition les impressionnistes», d'après le titre du tableau de Monet : Impression soleil levant (1872) «Impression, impression, j'en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l'impression là- dedans». Le mot dimpressionistes est né. Monet Cézanne Degas Pissaro Renoir Monet : Impression soleil levant LA RUPTURE : 1879 LA RUPTURE : 1879 : Tous les peintres impressionnistes pèchent par insuffisance technique. [Monet] paraît épuisé par une production hâtive ; il se contente dà-peu-près ; il nétudie pas la nature avec la passion des vrais créateurs. Tous ces artistes-là sont trop facilement satisfaits : Le Naturalisme au Salon « M. Monet a trop cédé à sa facilité de production. Bien des ébauches sont sorties de son atelier dans des heures difficiles, et cela ne vaut rien, cela pousse un peintre sur la pente de la pacotille. »

41 Lucien Métviet ( ) In Le Rire, no , Une caricature de Monnet peintre de plein air. Vers 1920 Claude MONET 1840 – 1926

42 Meules, 1890 milieu du jour 1890 « Je pioche beaucoup, je m'entête à une série d'effets différents (des meules), mais à cette époque le soleil décline si vite que je ne peux le suivre...Je deviens d'une lenteur à travailler qui me désespère, mais plus je vais, plus je vois qu'il faut beaucoup travailler pour arriver à rendre ce que je cherche: "I'instantanéité", surtout l'enveloppe, la même lumière répandue partout, et plus que jamais les choses faciles venues d'un jet me dégoûtent. Enfin, je suis de plus en plus enragé du besoin de rendre ce que j'éprouve et fais des voeux pour vivre encore pas trop impotent, parce qu'il me semble que je ferai des progrès ». Monet, lettre à Gustave Geffroy : 7 Octobre 1890

43 « Meules, fin de l'été, effet du matin » 1890 « Les Meules, effet de gelée blanche » « Meule, soleil couchant »

44 Ici c'est une rousse, boulotte et farcie, courbant l'échine, faisant poindre l'os du sacrum sur les rondeurs tendues des fesses ; elle se rompt, à vouloir ramener le bras derrière l'épaule afin de presser l'éponge qui dégouline sur le rachis et clapote le long des reins ; […] Telles sont, brièvement citées, les impitoyables poses que cet iconoclaste assigne à l'être que d'inanes galanteries encensent. Il y a, dans ces pastels, du moignon d'estropié, de la gorge de sabouleuse, du dandinement de cul-de-jatte, toute une série d'attitudes inhérentes à la femme même jeune et jolie, adorable couchée ou debout, grenouillarde et simiesque, alors qu'elle doit, comme celle-ci, se baisser afin de masquer ses déchets par ses pansages. Huysmans, Certains, Degas Huismans : Les « impitoyables poses » de Degas Fille se séchant, 1885,Paste, N.G.A,. Washington

45 Femme se peignant, pastel, c. 1886,Hermitage Miss Lola, au Cirque Fernando, 1879, National Gallery, London

46 Chanteuse au gant, c. 1878, Cambridge L'étoile OR La danseuse sur la scène 1878, Musee d'Orsay

47 Degas : La classe de danse, 1874 Classe de danse, c.1874

48 Degas, Place de la Concorde,1875, Hermitage Blanchisserie, (Silhouette), c New York Se rappeler qu'un tableau avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. Maurice Denis

49 Degas : Blanchisseuses menant des draps à la ville, c Coll. privée Il est indispensable que la grande peinture puisse trouver des sujets dans la vie contemporaine. Je ne sais pas qui sera le peintre génial qui saura extraire lart de notre civilisation et je ne sais comment il sy prendra. Mais il est incontestable que lart ne dépend ni des draperies ni du nu antique ; il prend racine dans lhumanité elle-même et par conséquent chaque société doit avoir sa conception individuelle de la beauté Ce nest pas après avoir vécu pendant plusieurs années avec les morts quon peut peindre les vivants. Il faut que nos jeunes artistes sucent dès lenfance le sein âpre de la réalité. Alors seulement, ils verront la vie et sauront en interpréter les grandeurs vraies. Zola

50 Degas : L'absinthe, 1876, Musée d'Orsay Le naturalisme des bas fond… Degas est un peintre de la ville. Il aime peindre les lieux clos des spectacles, des loisirs et des plaisirs. Dans un café, un homme une femme assis côte à côte mai muré dans une solitude silencieuse, regard vide, traits défaits, air accablé. Sagit-il dune dénonciation des fléaux de l'absinthe, en voie dinterdiction ? On rapproche la toile du roman de Zola, L'Assommoir, écrit quelques années plus tard. Zola avoue à Degas : « J'ai tout bonnement décrit, en plus d'un endroit dans mes pages, quelques-uns de vos tableaux ». La dimension réaliste et documentaire est attestée : il s'agit de "La Nouvelle Athènes", place Pigalle, lieu de réunion des artistes modernes et de la bohème. Le cadrage décentré donne le sentiment d'un instantané photographique, pris par un témoin assis à une table voisine. Impression trompeuse car l'effet de réel est le dun minutieux travail délaboration, exécuté en atelier. Il est tellement réussi que la comédienne Ellen André et Marcellin Desboutin peintre-graveur, qui ont servi de modèle porteront plainte obligeant Degas à préciser publiquement qu'ils ne sont pas alcooliques ! Représentation dune belle chose ou belle représentation dune chose ? La question kantienne pour distinguer le beau naturel et le beau artistique

51 Trente ans après le Salon des refusés de 1886 Zola va au Salon de Déception. Ce qui était novateur trente ans auparavant est devenu travail dEcole. Il sen éloignera quand ces derniers se préoccuperont plus spécifiquement de valeurs picturales. Pourtant, il ne faut pas oublier que Zola, dans sa jeunesse comme à la fin de sa vie, avait un penchant pour lidéalisme un peu mièvre de Greuze ou dAry Scheffer. lennoblir Ils emportèrent leur boîte de couleurs dans les champs et dans les prés, dans les bois où murmurent les ruisseaux, et tout bêtement, sans apprêt, ils se mirent à peindre ce quils voyaient de leurs yeux autour deux : les arbres au feuillage tremblant, le ciel où voguent librement les nuages. La nature devint la souveraine toute-puissante, et lartiste ne se permit plus destomper une seule ligne sous prétexte de lennoblir Zola a ceci de commun avec Balzac quil ne comprend pas grand-chose à la peinture( ! ) Van Gogh

52 Hier, je battais encore avec Cézanne le rude pavé de Paris, dans la fièvre de le conquérir. Hier, jétais allé à ce Salon de 1866, avec Manet, avec Monet et avec Pissarro dont on avait rudement refusé les tableaux. Et voilà, après une longue nuit, que je méveille et que je me rends aux Salons du Champ-de-Mars et du palais de lIndustrie. […] Autrefois, lorsquon accrochait une toile de ceux-ci dans une salle, elle faisait un trou de lumière parmi les autres toiles, cuisinées avec les tons recuits de lÉcole. Cétait la fenêtre ouverte sur la nature, le fameux Plein air qui entrait. Et voilà quaujourdhui il ny a plus que du plein air, tous se sont mis à la queue de mes amis, après les avoir injuriés et mavoir injurié moi-même. Allons, tant mieux ! Les conversions font toujours plaisir. Même ce qui redouble mon étonnement, cest la ferveur des convertis, labus de la note claire qui fait de certaines œuvres des linges décolorés par de longues lessives. Les religions nouvelles, quand la mode sy met, ont ceci de terrible quelles dépassent tout bon sens. Labus de la note claire… Claude Monnet : La pie musée d'Orsay

53 Mais où ma surprise tourne à la colère, cest lorsque je constate la démence à laquelle a pu conduire, en trente ans, la théorie des reflets. Encore une des victoires gagnées par nous, les précurseurs ! Très justement, nous soutenions que léclairage des objets et des figures nest point simple. Que sous des arbres, par exemple, les chairs nues verdissent, quil y a ainsi un continuel échange de reflets dont il faut tenir compte, si lon veut donner à une œuvre la vie réelle de la lumière. Sans elle, celle-ci se décompose, se brise et séparpille. Si lon ne sen tient pas aux académies peintes sous le jour factice de latelier, si lon aborde la nature immense et changeante, la lumière devient lâme de lœuvre, éternellement diverse. Sil y a des reflets dans la nature, trop de reflets tuent la nature… Monnet, Nymphéas bleus, ca.1916 et Zola na pu voir cette toile postérieur à sa mort en Elle est représentative de lévolution amorcée de son vivant par certains impressionnistes vers ce qui sachèvera par les paysagistes abstraits ou les abstraits lyriques… Cette tendance ne peut être considérée que comme une dérive pour le naturalisme strict de Zola… qui ne suit plus la logique de radicalisation et de recherche dun Monnet.

54 Seulement, rien nest plus délicat à saisir et à rendre que cette décomposition et ces reflets, ces jeux du soleil où, sans être déformées, baignent les créatures et les choses. Aussi, dès quon insiste, dès que le raisonnement sen mêle en arrive-t-on vite à la caricature. Et ce sont vraiment des œuvres déconcertantes, ces femmes multicolores, ces paysages violets et ces chevaux orange quon nous donne, en nous expliquant scientifiquement quils sont tels par suite de tels reflets ou de telle décomposition du spectre solaire. Oh ! les dames qui ont une joue bleue, sous la lune, et lautre joue vermillon, sous un abat-jour de lampe ! Oh ! les horizons où les arbres sont bleus, les eaux rouges et les cieux verts ! Cest affreux, affreux, affreux ! Monet et Pissarro, les premiers, je crois, ont délicieusement étudié ces reflets et cette décomposition de la lumière. Mais que de finesse et que dart ils y mettaient ! Lengouement est venu, et je frissonne dépouvante ! Dès que le raisonnement sen mêle, « on en arrive à la caricature… Maurice Denis, Taches de soleil sur la terrasse, 1890

55 Oh ! de grâce pas de peinture dâmes ! Rien nest fâcheux comme la peinture didées. Quun artiste mette une pensée dans un crâne, oui ! mais que le crâne y soit et solidement peint, et dune construction telle quil brave les siècles. La vie seule parle de la vie, il ne se dégage de la beauté et de la vérité que de la nature vivante. Dans un art, matériel comme la peinture surtout, je défie bien quon laisse une figure immortelle, si elle nest pas dessinée et peinte humainement, aussi simplifiée quon voudra, gardant pourtant la logique de son anatomie et la proportion saine de ses formes. Et à quel effroyable défilé nous assistons depuis quelque temps, ces vierges insexuées qui nont ni seins ni hanches, ces filles qui sont presque des garçons, ces garçons qui sont presque des filles, ces larves de créatures sortant des limbes, volant par des espaces blêmes sagitant dans de confuses contrées daubes grises et de crépuscules couleur de suie ! Ah ! le vilain monde, cela tourne au dégoût et au vomissement ! Rien nest fâcheux comme la peinture didée… Simplifier soit…mais garder la logique de lanatomie L'explosion des couleurs et de la lumière : Elle passe avant le contour ou même la forme; elle déborde, elle explose. Les taches de couleur sont d'une taille supérieure à celle des objets réels qui les portent; c'est bien l'impression qui est peinte……… La lumière s'introduit partout, elle brouille les formes et les réduit en taches de couleur. La troisième dimension : Le peintre impressionniste travaille l'épaisseur plus qu'il ne travaille le contour. Il est à contre-courant de la peinture classique, plate et précise. Reflets et taches : Le reflet dans l'eau est souvent utilisé, il permet de s'affranchir encore plus de la forme; alors les taches de couleur se juxtaposent en symphonie.

56 Les germes que jai vu jeter en terre ont poussé, ont fructifié dune façon monstrueuse. Je recule deffroi. Jamais je nai mieux senti le danger des formules, la fin pitoyable des écoles, quand les initiateurs ont fait leur œuvre et que les maîtres sont partis. Tout mouvement sexagère, tourne au procédé et au mensonge, dès que la mode sen empare. Il nest pas de vérité, juste et bonne au début, pour laquelle on donnerait héroïquement son sang, qui ne devienne, par limitation, la pire des erreurs, livraie envahissante quil faut impitoyablement faucher. Le danger des Écoles : formules et procédés Ces toiles claires, ces fenêtres ouvertes de limpressionnisme, mais je les connais, ce sont des Manet, pour lesquels, dans ma jeunesse, jai failli me faire assommer ! Ces études de reflets, ces chairs où passent des tons verts de feuilles, ces eaux où dansent toutes les couleurs du prisme, mais je les connais, ce sont des Monet, que jai défendus et qui mont fait traiter de fou ! Ces décompositions de la lumière, ces horizons où les arbres deviennent bleus, tandis que le ciel devient vert, mais je les connais, ce sont des Pissarro, qui mont autrefois fermé les journaux, parce que josais dire que de tels effets se rencontraient dans la nature ! Et ce sont là les toiles que jadis on refusait violemment à chaque Salon, exagérées aujourdhui, devenues affreuses et innombrables ! Lart condamné au renouvellement Lennui du connu

57 Ce que jai défendu, je le défendrais encore, car cétait laudace du moment, le drapeau quil sagissait de planter sur les terres ennemies. Nous avions raison, parce que nous étions lenthousiasme et la foi. Si peu que nous ayons fait de vérité, elle est aujourdhui acquise. Et, si la voie ouverte est devenue banale, cest que nous lavons élargie, pour que lart dun moment puisse y passer. Et puis, les maîtres restent. Dautres viendront dans des voies nouvelles; mais tous ceux qui ont déterminé lévolution dune époque demeurent, sur les ruines de leurs écoles. Et il ny a décidément que les créateurs qui triomphent, les faiseurs dhommes, le génie qui enfante, qui fait de la vie et de la vérité ! Zola 1896 Seuls les maîtres restent Le génie créateur enfante de la vie et de la vérité

58 Je crains bien que tous les tableaux des anciens maîtres et représentant des choses en plein air n'aient été faits de chic, car cela ne me semble pas avoir l'aspect vrai et surtout original que fournit la nature. à Zola 1866 p 99...Pour l'heure présente, je continue à chercher l'expression de ces sensations confuses que nous apportons en naissant. A Joachim Gasquet 1896 p 227 Mais après avoir vu les grands maîtres qui y reposent (au Louvre ), il faut se hâter d'en sortir et vivifier en soi, au contact de la nature, les instincts, les sensations d'art qui résident en nous. A Charles Camoin 1903 p 255 Cézanne : du Musée à la nature Retour sommaire

59 6 / Le droit au rêve : Gauguin et louverture symboliste Autoportrait à lauréole, 1889 Autoportrait 1888 Autoportrait 1894

60 Le Christ jaune, 1889

61 le droit au rêve, le droit aux pâturages de l'azur, le droit à l'envolement vers les étoiles niées de l'absolue vérité Ce que nous demandions à Cézanne, à Gauguin et à Van Gogh, ils le trouvaient chez Verlaine, chez Mallarmé, chez Laforgue : « De toute part, disait Albert Aurier dans l'article manifeste de la revue Encyclopédique 1892, on revendique le droit au rêve, le droit aux pâturages de l'azur, le droit à l'envolement vers les étoiles niées de l'absolue vérité. La copie myope des anecdotes sociales, l'imitation imbécile des verrues de la nature, la plate observation, le trompe l'œil, la gloire d'être aussi fidèlement, aussi banalement exact que le daguerréotype ne contente plus aucun peintre, aucun sculpteur digne de ce nom » De limpressionnisme au symbolisme Gauguin : Doù venons-nous ? Que sommes-nous ? Boston

62 L'art pour eux (Gauguin et Van Gogh) comme pour leurs prédécesseurs, c'est le rendu d'une sensation, c'est l'exaltation de la sensibilité individuelle. Tous les éléments d'excès et de désordre provenant de l'impressionnisme, ils les exaspèrent d'abord, et ce n'est que peu à peu qu'ils prennent conscience de leur rôle novateur, et qu'ils s'aperçoivent que leur synthétisme et leur symbolisme est précisément l'antithèse de l'impressionnisme. Gauguin : Lesprit de la mort veillant.1892Albright-Knox Art Gallery, Buffalo,

63 Un conseil, ne peignez pas trop d'après nature. L'art est une abstraction, tirez-la de la nature en rêvant devant et pensez plus à la création qui résultera p 40 Je m'éloignerai autant que possible de ce qui donne l'illusion d'une chose et, l'ombre étant le trompe-lœil du soleil, je suis porté à la supprimer. 45 D'ailleurs, qu'il y ait ou non des ombres bleues, peu importe : si un peintre voulait demain voir les ombres roses ou violettes, on n'aurait pas à lui en demander compte, pourvu que son œuvre fût harmonique et qu'elle donnât à penser. 138 Dessiner franchement, ce n'est point affirmer une chose vraie de la nature mais se servir de locutions picturales qui ne déguisent pas la pensée. 163 Gauguin, Oviri Écrits d'un sauvage. Rééd. folio essais Paris Paul Gauguin, Cheval Blanc L'art est une abstraction, tirez-la de la nature en rêvant

64 Présentation conçue et réalisée par C. Merlant Toutes les suggestions seront les bienvenues pour compléter ou améliorer la présentation. Usage strictement pédagogique Version 05/08 Retour sommaire Merci de votre visite !


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