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Fascisme, nazisme et stalinisme Sixième cours : Propagande et société

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1 Fascisme, nazisme et stalinisme Sixième cours : Propagande et société

2 3 – Répressions nazies 3.1 – Destruction de lopposition Dès le 1 er février, Hitler fait dissoudre le parlement par Hindenburg. Pendant la campagne électorale qui suit, la SA et les SS deviennent des organes institutionnalisés et reçoivent des pouvoirs policiers. Dès lors, les réunions des communistes, socialistes et autres partis dopposition sont marquées par de nombreux décès. Sur ce survient lincendie du Reichstag. Quil ait été planifié ou non par les nazis, ceux-ci ont utilisé lévénement à leur avantage. Hitler fait alors adopter par Hindenburg un premier « décret pour la protection du peuple allemand », qui suspend toutes les libertés garanties par la Constitution.

3 Un second décret est aussi adopté, qui institue la « détention de protection », mesure préventive qui permet d'emprisonner sans aucun contrôle ni limite. Grâce à ces deux textes, la terreur peut s'accélérer : en deux semaines, Göring fait arrêter communistes en Prusse, dont le chef du parti, le 3 mars. En avril, près de arrestations ont lieu dans la seule Prusse. À l'été, la Bavière compte internés, la Saxe Entre 1933 et 1939, un total de à personnes sont internées, et entre et sont tuées par la violence dÉtat. Des centaines de milliers d'autres devront fuir l'Allemagne. De nombreuses personnalités littéraires et scientifiques s'exilent, d'autres sont jetées en prison. Les premiers camps de concentration provisoires apparaissent alors, où sont emprisonnés militants communistes, socialistes, et sociaux-démocrates.

4 Les camps nazis

5 Dès le 20 mars 1933, Himmler ouvre le premier camp permanent à Dachau, près de Munich. Il sera suivi en 1937 de Buchenwald et de Ravensbrück en Lors des élections de mars 1933, alors que lopposition est complètement décapitée, les nazis nobtiennent que 44 % des voix. Cest suffisant pour leur permettre de lancer la politique de mise au pas : partout en Allemagne, les nazis s'emparent des leviers locaux du pouvoir. Le 23 mars 1933, Hitler obtient les pleins pouvoirs pour quatre ans par un vote des deux tiers des députés, alors que la SA prend place dans la salle du parlement. Le 10 mai, Goebbels préside à Berlin à lautodafé de milliers de « mauvais livres » d'auteurs juifs, marxistes, démocrates, etc., lesquels sont brûlés en public par des étudiants nazis; la même scène se tient dans les autres grandes villes.

6 Le parti communiste est officiellement interdit en mai, les socialistes en juin. Les autres partis politiques se sabordent ou se rallient et le 14 juillet, une loi fait du NSDAP le seul parti dAllemagne. Les meneurs des partis interdits sont bien sûr arrêtés, lorsquils ne sont pas simplement assassinés. La Nuit des longs couteaux, le 30 juin 1934 clôt le premier cycle de violence, alors que la SA est littéralement décapitée. La SS prend alors la relève en tant que première force policière du pays. Ce qui reste de lopposition sera peu à peu détruit, en attendant que les conditions propices soient réunies pour lancer lopération de nettoyage ethnique qui est la base du programme du NSDAP.

7 3.2 – Les lois de Nuremberg et la Nuit de cristal Le 15 septembre 1935, à l'issue du congrès du parti nazi à Nuremberg, furent proclamées les lois antisémites destinées à séparer « biologiquement » les Juifs de la nation allemande. Ces lois « Sur la citoyenneté du Reich » et « Pour la protection du sang allemand et de l'honneur allemand » enlèvent aux Juifs la totalité de leurs droits civiques; elles interdisent les mariages entre Juifs et Allemands, dissolvent les mariages déjà contractés, punissent toute relation sexuelle entre Juifs et Allemands, et défendent aux Juifs d'employer comme domestique des Allemandes de moins de 45 ans. Il sagit ici dune application concrète du racisme nazi et de son antisémitisme, les fondements théoriques des lois de Nuremberg étant posés dès lépoque de la rédaction du programme en vingt-cinq points du NSDAP.

8 Tout au long de la période , létau se resserre autour de la communauté juive dAllemagne. Différentes lois sont adoptées, qui limitent le pouvoir économique de cette communauté, les Juifs se voyant peu à peu dépouillés de leurs magasins, fabriques, etc. En outre, le climat du pays devient irrespirable pour tous les Juifs qui ne peuvent ou ne veulent pas quitter lAllemagne, alors que lantisémitisme cesse peu à peu dêtre simplement une directive de lÉtat pour se manifester dans les comportements de la population Cest dans ce contexte que survient la nuit de cristal le 10 novembre Pour se venger de l'assassinat, à Paris, du conseiller d'ambassade von Rath par un jeune Juif, le 7 novembre 1938, les nazis organisent un gigantesque pogrom.

9 À la demande d'Hitler, Goebbels pousse les dirigeants du NSDAP et de la SA à attaquer les Juifs; l'opération est organisée par Heydrich et lancée simultanément dans toute l'Allemagne. Au total, 7000 magasins juifs sont détruits, la plupart des synagogues d'Allemagne incendiées ou démolies. Des locaux communautaires, des chapelles, des cimetières, des maisons d'habitation sont détruits. Les nazis arrêtent Juifs, cependant que 91 perdent la vie du fait des brutalités et des sévices divers qu'ils subissent. La Nuit de cristal, qui doit son nom aux débris de verre jonchant les rues allemandes le 10 novembre au matin, soulève une profonde réprobation en Allemagne, particulièrement dans les régions catholiques du Sud et de l'Ouest. L'indignation est à peu près unanime dans le reste du monde, mais le régime nen a cure.

10 La nuit de cristal (7 novembre 1938)

11 3.3 – La solution finale Lexpression de solution finale est employée pour désigner la décision prise par les nazis d'exterminer tous les Juifs d'Europe. Il est peu douteux, comme l'affirment les intentionnalistes que cet anéantissement du judaïsme européen ait fait partie des plans à long terme d'Hitler et se soit situé dans la logique du racisme nazi. Le 30 janvier 1939, Hitler déclare qu'une nouvelle guerre mondiale aurait pour résultat l'anéantissement des Juifs d'Europe. Prise pour une figure de rhétorique, cette déclaration traduit une volonté méthodiquement mise en œuvre dès que les circonstances le permettent. Ainsi les mesures d'eugénisme prises à l'encontre des malades mentaux, vieillards et incurables en prennent-elles le caractère d'une expérience, les commandos chargés de cette tâche étant ensuite versés dans les camps d'extermination.

12 Dès l'entrée en Pologne en 1939 et parallèlement à la concentration des Juifs dans les ghettos, les SS se livrent à des massacres. Bien qu'il soit clair que la machine fonctionne dès la fin de 1941, on ne possède aucune trace d'un ordre dHitler ou dun des chefs nazis de procéder à l'extermination des Juifs, ce qui alimente la thèse des fonctionnalistes pour qui cet ordre n'aurait pas été donné; le massacre résulterait d'initiatives individuelles prises peut-être par le responsable du ghetto de Lodz et institutionnalisées. Bien des arguments plaident cependant pour une action concertée, décidée au plus haut niveau, le seul problème étant de la dater avec précision. Un ensemble de faits permet de dater de l'automne 1941 la décision de procéder au massacre rationnel des Juifs européens.

13 C'est en effet à ce moment qu'est rendu obligatoire le port de l'étoile jaune pour les Juifs, alors quen octobre 1941, l'émigration des Juifs du Reich est interdite et on commence la déportation massive dans les camps de concentration des Juifs d'Allemagne et du gouvernement général de Pologne. Le 25 novembre 1941, les Juifs perdent la nationalité allemande. C'est également à l'automne 1941 que sont tentées les premières expériences de massacre collectif à l'aide du zyklon B sur des prisonniers de guerre. Enfin, on commence la construction des camps d'extermination qui, aux côtés d'Auschwitz, vont être spécialement destinés à la mise en œuvre de la « Solution finale ». La conférence de Wannsee, réunissant le 20 janvier 1942 autour de Reinhard Heydrich des hauts fonctionnaires et des techniciens, débouche sur la mise en place scientifique de l'organisation du massacre de tout un peuple.

14 Six millions de Juifs périront dans les chambres à gaz, leurs cadavres brûlés dans les fours crématoires ou recouverts de chaux vive dans les fosses communes des « camps de la mort » et, avec eux, Tziganes, trois millions de Soviétiques... Soit terreur de la population, elle-même menacée par l'efficace appareil du nazisme, soit refus d'ajouter foi à une vérité inconcevable, il faudra l'ouverture des camps en 1945, pour que l'ampleur de la Solution finale apparaisse dans toute son étendue.

15 Majdanek (Lublin, Pologne)

16 4 – Répressions staliniennes 4.1 – Dékoulakisation La réforme agraire de 1928 à 1933 ordonnée par Staline répond à deux impératifs. Le premier est dordre économique : il sagit de rationaliser le secteur agricole par la collectivisation des terres, afin daccroître les rendements et de recourir à lexportation des surplus agricoles afin de financer lindustrialisation de lURSS. Cependant, la collectivisation a aussi une fonction sociale et idéologique : il sagit dune offensive violente contre le mode de vie de la paysannerie, afin dexterminer dans la conscience paysanne la mentalité petite-bourgeoise qui lui est inhérente.

17 Dans ce but, il devenait nécessaire de détruire physiquement lélite du monde rural, regroupé sous lappellation vague et à géométrie variable de koulak. La NEP est abandonnée en décembre 1929, lorsque Staline annonce la nécessité de lancer une vaste campagne de collectivisation des terres et de liquider les koulaks. Ces deux processus doivent saccomplir de pair puisque les terres qui seront collectivisées appartiennent en grande partie aux koulaks. Une commission élabore un plan de liquidation des koulaks, qui propose une division en trois catégories : les membres des deux premières catégories doivent être arrêtés et déportés dans des régions reculées. Quant à ceux de la troisième catégorie, les loyaux envers le régime, ils doivent être déportés dans des zones où la collectivisation nest pas prévue. Il va de soi que les terres appartenant à ces trois catégories sont saisies pour être collectivisées.

18 La tâche est complexe, car loin de participer à la saisie des terres, les paysans pauvres, que lon oblige à entrer dans les kolkhozes, ont tendance à se liguer avec les koulaks contre le pouvoir. Lobjectif est fixé par le centre, de façon assez aléatoire, en pourcentage : pour chaque région, un certain pourcentage des terres collectivisées devait être atteint à une certaine date. Entre 1929 et 1933, près de 9 millions de personnes, les koulaks avec leurs familles, seront déportées dans les régions éloignées, surtout lOural, la Sibérie et le Kazakhstan. Un grand nombre dentre eux mourront au cours du voyage et dans les premiers temps de leur installation dans des milieux hostiles. Le centre ne se donne pas la peine de définir ce quil entend par « koulaks » et les critères sont très vagues : soit quils emploient des ouvriers agricoles, soit quils disposent de plus de têtes de bétail, etc.

19 À terme, le pourcentage des terres devant être collectivisées est partout fixé à 100 %. Le centre fixe aussi un pourcentage de paysans devant être dékoulakisés (5 à 7 %), ce qui donnera lieu à des abus flagrants, causés par des querelles ancestrales, de la jalousie, etc. Dans certaines régions, cest 20 % de la population qui sera dékoulakisée. Lopération entraîne la désorganisation complète du secteur agricole et une baisse dramatique de la production. Les difficultés de production se répercuteront dans la plus grande famine de lhistoire soviétique, avec plusieurs millions de morts, surtout en Ukraine et dans la région de la Volga. Il pourrait y avoir suffisamment de quoi nourrir tout le monde, mais le pouvoir préfère assurer le ravitaillement des villes et continuer les exportations, si nécessaires à lindustrialisation du pays.

20 4.2– La Grande terreur ( ) La répression stalinienne se développe de façon progressive, débutant à la fin des années 20, pour atteindre son paroxysme en Le premier des grands procès a lieu en 1928; il sagit du procès de 50 ingénieurs accusés de sabotage. Plusieurs dentre eux sont condamnés à mort, les autres sont envoyés en prison ou en camp. Vint ensuite le tour des anciens mencheviks et des anciens SR au tout début des années 30. Mais cest lassassinat de Sergueï Kirov qui lance le processus. Staline saisit alors ce prétexte pour faire modifier les procédures légales des procès des « ennemis du peuple » : désormais, tous les jugements dans ces affaires doivent être rendus dans les dix jours et les accusés perdent leur droit de faire appel.

21 Le premier procès de Moscou se tient en Une quinzaine de personnes, dont Zinoviev et Kamenev, sont accusées de menées antisoviétiques, de collaboration avec les puissances étrangères, de complot contre Staline, etc., chefs daccusation proprement loufoques. Zinoviev et Kamenev, ainsi que quelques autres sont condamnés à mort, les autres sont expédiés en camp. Lannée suivante, un autre procès construit sur le même modèle prend place. Les personnages qui y sont jugés ne sont pas aussi célèbres, mais appartiennent aussi aux vieux bolcheviques. Enfin, un troisième procès a lieu en 1938, qui condamne à mort, parmi dautres, Rykov et Boukharine, sous des chefs daccusation aussi grotesques que les précédents, dont celui davoir participé à la tentative dassassinat contre Lénine en Il va de soi que les accusations portées au cours des procès sont parfaitement factices.

22 La première fonction des procès est idéologique : ils servent à expliquer les difficiles conditions de vie de la population, en trouvant des boucs-émissaires et en les livrant à la vindicte En outre, ces procès servent aussi à justifier la militarisation de lensemble de la société et ont aussi pour fonction déduquer les masses, en leur montrant ce qui en coûte de sopposer à la juste ligne du parti. Mais il ne sagit là que dune petite partie, la plus médiatique, des purges qui embrasent alors le pays. Chacun de ces trois procès est accompagné par des vagues de purges qui se développent en cercles concentriques, et qui touchent les membres des familles des accusés, puis leurs amis, leurs collègues, enfin les amis de ceux-ci, et ainsi de suite. De sorte que toute la population du pays se sent menacée dune façon ou dune autre.

23 La majorité de ceux qui sont accusés sont innocents des crimes quon leur reproche, surtout que nombre de ces crimes sont imaginaires. Aux chefs daccusations possibles, déjà très nombreux, on ajoute en effet, le crime dêtre « potentiellement » un ennemi du peuple. Toutes ces arrestations font déborder les prisons et entraînent le développement tentaculaire des camps, qui jusquau début des années 30 avaient eu un rôle mineur. La dékoulakisation avait entraîné le développement de lempire du GOULAG, mais ce sont les purges qui lui donneront toute son importance. Larmée est durement touchée en Le plus grand héros de la guerre civile, Toukhatchevski, est exécuté après un procès tenu à huis clos. La purge de larmée sabat sur toute la hiérarchie militaire, et particulièrement sur les commissaires politiques de lArmée. En tout, plus de officiers de lArmée rouge seront purgés en

24 Quelles sont les fonctions des purges et par quels impératifs sont-elles dictées? Ici les versions sont très diverses et les motifs possibles, fort nombreux. On remarque que les principaux accusés des grands procès sont de vieux bolchéviques. En tenant compte des membres du CC et du Politburo qui furent purgés, on aboutit à une des réponses possibles : tous ceux qui ont un jour manifesté quelque scepticisme à lendroit de Staline font partie des victimes. Sous cet angle, Staline cherche à éliminer ses anciens opposants, peut-être par vengeance, peut-être par crainte quils puissent un jour sopposer à lui de nouveau. Si on ajoute à cela le fait que, dans les années 30 se met en place une véritable réécriture de lhistoire du parti et de la révolution, qui exagère le rôle de Staline, on peut supposer que celui-ci a intérêt à se débarrasser de ceux qui lont connu à cette époque et pourraient faire obstacle à cette tentative de réécriture.

25 Lidée selon laquelle les purges devaient servir à donner au système une nouvelle génération conforme aux buts et objectifs du régime est remise en question par les connaissances dont nous disposons sur la préparation dune nouvelle purge à la veille de la mort de Staline. En fait, lun des éléments dexplication est quil sagit dune pédagogie sanglante : il faut périodiquement purger le parti, afin déviter quun sentiment dinvulnérabilité ne se développe à la longue chez les membres. Le « zèle » peut aussi fournir une explication partielle : une fois lancé le processus des purges, des chefs du NKVD pour se faire bien voir de la direction ont pu avoir la main un peu lourde et avoir exagéré un peu sur le nombre des arrestations. Lélément pathologique ne peut pas non plus être exclu totalement, bien quà cette époque, Staline semble encore avoir toute sa tête.

26 On retrouve dans la littérature un nombre minimal de victimes des purges (1 million de personnes) et un nombre maximal (14 millions, si on exclut les victimes de la dékoulakisation, qui ne font pas à proprement parler partie des victimes des purges – cest le chiffre retenu par Malia). La vérité est sans doute quelque part au milieu, mais plus près des 10 millions.

27 Camps de Perm et de la Kolyma

28 4.3 – Après la guerre Nombreux sont les Soviétiques qui au lendemain de la victoire sattendent à un relâchement : les minorités nationales espèrent une politique moins « russo- centrée », les paysans labolition du système kolkhozien, les intellectuels un relâchement de la censure, etc. Jusque dans les hautes sphères, où un Voznessenski peut proposer de revoir les attributions du Gosplan, de modifier la constitution et les statuts du parti, afin de donner de lair à la société soviétique. Largument est pertinent : les purges des années 30 ont éliminé les ennemis de lintérieur, la guerre, les ennemis extérieurs. Malheureusement pour les Soviétiques en général, et pour ceux en particulier qui ont proposé en 1945 et 1946 des assouplissements au régime, Staline nentend pas relâcher la pression.

29 Sa théorie selon laquelle, plus on sapproche du socialisme, plus lopposition devient féroce sers, à ce moment à justifier le retour aux formes les plus rigides du système davant-guerre. Dautant que les tensions entre les anciens alliés de la guerre donnent à penser que les canons vont bientôt se remettre à tonner. Les répressions de se distinguent cependant de celles davant-guerre sur plusieurs points. Dabord, si elles demeurent massives, ce ne sont plus des répressions de masses. Ensuite, elles se distinguent par leur caractère ciblé : ce sont des catégories spécifiques, plutôt que lensemble de la population, qui continue de supporter une ambiance lourde et menaçante. Outre les répressions contre les élites nationales des territoires annexés et celles contre les « cosmopolites », ce sont surtout les membres du parti, leurs familles et amis, qui sont victimes des grandes répressions de lépoque.

30 Ainsi, les affaires dites « de Leningrad » et de « Mingrélie », par exemple, sont symptomatiques dune modification des rapports de force au sein de léquipe dirigeante. Si Staline ne soppose bien sûr pas à ces purges, il nen est pas le maître dœuvre : ce sont ses lieutenants qui, sentant la mort du Guide approcher, se livrent à une lutte violente pour séliminer mutuellement. Enfin, il convient aussi de mentionner que cest précisément après la guerre que le système concentrationnaire atteint son apogée : aux personnes qui sy trouvaient déjà avant la guerre viennent sajouter les prisonniers de guerre, ennemis et amis, de même que les autres victimes des purges de 1948 à Les sources font alors état dune population concentrationnaire en URSS allant de 5 à 10 millions de personnes.

31 Sixième cours : 1 – Les contenus 2 – Les contenants 3 – Entre enthousiasme et rejet

32 1 – Les contenus 1.1 – La propagande fasciste Le régime mussolinien mis plus de temps à organiser administrativement sa propagande. Jusquen 1937, un bureau de presse est responsable de la propagande, alors quà ce moment est créé un ministère de la culture populaire. Justifiant lexistence de ces organes propagandistes, le régime considérait nécessaire davoir une organisation dédiée à la diffusion de la vérité concernant le fascisme et donc, à la réfutation des mensonges des ennemis. Régime personnalisé, le fascisme met de lavant son Duce et les efforts propagandistes du régime mettent dabord laccent sur sa personne.

33 Le Duce

34 Père de la nation, la figure de Mussolini permet de rallier la population derrière le chef, lorsque celle-ci se met à critiquer les responsables du régime : le régime et ladministration peuvent connaître des ratés, mais cest parce que Mussolini ne peut pas tout gérer lui-même. La propagande mussolinienne présente le Duce comme une sorte de surhomme, même si par moment, il est aussi présenté comme un homme ordinaire. Dans tous les cas, on met laccent sur sa force physique et son courage : les photos publiées de lui le montre skiant, nageant, combattant à lépée, etc. Passionné daviation, il est souvent montré en uniforme de pilote. Le thème de lunité nationale fait partie des éléments idéologiques les plus constamment répétés. Le symbole du faisceau du licteur lui-même illustre précisément lidée selon laquelle lindividu isolé est beaucoup moins solide et puissant que lorsquil est en groupe.

35 Le faisceau du licteur

36 Dans le contexte de lentre-deux-guerres, cela est dautant plus approprié que le thème de lunité nationale face à lennemi extérieur a été utilisé abondamment au cours de la guerre. Se prétendant la continuité de cet effort national, le fascisme récupère le thème du nationalisme et se lapproprie. Contester le fascisme, cest aussi contester lunité italienne. Cette exaltation de la puissance collective est aussi un rejet des valeurs libérales et de lindividualisme. Dans la foulée des guerres, cette idée de la supériorité intrinsèque du collectif sur lindividu prend tout son sens et est dailleurs abondamment utilisée. Liée au collectif et à la nation, sinscrivant en plus dans une continuité historique, la référence à lempire est fréquemment mise de lavant par la propagande du régime, surtout dans le contexte des années 30, alors que le gouvernement se tourne vers lAfrique pour sétendre.

37 « LItalie a enfin son empire »

38 La mer méditerranée est évoquée par le régime en tant que Mare nostrum. Ici encore, le recours au faisceau du licteur va dans le sens dune appropriation par le régime fasciste de lhistoire romaine. Le régime utilise aussi à partir des années 30 le concept despace vital. La politique impériale du pays est présentée comme le rétablissement de la grandeur passé du pays et comme une nécessité vitale pour le développement futur. La nation italienne a donc besoin de plus de terres et plus despace, mais elle a aussi besoin de plus de membres : la fertilité et la reproduction occupent une place très importante dans le discours propagandiste. La « bataille des naissances » devient particulièrement importante au milieu des années 30, alors que la guerre menace. Le Duce lui-même avait coutume de répéter que la maternité était la forme suprême du patriotisme féminin.

39 À côté de ces thèmes positifs, la propagande mussolinienne a recours aussi à une foule déléments négatifs. Parmi les ennemis qui menacent la nation italienne, on compte dabord bien sûr le bolchévisme et le communisme, qui servent de repoussoir ultime. Cest ainsi que la participation italienne à la guerre civile espagnole est présentée comme le devoir de résistance de lItalie au communisme, afin de sauver le pays de la « bête bolchévique ». Les attaques contre les États-Unis et son « mode de vie » sont également très fréquentes. Ici, cest encore une fois lindividualisme qui est visé et décrié. « Laméricanisme », cest-à-dire lindividualisme américain, est dépeint comme une « tache de graisse qui se répand sur tous les aspects de la vie de lEurope ».

40 Enfin, un dernier thème négatif mérite dêtre mentionné, parce quil met laccent sur la spécificité du fascisme, réponse à la dégénérescence des sociétés occidentales : la démocratie libérale. Le régime semploie donc à démontrer la supériorité intrinsèque de lorganisation fasciste sur les systèmes politiques parlementaires. Par voie de conséquence, la « culture bourgeoise », liée aux systèmes politiques libéraux, est constamment ridiculisée : poignée de main, costume-cravates, thé de cinq heures, etc., font partie de ces manifestations extérieures de la culture bourgeoise que le régime rejette. À ce titre, une exposition anti-culture bourgeoise fut même organisée en 1937.

41 1.2 - La propagande nazie Hitler sest personnellement intéressé à la question de la propagande idéologique et y a consacré quelques pages dans Mein Kampf. Il y pose entre autres les principes de base et les principaux objectifs. Pour Hitler, la propagande doit toujours être orientée vers les masses et à ce titre, elle doit semployer à se mettre au niveau de celles-ci, précisément au niveau des moins intelligents des membres des masses. Elle doit sadresser non à lintelligence, mais aux émotions. Clairement subjective, la propagande na rien à voir avec la vérité et ne doit « présenter que les aspects de la vérité qui vont dans le sens de son opinion », surtout que « les capacités de compréhension des masses sont très limitées et que leur entendement est faible ».

42 Dès son ralliement à Hitler au milieu des années 1920, Joseph Goebbels devient le principal responsable de la propagande du parti et larrivée au pouvoir des nazis va marquer un accroissement de son rôle. Le 11 mars 1933 est créé le ministère du Reich à lÉducation du peuple et à la Propagande. Modestes, le personnel et le budget du ministère vont croître au long des années 1930, passant de 350 à employés, et de 14 millions à 187 millions de marks de budget. Le Führer occupe une place prépondérante dans le discours propagandiste. Mais cest autant le principe dun führer que LE Fürher qui est exalté, même si bien sûr, lappareil propagandiste nazi met de lavant la personnalité du chef de lÉtat et du mouvement. La hiérarchie étant fondamentale, le führerprincip sapplique à toutes les organisations et lobéissance au chef est exigée dans toutes les organisations. Lobéissance au chef suprême à plus forte raison.

43 Le führer

44 Antiintellectuel, le nazisme fait de laction un principe moteur. La propagande accorde une attention à ce thème, qui passe entre autres par la glorification du sport. À linverse, lors des autodafés de livres furent brûlés nombre douvrages « bourgeois » faisant lapologie de « lavachissement de lâme », comme les œuvres de Shakespeare. La propagande nazie semploie aussi à exalter le sacrifice individuel et la mort « sacrificielle » et de nombreux films nazis en font lapologie, même dans les années Le nationalisme est illustré par la promotion du Volkgemeinschaft, que lon peut traduire par « communauté nationale ». Ce concept est différent du simple nationalisme, qui prône la défense prioritaire des intérêts de la nation.

45 Le Volkgemeinschaft fait appel à une conception mystique de la nation, dans laquelle les individus sont unis par une « âme nationale » plus grande que la somme de ses parties et qui justifie le sacrifice individuel. Le Volkgemeinschaft fait dautre part appel au sang et au sol, conçus comme les bases de cette communauté. Le nazisme préfère la ruralité à lurbanité et se déclare favorables à un retour à la terre, donc à une conception plus traditionaliste de la communauté. Le travail agricole permet de mettre en évidence certaines valeurs du nazisme. Quant au thème du « sang », il est mis en évidence par lensemble des travaux pseudoscientifiques portant sur la supériorité naturelle de la race allemande sur les autres, pendant quune littérature « accessible » semploie à démontrer aux lecteurs que lAllemand est porteur dun destin spécifique et unique.

46 Le thème de la fertilité et de la maternité est aussi très présent dans les campagnes de propagande et permet de mettre en évidence plusieurs des thèmes évoqués précédemment. Ayant pour objectif de nettoyer les terres slaves afin de les ouvrir à la colonisation allemande, les nazis semploient à stimuler la fertilité et la maternité des Allemandes et on considère que les familles de cinq enfants devraient être la norme. La propagande nazie a aussi ses objets de haine, qui sont avant tout les peuples appartenant à la catégorie des sous-hommes. Sans surprise, les Juifs sont lobjet dune attention toute particulière. Outre les reproches habituels de lantisémitisme européen de lépoque (peuple sans terre, individualistes, etc.), la propagande antisémite insiste sur le fait que les Juifs sont nuisibles et quils sont vecteurs de maladies infectieuses.

47 Les Juifs et le typhus

48 Les manuels scolaires à partir du milieu des années 30 renferment une grande quantité de ces « informations », afin que les jeunes générations puissent comprendre la « logique » des lois de Nuremberg et lantisémitisme viscéral du régime en général. Les autres cibles extérieures des nazis sont aussi dans la ligne de mire de Goebbels, au premier chef les Russes qui, en plus dêtre sous la domination des communistes, sont des sous-hommes, des « bêtes devant être exterminées ». La résistance des Soviétiques est tournée en dérision, alors quon lexplique par « lâme obtuse et bestiale » de la population russe. Parmi les haines nationales des nazis, les Américains occupent une place particulière. Originellement proches des races supérieures, les Américains se sont éloignés de leur essence, de sorte que lAmérique est considérée comme une perversion de la culture européenne.

49 Dès la prise du pouvoir, les communistes constituent le premier ennemi que les nazis vont semployer à abattre. Outre quà ce moment, le parti communiste allemand est la seule force politique capable de sopposer aux nazis, lorigine même de la théorie communiste permet aux nazis damalgamer matérialisme athée, Russie et « juiverie » dans le même ensemble conceptuel négatif. Le nombre de groupes sujets de propagande négative par les nazis ne sarrête bien sûr pas là : les Polonais, les Tchèques, les Français et les Britanniques (variablement selon les époques) disputent ainsi lattention du ministère de Goebbels à dautres éléments comme lintellectualisme ou le capitalisme.

50 1.3 – La propagande stalinienne Lappareil de propagande de lURSS stalinienne est moins centralisé que chez les fascistes et les nazis. Ce nest pas quelle est moins présente, mais elle se structure différemment. LURSS stalinienne a pour premier idéologue, non un proche collaborateur du chef (comme Gentile ou Goebbels), mais le chef lui-même. De sorte que les consignes en la matière viennent souvent directement du bureau du Petit père des peuples. Plus diffuse, la propagande soviétique ne relève pas dune officine particulière et ce sont les différents ministères qui sont responsables de la diffuser. Cest la raison pour laquelle lappareil de censure stalinien est immense : le Glavlit, responsable de sassurer de lorthodoxie de tout ce qui est publié en URSS, emploie à la fin des années 1930 plus de personnes.

51 Si Staline na pas théorisé la propagande du régime, les principes à la base de sa pratique ressemblent à ceux dHitler : marteler des thèmes simples pour susciter des émotions fortes. Ces émotions peuvent être positives ou négatives, selon que lon veuille exalter quelque chose, ou au contraire le vouer aux gémonies. La propagande soviétique a grandement évolué dans son contenu et sa forme entre larrivée au pouvoir des bolcheviques et la prise en main stalinienne de la fin des années Dabord impersonnelle, elle devient dominée par limage du chef. Ainsi, le premier thème de la propagande stalinienne, cest Staline. Dans un premier temps, son culte est encadré dans celui des « pères fondateurs » du régime, mais avec le temps, limage de Staline occupe de plus en plus de place. Il est représenté comme un bourreau de travail, qui consacre sa vie à son pays. Père sévère, mais juste, il veille sans relâche sur lURSS.

52 « Au Kremlin, Staline prend soin de chacun de nous »

53 À côté de ce culte omniprésent de la personnalité du chef, la propagande soviétique martèle certains thèmes positifs afin de mobiliser la population dans latteinte des objectifs fixés par le régime. Le nouvel homme soviétique est abondamment dépeint dans les œuvres de propagande stalinienne. On y met laccent sur la cohabitation entre la force physique et lintelligence, qui doit permettre de contrôler les impulsions de la nature. Lesprit de sacrifice pour le bien de la collectivité dun Stakhanov est mis de lavant. Lié aussi à ce thème, se trouve celui du travail et de la production. Dans un contexte où lUnion soviétique est considérée en retard sur les États occidentaux, toute la population est appelée à travailler sans relâche afin de permettre au pays de rejoindre ses concurrents dans le domaine économique. De même, les grandes réalisations du régime sont exaltées.

54 « À chaque jour, la vie devient plus gaie ! »

55 Cette emphase sur le travail et leffort va de pair avec la mise à lavant-scène de la société future. Ainsi, cet univers utopique que le régime prétend être son objectif est dépeint sur les affiches, dans les manuels scolaires et dans les films produits par le régime. En attendant, les efforts de la population doivent être mobilisés dans ce but. Lindividualisme est conséquemment décrié. Par ailleurs, la propagande stalinienne met laccent sur linternationalisme et lamitié entre les peuples. État extrêmement complexe dun point de vue ethnique, lURSS se situe aux antipodes de la conception nationaliste de lÉtat des régimes fasciste et nazi. Cette faible importance du rôle de la communauté nationale trouve une illustration dans le fait que jusquen 1944, lhymne national soviétique est justement lInternational. Autre exemple, lutilisation du terme rossiski plutôt que rousski dans le nom de la RSFSR.

56 De même, dans la propagande de guerre, la lutte des Soviétiques nest pas présentée comme une lutte contre les Allemands, les Italiens ou les autres, mais bien une lutte contre le nazisme et le fascisme : on distingue ainsi les peuples de lidéologie des dirigeants. Conséquence de linternationalisme, lURSS se prétend éprise de paix et condamne la guerre « impérialiste ». Jusquau pacte Ribbentrop-Molotov qui est présenté à la population comme une mesure visant à garantir la paix. Une bonne propagande ne saurait être exclusivement positive, surtout lorsquelle est utilisée pour expliquer les difficultés du pays. Tout comme le fascisme et le nazisme, le stalinisme se définit tout autant par ses ennemis que par ses caractéristiques propres. Lennemi de la propagande soviétique est diffus. Corollaire obligé de lexaltation de lhomme nouveau, la haine de lennemi de classe joue un rôle très important.

57 Au cours de la guerre civile, les ci-devants et les bourgeois sont présentés comme les ennemis, mais la victoire des Rouges impose une réévaluation : ceux-ci ayant été défaits, ils se cachent désormais dans la société. Comment expliquer autrement que lexcellente direction du pays ne parvienne pas à réaliser les objectifs du plan? Le recours à un ennemi intérieur qui se livre à des actes de sabotage est ainsi fort utile. Cest la raison pour laquelle on retrouve ce concept dennemis de classe dans toutes les grandes opérations diligentées par le régime : les koulaks sont des ennemis de classe, mais il savère aussi que même danciens hauts dirigeants du pays sont en fait des ennemis. Ces individus « corrompus » sont lobjet de toutes les haines et la propagande contre les koulaks, les ennemis du peuple, etc. semploie précisément à déshumaniser les ennemis du régime, en suscitant des sentiments de colère et de rejet dans la population.

58 « Prudence ! »

59 Si les peuples ne sont que rarement attaqués par la propagande, ce nest pas le cas des systèmes politiques. En fait, on présente souvent les peuples comme des victimes de ces systèmes. De sorte quil ny a pas dantiaméricanisme en URSS, mais une haine tenace du système ploutocratique américain. De la même façon, le fascisme est dépeint comme un stade supérieur du capitalisme. État athée, les sentiments religieux sont lobjet dune attention particulière de la propagande, dautant quils demeurent très importants dans les années 20 et 30. À ce titre, afin de lutter contre les préjugés religieux, une foule de publication sont créées, de même que certaines organisations de promotion de lathéisme, telle que la Société des sans-dieux.

60 2 – Les contenants 2.1 – Laffiche : laccessibilité dabord Laffiche constitue lart propagandiste par excellence au début du XXe siècle. Il correspond au mode de vie et au degré de développement de sociétés en voie de développement intellectuel. Laffiche est composée de deux éléments : une image et un texte. Très stylisée, laffiche de propagande illustre de façon simple et souvent caricaturale quelques éléments de contenu, appuyé par un texte court et simple, martelant en quelques mots une idée forte. Les sociétés de lhémisphère nord au début du XXe siècle sont en voie dalphabétisation. Seulement, la majorité de ces gens sachant lire et écrire nont pas eu loccasion de faire des études très poussées.

61 Ainsi, leur alphabétisation demeure superficielle et ils ne sont pas toujours en mesure de comprendre des idées complexes. Cest précisément à cette classe de la population quest destinée laffiche de propagande. Les coûts de production de ce support propagandiste sont très faibles, ce qui en fait une « propagande de pauvres ». Laffiche ne réclame que très peu de moyens humains et techniques : un illustrateur, une imprimerie et des gens disponibles pour aller coller les affiches un peu partout. En fait, seul le slogan peint sur les murs est moins dispendieux, mais il est aussi moins efficace. Sa localisation précise présente des avantages et des inconvénients. Ainsi, si elle ne peut être vue que par des gens passant sur le lieu où elle est affichée, laffiche peut cependant être collée presque partout, de sorte que sa visibilité peut être très grande si la campagne daffichage est puissante.

62 2.2 - Les médias : rejoindre les populations les plus diverses Le rôle de la propagande écrite est fondamental dans les régimes à tendance totalitaire. Même avant la prise de pouvoir, le PNF, le NSDAP et le POSDR ont tous eu recours massivement aux journaux pour diffuser leurs idées. À ce moment, instrument de lutte, ils servent à critiquer les autorités en place et accessoirement, à mettre de lavant leur solution aux problèmes. La prise du pouvoir change la dynamique, alors que les journaux, qui servent aussi à attiser la haine de lennemi de classe, de lennemi de race ou de lennemi de la nation sont surtout utilisés pour exalter le régime. Lesprit critique, qui nétait déjà pas très manifeste chez les principaux organes de presse des partis, cesse complètement dexister.

63 La presse permet de rejoindre des populations diverses si on se donne la peine de mettre en place différents organes de presse spécifiques pour toutes les classes de population. Par rapport à laffiche, le journal a une vie utile plus grande. Il est souvent conservé par les lecteurs, qui peuvent sy référer par la suite. Même si lobjectivité de ces médias est nulle, ils permettent dexpliquer des éléments plus complexes que laffiche, qui parle avant tout aux émotions : en plus dinvectiver les ennemis de classe, les journaux soviétiques permettent de donner des arguments aux gens et de leur expliquer pourquoi il convient de les haïr. On parle ici davantage à lintelligence quà linstinct. Antiintellectuels, le fascisme et le nazisme accordent une place moins grande aux médias écrits que le régime stalinien, qui fait de lalphabétisation un combat personnel.

64 Le nombre de publications dans les années 1930 sélève à plusieurs centaines. Outre les journaux sous le contrôle direct du gouvernement (comme les Izvestia) ou du parti (comme la Pravda), on trouve un grand nombre de journaux dédiés à des groupes spécifiques, comme la Krasnaïa zvezda, le journal de lArmée, ou la Komsomolskaïa pravda. Il faut mentionner que toutes les républiques fédérées disposent dorgane de presse de lÉtat et du parti dans leur langue, ce qui accroit le nombre de publications. La fusion du parti et de lÉtat est ici plus manifeste chez le nazisme et le fascisme, dans la mesure où, au lendemain de leur arrivée au pouvoir, les journaux des partis (Völkischer Beobatcher et Populo dItalia) deviennent en quelque sorte les organes de presse officiels de leur État respectif.

65 Cela étant, ces deux grandes publications ne sont pas, ici non plus, les seuls journaux publiés et à côté de ceux- ci, on trouve aussi des organes de presse plus spécialisées. À mentionner par exemple le Stürmer nazi, journal destiné aux masses qui est particulièrement utilisé pour attiser lantisémitisme, alors que le Das Schwarze Korps est, comme son nom lindique, destiné aux SS.

66 2.3 – Les événements de masse En application du principe selon lequel la propagande doit parler aux cœurs avant de parler aux têtes, les « grandes messes » idéologiques sont particulièrement prisées par les régimes à tendance totalitaire. En plus de rassembler la nation, ces événements permettent au régime de faire sentir à sa population sa force personnelle, mais aussi la force de la nation elle-même. Dans le cadre des grands projets téléologiques de ces régimes, les rassemblements de masse permettent de motiver les populations et de présenter au monde extérieur le front uni du peuple et de ses dirigeants. Hitler a particulièrement un faible pour ce genre de manifestations. Les congrès du parti à Nuremberg entre 1923 et 1938 jouent le rôle de vitrine de lunité du parti, puis après 1933, de la nation.

67 Les Jeux olympiques de Berlin en 1936 ont joué aussi ce rôle de projection de la puissance allemande aux yeux du monde extérieur, tout en permettant aux Allemands eux-mêmes leur valorisation en tant que grande nation. Les expositions publiques sont une autre technique utilisée fréquemment pour permettre la diffusion de masse des valeurs du régime. Mussolini appréciait particulièrement cette façon de rejoindre le peuple. Puis il y a les grandes fêtes nationales, au cours desquelles on recourt systématiquement aux forces armées du pays, de même quaux organisations de jeunesse, qui servent à démontrer la puissance de lÉtat. La levée fasciste dans lItalie mussolinienne, qui symbolise la relève générationnelle du mouvement, appartient à cette catégorie.

68 Chez les Soviétiques, ce sont les fêtes du régime qui donne loccasion de faire cette démonstration de force : fêtes de la révolution, fête des travailleurs, puis fête de la victoire après Et bien sûr, au fur et à mesure du développement du culte de la personnalité, lanniversaire de naissance de Staline occupe une place de plus en plus grande dans cet ensemble dévénements politiques. Cela devient particulièrement évident après 1945.

69 2.4 – Le cinéma Au moment où se mettent en place les trois régimes étudiés, le cinéma commence peu à peu à simposer comme art. Son grand avantage en matière de propagande, cest quil ne nécessite aucune connaissance, ce qui en fait un art grand public. Que ce soit par des longs métrages ou de courts films dactualités, le cinéma permet de rejoindre un public que la plupart des autres formes dart laissent indifférent. Le cinéma a un grand défaut, qui est aussi un avantage : il nécessite de très importants moyens. LÉtat « totalitaire » concentrant les ressources financières du pays, ce nest pas un problème pour lui. Ainsi, le cinéma ne peut pas être utilisé par les opposants au régime, qui peuvent placarder des affiches ou publier des ouvrages dopposition, mais ne peuvent pas tourner de films.

70 Si le régime mussolinien a peu eu recours à lart cinématographique pour diffuser son idéologie, Hitler et Staline sont en revanche de grands cinéphiles. Hitler sintéresse au potentiel propagandiste du cinéma dès la fin des années 20. Avant même de prendre le pouvoir, il crée un département de cinéma au sein du NSDAP. Par la suite, lensemble de lindustrie cinématographique et des moyens de production sera centralisé sous le contrôle de Goebbels et de son ministère de la propagande, alors quune association des producteurs de films patronnée par le parti-État est aussi mise en place. Helene Bertha Amalie Riefenstahl est le plus connue des réalisateurs de lAllemagne nazie. Son « Triomphe de la volonté », un film « documentaire » filmé lors du congrès du NSDAP à Nuremberg en 1934 est en quelque sorte larchétype du film de propagande politique.

71 Si le cinéma nazi est particulièrement orienté sur la production de films exaltant le parti et lÉtat nazi, donc surtout son présent, le cinéma de propagande soviétique est différent, semployant à remodeler certains des principaux événements de lhistoire de la Russie. Sergueï Eisenstein est le principal réalisateur de films soviétiques exaltant la lutte révolutionnaire. Le Cuirassé Potemkine, mais surtout Octobre, prennent de très grandes libertés avec la réalité historique, mais cest justement ce que demande Staline : il ne sagit pas de films documentaires, mais bien de réécritures des événements quils relatent. Le cas du Ivan Le Terrible est différent et dune certaine façon encore plus significatif des intentions du régime lorsquil en commande la production à Eisenstein. Personnage fondamental de lhistoire de lÉtat russe, Ivan le Terrible constitue de toute évidence lune des références historiques de Staline.

72 2.5 - Les autres arts Quelques mots sur les autres formes dexpression artistique, où larchitecture joue un rôle très important. Comme le cinéma, larchitecture, qui réclame aussi de très grands moyens, est utilisée pour illustrer la grandeur et la puissance des régimes en place. Du côté des nazis, le nom à retenir est celui dAlbert Speer. Tout au long des années 30, Hitler sintéresse à laspect architectural de la reconstruction de lAllemagne et exige de larchitecture les mêmes choses que ce quil exige de la population : puissance et grandeur. À ce titre, les réalisations de Speer sont assez convaincantes, comme en témoigne le complexe de Nuremberg destiné à accueillir la grand-messe annuelle du NSDAP, qui peut réunir personnes.

73 Le territoire des congrès du parti à Nuremberg

74 Paris, 1937

75 Luniversité de Moscou

76 La sculpture compte aussi au nombre des arts de prédilection du IIIe Reich, pour les mêmes raisons que larchitecture, car cest aussi un art qui peut réclamer peu de connaissances pour savoir lapprécier. À noter que Staline partage avec Hitler cet intérêt pour larchitecture et la sculpture. Les canons du réalisme socialiste dans ces deux domaines sont assez peu distincts de ce que lon trouve dans lart nazi, alors que laspect monumental et limpression de puissance qui sen dégage constituent les principales caractéristiques. À noter encore une fois que, même si le régime mussolinien sest aussi intéressé à larchitecture, il nen a pas fait un élément de propagande aussi manifeste, bien que certaines constructions de lépoque mussolinienne, clairement néo-classique, peuvent aussi être vues comme exaltant le passé glorieux de la Rome antique, qui est aussi un élément de propagande mussolinienne.

77 Pour le reste, en ce qui concerne lURSS stalinienne, lensemble de la production artistique se trouve solidement encadré par les dogmes du réalisme socialiste, dont la tâche nest pas de dépeindre la réalité telle quelle est, mais plutôt telle quelle devrait être. Bien sûr, par voie de conséquence, tout ce qui ne cadre pas avec ces canons esthétiques est tout simplement rejeté comme étant bourgeois, individualiste ou cosmopolite, terme infamant de limmédiat après-guerre. Dans les autres disciplines artistiques, la main du parti nazi est moins évidente. Ce nest pas quil ny a pas ici de critères esthétiques définis par le régime, mais le contexte particulier de lAllemagne hitlérienne, alors que de nombreux créateurs vont quitter le pays après 1933, permet de ne pas être aussi attentif à la scène artistique. Ce nest bien sûr pas universel, mais ceux qui restent en Allemagne après 1935 partagent pour beaucoup le point de vue esthétique du régime.

78 Comme dhabitude, cest le régime mussolinien qui apparaît le plus ouvert ou à tout le moins, le moins contrôlant. Ici encore, les critères existent et il est difficile de peindre, de publier ou de chanter une œuvre qui ne sinscrit pas dans le « génie romain », mais ce nest pas tant à cause de la contrainte que de labsence de réseau de diffusion à lextérieur du parti-État, car bien sûr le ministère de la Culture populaire accapare lensemble des réseaux de distribution.

79 3 – Entre enthousiasme et rejet Enthousiasme et neutralité Les comportements des populations soumises aux régimes à tendance totalitaire sont variés. Le principal écueil qui se dresse devant une compréhension des différentes attitudes est que notre univers mental du début du XXIe siècle na que peu de chose en commun avec le monde dans lequel ces populations ont vécu. Pour nous, les projets téléologiques de ces régimes apparaissent impossibles ou dangereux. Il nous est difficile de croire que des peuples entiers, au moins partiellement alphabétisés, ont pu souscrire à de telles idées.

80 Les travaux portant sur les sociétés civiles témoignent dune forte adhésion populaire. Le problème est de comprendre les raisons de cet appui. La réaction spontanée est de mettre cette adhésion sur le dos de la peur quaurait éprouvée la population, ou encore sur le lavage de cerveau quaurait subi ces populations. Cette peur existe, mais ne peut à elle seule rendre compte de cette adhésion. Même chose pour la thèse du lavage de cerveau : même si on sait quun nombre important de citoyens étaient peu alphabétisés, la présence parmi les soutiens aux régimes de gens appartenant au contraire à lélite intellectuelle de leurs sociétés pose le problème sous un autre angle. Car comment supposer que lune des lumières de la philosophie allemande du XXe siècle, Heidegger, ait pu subir un lavage de cerveau, appuyé simplement par une campagne de propagande, aussi puissante soit-elle?

81 En dautres termes, si des gens aussi brillants quHeidegger ou Gorki ont pu souscrire avec enthousiasme, comment croire que la majorité silencieuse soit restée neutre ou dubitative? La question est compliquée par la durée de vie de ces régimes : si la population allemande à la veille de la guerre semblait refroidie, quen était-il en 1937, alors que lAllemagne avait réglé ses problèmes de chômage et reprit sa place de puissance en Europe? Lappui réel est difficile à évaluer. Nous disposons de peu de moyens pour connaître le pourcentage dappuis de la population : les quelques consultations politiques nayant pas été menées avec rigueur, les résultats nont pas vraiment de valeur scientifique. De même, si les organisations sociales jouissaient dune réelle popularité, puisque que ladhésion était fortement suggérée ou obligatoire, on ne peut pas non plus utiliser les statistiques pour avoir une idée de lappui réel.

82 Dans tous les cas, nous ne serons jamais en mesure dévaluer précisément la part de la population qui souscrivait aux idéaux des régimes. Cela étant, la faiblesse de la dissidence et des mouvements dopposition est patente. Doù la nécessité dadmettre que la majorité de la population devait soutenir, ou au moins tolérer le régime. Pour quelles raisons? La première est sans doute les succès, relatifs, auxquels sont parvenus ces régimes. Après le chaos politique et les crises économiques et inflationnistes des années 1920, est-il vraiment étonnant que les Allemands, peut-être sans souscrire totalement aux délires idéologiques, se soient satisfaits dun régime politique ayant résolu les problèmes de base? Car, pour la majorité de la population, cest dabord la gestion de léconomie, de la société et de la politique qui importe avant tout.

83 Si elle mange normalement après avoir subi des conditions économiques épouvantables, comment sétonner que la population apprécie la stabilité, même si cela passe par un écrasement des libertés politiques? La situation en Italie au début des années 1920, moins catastrophique quen Allemagne, est très difficile. La politique économique autoritaire de Mussolini, les grands projets de construction du régime, de même que, ici encore, la politique de grandeur nationale du Duce, peuvent expliquer le ralliement de la population. Le cas soviétique est plus difficile à cerner, car les conditions de vie de la population en URSS en 1928 sont supérieures à celles de Pourtant, la population fait bloc derrière le régime et cest ici en fait que la dissidence et lopposition sont les plus faibles. Doit-on mettre cet appui sur lhabitude de populations soumises à un pouvoir dictatorial depuis toujours?

84 Cest sans doute une part de la réponse, et les conditions politiques de lURSS nont pour les Soviétiques rien dextraordinaire. Pour des gens pour qui, par expérience historique, pluralisme politique est égal à chaos social, la lourde main de Staline peut avoir quelque chose de rassurant. Même que dun point de vue strictement économique, le stalinisme des années 30 présente un avantage par rapport à la NEP des années 1920 : le chômage nexiste pas. Les conditions de vie sont difficiles, mais elles le sont pour tous. Et ici plus quailleurs, le projet très positif du régime, qui évoque la paix perpétuelle et la promesse de jours meilleurs paraît une raison suffisante pour comprendre lenthousiasme, ou au moins la neutralité bienveillante de la majorité de la population.

85 3.2 - Dissidence et opposition Cela ne veut pas dire que toute la population se range derrière le régime. Des intellectuels allemands ont rejeté le régime en quittant lAllemagne ou en opposant une sourde résistance. Mais les attitudes clairement négatives demeurent le fait dune minorité. Que le nazisme et le fascisme aient été défaits de lextérieur en dit assez long sur la force de lopposition politique. Il convient de distinguer deux attitudes négatives possibles face à un régime politique : le rejet passif et l opposition. La dissidence consiste à ne pas sopposer de front à des régimes par essence violents, soit que lon craigne les conséquences pour soi et sa famille dune opposition directe, soit que lon nait aucun espoir quune action puisse avoir des impacts réels sur la situation.

86 Il sagit sans aucun doute de lattitude de la majorité des gens non favorables aux régimes. Cest sur celle-ci quont pu compter les Anglo-Américains en Compte tenu des risques que fait peser sur un individu son implication dans un mouvement dopposition, il faut un grand courage et une foi inébranlable dans ses convictions pour aller de lavant ; lopposition franche est le fait dune infime minorité de la population. Un autre élément doit être évoqué pour expliquer cette faiblesse dune opposition structurée : la nature de ces régimes fait en sorte que les moyens de diffusion et les méthodes traditionnelles utilisés pour fédérer des groupes sont tous entre les mains de lÉtat. Pas de presse libre, pas dassociations à lextérieur des organisations officielles. Il devient impossible pour les opposants de « se compter ». En URSS, la situation est compliquée par limmensité du territoire et la grande diversité des populations.

87 Cest en Allemagne que cette opposition structurée est la plus forte. Cependant, il faut constater que cest surtout la guerre qui va susciter une opposition se traduisant par les tentatives dassassinat contre Hitler. Une fois détruite lopposition politique, ce nest que dans la clandestinité que tout mouvement dopposition structuré peut exister. Inconnus de la population, ne disposant pas de moyens de faire connaître leur existence, les groupes doppositions sont peu nombreux et ne rallient que quelques dizaines de membres. Si lorganisation de la Rose blanche émeut par son courage et ses convictions, il faut constater que ses membres sont bien seuls. En fait, même si lensemble des forces politiques a participé à différents groupes dopposition, cela demeure encore le fait dune minorité et cest dans larmée quHitler fait face à lopposition la plus structurée.

88 En Italie, où le contrôle du régime était plus faible, il faut constater une absence quasi complète dopposition organisée à lintérieur de lÉtat après laffaire Matteotti. Les opposants potentiels sont alors nombreux à quitter le pays, doù ils vont poursuivre leur opposition. Comme en Allemagne, cest dans les hautes sphères quapparaît une opposition politique : elle reste dans le cadre du PNF et ne survient quau moment où le régime chancelle, en application de la devise selon laquelle les rats sont toujours les premiers à quitter le navire. Tant que tout allait bien, il ny avait tout simplement pas dopposition à Mussolini dans le parti. En URSS stalinienne, il ny existe à ce jour aucune trace dune opposition civile organisée à Staline. Louverture des archives du KGB à la fin des années 1980 a permis de se rendre compte dun sentiment dopposition diffus assez important dans la population, mais rien qui laisse supposer une organisation structurée.

89 Les propos de cuisine antistaliniens sont fréquents, si on en juge par les archives, mais cela demeure peu important eu égard à lassentiment général de la population. Encore ici, cest à lintérieur du parti que lopposition relève la tête : dans la foulée de la catastrophe économique que fut la collectivisation, Staline est mis en minorité en 1932 lors dun plénum du comité central. On sait en outre que jusquen 1935, il y existe une cellule trotskyste importante au sein de larmée, dans laquelle le maréchal Toukhatchevski joue un rôle important. On connaît la suite : lÉtat-major militaire est saigné à blanc en 1937, alors quà partir de 1934, les organes répressifs de lÉtat éliminent les « opposants » de Il faudra attendre que le Petit père des peuples soit mort pour quune réelle fronde contre son système puisse renaître.


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