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Histoire de France dAncien régime Deuxième cours : Mérovingiens et Carolingiens (496-987)

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1 Histoire de France dAncien régime Deuxième cours : Mérovingiens et Carolingiens ( )

2 7 Clovis et la fondation de la France Même si le nom de Clovis reste attaché à la fondation de la France, le nom de la dynastie provient de son grand- père, Mérovée, grand conquérant aussi, comme l'ensemble des Francs, qui participa sans doute à la bataille des Champs Catalauniques. Cest probablement le rôle très important que jouèrent les Francs de Mérovée, aux côtés, entre autres, de Théodoric 1 er, roi des Wisigoths, dans la victoire contre Attila, qui fit de lui fondateur théorique dune dynastie dont il nétait pas le premier représentant. À la mort de Mérovée en 458, Childéric lui succède. Maître de de Tournai et dune partie de la Belgique, il est contesté par son entourage pour son autoritarisme et chassé de son royaume, avant dêtre rappelé en 461.

3 Son mariage avec Basine, épouse en fuite du roi de Thuringe Bassin, donnera trois fils, dont celui qui deviendra le fondateur de la France, Clovis, Chlod weg. En 481, Childéric décède et Clovis lui succède. Il na alors que quinze ans. Le royaume des Francs saliens est alors modeste (Belgique, Champagne et Picardie) et le reste du territoire de lactuelle France est morcelé et dominé par dautres populations : Armoricains en Bretagne, Alamans à lest, Burgondes au sud-est, Wisigoths au sud-ouest. Des Romains, ou Gallo- Romains, continuent de contrôler le centre du territoire. En 486, Clovis entreprend les guerres de conquête qui, en lespace dune décennie, vont le rendre maître dun immense territoire. Les deux principales forces à occuper alors le territoire de la France sont les Wisigoths dAlaric, ainsi que le « roi des Romains » Syagrius. Cest par ce dernier que Clovis débute ses conquêtes.

4 La France en 481

5 Après sêtre assuré de la neutralité des autres tribus franques, il sattaque à Syagrius qui, défait, senfuit auprès dAlaric, qui décide néanmoins de le livrer à Clovis, lequel sinstalle à Soissons. Cest lors de cette conquête que survient lépisode dit du vase de Soissons : un vase dargent que lévêque de Soissons avait réclamé auprès de Clovis, qui le réclama au guerrier qui sen était emparé, lequel refusa et en réponse à lordre de son chef, frappa le vase de sa hache et le cabossa. Un an plus tard, lors dune revue de ses troupes, prétextant le désordre de la tenue du guerrier de Soissons, Clovis planta sa hache dans la tête de celui-ci, en lui disant : « Ainsi as-tu fait du vase de Soissons! ». Dapparence anecdotique, cet événement témoigne de deux choses : dabord quen 486, lautorité du chef des Francs est assez faible pour quun simple soldat puisse contester lordre dun supérieur.

6 Mais surtout, que dès cette époque, Clovis semploie à ménager le clergé chrétien pour sen faire un allié. Cest en quelque sorte le premier geste de Clovis vers le baptême, qui deviendra le deuxième acte de naissance de la France. Au cours des 10 années qui suivent, Clovis consolide son pouvoir auprès des Francs saliens et en 493, il épouse Clotilde, nièce du roi burgonde, qui sest elle- même convertie au christianisme. En 496, alors quil sest porté au secours des Francs ripuaires, Clovis fait le serment de se convertir au christianisme si le Dieu chrétien lui donne la victoire. Une fois la victoire remportée, il se convertira le 25 décembre (date contestée), devenant ainsi le « premier roi barbare chrétien ». La fille ainée de lÉglise est née.

7 Cest le calcul politique qui pousse Clovis à ce baptême : ce faisant, il sallie à lÉglise catholique et se pose en adversaire des Wisigoths. La légitimité que ce geste lui donne auprès des populations gallo-romaines va grandement faciliter la poursuite de ses conquêtes. Du côté des élites gallo-romaines, le personnage central de cette conversion fut Saint-Rémi, évêque de Reims, qui comprenait quil ny avait aucun intérêt à sopposer à la puissance militaire des Francs et que ceux-ci pouvaient être utile dans la lutte contre larianisme Ainsi, lépisode du vase de Soissons peut être vu comme un châtiment pour insubordination, mais aussi comme une punition pour un acte sacrilège. Après avoir neutralisé les Burgondes, Clovis parvient à défaire en 507 les Wisigoths dAquitaine dAlaric, tué des mains mêmes de Clovis au cours de la bataille. Puis il sempare de Bordeaux.

8 Son territoire ayant grandement grandi au sud-ouest, il décide de déplacer sa capitale plus au centre de son empire : Paris, ville de habitants, prend alors le statut de capitale. Après avoir vaincu les Francs ripuaires, Clovis séteint en 511. Le territoire de lempire de Clovis est alors divisé entre ses fils. Cette coutume garantira dailleurs au territoire de lempire de longs siècles de chaos.

9 Lempire franc en 511

10 Deuxième cours : 1 – Les Mérovingiens ( ) 2 – Les Carolingiens ( ) 3 – Le christianisme en France, de 496 à 986

11 1 – Les Mérovingiens ( ) De la mort de Clovis à Dagobert ( ) Les successeurs de Clovis maintiennent lunité du territoire et joignent leurs forces contre les Burgondes À la mort des fils de Clovis, les survivants récupèrent les territoires et en 558, Clothaire 1 er réunifie le territoire. Il meurt en 561 et le territoire est à nouveau divisé. La période est très chaotique et dominée par les figures de Brunehaut et Frédégonde, reines, compagnes, concubines et mères des différents maîtres du territoire, qui se vouent une haine mortelle.

12 Le royaume franc en 561

13 De Choldion à Childebert II

14 Dagobert 1 er va apporter quelque temps de stabilité. Il devient roi dAustrasie en 623, et parvient à simposer en Neustrie et en Bourgogne. À la mort de Charibert, il récupère lAquitaine, rétablissant lunité de lempire. Dagobert est un roi hyperactif et parcourt son territoire, rendant justice, écoutant les doléances, structurant les lois et les mœurs. Fin politicien plus que guerrier, cest par les alliances et les compromis quil donne à son royaume quelques décennies de paix. Son administration repose sur sa capacité à sentourer de conseillers compétents. Lautre garant de la stabilité du royaume au cours de cette période, cest lÉglise. Dagobert est pieux et ne regarde pas à la dépense, comblant les chefs religieux doffrandes et de cadeaux, qui lui vouent une grande reconnaissance et lappuient auprès de la population.

15 De Dagobert à Thierry IV

16 1.2 - Lascension des maires du palais et les « rois fainéants » Dagobert meurt en 639, et avec lui, la paix et la stabilité. Il na à sa mort que deux fils vivants, ce qui limite les dommages causés par les traditions successorales. LAustrasie revient à Sigebert III et la Neustrie- Bourgogne à Clovis II. Cest de cette époque que naît la fonction de « maire du palais ». À lorigine, cette fonction ne donne pas un très grand pouvoir à celui qui loccupe. Le maire du palais est alors une sorte dintendant, responsable de la cour Mais les enfants de Dagobert étant mineurs, leurs maires du palais vont prendre de plus en plus dimportance, conseillant ces jeunes inexpérimentés et prenant des décisions économiques et politiques.

17 Ils deviennent peu à peu le 3 e pouvoir entre le roi et la noblesse et dune certaine façon, le trait dunion entre ces deux pouvoirs. Le développement de cette fonction témoigne dun processus de désintégration de la structure centrale de lÉtat au profit des composantes régionales. Originellement nominative, la charge de maire du palais devient héréditaire, témoignant de laccroissement de limportance de la fonction et dune diminution du pouvoir du roi. Cela donnera naissance à des dynasties parallèles aux Mérovingiens, ouvrant la porte à un remplacement de la dynastie régnante par une autre dynastie, issue de la fonction de maire du palais. Pépin de Landen ( ) est le premier de ces puissants maires du palais, qui va donner naissance à la dynastie des Pépinides. Il est issu dune riche famille de propriétaires terriens de la région du Rhin et de la Moselle.

18 Les Pépinides

19 En 687, Pépin II de Herstal, fils de Pépin de Laden, maire du palais et autoproclamé duc dAustrasie est devenu la principale figure politique du territoire. Le chaos politique étant provoqué par lopposition entre la Neustrie et lAustrasie, Pépin II sattaque à Tierry III, roi de Neustrie, qui est défait. Pépin II le laisse remonter sur son trône, mais lui impose un maire du palais issu de ses proches : dès lors, les deux territoires du nord sont gouvernés par des Pépinides, sous le couvert légal de deux Mérovingiens. Lappellation de « rois fainéants » date de cette époque : Devenus inutiles, ces rois fantoches seront représentés par la postérité comme des parasites et des fainéants. Mais ils nont jamais existé : les maires du palais, soucieux de conserver la légitimité royale, semployaient à tenir éloignés les héritiers, qui étaient envoyés dans les monastères et nétaient sortis de ceux-ci que pour servir de fantoches sur les trônes.

20 1.3 - Charles Martel et la fin des Mérovingiens Pépin II meurt en 715. Son épouse Plectrude assure la régence de la Neustrie et de lAustrasie pendant la minorité de ses enfants. Mais Pépin II avait eu de lune de ses concubines un fils bâtard, Charles. Craignant ce jeune homme, Plectrude le fit emprisonner, mais dès 715, il sévade et se réfugie en Austrasie, où le pouvoir de Plectrude est théorique. Il simpose en Austrasie et se lance en campagne contre la Neustrie, dont il sempare, devenant ainsi maire du palais dAustrasie et de Neustrie. Mais il ne règne pas, laissant ce soin à Clothaire IV. Charles deviendra dans lhistoire Charles Martel, ou Charles le Marteau, en référence à ses opérations militaires. Il sera en outre le fondateur de la dynastie suivante à régner en France, les Carolingiens.

21 Mais Charles est un personnage denvergure européenne et ses exploits militaires ont peut-être changé le cours de lhistoire. Au début du VIIIe siècle, lEurope est envahie par les Maures, lesquels savancent sans rencontrer de résistance : Carcassonne tombe en 724, puis cest le tour de Bordeaux. Ils se dirigent ensuite vers Tours. Le roi dAquitaine, ennemi de Charles, fait appel à lui et le 25 octobre 732 à Poitiers, les armées franques coalisées et dirigées par Charles Martel infligent une défaite historique aux Maures, mettant fin à leur élan et stoppant la pénétration de lIslam en Europe occidentale. Fort du prestige que lui donnent cette victoire et son statut de sauveur de la chrétienté, Charles simpose en Aquitaine, en Provence et en Bourgogne. De même, le pape Grégoire III lui octroi la tire de subregulus, de quasi-roi…

22 Le 22 octobre 741, Charles décède, laissant le territoire entre les mains de ses fils. Il avait lui-même décidé du partage : Carloman récupère lest, Pépin le Bref, lOuest, alors que son fils bâtard Grifon obtient quelques territoires isolés. Les conflits ne vont bien sûr pas tarder, Grifon se sentant lésé. Sensuivent plusieurs années de guerre. Les descendants de Charles Martel tentent de diriger sans roi mérovingien, mais sans succès, ce qui les contraint à recourir à un fantoche, Childéric III. En 746, Carloman abandonne la vie politique, laissant son territoire à son frère, qui réunifie lensemble en 747. Grâce à lappui du pape Zacharie, Pépin le Bref est élu roi des Francs en 750 par une assemblée de princes. En 754, il se fait sacrer roi par Étienne. Pour sa part, Childéric se voit imposer la tonsure et est envoyé au monastère de Saint-Bertin, où il meurt en 755. La transition est achevée.

23 1.4 - Organisation sociale et économique de la France mérovingienne Pour lensemble du territoire, larrivée des Francs et létablissement du pouvoir de ceux-ci coïncident avec une importante régression économique et culturelle. Les épidémies (la peste frappe en 543, 571, 580, 588, 591 et 599) accentuent le recul démographique, ainsi que la désorganisation économique et sociale. Les ouvriers spécialisés, qui avaient contribués au rayonnement de lEmpire, disparaissent. Les techniques deviennent plus grossières, plus primitives, à l'exception de la métallurgie. La frappe de monnaie d'or s'arrête, tout comme le commerce lointain, encore animé aux V e et VI e siècles par des Orientaux regroupés dans quelques villes des axes Rhin-Loire et Rhin-Saône-Meuse : Lyon, Orléans, Tours, Verdun.

24 Les routes terrestres s'effacent par manque dentretien et insécurité, au profit d'une faible navigation fluviale. Les réseaux commerciaux se raréfient et léconomie commerçante périclite au profit dune économie de subsistance basé sur lexploitation terrienne locale. La population en général sappauvrit. Les écoles se raréfient et la vie sociale se concentre dans des bourgades ruralisées et sur les domaines cultivés par des esclaves et des tenanciers, dont le nombre s'accroît. Pour survivre, les petits paysans propriétaires se « donnent » à des grands, souvent des églises ou des monastères, qui leur accordent en échange la protection et l'usufruit de leurs biens contre un cens. Cest la naissance du féodalisme. Au VII e siècle, le terme de « franc » désigne tout homme libre, en dehors de toute origine ethnique, mais les « francs » ne sont plus qu'une minorité.

25 La régression est évidente en ce qui concerne l'État et le gouvernement. Les rois francs sont revêtus d'une autorité militaire et exercent un pouvoir absolu. Ils considèrent le royaume comme un patrimoine privé, gouvernent avec des dignitaires de cour, confondent les revenus du royaume avec leur fortune privée, se font représenter par des comtes ayant tout pouvoir, mais dont l'autorité se heurte à celle des évêques et des propriétaires bénéficiant de l'immunité. La notion de « capitale » existe, elle na pas un rôle très important : le pouvoir se trouve où se trouvent le roi, sa cour et ses collaborateurs. Ce changement important témoigne aussi de larchaïsation de la chose publique. Mais la période nest pas uniforme sur le plan du développement et la stabilisation politique qui prend place à partir du développement du rôle des maires du palais va permettre, dès le milieu du VIIe siècle une sorte de renaissance, manifeste dans tous les domaines.

26 Laccroissement des défrichements témoigne dune amélioration de la situation démographique. Lactivité portuaire reprend timidement au début du VIIIe siècle et le commerce international se développe, peut-être grâce aux contacts avec les musulmans. Mais cest surtout sur le plan institutionnel et juridique que cette renaissance est manifeste, alors que Charles va semployer à codifier les pratiques judiciaires. Le droit coutumier franc, ou « lois saliques », reçoit une première forme de codification. Sa principale application est de déterminer les peines encourues pour les différents délits. Le droit coutumier salique repose sur le principe de compensation financière et constitue une évolution importante par rapport au droit du sang, qui sapplique généralement chez les sociétés primitivement organisées sur le plan juridique.

27 Pour chacun des délits, une amende est fixée en fonction du préjudice : le meurtre dun homme libre coûte 100 sous, de même quun membre arraché; une blessure à la tête avec écoulement de sang « jusquà terre » coûte 15 sous, mais 45 sous si le crâne est à découvert; étreindre la main, le doigt ou le bras dune femme libre coûte 15 sous, etc. Si le coupable nest pas solvable, il doit abandonner ses biens par un rituel : jurer ne plus rien posséder, rentrer chez lui, ramasser de la terre dans les quatre angles de sa maison et la jeter sur les membres de sa famille proche, avant de sortir de la maison en chemise et sauter par-dessus la haie de son enclos. La base du processus judiciaire est lOrdalie, qui deviendra assez connue à lépoque de linquisition et qui sapplique aux crimes graves. Si le suspect parvient à obtenir de témoins laffirmation de son innocence, il est relâché. Sinon, il doit se soumettre à lOrdalie.

28 2 – Les Carolingiens ( ) 2.1 – Charlemagne Lorsquen 754, Pépin le Bref, sa femme Berthe et ses fils Carloman et Charles se font sacrer, ils donnent naissance à la monarchie de droit divin, le roi étant reconnu comme tel par Dieu. Cest la première pierre dun processus qui, jusquà Bossuet, va transformer le roi de France en une incarnation de la puissance divine. À partir de 755, Pépin semploie à consolider son territoire. Il se tourne vers lItalie, contre les Lombards, puis en 768, il sempare de lAquitaine, complétant ainsi la réunification, avant de mourir et de laisser son royaume entre les mains de ses deux fils.

29 « Lempereur à la barbe fleurie »

30 Charles obtint lAustrasie et le nord de la Neustrie; son frère aîné reçut le sud de la Neustrie, la Bourgogne et la Provence. Les deux frères ne sentendent guère, cependant, et le royaume se trouve de facto divisé. Mais cela ne dura pas, car dès 771, Carloman meurt et son cadet reprend sa part dhéritage. Cest ainsi que Charles monte sur le trône de toutes les Frances. Ayant en main lensemble du territoire franc, Charles semploie à sécuriser ses frontières et à accroître ses territoires. Lensemble des guerres quil va mener jusquau début du IXe siècle répond également à un autre objectif, celui de réformer (ou plutôt de « former ») un État réel, avec une administration et des structures plus efficaces. Cela réclame des moyens financiers considérables, et alors que les formes dimposition sont très limitées, le pillage des voisins constitue un moyen efficace de remplir les coffres.

31 Dès 774, après avoir « répondu » à lappel du pape Adrien 1 er, Charles sempare de Pavie et prend le titre de roi de Lombardie. Ce sont surtout les Saxons qui vont faire les frais de limpérialisme du roi des Francs. Ce sont des adversaires commodes dun point de vue religieux, puisquils sont encore païens. Cest une des raisons qui lui permettra de prendre le titre dEmpereur. Ce nest pas la seule : malgré la défaite infligée par Charles Martel, les Maures continuent de faire pression. En 778, poussé par le Pape, il envahit la Catalogne et sempare de Pampelune. Mais une révolte des Saxons le pousse à replier le gros de ses forces vers le nord et le 15 août 778, larrière-garde franque fut culbutée et massacrée par les Gascons dans le col de Roncevaux. Cette défaite mit fin aux velléités espagnoles de Charlemagne et constitue le fait militaire le plus célèbre de lépoque et le thème de la « Chanson de Roland ».

32 Empire franc ( )

33 Puis Charlemagne se tourne à nouveau en direction est. Le roi de Bavière, refusant de reconnaître la suzeraineté de Charles, initia de ce fait une décennie de guerre qui se solda par lannexion des territoires bavarois en 788 et la confiscation de la richesse personnelle de Tassilon III, réputé homme le plus riche dEurope. Puis ce fut au tout des Avars, dorigine mongole, installés dans les plaines de Pannonie. La poussée vers lest se poursuivit avec la soumission et la christianisation des Slaves de Bohème, ainsi que de ceux du nord des Balkans. Ainsi vers 800, Charlemagne sétait rendu maître dun immense empire. Avant de recevoir le titre dempereur, il létait déjà dans les faits. Lensemble de son œuvre « pacificatrice », ajoutée au rôle quil joua dans la défense de Léon III, conduisit celui-ci à lui offrir en 800 le titre dempereur, permettant ainsi de faire le lien avec lancien Empire romain.

34 Cependant, lœuvre de Charlemagne ne se limite pas à ses exploits militaires et ses réformes administratives ont pavé la voie à divers phénomènes qui vont se manifester à partir de son règne, certes, mais surtout au cours des deux siècles suivants. Cest surtout dans les 15 dernières années de son règne que laspect militaire perd de son importance au profit de la gestion du territoire.

35 2.2 – La mort de Charlemagne et la 3 e naissance de la France Charlemagne a eu de nombreux enfants, mais à sa mort en 814, un seul de ses fils légitimes est encore vivant. De sorte que la transmission du pouvoir se fait facilement, Louis le Pieux lui succédant à la tête de lensemble impérial. Mais Louis, faible de caractère, est très différent de son père et ne sera pas en mesure de maintenir longtemps lunité. Des luttes sourdes lopposent à ses trois fils (Pépin, Louis et Lothaire), lesquels sont aussi en conflit avec leur demi-frère Charles. Qui plus est, la faiblesse de lempereur permet au pape de prendre ses distances et le lien avec Rome perd de son importance.

36 Les carolingiens

37 En 833, un complot des trois frères conduit à la destitution de Louis et le territoire est partagé. Deux ans plus tard, les deux plus jeunes fils restaurent leur père dans sa dignité, afin daffaiblir Lothaire, devenu trop puissant. Finalement, Louis décède en 840, laissant une situation politique très difficile. Pépin étant mort avant son père, le territoire est partagé entre Lothaire, Louis et Charles. Revendiquant son droit dainesse, Lothaire cherche à semparer de lensemble, provoquant une série de guerres, doù il sort perdant. En 843, à Verdun, est signé un traité qui officialise la répartition du territoire : la Francia Orientalis revient à Louis, la Francia Occidentalis à Charles et Lothaire reçoit la Francia Media, en plus de conserver le titre dempereur. À la mort de Lothaire, les deux frères survivants se partageront la Lotharingie.

38 Ce traité de Verdun est en quelque sorte la 3 e naissance de la France, Charles le Chauve devenant dune certaine manière le premier roi de France. À noter que le traité donne du même souffle naissance aux États allemands et conséquemment, à la longue rivalité franco-allemande.

39 Le traité de Verdun (843)

40 2.3 – Carolingiens contre Robertiens La souveraineté de Charles sur la Francia Occidentalis nest pas acceptée par tous. Dès 846, Nominoë, duc de Bretagne, parvient à défaire les troupes de Charles, permettant lindépendance de son territoire. Au sud, les Aquitains refusent la domination de Charles et proclament roi Pépin II, le fils de Pépin dAquitaine. Cependant, larrivée des Normands contraint la noblesse dAquitaine à destituer Pépin II au profit de Charles. Les Normands se font de plus en plus agressif, revenant chaque année et senfonçant de plus en plus. Charles est ainsi contraint à donner de plus en plus de pouvoir à ses chefs militaires. Lun de ces chefs militaires va prendre une importance considérable. Issue de la famille de la première épouse de Louis le Pieux, Robert dit le Fort est nommé missi dominici (envoyé du seigneur) par Charles dès 853.

41 Cela ne suffit pas à Robert qui en 855 mène une fronde contre son roi et parvient à simposer duc dans la région de la Loire. Malgré cela, Charles a grand besoin de lui face aux Normands, quil parvient à vaincre en 864 et 865. Il meurt cependant au combat en 866. Les enfants de Robert étant mineurs, son frère Hugues lAbbé, assure la tutelle et accroît considérablement le pouvoir de la famille. À la mort de Charles, on verra se reproduire le processus observé à lépoque mérovingienne : la noblesse prend de limportance et la monarchie décline, devenant dépendante des décisions de la première. La faiblesse de Louis II accentue ce phénomène, même si à la mort de ce dernier, la dynastie légitime se poursuit. Louis III et Carloman, les deux ainés de Louis II meurent prématurément, laissant la couronne au dernier fils de celui-ci, qui na que cinq ans.

42 Dans ce contexte (les Normands constituent toujours une grave menace), la noblesse décide de confier la couronne à Charles le Gros, fils de Louis le Germanique, permettant une brève reconstitution de lempire. Mais Charles le Gros savère incapable de diriger alors que Eudes, fils de Robert le Fort, fait montre de grandes capacités dans la défense de Paris en 886. La noblesse décide en 888 de renverser Charles le Gros et de nommer Eudes roi de France. Cest lui qui sera à lorigine de la dynastie capétienne. Ce nest pas encore la fin des Carolingiens, Eudes faisant de Charles III son héritier. Mais le temps du pouvoir absolu est passé et le pouvoir réel est désormais entre les mains des Grands du royaume. La monarchie française est alors élective. Dans la lutte contre les Normands, cette transformation de la France va avoir des effets positifs, les décisions étant prises localement, la lutte en sera plus efficace.

43 En 911, après avoir à nouveau été défaits, les Normands sont contraints à la paix et signent le traité de Saint- Clair-sur-Epte, qui leur concède la Normandie contre la promesse de cesser les raids et de se faire baptiser. Les Normands se sédentarisent alors. Une fois le péril extérieur écarté, la lutte des grands contre la monarchie reprend. À la mort dEudes, son frère Robert lui succède et après sêtre brouillé avec le roi Charles III, il parvient à former une coalition qui renverse le roi. Robert est tué au cours dune bataille à Soissons, mais les Carolingiens sont néanmoins défaits. Cest alors un Robertien, Raoul de Bourgogne, qui reçoit lappui de la noblesse et devient roi. Il nest cependant pas très puissant, détenant son pouvoir de la bonne volonté de la noblesse, et le processus de féodalisation du territoire se développe rapidement. Il meurt en 936.

44 Et la couronne passe à nouveau entre les mains des Carolingiens : Louis IV dOutremer, fils de Charles le Simple, élevé en Angleterre, est nommé roi sous la pression de lhomme le plus fort du Royaume, Hugues le Grand, fils de Robert de France et petit fils de Robert le Fort, ce qui témoigne de la perte de prestige de la fonction royale. Loin de se soumettre à la volonté dHugues, le carolingien entre en lutte armée, en sappuyant sur les Germains. La guerre civile se poursuit jusquen 954, année de la mort de Louis, alors que son fils Lothaire monte sur le trône. Hugues le Grand meurt en 956, ce qui permettra une stabilisation de la situation politique. Linfluence de sa famille en France est si grande quen 987, lorsque le fils de Lothaire, Louis V le fainéant, meurt sans enfants, son fils Hugues Capet est élu roi de France.

45 Les Robertiens

46 2.4 – Administration et économie sous les Carolingiens Lempire carolingien est un ensemble territorial immense, alors que les moyens de communication sont lents. On trouve sur ce territoire 200 palais, 500 abbayes (dont 200 directement soumises au roi) et 200 évêchés. La division territoriale de base est le pagus (comté), mais certains domaines dépendent directement du roi (les fiscs). Pour gérer lensemble de ses possessions, le roi à recours à des vassi dominici, des « vassaux du seigneur », dont le pouvoir est fondé sur le principe de dépendance personnelle. Chaque année au printemps, avant les opérations militaires, se tient un palais général. Les capitulaires sont élaborés à cette occasion, puis distribués sur le territoire, ce qui rend nécessaire le développement décoles, mais aussi dun réseau administratif.

47 La fonction de maire du palais est abolie, remplacée par celle de comte du palais. La majorité des responsables politiques sont des clercs, entendu que ce sont les seuls à connaître lécriture. La cour est itinérante longtemps, de sorte que le centre politique du territoire est mouvant. Les comtés près des frontières sont gérés par des responsables des marches, que lon nomme « marquis », dont le pouvoir est de même nature que celui du comte, tout en étant plus étendu. En période de guerre, des chefs régionaux, des ducs, sont nommés pour la durée du conflit. Lorigine de ces officiers évolue dans le temps. Sous Charlemagne, ils sont nommés temporairement par le roi sur des territoires dont ils ne sont pas originaires, mais avec le temps, les nominations deviennent locales et à vie (éventuellement, elles deviendront même héréditaires). Ces officiers régionaux sont rétribués en terres pour la durée de leur office.

48 Les régions demeurent sous le contrôle de lautorité grâce aux missi dominici. Créés en 802 et composés à lorigine dun clerc et dun laïc (un comte et un évêque dune autre région), ces envoyés sont chargés de superviser et de contrôler les actions des chefs locaux. On assiste à une régionalisation, alors que de plus en plus, ce sont des notables de la circonscription à contrôler qui se chargent de cette tâche. Le roi peut compter sur lappui dune Église qui devient impériale, alors que les évêques et les abbés sont intégrés dans la structure politique. À partir du 825, ils sont considérés comme des officiers et comme tous les autres officiers, ils participent à la guerre. Tout comme pour les laïcs, au fil du temps se renforce la territorialité de leurs charges et ils ont recours de plus en plus à limmunité, le pouvoir de refuser lentrée sur leur territoire aux officiers royaux, qui deviendra avec le temps le pouvoir dadministrer directement les terres.

49 Ces diverses formes de territorialisation vont donner naissance peu à peu aux seigneuries, sur lesquelles le contrôle royal devient de plus en plus faible. La base des liens entre le roi et les seigneurs est le principe de vassalité, par laquelle le vassal demande protection au senior. Dans cette relation inégalitaire, chacune des parties à des devoirs : protection pour le seigneur, service militaire pour le vassal. Le vassal offre ses services et le seigneur concède des bénéfices, généralement sous forme de terres, lesquelles deviendront à partir de 877 héréditaires. Il y existe donc à lorigine deux statuts aristocratiques : les officiers (liens administratifs) et les vassaux (liens militaires). Ces fonctions sont distinctes, mais avec le temps, elles vont avoir tendance à se fondre et les distinctions vont seffacer.

50 Laristocratie est dabord personnellement liée au roi : ce qui compte, cest dêtre près de lui, mais avec le temps, cest laristocratie locale qui devient dépositaire du pouvoir. Au plan économique, la société carolingienne demeure assez primitive, surtout si on la compare à la société romaine. Les industries sont peu nombreuses et la richesse sexprime avant tout par la propriété terrienne. Les domaines changent souvent de propriétaire, du moins jusquà la fin du IXe siècle, compte tenu du système des bénéfices. Les grandes propriétés terriennes appartiennent soit au roi (le fisc), aux comtes (lalleu) ou aux abbés (abbaye). Les terres sont divisées en deux parties, lune contrôlée directement par le propriétaire (la réserve), lautre cédée à bail à des exploitants (les tenures). Sur ces dernières, le seigneur perçoit une redevance, en plus dexiger de la part des paysans un travail sur la réserve (la corvée).

51 Plus le temps passe, plus les tenures saccroissent au détriment de la réserve. Cette mutation est due à plusieurs facteurs : accroissement des terres cultivables, progrès techniques, mais aussi instabilité et insécurité, qui incitent les paysans libres à céder leurs terres au seigneur pour devenir serfs, en échange dune sécurité. On constate tout de même un accroissement des échanges commerciaux par rapport à la période précédente, grâce à lexpansion de lÉtat. Lorsque senclenche le processus inverse à partir du XIe siècle, les choses vont se détériorer : le denier dargent, monnaie officielle dun système économique homogène est alors remplacé par une multitude de monnaies, à partir du moment où les pouvoirs locaux soctroient le droit de frapper leur propre monnaie.

52 2.5 – La Renaissance carolingienne Le concept dune « renaissance » sous Charlemagne est contesté, mais il nen demeure pas moins que, par rapport à la période romaine, la période mérovingienne fut plus sombre du point de vue culturel et que le renouveau culturel qui se manifeste à partir de Charlemagne sapparente à une « renaissance ». La langue romane, ancêtre du français, devient la langue officielle de lÉtat par un capitulaire de 813 qui ordonne que les lois soient écrites dans la langue vulgaire. Le latin demeure la langue liturgique et littéraire. Charlemagne na pas « inventé » lécole, mais lui a donné une base organisationnelle qui va permettre un réel essor culturel. Celui-ci concerne avant tout la religion, mais pas exclusivement, car le projet impérial réclame des fonctionnaires des capacités et des connaissances que seule lécole peut fournir.

53 Il devient nécessaire de renforcer les connaissances des clercs. La lecture concerne dabord la connaissance des textes latins indispensables à la pratique religieuse. La grammaire est nécessaire pour comprendre, et non seulement apprendre, les textes liturgiques ; lastronomie et larithmétique servent entre autres à calculer les fêtes mobiles, comme Pâques. Les textes de lantiquité romaine sont aussi pris en compte, ce qui sexplique par le désir de renouer avec une certaine culture administrative. Lensemble de ces mesures est mis en place par un capitulaire de 789 que lon nomme lAdmonition. Le travail décriture est essentiellement un travail de copie des textes religieux, et non un travail de création. On assiste à la multiplication de centre de copies, dont la production saccroit : pour le VIIe et le VIIIe siècle, manuscrits nous sont parvenus, alors que du IXe siècle sont arrivés jusquà nous.

54 Sur cette base, les écoles vont se développer. Elles sont de trois types différents, mais elles sont toutes religieuses : écoles monastiques, épiscopales et paroissiales. Léducation est donc religieuse, mais il ne faut pas oublier quune grande partie des fonctionnaires sont justement des religieux.

55 3 – Le christianisme en France de 496 à – Sous les Mérovingiens À partir du V e siècle, une organisation territoriale de l'Église se met en place, comblant une absence de structure politique définie. LÉglise occupera de même des fonctions économiques et sociales importantes. Les évêques prennent naturellement des fonctions politiques et constituent le relais des pouvoirs locaux et royaux. Ils sont dailleurs nommés par le roi. La base de la division territoriale est le diocèse, déjà depuis lantiquité tardive : de cette façon, lÉglise implante sa propre administration, en copiant les circonscriptions romaines.

56 La ville constitue le centre du diocèse (avec à sa tête un évêque), lesquels sont réunis en province, dirigée par un métropolitain (puis un archevêque). Lorsque ladministration romaine se disloque, le vide est naturellement comblé par les structures religieuses. Un peu comme un seigneur, lévêque jouit dune grande autonomie sur son territoire. Il est responsable des nominations du bas clergé, contrôle le territoire par le biais de conciles ou de synodes, aidé en cela par un archidiacre quil nomme lui-même. Labsence dinfluence du pape romain est notable. Celui- ci na quun rôle honorifique et le fait que le pouvoir politique soit responsable des nominations rend le rôle de lévêque bien plus politique que religieux. À partir de 511, à Orléans, les évêques se réunissent en conciles nationaux. Ces conciles se tiennent plus ou moins régulièrement : lorsque lunité nationale est fragilisée, ceux-ci deviennent moins fréquents.

57 Les autres royaumes barbares ont aussi leurs conciles. Par exemple, les Wisigoths se réunissent à Tolède. Il ny a pas à cette époque de conciles multinationaux, ce qui, encore une fois, met en exergue les fonctions avant tout politique de ces assemblées et de la religion en général. Ainsi, à Rome, lévêque (le pape) dirige un territoire limité à lItalie centrale et méridionale. Ce sont les menaces que font peser les Lombards sur les territoires de la papauté qui vont inciter celle-ci à se tourner du côté des Francs et ainsi débuter une sorte dinternationalisation de lÉglise chrétienne. Quen est-il de la population? Ladoption du christianisme par les élites franques na pas entraîné la christianisation automatique de la population et les campagnes, devenues le centre de lactivité économique avec la régression que connaît ces territoires, reste dans un premier temps à lécart de ce mouvement.

58 Avant le sac de Rome, la christianisation des populations avait connu une accélération, lorsquen 402, un concile avait octroyé aux prêtres le droit de baptiser Le premier concile de la Gaule en 511 réitère cette disposition et en 529, la décentralisation se poursuit, alors quest octroyé aux prêtres le droit de prêcher et denseigner. À partir du VIe siècle, la vie religieuse des campagnes se développe significativement. La multiplication des centres religieux favorise un essor économique, en améliorant les communications. La christianisation a joué un rôle important dans lamélioration des conditions économiques et sociales. Ce mouvement permettra aussi aux prêtres de survivre, en comptant sur les offrandes des fidèles, à une époque où la dîme nexiste pas encore. Cela étant, lessor du christianisme tient au moins autant à lapparition du monachisme.

59 Celui-ci est né en orient (en Égypte et en Palestine) et à son origine, a pour but la purification de celui qui le pratique par lapplication de diverses pénitences. Lune de deux formes du monachisme (le cénobitisme, qui prône léloignement de la communauté loin de la vie urbaine – lautre étant lérémitisme) va trouver en Gaule un terrain très favorable. Dès le IVe siècle, les communautés cénobitiques se donnent des règles de fonctionnement, avec un abbé et une organisation de la vie en commun. Apparaissent alors des communautés à Marseille et Poitiers. La règle de Benoît de Nursie (480 ou ) apparaît à cette époque, mais cohabite avec dautres, avant de simposer sous les Carolingiens. Elle sappuie sur une attention portée à la continuité de la communauté (les novices) et sur le principe de lalternance du travail, de la prière et des études.

60 Saint-Benoît de Nursie

61 Au VIe siècle, on compte en Gaule environ 200 monastères fonctionnant sous des règles très variées : par exemple, la règle de Saint-Colomban, importée par des moines irlandais à la toute fin du VIe siècle. Moines et évêques agissent en commun pour favoriser la pénétration du christianisme dans les campagnes. Dans leur grande majorité, ils sont recrutés parmi les élites gallo-romaines ou germaniques. Grâce aux terres qui leur sont distribuées par le pouvoir politique, les évêchés et les monastères peuvent être considérés comme des structures domaniales à part entière. Certains sont fort riches. Sétablit avec le temps un lien entre les monastères et la hiérarchie religieuse, les premiers fournissant de plus en plus de membres à la seconde. Ce qui nexclut pas des conflits, les monastères cherchant à saffranchir de la domination des évêchés locaux.

62 Même si le pape na pas encore beaucoup de pouvoir, certains événements commencent à lui conférer le statut qui sera le sien. Cest le cas de la christianisation de la Germanie, pour laquelle un moine du nom de Wynfrith-Boniface demandera et obtiendra laccord du pape, ainsi que le titre dévêque, alors quhabituellement à cette époque ce sont les rois qui nomment les hiérarques religieux. Les monastères fondés par Boniface en Germanie ne dépendront pas des évêques locaux, mais bien du pape directement.

63 3.2 – Sous les Carolingiens Sous Charlemagne, on constate une volonté de mettre de lordre dans les structures religieuses, ce qui va dans le sens dun accroissement du rôle du pape, mais aussi de lempereur. Des synodes sont créés afin daccroître la discipline. À plus dun titre, à la hiérarchisation de lÉglise correspond la hiérarchisation de lempire. Une grande majorité des curés, et même des évêques, sont à lépoque analphabète doù la nécessité de combler cette lacune pour favoriser la pénétration de lÉglise. Lintérêt bien connu que porte Charlemagne à linstitution scolaire vient précisément de cette nécessité. Certains évêchés deviennent des métropoles ecclésiastiques, ce qui augmente lencadrement régional et répond à une volonté politique.

64 La création de synodes épiscopaux et le recours au droit canon répondent aussi à ce désir dencadrement. Le niveau intellectuel de lÉglise saccroit, comme en témoigne lessor des débats théologiques au sein de la hiérarchie, sur la prédestination, par exemple. En ce qui concerne le monachisme, le pouvoir impérial sempare du mouvement pour imposer la règle de Saint- Benoît, ce qui aboutira à une série de réformes qui définiront un cadre général à la pratique monastique. En 817, la règle de Saint-Benoît prend une valeur universelle. Celle-ci est cependant revisitée pour être adaptée aux conditions contemporaines : le travail des moines est par exemple redéfini, une place plus grande est donnée aux travaux manuels et liturgiques, etc.; Surtout, on crée une nouvelle structure, labbé laïc, responsable des problèmes temporels du monastère et des liens de la communauté avec les pouvoirs politiques.

65 En ce qui concerne les rapports avec la population, entre 765 et 779 se généralise la pratique de la dîme, impôt religieux, en faveur de lÉglise paroissiale. Un effort important est fait pour accroître le niveau intellectuel du bas clergé, que lon évalue par des questionnaires, mais les exigences sont peu élevées. La renaissance culturelle concerne les élites. Pour le peuple, on assiste à des changements importants, mais ils touchent pour lessentiel la pratique religieuse. La religiosité de la population est importante aux yeux du clergé, qui impose des pratiques rituelles. Se généralisent le repos et la messe du dimanche. Malgré tous les efforts, les masses paysannes se contentent souvent des pratiques minimales. Le culte des reliques et les fêtes religieuses participent aussi à ce désir dévangéliser plus profondément les masses rurales.

66 Comme il ny existe pas encore de processus de canonisation défini par lÉglise, le concile de 794 interdit la vénération de nouveaux saints, afin de limiter lanarchie et daccroître le respect envers les saints « officiels ». Les rites liturgiques (baptême, derniers sacrements, etc.) sont mis de lavant. La pratique du pèlerinage à Saint- Jacques-de-Compostelle date aussi de cette époque. Cest probablement en ce qui concerne la sacralisation de la mort que lévangélisation de la population est le plus évident : la pratique consistant à ensevelir les morts au village se généralise et les églises paroissiales se retrouvent entourées des dépouilles des défunts. Une place particulière est accordée aux morts importants, qui peuvent reposer dans lenceinte de léglise.


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