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Histoire de lEurope de lEst et des Balkans Septième cours : Bosnie-Herzégovine, Macédoine et Kosovo.

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1 Histoire de lEurope de lEst et des Balkans Septième cours : Bosnie-Herzégovine, Macédoine et Kosovo

2 3 – La Croatie 3.1 – Notions générales – Géographie La Croatie sétend sur km2. Compte tenu du très grand nombre dîles de la côte dalmate (1 200), on ajoute parfois lespace maritime entre ces îles et la côte. La Croatie se présente sous la forme dun fer à cheval dans lequel sencastre la Bosnie-Herzégovine. Elle partage des frontières avec celle-ci, mais aussi avec la Slovénie et la Hongrie, la Serbie, ainsi que le Monténégro. À noter que le littoral de la côte dalmate est discontinu et que Dubrovnik na pas un contact direct avec le reste du pays, à cause de lincursion de 20 kilomètres du territoire bosniaque.

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4 Les différentes régions sont distinctes et présentent une grande variété de paysages. Relativement basse, la côte dalmate devient plus haute vers le nord, en Lika. De part et dautre de celle-ci, lIstrie etla Banija, sont plus basse. Depuis cette dernière, on entre en Slavonie, daltitude moyenne Le point culminant du pays, le Dinara, sélève mètres. Les principales étendues deau sont les lacs de Plivitce, situés dans la courbe du « fer à cheval » : Il sagit dun ensemble de 16 lacs, reliés entre eux par des cascades. À cette exception, le territoire est peu choyé dun point de vue lacustre. Les fleuves, rivières et ruisseaux sont très nombreux, surtout en Slavonie, où ils coulent de part et dautre du massif central. La Sava et la Kupa sont les principaux cours deau de la région. Le climat est varié, avec une zone méditerranéenne en Dalmatie et en Istrie, et un climat continental en Slavonie.

5 3.1.2 – Démographie La population sélève à 4,5 millions dhabitants. Après une baisse dans les années 1990, elle sest à peu près stabilisée, le taux de décroissance étant de 0,03 % par année. Les transferts de population dans les années 1990 expliquent la diminution de la population : de nombreux Croates sont revenus sur le territoire national à cette époque, mais cette augmentation na pas pu compenser les pertes des non- croates, principalement les Serbes, qui ont quitté le territoire dans la foulée des guerres yougoslaves. La population de la Croatie est très homogène : les Croates constituent près de 90 % de la population, les Serbes plus que 5 %, alors que le reste est partagé entre différentes ethnies. Les indicateurs démographiques ne sont pas très bons : lindice de fécondité est faible (1,4 enfant par femme) et lâge médian est élevé, à près de 41 ans.

6 Avec une espérance de vie de 75, la pyramide des âges, déjà très déséquilibrée, devrait continuer à voir sa base rétrécir. La Croatie occupe le 45 e rang dans lindice IDH. Les cicatrices des guerres seffacent et la Croatie reprend son rang parmi les plus développés des États issus de la Yougoslavie. La Croatie compte une forte majorité de catholiques (88 % de la population), ce qui correspond à peu de chose près à la population croate. Le clivage religieux se manifeste aussi avec près de 5 % dorthodoxes, alors que lIslam est la religion de 1,5 % de la population. Seuls 5 % des habitants de la Croatie ne se reconnaissent pas dallégeance confessionnelle. La Croatie est lun des États les plus urbanisés de lex- Yougoslavie, avec un taux durbanisation de 61 %. Outre Zagreb, la capitale, qui compte près de habitants, les principales villes du pays sont Rijeka ( habitants) et Split ( ). Ce sont les seules villes de plus de habitants.

7 3.2 – Évolution historique – Des origines au XXe siècle Le territoire de lactuelle Croatie est englobé il y a deux mille ans dans lEmpire romain et après le passage des Avares, les tribus croates venues d'Ukraine sinstallent sur le territoire. Malgré la présence de Byzance, ce sont les Carolingiens qui christianisent les Croates. En 880 est fondé un duché qui devient royaume indépendant en 925, qui durera du IXe au Xe siècle. Après avoir été allié de Byzance, le royaume se tourne vers Rome et Venise. En 1076, lanarchie sinstalle et les Hongrois pénètrent sur le territoire. En 1102, le roi de Hongrie est couronné roi de Croatie, inaugurant une domination qui durera jusqu'en L'influence orthodoxe qui reste alors est combattue, approfondissant la distance culturelle entre les populations slaves balkaniques du nord et du sud.

8 En 1526, la Croatie est démembrée : le Sud devient ottoman jusqu'en 1699, Venise conserve le Nord et la Dalmatie, Dubrovnik devient république indépendante, alors que le reste devient terre des Habsbourg. Napoléon met fin provisoirement à cet équilibre : après avoir défait Venise et l'Autriche, il crée les provinces illyriennes, lesquelles sont rattachées à l'Empire. Grâce à linfluence française, le nationalisme croate apparaît. La révolution de 1848 est le détonateur du mouvement national croate. Les Croates se rapprochent de Vienne et de 1849 à 1867, la Croatie est directement annexée à l'Autriche. Mais en 1867, la Croatie reste aux mains des Hongrois, ce qui va pousser les nationalistes vers l'union des Slaves du Sud.

9 3.2.2 – Le XXe siècle Au début du XX e siècle, les nationalistes croates veulent transformer la double monarchie austro-hongroise en un État triunitaire : Autrichiens, Hongrois et Slaves, mais ce mouvement est réprimé par les autorités hongroises. Cest ainsi que le royaume des Serbes, Croates et Slovènes est créé, mais fédéralistes croates et centralistes serbes entrent en conflit. Tout au long des années 20 et 30, les tensions entre ces deux camps se développent et le coup dÉtat du roi Alexandre en 1929 pousse les partisans de lautonomie et de lindépendance croate à lexil. C'est en exil qu'apparaissent les Oustachis, qui multiplient les attentats et parviennent à assassiner le roi en En 1939, le prince régent Paul met en place une structure autonome unissant Croatie et Dalmatie, mais linvasion en 1941 met fin à cette tentative de sauver le royaume.

10 Les Oustachis sinstallent à Zagreb et les massacres contre les populations non-croates sont tellement violents que Berlin doit calmer Pavelic, car les tueries amènent de nombreux Yougoslaves à rejoindre le maréchal Tito, lequel libère la Croatie en mai En 1946, la Croatie devient une des six Républiques socialistes fédératives de Yougoslavie et à partir des années 70, le nationalisme croate se réveille, lequel sera particulièrement stimulé par le réveil du nationalisme serbe en Lors des premières élections libres en 1990, Tudjman devient président de la République. Ses déclarations braquent la minorité serbe, qui réclame son rattachement à Belgrade. En mai, 94 % des votants se déclarent pour une indépendance de la Croatie, proclamée le 25 juin 1991; lindépendance est reconnue internationalement à partir de 1992, provoquant lintervention de l'armée fédérale et des milices serbes.

11 Des médiateurs du Conseil européen réunissent Serbes, Croates et Slovènes, qui décident d'appliquer un cessez-le-feu et de suspendre les déclarations d'indépendance. Aucune de ces deux résolutions ne sera respectée et le processus d'éclatement de la Yougoslavie se met en marche. Après une tentative de médiation, Belgrade accepte le cessez- le-feu avec la Slovénie, mais pas avec la Croatie. En août 1992, Tudjman est réélu président et nomme un ultranationaliste premier ministre, alors que plus de 30 % du territoire est occupé par les irrédentistes serbes. En novembre, larmée fédérale, aidée par les milices serbes ultranationalistes, entre dans Vukovar et se livre à des massacres contre les populations civiles. Début 1993, les irrédentistes serbes décident de sunir dans l'espoir de créer une grande Serbie, alors que la minorité croate de Bosnie-Herzégovine tente aussi de son côté de restaurer la « grande Croatie » d'Ante Pavelic.

12 Au début de 1995, lOccident décide darmer la Croatie et au printemps, larmée croate est prête à la contre-offensive : elle reprend la Slavonie occidentale et se livre alors à son tour au nettoyage ethnique des populations serbes. Sentant le vent tourner, Milosevic abandonne alors les Krajinas pour sauvegarder son pouvoir à Belgrade. En trois jours, les milices serbes sont défaites et le territoire est nettoyé. Fort de ces succès militaires, Tudjman remporte les élections législatives doctobre 1995 et un mois plus tard, à Dayton, un accord est signé entre Tudjman, Milosevic et Izetbégovic pour résoudre la crise yougoslave. Zagreb et Belgrade reconnaissent l'indépendance d'une Bosnie composée de deux régions : la fédération croato-musulmane et la République serbe de Bosnie.

13 3.2.3 – Depuis lindépendance Après la guerre, le HDZ de Tudjman perd son crédit auprès de l'opinion, qui se plaint de la corruption et de la domination du HDZ sur la vie politique. Tout au long de la seconde moitié des années 1990, le HDZ décline pour laisser la place aux socio-démocrates, même si Tudjman lui-même sera réélu président de la République en Sa mort, deux ans plus tard, marque la fin dune époque et le renouveau de la politique croate. La constitution de la Croatie a été adoptée le 22 décembre 1990, mais a subi trois amendements importants depuis : en 1997, des droits supplémentaires sont accordés aux minorités nationales; en septembre 2000, le régime, de mi présidentiel, devient parlementaire et en 2001, la deuxième chambre est supprimée.

14 Le président, élu pour cinq ans au suffrage universel, na plus aujourdhui que quelques prérogatives, en plus dêtre chef des armées et responsable de la nomination du premier ministre. Depuis 2010, Ivo Josipovic est à la tête du pays et il est le 3 e homme à occuper ce poste. La Croatie fut longtemps une économie agricole, mais avec la mise en place dun système de type soviétique, lindustrie a connue un fort développement. Léconomie sest rapidement développée pour faire de la Croatie le deuxième plus prospère des territoires yougoslaves. Lélan de restructuration et de libéralisation en 1990 fut arrêté par les guerres de , lesquels ont dautant plus handicapé léconomie du pays que Zagreb ne fut plus en mesure de contrôler de grandes zones du territoire. À cette perte de souveraineté pendant quelques années, il faut aussi ajouter les destructions causées par les guerres.

15 Sous le HDZ, le processus de privatisation fut relancé à partir de 1995, mais, très opaque, il entraîna un accroissement de la corruption, alors que nombre dentreprises dÉtat étaient cédées à des intérêts proches du pouvoir. La mort de Tudjman marque une rupture, alors que le centre gauche, qui remporte les élections de 2000, se lance dans un processus de modernisation. Après deux années de réformes difficiles et douloureuses (le chômage atteint 22 % en 2002), les efforts commencent à payer et le taux de croissance saméliore : il atteint alors 5 % par année et se maintiendra à ce niveau jusquen Les partenaires économiques de la Croatie sont assez variés, même si lItalie et lAllemagne absorbent une part importante du commerce extérieur. Parmi les autres partenaires importants à lextérieur de lUnion européenne, on compte la Russie (plus de 10 % des importations), de même que la Chine et la Serbie voisine (6 % des exportations).

16 La situation de la Croatie au lendemain de sa déclaration dindépendance est ambigüe. Dans un premier temps, lOccident va entériner avec enthousiasme cette nouvelle indépendance, mais son implication dans des massacres de civils au cours des guerres yougoslaves va ternir sa réputation. Le premier grand acte international auquel va prendre part Zagreb, cest la signature des accords de Dayton, qui met fin à la guerre de Bosnie. Le manque denthousiasme de Zagreb dans lapplication de certaines dispositions des accords sera responsable dune plus grande froideur de lOccident. De même, les grandes hésitations du gouvernement croate à collaborer au début des années 2000 avec le TPIY, manifeste entre autres par son refus dextrader les généraux Gotovina et Bobetko, nont pas aidés à rétablir la confiance entre Zagreb et le monde européen et atlantiste.

17 Mais à partir de 2003, les choses vont sarranger. Le nouveau gouvernement de Sanader semploie alors à collaborer avec le TPIY et Zagreb dépose sa demande dadhésion à lUE. Le référendum de janvier 2012, ayant vu lapprobation du projet par 68 % de la population, ouvre la voie à lintégration du pays à partir de lété 2013, même si le taux de participation très faible de 42 % ne permet pas de dire que la population est très enthousiasmée à cette idée. En ce qui concerne lOTAN, ladhésion a été facilitée par la position de Zagreb dans le conflit opposant lAlliance à la Serbie et en 2009, Zagreb a intégré lorganisation. Avec la Serbie et la Bosnie, des problèmes subsistent, mais le compromis obtenu par les accords de Dayton semble jusquà maintenant tenir. Personne na intérêt à remettre en question cet équilibre, la priorité étant maintenant le développement économique de leur État respectif.

18 Avec la Hongrie, différents compromis au cours des années 2000 ont permis daplanir les difficultés. Ici encore, cest grâce à une représentation politique de la minorité hongroise que les relations avec Budapest ont pu se détendre. Ainsi, après avoir été presque mise au ban de la communauté internationale dans les années 1990, la Croatie est parvenue, depuis la mort de Tudjman, à intégrer les organisations occidentales, même si la suspicion entre Zagreb et le reste du continent européen demeure importante.

19 Septième cours : Bosnie-Herzégovine, Macédoine et Kosovo 1 – La Bosnie-Herzégovine 2 – La Macédoine 3 – Le Kosovo

20 1 – La Bosnie-Herzégovine 1.1 – Notions générales – Géographie La Bosnie-Herzégovine est constituée de deux régions et s'étend sur kilomètres carrés. La Bosnie, qui constitue la majeure partie du territoire (80%), se situe au nord. LHerzégovine constitue la pointe sud. La forme triangulaire du pays est un héritage de la domination ottomane sur le territoire bosniaque et de celle de lEmpire austro-hongrois (et précédemment de Venise) sur la Croatie Le pays partage des frontières avec la Croatie, la Serbie et le Monténégro et dispose dune fenêtre maritime de 20 km.

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22 La majorité des frontières suivent une rivière : la Save au Nord, la Drina à l'Est et lUna à l'Ouest. Il sagit des principaux cours deau du pays, mais de nombreuses autres rivières serpentent à travers le territoire Moins de 1 % du territoire est recouvert deau, mais on compte certains lacs relativement importants comme celui de Bileca (33 km2) et de Busko (56 km2) Généralement montagneux, le pays est constitué de trois zones géographiques distinctes : le nord est plat et bien irrigué, alors que la Bosnie centrale est une zone de hautes montagnes comprise dans les Alpes Dinariques. Puis vient lHerzégovine, également en haute altitude. Cest dans cette zone que se trouve le mont Maglic, qui culmine à 2386m. Le climat du pays varie en fonction de la zone, mais il est en général de type continental

23 Administrativement, le pays est séparé en deux entités, la Fédération de Bosnie-Herzégovine, sur 51 % du territoire au sud et au centre, et la République serbe au nord et à l'est, à quoi il faut ajouter le district de Brcko au nord-est, reconnu comme district autonome.

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25 1.1.2 – Démographie Le dernier recensement remonte à 1991 et les données de lépoque font état dune population de 4,3 millions dhabitants, dont 44 % de Musulmans, 31 % de Serbes, 17 % de Croates, 5,5 % de Yougoslaves et 2 % dautres Selon une évaluation datant de 2004, lélément musulman gagne en importance, avec 54 %, alors que les deux autres ethnies sont en baisse (34 % pour les Serbes, 11 % pour les Croates). À ce rythme, on estime quà lhorizon 2025, les Musulmans constitueront près de 70 % de la population. Il savère impossible davoir les indices ventilés en fonction de lappartenance ethnique. Cest pourquoi tous les chiffres doivent être considérés avec précaution. Lindice de fécondité sur lensemble du territoire est très faible, à 1,28 enfant par femme, mais cet indice est probablement plus élevé chez les Musulmans.

26 Lespérance de vie est élevée à 79 ans, de même que lâge médian, à plus de 41 ans. Le critère confessionnel a pris de limportance dans le cadre des conflits. Selon les données de 1991, le pays comptait alors 40 % de musulmans, 30 % dorthodoxes, 15 % de catholiques et 14 % « dautres ». Dans le classement IDH, le pays se classe au 77 e rang. Compte tenu de lalphabétisation du pays (99 %) et de son espérance de vie, on doit conclure que le pouvoir dachat de la population est particulièrement faible. Le niveau de vie est différencié en fonction des zones ethniques, les territoires musulmans étant les plus pauvres, les croates, plus riches. Le pays est faiblement urbanisé, avec un taux de 49 %. Les principales villes sont Sarajevo ( habitants), Banja Luka ( habitants), Tuzla ( habitants), Zenica ( habitants) et Mostar ( habitants).

27 1.2 - – Évolution historique – Des origines au XXe siècle Originellement peuplé dIllyriens, le territoire du pays fut incorporé à lempire romain, avant que les Goths ne sy installent. Au début du VIe siècle, ceux-ci sont chassés et le territoire bosniaque devint une partie de l'Empire byzantin. Cest à cette époque que les Slaves commencèrent à s'y installer en deux vagues successives, au nord et à louest (Croates), le reste étant occupé par les Serbes. Au IXe siècle, une partie du nord-ouest fut conquise par les Francs, avant dêtre incorporée par la Croatie médiévale ; le reste tomba aux mains d'une des principautés serbes. Au cours des XI e et XII e siècles, la Bosnie fut soumise à Byzance, mais en 1180, lemprise grecque cessa et pour la première fois, un territoire bosniaque devint une entité indépendante, qui exista de façon autonome de 1180 à 1463.

28 Elle sétendit tout au long de cette période, sans vraiment cependant constituer un État centralisé, mais plutôt un ensemble de principautés. Lisolement de ces terres entraina le développement d'une Église bosniaque. Dabord dominée par le catholicisme, la Bosnie se singularisa et peu à peu lorthodoxie simposa. À la fin du XIVe siècle, les incursions étrangères se multiplièrent et les Bosniaques subirent plusieurs défaites, alors que le territoire était en proie à une guerre civile, qui aboutit à la séparation de lHerzégovine (« duché »). En 1463, les Turcs semparèrent de presque tout le territoire bosniaque, avant de conquérir aussi lHerzégovine en Tout le territoire fut absorbé dans l'Empire ottoman. Le système politique et économique se distingua peu de celui en place sur les autres territoires de lEmpire, sauf sur un point : une grande partie de la population se convertit à l'islam.

29 Il fallut plus de cent ans aux musulmans pour devenir majoritaires. La raison d'un tel développement réside dans l'histoire religieuse du pays, alors que la Bosnie navait pas bénéficié d'une Église nationale bien établie, de sorte que la chrétienté y était plus faible quailleurs dans les Balkans. Tout au long des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, la Bosnie, qui servait de terres de recrutement pour les Turcs, fut le théâtre des guerres que se livraient Vienne et la Sublime porte et son territoire changea de mains à de multiples reprises. Ces luttes affaiblirent le pays et ralentirent le développement économique, même si certaines de ses villes, comme Sarajevo, connurent des périodes de splendeurs. Une littérature nationale sy développa aussi. Une mutation politique survint au cours de cette période, par laquelle leyalet de Bosnie développa un statut particulier au sein de lempire, alors que son kapetan sattribua avec le temps de plus en plus de pouvoir.

30 Lorsque lempire semploya à se réformer, il rencontra une résistance farouche dans cette province et des conflits éclatèrent alors entre la Bosnie et le centre. En 1876, la Serbie et le Monténégro déclarèrent la guerre à l'Empire ottoman, appuyés par la Russie. Les États européens imposèrent alors le traité de Berlin, qui décida que la Bosnie et l'Herzégovine, en restant virtuellement sous souveraineté turque, seraient gouvernées par l'Autriche-Hongrie.

31 1.2.2 – Le XXe siècle Au cours de la période autrichienne, la Bosnie se développa économiquement et culturellement. Vienne se trouva alors confrontée au yougoslavisme, ce qui provoqua lannexion de la Bosnie et de lHerzégovine en À la fin de la Première Guerre mondiale, des politiciens bosniaques de chacune des trois communautés suivirent les dirigeants politiques de Croatie et de Slovénie, en s'associant à la création du royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Quand la Constitution fut établie, la Bosnie ne garda aucun statut officiel, mais son tracé fut préservé sur la carte jusquen 1929, alors quelle fut partagée en quatre districts administratifs différents et rayée de la carte. En 1941, après l'invasion de la Yougoslavie par les forces de l'Axe, le territoire bosniaque fut absorbé dans l'État fantoche connu sous le nom d'« État indépendant de Croatie ».

32 Les massacres perpétrés en Bosnie entre 1941 et 1945 furent effroyables. On estime le nombre total des morts en Bosnie au cours de la guerre à Serbes, musulmans, Croates et juifs. Après la guerre, la Bosnie-Herzégovine devint une des républiques de Yougoslavie et fut affecté par l'abolition de nombreuses institutions musulmanes traditionnelles. Dans les années 1960, une inflexion de la politique officielle conduisit à la reconnaissance du terme « Musulman » comme désignation d'une identité nationale. Le déclin de l'économie yougoslave conduisit à une large insatisfaction à l'égard du système politique et des partis indépendants firent leur apparition en 1988.

33 1.2.3 – Depuis lindépendance Le référendum de février 1992 ayant donné la victoire aux partisans de lindépendance, les Serbes de Bosnie se rebellent et choisissent leur propre indépendance dans les zones où ils sont majoritaires, proclamant l'indépendance de la République serbe de Bosnie. Des milices serbes lancent alors des attaques. D'abord alliés aux Musulmans, les Croates choisissent de prendre leur indépendance avec la région où ils sont majoritaires. Ils sont soutenus par l'armée de Croatie et ouvrent un nouveau front, en avril 1993, contre les Musulmans. À cela s'ajoutent des conflits entre Musulmans, dans la région de Bihac, dans le nord-ouest du pays, où Fikret Abdić proclame une province autonome de Bosnie occidentale.

34 Les civils ont été les cibles principales des combats, alors que les idéologies nationalistes œuvraient à séparer les trois nationalités. Au total, 2,2 millions dhabitants ont été chassés de chez eux et, parmi eux, 1,2 million de Musulmans. Afin de mettre fin au bain de sang, les États occidentaux placent la Serbie-et-Monténégro sous embargo et décident lenvoi de troupes dinterposition. En 1994, dix-sept mille soldats sont déployés. Le point dorgue est atteint en juillet 1995, alors que lenclave de Srebrenica tombe sous lassaut des milices serbes : Musulmans sont massacrés et les États occidentaux décident darmer massivement les Croates et les Musulmans. Lâchés par Belgrade et considérant quaprès la chute des enclaves de Srebrenica et Zepa, le territoire quils contrôlent est assez continu, les Serbes de Bosnie se décident à négocier.

35 Le cessez-le-feu du 10 octobre 1995 permet le début des négociations à Dayton. Elles dureront vingt jours, au terme desquels les délégations serbe, croate, et bosniaque accepteront le principe de la création d'une entité commune pour les Croates et les Musulmans sur 51 % de territoire, ainsi que dune entité serbe couvrant 49 % de celui-ci et se conformant à peu de chose près au sort des armes et aux opérations de nettoyages ethniques. La Forpronu est alors remplacée par lIFOR, à qui est confiée la mission de permettre la mise en œuvre des accords de paix. En 1996, lIFOR est à son tour remplacé par la SFOR jusquen 2004, alors que la EUFOR Althea, force européenne, prend la relève.

36 Le pays est composé de deux entités, la fédération croato- bosniaque et la république serbe de Bosnie. Lélaboration des institutions sest faite sous le signe de la collégialité, même si au lendemain des guerres, il sagissait surtout dun vœu pieux. La constitution a été élaborée dans le cadre des accords de Dayton et est présentée à lannexe 4 de ces accords. Elle fait du pays une république parlementaire multipartiste et met en place des institutions politiques très complexes. Il y a trois présidents à la tête du pays, chacun représentant lune des trois communautés. Chacun de ceux-ci occupe la présidence pour 8 mois. Ils sont élus au suffrage universel dans chacune de leur communauté pour quatre ans. Il sagit aujourdhui de Zelko Komsic (Croate), Nebojsa Radamovic (Serbe) et Bakir Izetbegovic (Musulman).

37 Le président est le chef de lÉtat en titre et ses responsabilités sont assez importantes : il dirige la politique étrangère du pays et définit le budget de lÉtat, en plus de nommer les ministres du gouvernement, sous réserve dapprobation par le parlement. Le parlement est bicaméral, composé dune chambre basse (la chambre des représentants de Bosnie-Herzégovine) et haute (la Chambre des peuples de Bosnie-Herzégovine). La première comprend 42 députés (28 de lentité croato- musulmane, 14 de lentité serbe), élus au suffrage universel pour 4 ans. Elle est responsable de ladoption des lois, présentées par le gouvernement, dont elle doit par ailleurs approuver la nomination. La chambre des peuples est composée de 15 membres, à raison de 5 représentants pour chacune des communautés. Ils sont élus au suffrage indirect par les députés de chacun des parlements régionaux des entités constitutives du pays.

38 Leur responsabilité consiste à sassurer quaucune loi ne puisse être adoptée sans lappui de chacun des groupes ethniques. Au dessus de ces structures se trouve le Haut représentant international, qui a pratiquement le statut dun dictateur. Il est nommé par lONU et depuis 2009, cest Valentin Inzko qui occupe ce poste que seuls des étrangers peuvent occuper. En 1992, le pays navait eu que quelques années pour lancer le processus de réformes, lequel navait que peu progressé. Le conflit de a fait très mal à léconomie, mais aussi aux infrastructures. Ainsi, le processus de réformes doit être mené de front avec cette reconstruction. Mais les choses avancent assez bien depuis le début des années La question des relations étrangères du pays est à la fois complexe et simple : les contentieux avec les voisins qui lont agressé demeurent nombreux, mais il est sous tutelle internationale et donc, ce nest pas tant lexécutif du pays qui gère les rapports internationaux que le Haut représentant.

39 Avec la Serbie, les relations sont tendues. Sarajevo a poursuivi dans les années 2000 son voisin devant la Cour internationale de justice pour agression et génocide, accusations qui ont été jugées non fondées par la suite, et dautres problèmes continuent de miner les rapports avec Belgrade, dont la question de la limitation des frontières entre les deux États. Avec la Croatie, les relations sont également tendues, mais dans une moindre mesure. Depuis 1999, plusieurs traités conclus entre Sarajevo et Zagreb ont réduit le nombre dirritants, liés surtout à la question des frontières. Il va de soi que, lorsquil sagit de ces deux États, les relations de Sarajevo se trouvent compliquées par la présence de minorités nationales serbes et croates, lesquelles sont parfois instrumentalisées par leur foyer national respectif pour faire pression sur Sarajevo.

40 Le rôle important joué par Washington dans la conclusion des Accords de Dayton a contribué à faire des États-Unis un partenaire fondamental de la Bosnie, dautant que Sarajevo avait tout intérêt à lier dexcellentes relations avec un partenaire puissant, afin de rééquilibrer son rapport de force. Washington demeure le principal bailleur de fonds pour la Bosnie-Herzégovine. Les relations bilatérales se développent, mais la tutelle internationale empêche denvisager que le pays puisse rejoindre à part entière les grandes institutions occidentales et atlantistes, EU et OTAN, même si cela sera assurément lobjectif des dirigeants lorsque sera levée cette tutelle.

41 2 – La Macédoine Notions générales Géographie Avec km2, la Macédoine est la 3 e plus petite des républiques issues de léclatement de la Yougoslavie. Le pays est complètement enclavé et partage des frontières avec la Serbie, la Bulgarie, la Grèce et lAlbanie. Le territoire est dominé par les montagnes et près de 50 % de la surface du pays se trouve à une altitude comprise entre 500 et 1000 mètres. Le point culminant du pays est le Golem Korab, à mètres, mais la plupart des hauts sommets atteignent près de mètres.

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43 Le territoire est coupé en deux par le Vardar, principal cours deau du pays, qui court sur près de 400 km. Le Drin noir est le second cours deau en importance dun pays qui compte de nombreuses rivières courtes et à faible débit. Ce découpage met en évidence deux régions : louest, qui concentre la majorité de la population et où lon trouve les plus hauts sommets, et lest, moins populeux et moins élevé. Le pays compte un nombre assez important de lacs. Le plus grand de ceux-ci, le lac dOhrid, couvre une superficie de 350 km2 environ. Il est suivi par son voisin, le lac Prespa, qui sétend sur 313 km2. Grâce à un territoire montagneux, les masses dair venues du sud donnent au pays un climat assez clément. Le pays est situé à la rencontre des plaques eurasienne et africaine, doù la fréquence élevée de séismes importants, comme celui de 1963, qui détruisit Skopje à 50 %, tuant de même personnes.

44 2.1.2 – Démographie La république de Macédoine est un pays éclaté et disparate au plan démographique. Malgré des crises majeures au tournant des années 2000, le pays est parvenu en partie à se maintenir hors des conflits et les déplacements de population typiques de la zone et de la période ont été peu fréquents ici. La population sélève à un peu plus de 2 millions dhabitants, en très légère hausse depuis quelques années, alors que les années 1990 avaient vu une baisse de celle-ci. Les Macédoniens, peuple appartenant à la branche sud des Slaves et qui parlent une langue spécifique, forment près de 65 % de la population. Les Albanais, avec un peu plus de 25 %, constituent une minorité très influente, alors que le reste est partagé entre Turcs (4 %), Roms (3 %) et Serbes (2 %).

45 Les indices démographiques sont assez bons : le taux de fécondité a chuté brutalement depuis 30 ans, sétablissant aujourdhui à 1,6 enfant par femme. Lâge médian est peu élevé, à 34 ans, et lespérance de vie est de 74 ans. Le clivage religieux recoupe celui de lappartenance ethnique, alors que lÉglise orthodoxe macédonienne regroupe 65 % de la population et lIslam, un peu plus de 33 %. Dans le classement IDH, la république de Macédoine occupait en 2009 le 72 e rang, ce qui en fait lun des États les moins développés de la zone. Sa position est dailleurs probablement plombée encore une fois par un pouvoir dachat plutôt faible. Le pays est assez urbanisé pour sa zone, avec un taux sétablissant à un peu plus de 60 %. La capitale, Skopje, est de loin lagglomération la plus importante, avec habitants, et le pays compte six autres villes de plus de habitants, dont Kumanovo ( habitants), Bitola ( habitants) et Prilep ( habitants).

46 2.2 - Évolution historique – Des origines au XXe siècle Ce sont dabord les Illyriens qui occupent le territoire de la Macédoine, avant que les Grecs nabsorbent ces terres au VIe siècle avant notre ère, à lépoque de Philippe II de Macédoine. Envahi par les Romains au IIe siècle avant notre ère, le territoire tombe sous le contrôle de Byzance, avant que les tribus slaves ne sy installent au tournant du VIe siècle. Jusquà larrivée des Ottomans, le territoire sera partagé à plusieurs reprises entre les royaumes serbes et bulgares. Intégrée à l'Empire ottoman à la fin du XIV e siècle, le pays ne verra le développement de sa culture nationale quà partir de la seconde moitié du XIXe siècle : la classe intellectuelle naissante se divise alors en deux camps, lun défendant la spécificité des traditions du pays, lautre militant pour lintégration bulgare, vue comme la culture dorigine du pays.

47 Après la défaite ottomane de 1878, la Russie impose la création d'une grande Bulgarie incluant la majeure partie de la Macédoine, mais le congrès de Berlin replacera la Macédoine dans le giron ottoman. Le gouvernement ottoman refusant dappliquer des réformes visant à améliorer le statut des chrétiens, des révolutionnaires macédoniens fondent en 1893 une organisation révolutionnaire, lORIM, qui deviendra le fer de lance de lopposition aux Turcs. À partir de 1895, lORIM multiplie les insurrections locales et les attentats et en août 1903, proclame la république de Krouchevo, qui constitue le véritable acte de naissance du nationalisme macédonien indépendant.

48 2.2.2 – Le XXe siècle La révolution jeune-turque en 1908 marque une trêve, mais dès lannée suivante, les nouvelles autorités turques interdisent toutes les organisations macédoniennes. L'alliance antiturque va sceller le sort de la Macédoine : après les guerres balkaniques, la Macédoine est partagée au traité de Bucarest entre la Grèce, la Serbie, la Bulgarie et l'Albanie. Pendant la 1 ère Guerre mondiale, les Bulgares pénètrent sur les territoires macédoniens de Serbie et de Grèce avant den être chassées en septembre Cest à ce moment que les frontières de la Macédoine sont dessinées, le pays étant intégré à la Yougoslavie pendant lentre-deux-guerres, avant dêtre démembré par la Bulgarie et l'Albanie en En 1943, Tito pose le principe d'une Yougoslavie fédérale, dont les Macédoniens seraient un des peuples constitutifs et en août 1944, les partisans macédoniens réunissent la première session du Conseil antifasciste.

49 Pendant la période titiste, la Macédoine se dote des attributs de sa spécificité nationale : en 1958, l'archevêché d'Ohrid est rétabli, et en 1967, l'Église devient autocéphale. À partir de 1989, la Macédoine fait face à la décomposition de la Yougoslavie et différents partis apparaissent, certains se fixant pour mandat la défense de la minorité albanaise. La Macédoine organise ses premières élections libres en novembre-décembre 1990 et Kiro Gligorov sempare de la présidence de la République en janvier Après le référendum du 8 septembre 1991, le Parlement adopte la nouvelle Constitution, qui proclame l'indépendance et la souveraineté du pays, mais la pays aura du mal à obtenir sa reconnaissance internationale.

50 2.2.3 – Depuis lindépendance Si la Macédoine a échappé aux guerres yougoslaves, elle a bien failli imploser sur la question albanaise, cette minorité manifestant depuis le début du XX e siècle des velléités autonomistes. En 1996, une partie des Albanais du Kosovo choisit la lutte armée contre Belgrade; lUCK, adepte de la grande Albanie, décide de déstabiliser la Macédoine par des rébellions et des attentats. La situation se détériore le 24 mars 1999, quand l'OTAN entre en guerre contre la Serbie : près de Albanais kosovars se réfugient chez leurs « cousins », ce qui inquiète Skopje, qui craint le développement dun déséquilibre démographique entre les albanophones et les autres ethnies, d'autant quune partie des réfugiés rejoignent alors lUCK.

51 Au plus fort des bombardements, Skopje ouvre un corridor humanitaire pour faire passer les réfugiés. Après l'accord de paix au Kosovo, la majorité des réfugiés va rentrer, avec parmi eux des éléments de lUCK qui, dès 1998, avait déclaré que la Macédoine était la « zone de guerre numéro deux ». Avec la fin des bombardements de l'OTAN, certains Albanais envisagent de reproduire les actions de lUCK, pensant obtenir le soutien des Occidentaux. Cest dans ce contexte quapparaît lUCKM, qui se lance dans une série dattentats afin de favoriser un « Dayton albanais » ou la transformation du pays en une confédération albano-macédonienne. Au cours de lhiver 2001, lUCKM occupe certaines zones, contraignant Skopje à un cessez-le-feu avec les rebelles qui sera continuellement violé par ceux-ci. La crise s'internationalise et loccident pousse le gouvernement à négocier, ce quil fait.

52 Mais les rebelles, percevant dans cette volonté de négociations un aveu de faiblesse, multiplient les actions contre lui. Enfin, le 5 juillet, les Occidentaux arrachent un cessez-le-feu qui aboutira à laccord de paix dOhrid le 8 août. En vertu de cet accord, l'albanais devient seconde langue officielle dans les districts où vivent au moins 20 % d'Albanais, la Constitution est amendée afin de donner certains droits de veto aux députés albanais et la guérilla est désarmée et ses combattants amnistiés. La Constitution macédonienne fait du pays une république parlementaire et reconnaît la présence sur le sol de 27 minorités ethniques, ce qui continue dindisposer la minorité albanaise, qui aimerait être reconnue comme nationalité. Le parlement de Macédoine ne comprend quune seule chambre, la Sobranie, composée de 120 députés élus au suffrage universel dans le cadre dun système comprenant des éléments de proportionnalité et de représentativité.

53 Depuis lindépendance, le pays a peu gouté à lalternance politique, la droite nationale se retrouvant généralement à la tête du pays, même si les partis défendant cette orientation politique ont changé. Depuis 1998, la scène politique est dominée par le VMRO- DPMNE, lOrganisation révolutionnaire intérieure de Macédoine – Parti démocrate pour lunité nationale macédonienne, une très large coalition qui a pris part à tous les gouvernements de macédoine depuis La Macédoine était la moins développée des républiques yougoslaves, sa production ne représentant quenviron 5 % de la production du pays avant son éclatement. Ce nest que la mise en place de la Yougoslavie titiste qui a permis le développement dun certain secteur industriel dans certaines régions du pays, lequel bénéficiait alors des transferts fédéraux.

54 Léconomie a beaucoup souffert de leffondrement de lÉtat central, la Macédoine perdant alors les transferts fédéraux. Après 5 années de contraction, léconomie a pu redémarrer, avant dêtre à nouveau stoppée par le conflit albanais. Depuis, cependant, les choses saméliorent peu à peu. Après la fin du conflit avec sa minorité albanaise, Skopje sest lancé dans le processus dadhésion lUE. Cependant, et même si le statut de candidat lui a été octroyé dès 2005, les négociations nont toujours pas commencé, entre autres à cause du problème du nom du pays. En ce qui concerne lOTAN, la situation est semblable : candidat depuis 1999, Skopje sest vu refuser ladhésion à lOTAN par un veto grec en Ici aussi, le règlement définitif du problème entourant le nom du pays est en cause.

55 Le nom de Macédoine indispose Athènes. Tant que la Macédoine nétait pas sujet de droit international, cela nétait pas important. Mais la fin de la Yougoslavie et larrivée de la Macédoine comme État a changé les choses, car pour Athènes, la Macédoine est une région grecque et une part importante de lhistoire du pays. Cest pourquoi le pays a deux noms, concession faite à la sensibilité grecque. Le nom constitutionnel du pays de « République de Macédoine » est reconnu par 118 pays, dont plusieurs très importants (Chine, États-Unis, Russie). Pour lUnion européenne, conduite sur ce terrain par la Grèce, le gouvernement de Skopje est reconnu plutôt en tant que gouvernement de « lAncienne République yougoslave de Macédoine », ce qui est plutôt long comme nom de pays. Il y eut aussi la controverse entourant le drapeau du pays, Skopje ayant dabord choisi de faire figurer sur celui-ci le Soleil de Vergina, symbole de Philipe II, protégé par les lois grecques en tant que symbole national.

56 Plus simples, tout en étant aussi compliquées, les relations avec la Bulgarie saméliorent. Le problème de Sofia avec la Macédoine est que, tout en considérant légitime lexistence du pays voisin, elle refuse de reconnaître lexistence du peuple macédonien et de la langue macédonienne, considérant quen fait, les Macédoniens sont des Bulgares parlant une variante régionale du bulgare. Cest donc sur la Grèce quachoppe le développement des relations internationales de Skopje. La chose apparait dautant plus surprenante quaujourdhui, la Grèce est devenue le plus grand investisseur du pays et un important partenaire. Malgré certains contentieux avec la Serbie les relations sont bonnes en général, dautant que malgré son rapprochement avec lOccident, la Macédoine demeure très proche des principaux alliés de Belgrade, Moscou et Pékin.

57 3 – Le Kosovo 3.1 – Notions générales – Géographie Le Kosovo, considéré par certains comme un État souverain, et par dautres comme un territoire serbe irrédent, sétend sur un peu moins de km2. Le Kosovo ne dispose daucun accès direct à la mer et est enclavé entre la Serbie, la Macédoine, lAlbanie et la Monténégro. Le caractère topographique dominant du territoire, ce sont les montagnes, comme dailleurs chez un grand nombre de ses voisins.

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59 Avec une majeure partie de son territoire située à près de 1000 mètres daltitude, le Kosovo compte néanmoins une zone de plaine située à louest, près de la frontière avec lAlbanie, coincée entrer deux massifs rocheux. Le point culminant du pays sélève pour sa part à mètres daltitude, le long de la frontière albanaise. Le territoire du Kosovo nest guère choyé dun point de vue hydrographique. Les principaux cours deau sont le Drin blanc, lErinik, la Sitnica et lIbar. Tous ces fleuves et rivières ont une longueur inférieure à 100km sur le territoire kosovar. Quant aux lacs, ils sont peu nombreux et dans lensemble, assez petit. Le plus important, le Gazivoda, un lac artificiel qui sétend sur à peine 12 km2, se situe près de la frontière avec la Serbie. Le climat du Kosovo est de type continental et montagneux, avec des étés chauds et des hivers relativement froids.

60 3.1.2 – Démographie Pour un territoire aussi petit, la population est très importante, soit un peu moins de deux millions dhabitants. En ce qui concerne la composition ethnique, les données sont peu fiables et reposent sur des évaluations, le dernier recensement remontant à Selon ces estimations, les Albanais constituent aujourdhui 92 % de la population, le reste étant partagé entre Serbes, Bosniaques, Roms et Goranis (Macédoniens islamisés), principalement. Si ces chiffres sont exacts, on constate un accroissement du pourcentage dAlbanais par rapport à 1991, alors quils formaient 80 % de la population. La population du Kosovo est la plus jeune dEurope : près de 30 % de sa population à moins de 14 ans et lâge médian est de 26 ans à peine.

61 Deux statistiques expliquent cette caractéristique, soit un indice de fécondité très élevé, à 2,4 enfants par femme et une espérance de vie faible, sétablissant à 70 ans environ. Il est difficile davoir une idée exacte de la situation, car le statut international du territoire fait en sorte quon ne le retrouve pas dans beaucoup de statistiques mondiales. Certains chercheurs ont néanmoins calculé la position potentielle du pays dans lindice IDH (autour de la 100 e position) en se basant sur les statistiques disponibles. La religion est un marqueur dappartenance fort et il nest guère étonnant de constater une forte majorité de musulmans (90 %). Le taux durbanisation nest pas connu, mais, il doit être assez élevé. Pristina compte habitants, mais plusieurs autres villes ont une population comprise entre et habitants, comme Pec, Mitrovica, Ferizaj et Kamenice.

62 3.2 – Évolution historique Pour lessentiel, lhistoire du Kosovo jusquen 2008 se confond avec celle de la Serbie, même si son rattachement au territoire de contemporaine la Serbie ne date que de Le territoire fut colonisé par les Illyriens, puis par les Serbes à partir du VIe siècle. Lévénement le plus important de l'histoire serbe se déroule dailleurs sur ce territoire, alors quils sont défaits par les Turcs en Après avoir passé la majeure partie de la Seconde Guerre mondiale sous contrôle albanais, le Kosovo obtient au sein de la Yougoslavie le statut de région autonome, puis de province autonome à partir de Tout au long de cette période, le pourcentage de Serbes décroit au profit de la population albanaise, celle-ci passant de 60 % de la population en 1948 à 80 % en 1991.

63 À partir de 1989, le Kosovo perd les prérogatives que lui avait accordées la Constitution de Dès lors, la situation des Albanais du Kosovo devient très mauvaise : ils se retrouvent exclus du pouvoir et de la vie sociale normale, lenseignement de la langue albanaise est restreint et le gouvernement exerce une forte répression à l'encontre de la communauté albanaise, provoquant un mouvement de plus en plus fort en faveur de lindépendance. En septembre 1990, un parlement clandestin proclame la république du Kosovo, et des élections pluripartites législatives et présidentielles ont lieu en mai Discrète au début, l'UCK multiplie les attentats à partir de 1996 et passe à l'offensive en Les affrontements conduisent les Occidentaux à proposer une solution négociée et en octobre, un accord entérine la mise en place d'un dispositif de surveillance du retrait des forces serbes sous le contrôle de lOSCE.

64 Malgré laccord de Belgrade, les hostilités continuent et le Groupe de contact sur l'ex-Yougoslavie convoque Serbes et Kosovars à des négociations avec obligation d'aboutir. Les négociations échouent, les Serbes refusant loctroi dune large autonomie au Kosovo et le déploiement d'une force multinationale. Ainsi, le 24 mars 1999, l'OTAN attaque la Serbie, qui lance alors des opérations de nettoyage ethnique. Battu, Belgrade accepte de faire quitter le territoire kosovar par les forces serbes, alors quappuyé par lOTAN, lUCK établit sa loi au Kosovo et procède à son tour à un nettoyage. Au terme des accords de paix de 1999, le Kosovo est placé sous administration de lONU et les forces de lOTAN sont chargées de se déployer. Relancées en , les négociations sur le statut du Kosovo entre Belgrade et Pristina resteront dans limpasse, aboutissant le 17 février 2008 à la proclamation unilatérale de lindépendance du Kosovo.

65 d Le Kosovo a adopté sa constitution en juin 2008, laquelle fait du pays une république parlementaire pluripartiste. Lassemblée détient la majorité des pouvoirs, dont celui de confirmer le premier ministre. Depuis 2008, cest Hasim Thaci, ancien chef de lUCK au passé trouble, qui dirige le gouvernement. Le pays étant très jeune, il na guère pour le moment dhistoire politique et na connu quune élection législative depuis lindépendance, en 2008, laquelle sest tenue en Le Kosovo est aux prises avec de nombreuses difficultés économiques, alors quil na pas pu disposer de souveraineté économique dans les années 1990 et que le système Milosevic a perduré jusquau lendemain de la guerre de Mais par la suite, des réformes structurelles ont pu être lancées, même sil faut attendre 2008 pour que le gouvernement sattèle plus sérieusement aux réformes.

66 En outre, la corruption est endémique (une part substantielle du budget du pays provient des organisations internationales), ce qui fait dire à certains spécialistes quil sagit pour lessentiel dune économie mafieuse. Léconomie kosovare est une économie de transition, lourdement dépendante de létranger : les subsides internationaux représentent près de 12 % du PIB, alors que les transferts de la diaspora kosovare en représentent autant. Puisque la moitié des États du monde refusent de reconnaître son indépendance, la priorité du gouvernement de Pristina est de tout tenter pour accroître le nombre des pays qui le reconnaissent. Au sein de lUnion européenne même, cinq États refusent de reconnaître cette indépendance : Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie et Slovaquie.

67 Mais même si le nombre de pays reconnaissant la république du Kosovo est en hausse, peu de nouveaux venus se sont ajoutés depuis 2009 à ceux qui lont reconnu demblée. En outre, le Kosovo ne deviendra finalement un pays que lorsque le Conseil de Sécurité de lONU acceptera cet état de fait. Or, deux poids lourds du Conseil, la Russie et la Chine, refusent pour le moment de lenvisager, autant pour des raisons intérieures quextérieures. Depuis 2009, le Kosovo a pu conclure différentes ententes avec des voisins ou dautre pays européens, dans un cadre bilatéral ou multilatéral. De même, en juin 2009, Pristina a été admis à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international en tant quÉtat indépendant.

68 Il nen demeure pas moins que, dans létat actuel des choses, le Kosovo nest pas (encore) vraiment un pays : il dépend de laide internationale, une partie non négligeable de sa population refuse de reconnaître la légitimité du gouvernement et la présence de limmense base américaine témoigne assez du peu dindépendance réelle de ce pays, par ailleurs grandement dépourvu de potentiel économique. Tant que Belgrade se refusera à accepter le fait accompli de lindépendance de sa province irrédente, Moscou suivra son allié et conséquemment, les portes des institutions internationales demeureront fermées pour Pristina.


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