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Mise en perspective historique des relations Nord / Sud Eric Toussaint www.cadtm.org Février 2011.

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1 Mise en perspective historique des relations Nord / Sud Eric Toussaint Février 2011

2 En 1500, des niveaux de vie comparables Quand les puissances dEurope occidentale se lancent à la conquête du reste du monde à la fin du 15e siècle, le niveau de vie et le degré de développement des Européens nétaient pas supérieurs à dautres grandes régions du monde.

3 La Chine devançait incontestablement lEurope occidentale en bien des points : conditions de vie des habitants, niveau scientifique, travaux publics, qualité des techniques agricoles et manufacturières. LInde était plus ou moins à égalité avec lEurope notamment du point de vue des conditions de vie de ses habitants et de la qualité de ses produits manufacturés (ses textiles et son fer étaient de meilleure qualité que les produits européens). La civilisation inca dans les Andes en Amérique du Sud et celle des Aztèques au Mexique étaient également très avancées et florissantes. Il faut être très prudent quand il sagit de définir des critères de développement et éviter de se limiter au calcul du produit intérieur brut par habitant.

4 Les grandes découvertes selon les Européens Livre récent intéressant: Jack Goody, Le Vol de lHistoire. Comment lEurope a imposé le récit de son passé au reste du monde, Gallimard, Paris, 2010

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6 Le début de la mondialisation/globalisation remonte aux conséquences du premier voyage de Christophe Colomb qui la amené en octobre 1492 à débarquer sur les rivages dune île de la mer Caraïbe. Cest le point de départ dune intervention brutale et sanglante des puissances maritimes européennes dans lhistoire des peuples des Amériques, une région du monde qui, jusque là, était restée à lécart de relations régulières avec lEurope, lAfrique et lAsie. Les conquistadors espagnols et leurs homologues portugais, britanniques, français, hollandais[1] ont conquis lensemble de ce quils ont convenu dappeler les Amériques[2] en provoquant la mort de la grande majorité de la population indigène afin dexploiter au maximum les ressources naturelles (notamment lor et largent)[3]. Simultanément, les puissances européennes sont parties à la conquête de lAsie. Plus tard, elles ont complété leur domination par lAustralasie et enfin lAfrique.[1][2][3] [1][1] Il faut y ajouter les Danois qui firent quelques conquêtes en mer Caraïbe, sans oublier au Nord, le Groenland (« découvert » plusieurs siècles avant). Pour mémoire, les Norvégiens avaient atteint le Groenland et le « Canada » bien avant le 15e siècle. Voir notamment le voyage de Leif Ericsson au début du 11e s. aux « Amériques » (où il se déplaça du Labrador vers lextrémité septentrionale de Terre–Neuve), où sétablit une brève colonisation, longtemps oubliée, à lAnse aux Meadows. [2][2] Le nom Amérique fait référence à Amerigo Vespucci, navigateur italien au service de la couronne espagnole. Les peuples indigènes des Andes (Quechuas, Aymaras, etc.) appellent leur continent Abya-Yala. [3][3] Parmi les ressources naturelles, il convient dinclure les ressources biologiques nouvelles emportées par les Européens vers leurs pays, diffusées ensuite dans le reste de leurs conquêtes et puis au-delà. Il sagit notamment du maïs, de la pomme de terre, des patates douces, du manioc, des piments, des tomates, des arachides, des ananas, du cacao et du tabac.

7 Les 4 voyages de Christophe Colomb

8 A la fin du 15e siècle et au cours du 16e siècle, le commerce commence à emprunter dautres routes. Au moment où le Génois Christophe Colomb, au service de la couronne espagnole, ouvre la route maritime vers les « Amériques »[1] par lAtlantique en prenant la direction de lOuest, Vasco de Gama, le navigateur portugais cingle vers lInde en empruntant aussi locéan Atlantique mais en faisant cap vers le Sud. Il longe les côtes occidentales de lAfrique du Nord au Sud, pour ensuite prendre la direction de lEst après avoir croisé le Cap de Bonne Espérance au sud de lAfrique[2]. La violence, la coercition et le vol sont au centre des méthodes employées par Christophe Colomb et Vasco de Gama afin de servir les intérêts des têtes couronnées dEspagne et du Portugal.[1][2] [1][1] Officiellement Christophe Colomb cherchait à rejoindre lAsie (notamment lInde) en prenant la direction de lOuest mais on sait quil espérait trouver des terres nouvelles inconnues des Européens. [2][2] A partir du 16e siècle, lutilisation de locéan Atlantique pour se rendre dEurope en Asie et aux Amériques allait marginaliser la Méditerranée pendant quatre siècles jusquà la percée du Canal de Suez. Alors que les principaux ports européens se trouvaient en Méditerranée jusquà la fin du 15e siècle (Venise et Gênes notamment), les ports européens ouverts sur locéan Atlantique allaient progressivement prendre le dessus (Anvers, Londres, Amsterdam).

9 Le voyage de Vasco de Gama vers lInde

10 Après un premier voyage vers lInde réalisé avec succès en , Vasco de Gama est envoyé une nouvelle fois en mission par la couronne portugaise vers ce pays avec une flotte de vingt navires. Il quitte Lisbonne en février Quinze bateaux doivent effectuer le voyage de retour et cinq (sous le commandement de loncle de Gama) doivent rester derrière pour protéger les bases portugaises en Inde et bloquer les bateaux quittant lInde pour la mer Rouge afin de couper le commerce entre ces deux régions. De Gama double le Cap en juin et fait escale en Afrique de lEst à Sofala pour acheter de lor[1]. A Kilwa, il force le souverain local à accepter de payer un tribut annuel de perles et dor et il cingle vers lInde. Il attend au large de Cannanora (à 70 km au Nord de Calicut - aujourdhui Kozhikode) les navires arabes au retour de la mer Rouge. Il sempare dun bateau qui rentre de la Mecque avec des pèlerins et une cargaison de valeur. Une partie de la cargaison est saisie et le bateau incendié. La plupart de ses passagers et de son équipage périssent.[1] [1] Dans les villes côtières de lAfrique de lEst saffairaient des marchands Arabes, Indiens du Gujarat et de Malabar (= Kerala) et Perses qui importaient des soieries et des cotonnades, des épices et de la porcelaine de Chine, et exportaient du coton, du bois doeuvre et de lor. On y côtoyait aussi des pilotes de métier qui connaissaient bien les conditions de la mousson dans la mer Arabe et dans locéan Indien.

11 Les 7 grandes expéditions maritimes chinoises au 15e siècle Les Européens nétaient pas les seuls à faire de longs voyages et à découvrir de nouvelles routes maritimes mais, manifestement, ils étaient les plus agressifs et les plus conquérants. Plusieurs dizaines dannées avant Vasco de Gama, entre 1405 et 1433, sept expéditions chinoises prennent la direction de lOuest et visitent notamment lIndonésie, le Vietnam, la Malaisie, lInde, le Sri Lanka, la Péninsule arabique (le détroit dOrmuz et la mer Rouge), les côtes orientales de lAfrique (notamment Mogadiscio et Malindi). Sous le règne de lempereur Yongle, la marine Ming « comptait approximativement navires au total, dont patrouilleurs et navires de combat rattachés aux postes de garde ou aux bases insulaires, une flotte principale de 400 gros navires de guerre stationnés près de Nankin et 400 navires de charge pour le transport des céréales. Il y avait en outre plus de 250 navires–trésor à grand rayon daction »[1]. Ils étaient cinq fois plus gros que nimporte lequel des navires de De Gama, avec 120 mètres de long et près de 50 mètres de large. Les gros navires avaient au moins 15 compartiments étanches, de sorte quun bâtiment endommagé ne coulait pas et pouvait être réparé en mer.[1] [1] Needham, 1971, p. 484

12 Les 7 grandes expéditions maritimes chinoises au 15e siècle

13 - La première expédition ( ) compta 62 vaisseaux et officiers et hommes d'équipage- Elle dut intervenir dans une affaire de succession au trône au célèbre royaume javanais de Majapahit, ainsi qu'à Palembang à Sumatra pour régler un conflit entre le pouvoir autochtone et la colonie chinoise locale. - Dans la deuxième expédition ( ), Zheng He fit dresser des stèles proclamant la vassalité des royaumes de Calicut, Cochin et Ceylan à l'Empire Ming. - Dans la quatrième expédition ( ), les troupes de Zheng He durent encore intervenir dans des affaires intérieures de Sumatra- De là, une partie de sa flotte gagna directement la côte est de l'Afrique vers la Somalie actuelle, après quelque 6000 km de voyage sans escale- Une mission fut ensuite détachée à la Mecque et en Egypte- A son retour en 1415, elle ramenait des envoyés de plus de trente Etats du sud et du sud-est asiatiques, venus rendre hommage à l'empereur- - La cinquième expédition ( ) fut la plus longue de toutes et gagna le Golfe Persique, Ormuz et l'Afrique. - La sixième expédition ( ) ramena chez eux les envoyés étrangers encore stationnés en Chine. - La septième expédition, sans doute la plus éblouissante, emporta quelques marins vers l'Arabie. source :

14 La supériorité technique chinoise 1- des instruments de navigation comme la boussole et le compas ; 2- l'utilisation de plusieurs mâts dès le IIIe siècle ( l'Europe attendit le XVe pour les adopter ) ; 3- le bateau à aubes mille ans encore avant l'Europe ; et 4- le gouvernail-fenêtre, plus facile à manier, quelque 700 ans avant ( XXe siècle pour l'Europe 5- lune des missions avait emmené avec elle 180 membres de la profession médicale. Par contraste, lors du premier voyage de Vasco de Gama vers lInde, son équipage se composait de 160 hommes environ, dont des artilleurs, des musiciens et trois interprètes arabes.

15 On peut se poser la question: Quel aurait été le monde à partir du 16e siècle si les Chinois avaient continué leurs expéditions et avaient adopté les méthodes brutales des Européens avec un objectif de conquète, de colonisation et de pillage des autres parties du monde?

16 Le commerce intra asiatique avant lirruption des puissances européennes En 1500, la population de lAsie était cinq fois plus importante que celle de lEurope occidentale. La population indienne à elle seule représentait le double de la population de lEurope occidentale. La région représentait donc un très vaste marché avec un réseau de négociants asiatiques opérant entre lAfrique orientale et les Indes, et entre les Indes orientales et lIndonésie. A lEst du détroit de Malacca, le commerce était dominé par la Chine. Les négociants asiatiques connaissaient bien la direction saisonnière des vents et les problèmes de navigation dans locéan Indien. Les navigateurs expérimentés étaient nombreux dans la région, ils avaient à leur disposition un ensemble détudes scientifiques sur lastronomie et la navigation. Leurs instruments de navigation navaient pas grand chose à envier aux instruments portugais. De lAfrique orientale à Malacca (dans le mince détroit séparant Sumatra de la Malaisie), le commerce asiatique était réalisé par des communautés de marchands qui menaient leurs activités sans navires armés ni ingérence marquée des gouvernements. Les choses changèrent radicalement avec les méthodes employées par les Portugais, les Hollandais, les Anglais et les Français au service de leur Etat et des marchands. Les expéditions maritimes lancées par les puissances européennes vers différentes parties de lAsie augmentèrent considérablement comme le montre le tableau ci-dessous (tiré de Maddison, 2001). Il indique clairement que le Portugal était sans aucun doute possible la puissance européenne dominante en Asie au cours du 16e siècle. Il a été remplacé au siècle suivant par les Hollandais, lesquels sont restés dominants au cours du 18e siècle, les Anglais occupant la seconde position.

17 1500– – –1800 Portugal Pays– Bas 65 (a) Angleterre France Autres pays54350 Total Nombre de navires envoyés en Asie par sept pays européens, 1500–1800 (a) années Sources : Portugal 1500–1800, données tirées de Magalhâes Godinho dans Bruijn et Gaastra (1993), pp. 7 et 17 ; autres données tirées de Bruijn et Gaastra (1993), pp. 178 et 183. Les « autres pays » désignent les bateaux des compagnies de commerce danoises et suédoises et de la compagnie dOstende.

18 Certes lhistoire qui a précédé le 15e siècle de lère chrétienne a été marquée à de nombreuses occasions par des conquêtes, des dominations et la barbarie mais celles-ci ne concernaient pas encore toute la planète. Ce qui est frappant au cours des cinq derniers siècles, cest que les puissances européennes sont parties à la conquête du monde entier et, en trois siècles, ont fini par mettre en relation de manière brutale (presque) tous les peuples de la planète. En même temps, la logique capitaliste a finalement réussi à dominer tous les autres modes de production (sans nécessairement les éliminer entièrement).

19 Comparaison entre l'évolution de la population d'Europe (y compris la Russie) et des Amériques entre 1450 et 1800 (en millions) (*) dont une proportion importante d'esclaves et de colons européens Calculs d'Eric Toussaint sur la base de F. Braudel, Europe Les Amériques (*) 60 à

20 Autre estimation de lévolution de la population de lEurope occidentale et de celle de lAmérique latine entre 1500 et 1820 (en millions) Europe Amérique latine188(*)12(*)21 (*) (*) Ces chiffres comprennent les indigènes des Amériques, les colons européens et les esclaves amenés de force dAfrique. Réalisé par Eric Toussaint sur la base de Angus Maddison, 2001 Cette deuxième estimation est produite par Angus Maddison qui minimise certainement la population native des Amériques au moment de larrivée des Européens

21 Traite des esclaves Entre 1500 et 1870, 9.4 millions desclaves au moins sont déplacés de force dAfrique vers les Amériques par les négriers européens

22 Cargaisons desclaves à travers lAtlantique entre 1701–1800 Angleterre Portugal France Pays–Bas Amérique du Nord Danemark Autres pays Total : (Six millions cent trente deux mille) Source : Lovejoy (1982), p. 483 in Angus Maddison

23 Traite des esclaves (suite) Abolition du commerce des esclaves par la Grande-Bretagne en 1807 tandis que lesclavage comme tel est resté légal dans lempire britannique jusquen En réalité, le commerce des esclaves africains saccroît dans la première moitié du 19e siècle.

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25 Angus Maddison de lOCDE: « Si Paul Bairoch a raison, une grande partie du retard du tiers monde doit être attribuée à lexploitation coloniale, et une bonne partie de lavantage de lEurope ne peut plus sexpliquer par son avance scientifique, des siècles de lente accumulation et la solidité de son organisation et de ses finances ».

26 Les explications Angus Maddison (OCDE) essaye de démontrer que lEurope occidentale ne doit pas sa suprématie après le 16e siècle au recours à la force. Pour cela, il essaye de démontrer que lEurope occidentale avait rattrapé les pays les plus avancés dAsie à la fin du 15e siècle avant de se lancer à la conquête militaire du reste du monde.

27 L'historien britannique Trevor-Roper dans son livre, The Rise of Christian Europe (1965). Les nouveaux dirigeants du monde, quels qu'ils soient, hériteront d'une position qui a été construite par l'Europe, et par l'Europe seule. Ce sont les techniques européennes, les modèles européens, les idées européennes qui ont tiré le monde non européen hors de son passé - l'ont arraché à la barbarie, en Afrique, l'ont arraché à une civilisation bien plus ancienne, lente et majestueuse, en Asie. Et si l'histoire du monde a eu une quelconque influence, au cours des cinq derniers siècles, c'est dans la mesure où elle est européenne. Je ne crois pas que nous ayons à nous excuser d'aborder l'histoire d'un point de vue eurocentrique.

28 Discours du Président français, Nicolas Sarkozy, prononcé à Dakar le 26 juillet 2007 Le drame de lAfrique, cest que lhomme africain nest pas assez entré dans lhistoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont lidéal de vie est dêtre en harmonie avec la nature, ne connaît que léternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il ny a de place ni pour laventure humaine, ni pour lidée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, lhomme échappe à langoisse de lhistoire qui tenaille lhomme moderne mais lhomme reste immobile au milieu dun ordre immuable ou tout semble être écrit davance. Jamais lhomme ne sélance vers lavenir. Jamais il ne lui vient à lidée de sortir de la répétition pour sinventer un destin. Le problème de lAfrique et permettez à un ami de lAfrique de le dire, il est là. Le défi de lAfrique, cest dentrer davantage dans lhistoire. Cest de puiser en elle lénergie, la force, lenvie, la volonté découter et dépouser sa propre histoire. Source:

29 Karl Marx : La découverte des contrées aurifères et argentifères de lAmérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de lAfrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques daccumulation primitive qui signalent lère capitaliste à son aurore Source: Karl Marx, 1867, Livre 1 du Capital, chapitre 31, édition de La Pléiade, Paris

30 Selon K. Marx, les différentes méthodes daccumulation primitive que lère capitaliste fait éclore se partagent dabord, par ordre plus ou moins chronologique, entre le Portugal, lEspagne, la Hollande, la France et lAngleterre, jusquà ce que celle-ci les combine toutes, au dernier tiers du XVIIe siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste.

31 Des transformations décisives en Europe occidentale du 17 au début du 19e s. Le mouvement denclosure en Angleterre. La création dun prolétariat manufacturier puis industriel. Lextension de la révolution industrielle dans la première moitié du 19e s.

32 Entre le XVIe et la fin du XIXe siècle se constitue progressivement une économie mondiale hiérarchisée où les différentes parties de la planète sont mises en relation de manière brutale par la vague dexpansion de lEurope occidentale. Ce processus a non seulement impliqué le pillage de peuples entiers par les puissances coloniales dEurope mais il a aussi entraîné la destruction progressive de civilisations avancées qui sans cela auraient pu suivre leur propre évolution dans un cadre pluriel sans nécessairement passer par le capitalisme. Les civilisations inca, aztèque, indienne (Inde), africaines... ont été totalement ou partiellement détruites.

33 Pour expliquer la suprématie de lEurope, les partisans du capitalisme occidental affirment que les découvertes scientifiques, les améliorations techniques et le développement des marchés ont été décisives. F. Braudel démontre que plusieurs grandes découvertes et améliorations techniques existaient bien avant quelles ne soient concrètement utilisées. De plus, Braudel comme de nombreux autres scientifiques, ont prouvé que la Chine disposait par rapport à lEurope davantages techniques considérables. Cétait aussi le cas de lInde, bien que dans une moindre mesure.

34 Dans le progrès technologique anglais, la concurrence des textiles indiens a joué un rôle très important. Celle-ci était telle que le gouvernement anglais a interdit lentrée des cotons indiens en Grande-Bretagne, sauf pour leur réexportation. « Dans ces conditions, cest peut-être moins la pression de la demande anglaise que la concurrence des bas prix indiens, comme lavance K. N. Chaudhuri, qui a aiguillonné linvention anglaise, dailleurs significativement dans le domaine du coton, non pas dans lindustrie nationale de grande consommation et de forte demande quétaient la laine et même le lin. La mécanisation ne touchera la laine que beaucoup plus tard ». (Braudel, p. 713)

35 Les textiles en coton produits en Inde étaient dune qualité inégalée au niveau mondial. Les Britanniques ont essayé de copier les techniques indiennes de production et de produire chez eux des cotonnades de qualité comparable, mais le résultat a été pendant longtemps médiocre. Sous la pression notamment des propriétaires de manufactures textiles britanniques, le gouvernement de Londres a interdit lexportation des cotonnades indiennes vers les territoires membres de lempire britannique. Londres a également interdit à la Compagnie des Indes orientales de faire le commerce des cotonnades indiennes, en dehors de lEmpire. Ainsi la Grande- Bretagne a tenté de fermer tous les débouchés possibles pour les textiles indiens. Ce nest que grâce à ces mesures que lindustrie britannique du coton a pu devenir véritablement rentable.

36 F. Braudel Le coton fut travaillé en Europe dès le XIIe siècle. Au XVIIe siècle arrivent dInde de superbes cotonnades imprimées de beaux coloris alors que la qualité de la production européenne était médiocre. (p. 718) « La révolution du coton, en Angleterre puis, très vite, à léchelle européenne, fut en fait une imitation dabord, puis une revanche, le rattrapage de lindustrie indienne puis son dépassement » (p. 718). Il sagissait de faire aussi bien et moins cher. « Moins cher, ce nétait possible quavec la machine, seule capable de concurrencer lartisan indien ». (p. 718)

37 Selon Bayly, il est faux daffirmer que lInde stagnait début 19e siècle. Celle-ci était très active jusque Idem pour la Chine jusquà la guerre de lopium de (p. 101). Au 17e siècle, la productivité de lagriculture était plus élevée en Inde et en Chine quen Europe (p. 104). Alors, quest-ce qui a avantagé lEurope et lAmérique du Nord dans leur développement ?

38 Selon Bayly, le Japon Ce nest pas lincapacité intrinsèque ou le déclin des sociétés dAsie et dAfrique qui expliquent la victoire de lEurope ; cest lirruption brutale, la domination guerrière exercées par les Européens qui ont bloqué le développement des autres. Le Japon qui a réussi à se protéger, a connu lui-même un développement capitaliste comme les Européens tout en ayant un siècle de retard par rapport au développement et à lagressivité des Européens.

39 Outre le pillage, la conquête territoriale, la surexploitation des peuples conquis, limplantation de colonies dexpatriés, dautres mécanismes de transferts de richesses de la Périphérie vers le Centre ont joué un rôle important : 1. Léchange inégal 2. Le libre échange imposé aux pays dominés combiné au protectionnisme des pays dominants 3. La dette publique

40 Léchange inégal Les capitaux placés dans le commerce extérieur peuvent procurer un taux de profit plus élevé, parce quils concurrencent des marchandises que les autres pays ne produisent pas avec les mêmes facilités, en sorte que le pays le plus avancé vend ses marchandises au-dessus de leur valeur, bien que meilleur marché que les pays concurrents. (…) La même situation peut se présenter à légard dun pays dont on importe et vers lequel on exporte des marchandises. Ce pays peut fournir en nature plus de travail matérialisé quil nen reçoit et recevoir cependant les marchandises à meilleur compte quil ne pourrait les produire lui-même [1]. Karl Marx, Livre III, p. 1021

41 Le libre échange imposé aux faibles combiné au protectionnisme des pays riches « Il ne fait aucun doute que le libéralisme économique imposé au Tiers Monde au 19e siècle est un des principaux éléments dexplication du retard pris par le processus dindustrialisation » Paul Bairoch, p. 79

42 La dette publique Le système de crédit public, cest-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au Moyen Age, posé les premiers jalons, envahit lEurope définitivement pendant lépoque manufacturière. (...) La dette publique, en dautres termes, laliénation de lEtat, quil soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte lère capitaliste. (...) La dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de laccumulation primitive. (...) Avec les dettes publiques naquit un système de crédit international qui cache souvent une des sources de laccumulation primitive chez tel ou tel peuple. Karl Marx, Livre 1 du Capital

43 Lexemple de lEgypte au 19e s. LEgypte, bien quencore sous tutelle ottomane, entame au cours de la première moitié du XIXe siècle un vaste effort de modernisation. George Corm résume lenjeu de la manière suivante : « Cest évidemment en Egypte que Mohammed Ali fera lœuvre la plus marquante en créant des manufactures dEtat, jetant ainsi les bases dun capitalisme dEtat qui ne manque pas de rappeler lexpérience japonaise du Meiji ». Cet effort dindustrialisation de lEgypte saccomplit tout au long de la première moitié du XIXe siècle sans recours à lendettement extérieur ; ce sont les ressources internes qui sont mobilisées. A partir de la seconde moitié du siècle, lEgypte adopte sous la pression de la Grande Bretagne le libre-échange et démantèle des monopoles dEtat. Source: Georges Corm « Lendettement des pays en voie de développement : origine et mécanisme » in Sanchez Arnau, J.-C. coord Dette et développement (mécanismes et conséquences de lendettement du Tiers-monde), Editions PUBLISUD, Paris, p.39.

44 LEgypte dans le piège de la dette au 19e s (suite) Cest, daprès George Corm, le début de la fin. Lère des dettes égyptiennes commence (1854) : la modernisation de lEgypte sera abandonnée aux puissances occidentales, aux banquiers européens et aux entrepreneurs peu scrupuleux. Vingt- cinq ans plus tard (vers 1880), la souveraineté égyptienne est aliénée et en 1882, lEgypte est occupée par lAngleterre.

45 LEgypte dans le piège de la dette et du libre-échange au 19e s (suite) La guerre de sécession en Amérique du Nord fit monter très fortement le cours mondial du coton car les Etats sudistes étaient empêchés dexporter celui-ci par un blocus naval appliqué par les nordistes. Les revenus dexportation de lEgypte productrice de coton, explosèrent. Cela amena le gouvernement dIsmaïl Pacha à accepter de plus en plus de prêts des banques (britanniques e.a.). Lorsque la guerre de sécession prit fin, les exportations sudistes reprirent et le cours du coton seffondra ce qui provoqua la crise de la dette égyptienne. LEgypte tomba directement sous la coupe de la Grande-Bretagne qui se présenta comme la puissance protectrice des créanciers.

46 LEgypte dans le piège de la dette et du libre-échange au 19e s (suite) La crise de la dette a frappé lEgypte comme de nombreuses nations endettées aux quatre coins de la planète. En 1876, année où lEgypte entre en état de cessation de paiements, la dette égyptienne atteignait 68,5 millions de livres sterling (contre 3 millions en 1863). Les dettes extérieures avaient été multipliées par 23 alors que les revenus augmentaient de 5 fois seulement. Le service de la dette absorbait deux tiers des revenus de lEtat et 50% des revenus dexportation.

47 LEgypte dans le piège de la dette au 19e s (suite) A la suite de la cessation de paiement de 1876, les créanciers imposèrent une commission de la dette publique qui exerça de fait une tutelle étrangère sur léconomie et les finances égyptiennes. En 1882, la Grande Bretagne prenait le contrôle du pays. Rosa Luxembourg conclut : « Léconomie égyptienne a été engloutie dans une très large mesure par le capital européen. Dimmenses étendues de terres, des forces de travail considérables et une masse de produits transférés à lEtat sous forme dimpôts ont été finalement transformés en capital européen et accumulés ». Rosa Luxembourg, 1913, Vol. II, p. 104.

48 Lutilisation de la dette extérieure comme arme de domination Lutilisation de la dette extérieure comme arme de domination a joué un rôle fondamental dans la politique des principales puissances capitalistes à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle à légard de quelques puissances de second ordre qui auraient pu prétendre accéder au rôle de puissances capitalistes. Lempire russe, lempire ottoman, la plupart des pays dAmérique latine et la Chine ont fait appel aux capitaux internationaux pour accentuer leur développement capitaliste. Ces Etats se sont fortement endettés sous forme démission de bons publics demprunt sur les marchés financiers des principales puissances industrielles.

49 Lutilisation de la dette extérieure comme arme de domination (suite) Dans le cas de lempire ottoman, de lEgypte, de la Chine, de lArgentine (et dautres pays latino- américains), les difficultés rencontrées pour rembourser les dettes contractées les ont mis progressivement sous tutelle étrangère. Des caisses de la dette sont créées, gérées par des fonctionnaires européens. Ces derniers ont la haute main sur les ressources de lEtat afin que celui-ci remplisse ses engagements internationaux. La perte de leur souveraineté financière conduit lempire ottoman, la Chine et lArgentine à négocier le remboursement de leurs dettes contre des concessions dinstallations portuaires, des lignes de chemin de fer ou des enclaves commerciales.

50 LEgypte constitue un des exemples de tentatives au 19e siècle de développement économique partiellement autonome qui a été avorté Autre exemple : le Paraguay du début du 19e s. jusquen 1865

51 La Chine Lendettement La guerre de lopium: les Britanniques ont déclaré, avec le soutien des Etats-Unis, la guerre à la Chine en puis en afin de forcer les autorités chinoises de ne pas interdire les importations dopium en provenance de lInde britannique (tout cela au nom du libre- échange).

52 Selon Pomeranz, si lEurope a « gagné » la course, ce nest pas parce quelle avait une économie de marché K. Pomeranz affirme la Chine était au 18e siècle une économie plus proche dune économie de marché que lEurope (idem pour le Japon avec un bémol). K. Pomeranz analyse la question de la terre, puis celle du travail (y compris le droit de migrer et de sétablir), enfin le droit douvrir un commerce ou une industrie. Ce que veut montrer Pomeranz, cest que si lEurope a « gagné » la course, ce nest pas parce quelle avait une économie de marché.

53 K. Pomeranz explique que lEurope occidentale a eu comme avantage sur la Chine et le Japon, un accès aux ressources doutremer dû à la colonisation. Ce nétait pas le seul facteur mais celui-ci a joué un rôle important. Si lEurope occidentale navait pas eu un tel accès dit Pomeranz, son développement aurait été moins différent de celui de la Chine et du Japon. La localisation des mines de charbon a également joué un rôle clé. Avant 1800, le monde nétait pas dominé par lEurope : on avait un monde multipolaire, sans un centre dominant.

54 Selon Bayly, alors que dans la première moitié du 19e siècle, les écarts entre lEurope et les Etats-Unis, dune part, et lAsie et l Afrique, dautre part, nétaient pas énormes, à partir de (en fait, la fin de la guerre de sécession), les jeux étaient faits. LEurope occidentale et les Etats-Unis étaient en position de domination totale (il faudrait ajouter le Japon). Au cours des années 1850 et 1860, les Européens avaient massacré des populations locales en Inde (les Cipayes), dans la Caraïbe (contre les révolte desclaves), en Afrique du Sud (contre les Zoulous et les Xhosas) ; les Etats-Unis contre les Indiens des prairies et dans le Pacifique. Les Britanniques avaient fait la guerre aux Chinois pour renforcer le commerce de lopium. Lécart allait atteindre son point culminant entre 1860 et 1900.

55 Bayly souligne le rôle des technologies militaires et navales, de lindustrie militaire, la suprématie britannique au niveau de larmement pour imposer ses visées coloniales et impérialistes

56 Ce nest quaprès lindustrialisation du 19e siècle que la domination de lEurope sur le monde sest vraiment installée. K. Pomeranz explique que la tendance dominante des années 1990 et 2000, est de faire remonter la supériorité européenne à une période lointaine y compris avant le 15e siècle.

57 Conquêtes coloniales au dernier quart du 19e siècle. La France en 1878 renforce sa domination sur lAfrique de lOuest + lOuest du Soudan. Les Britanniques en 1882 : invasion de lEgypte, ils contrôlent le Nil + lAfrique du Sud + lAfrique de lEst. Les Japonais, les Britanniques et les Etats-Unis (séparément) ont planifié de conquérir la Chine mais selon Bayly, leur rivalité les empêchait de mener à bien ce projet. La Russie se renforce en Asie centrale. Léopold II prend le Congo. LAllemagne prend le Tanganyka, Burundi/Rwanda et Nouvelle Guinée. Les Britanniques renforcent leur emprise sur le Golfe Persique, lAfghanistan (quils échouent à conquérir), le Tibet, le nord de la Birmanie et la Malaisie.

58 Résistance des régimes locaux Bayly montre (p. 421 et 427) quen Egypte, au Soudan (p. 438), en Abyssinie, en Algérie, en Tunisie, en Afrique de lOuest (Mali, p. 427), les régimes locaux sétaient fortement réformés et centralisés avant la domination coloniale « définitive » quelle soit britannique ou française. Bref, ces deux puissances ont eu à combattre des Etats centralisés pour simposer. Cela va à lencontre de lidée selon laquelle ils arrivèrent dans des régions où lEtat était déliquescent et incapable dorganiser une résistance. Le chef algérien Abd El Kader organisa une armée moderne de soldats pour résister à lEtat français et il opposa une longue résistance.

59 Des nouveautés au 19e siècle : Sajoutent deux nouveaux acteurs dans le concert des puissances impérialistes : les Etats-Unis et le Japon (il faudra analyser la place particulière de lempire russe qui est aussi une puissance européenne ; on pourrait le ranger demblée dans les puissances européennes conquérantes dès les 16 et 17e siècles, lexpansion russe se poursuivant jusquau 19e siècle. Bayly va dans le même sens). LAfrique et la partie de lAsie du Sud et du Sud Est qui nétaient pas encore colonisées, tombent sous la coupe des Européens (parmi lesquels de nouvelles puissances européennes comme lAllemagne, la Belgique…) LAmérique latine acquiert lindépendance face aux puissances européennes déclinantes que sont lEspagne et le Portugal mais rentre dans lorbite de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. La révolution industrielle se traduit par : a. le développement dinfrastructures et de moyens de communication tels le chemin de fer, le télégraphe, lélectricité ; b. le développement dun prolétariat industriel à léchelle planétaire. De grandes entreprises privées construisent des empires économiques internationaux (et remplacent les anciennes Compagnies des Indes quelles soient anglaises, françaises ou hollandaises qui étaient des entreprises mixtes – public/privé – soutenues par des Etats et bénéficiant de monopoles). Limposition du libre commerce par la Grande-Bretagne (+ la France), première puissance mondiale, à la Chine, à lEmpire ottoman, à lAmérique latine. Lendettement des Etats que lon voulait soumettre

60 La propriété privée comme droit fondamental Au niveau de lidéologie, les libéraux affirment comme un dogme que la propriété privée est un des droits fondamentaux de la personne voire le plus fondamental. Les colonisateurs sen sont servis pour affirmer que les peuples chez qui la propriété privée nexistait pas ou était moins développée ou sacrée quen Europe civilisée étaient barbares. Ils ont décrété que les êtres et les richesses dont ces peuples usaient, étaient des « terres nappartenant à personne », terra nullius, et se les ont appropriées. Les colons australiens utilisèrent cet argument contre les aborigènes, les Yankees contre les Indiens dAmérique du Nord, Léopold II contre les Congolais, les colons du Tsar contre les peuples chasseurs-cueilleurs de Sibérie.

61 La phase impérialiste Fin du XIX - début du XXe siècle, trois pôles se hissent à la tête des nations de ce monde : le vieux continent européen avec à sa tête la Grande-Bretagne, les Etats-Unis (ex-colonies britanniques jusqu'à la fin du XVIIIe siècle) et le Japon. Ils forment le Centre par opposition à la Périphérie quils dominent. A lépoque impérialiste, le développement de la Périphérie est déterminé par lexportation de capitaux des pays impérialistes vers les pays de la périphérie (colonies ou pays indépendants). Cette exportation de capitaux vise à créer des entreprises répondant aux intérêts de la bourgeoisie des métropoles impérialistes.

62 Ce qui produit le « sous- développement » Ce qui produit le « sous-développement », cest un ensemble complexe de conditions économiques et sociales qui, bien quelles favorisent laccumulation du capital-argent, rendent néanmoins, aux yeux des acteurs locaux, laccumulation du capital industriel moins rentable et plus incertaine que dautres champs dinvestissement ou que la collaboration avec limpérialisme dans la reproduction élargie de son propre capital. Il existe en effet des sphères dinvestissement de capitaux qui rapportent plus et à moindres risques que linvestissement industriel : la spéculation foncière, limport-export, la spéculation immobilière, le prêt-sur-gages, le placement des capitaux à létranger, le placement des capitaux en titres de la dette publique interne, le tourisme, la production et le commerce de drogues, le marché noir… Il ne sagit pas donc pas de la disposition plus ou moins grande à lesprit dentreprise mais du contexte socio-économique densemble.

63 Bien sûr, ce nest pas seulement la domination coloniale qui empêcha le développement.

64 Ce qui produit le « sous-développement » (suite) La domination du capital étranger conduit à ce que le développement économique du ou des pays de la Périphérie soit un complément du développement économique du ou des pays du Centre. Cest à la fois la domination de certaines classes qui ont des intérêts contraires au développement national et la domination des pays les plus industrialisés sur lensemble de léconomie mondiale.

65 F. Braudel Le capital cherche constamment à contourner les lois du marché et de la libre concurrence pour faire des sur-profits.

66 Le capitalisme sappuye sur lEtat Du début jusquà son extension au niveau de la planète, le capitalisme sest constamment appuyé sur l'État, que ce soit la ville État (Venise, Gêne, Bruges) puis, à un stade intermédiaire, Amsterdam et les Provinces Unies pour arriver à l'État Nation : l'Angleterre pour arriver aux États- Unis qui dominent la scène international à partir de la fin de la première guerre mondiale.

67 F. Braudel et dautres auteurs de son époque considèrent que l'Europe affirme définitivement sa domination dans le cadre d'une économie- monde capitaliste (c.a.d. avec des centres qui se déplacent) alors que K. Pomeranz affirme que la supériorité européenne définitive (et en particulier celle de l'Angleterre) ne s'impose qu'au début du 19ème siècle. Il donne trois raisons qui expliquent la victoire de lAngleterre:

68 Selon Pomeranz, 3 raisons qui expliquent la victoire de lAngleterre: 1. une raison écologique/géographique: face à lépuisement des ressources forestières, lAngleterre a bénéficié dun avantage décisif, la proximité des sources de matières premières, en particulier le charbon, par rapport aux centres manufacturiers Londres, Birmingham, Manchester. Ni la Chine ni l'Inde nont eu cette chance; 2. une raison politique-économique: l'existence des colonies en Amérique du Nord et ailleurs (Antilles, Inde, Indonésie...) et dans une moindre mesure Amérique Latine, dont l'Inde et la Chine ne disposent pas non plus; 3. une troisième raison liée à la seconde, c'est la supériorité militaire/guerrière à partir du 16e-17e s. (que la Chine n'a pas développé alors qu'elle aurait pu le faire si elle ne s'était pas repliée au 15e s. sur son énorme territoire). L'Inde n'a vraiment jamais développé ce facteur.

69 Bibliographie AMIN, S. (1970), Laccumulation à léchelle mondiale, éditions Anthropos, Paris, 1971, 617 p. BAIROCH, P. (1993), Mythes et paradoxes de lhistoire économique, La Découverte/Poche, Paris 1999, 288 p. BAYLY, C.A., (2004), La naissance du monde moderne ( ), Les Editions de lAtelier/Editions Ouvrières, Paris, 2007, 862 pages BEAUD, M. (1981), Histoire du capitalisme de 1500 à 2000, Seuil, Paris, 2000, 437 p. BRAUDEL, F. (1979), Civilisation matérielle, économie et capitalisme. XVe-XVIIIe siècle. Paris, Armand Collin, tomes CHAUDHURY, S. ET MORINEAU M. (1999), Merchants, Companies and Trade: Europe and Asia in the Early Modern Era, Cambridge University Press, Cambridge COLOMB, C., La découverte de lAmérique I. Journal de bord , François Maspero, La Découverte, Paris, 1980, 235 p. COLOMB, C., La découverte de lAmérique II. Journal de bord , François Maspero, La Découverte, Paris, 1980, 225 p. DAVIS M. (2001), Génocides tropicaux, Catastrophes naturelles et famines coloniales. Aux origines du sous-développement, La Découverte, Paris, 2003, 479 p. GOODY Jack, Le Vol de lHistoire. Comment lEurope a imposé le récit de son passé au reste du monde, Gallimard, Paris, 2010, 487 p. GUNDER FRANK, A. (1977), Laccumulation mondiale , Calmann-Lévy, 1977, 340 p. LUXEMBOURG, R. (1913), Laccumulation du capital, tome II, François Maspero, Paris, 1967, 238p. MADDISON, A., (2001), Léconomie mondiale : une perspective millénaire, Centre de Développement de lOrganisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Paris, 2001, 403 p. MANDEL, E. (1972), Le Troisième âge du capitalisme, Les Editions de la Passion, Paris, 1997, 559 p. MARX, K. (1867), Le Capital, livre I, Œuvres I, Gallimard, La Pléiade, 1963, 1818 p. MEIKSINS WOOD, Ellen, Lorigine du capitalisme. Une étude approfondie, Lux, Montréal, 200, 314 p. NEEDHAM, J. et al. (1954–2000), Science and Civilisation in China, 50 grandes sections, plusieurs coauteurs, plusieurs volumes, Cambridge University Press, Cambridge. POLO, M., Le devisement du monde. Le livre des merveilles I, François Maspero La Découverte, Paris, 1980, POMERANZ, K. (2000), The Great Divergence, Princeton University Press, Princeton. SAHAGUN, F. B. de, Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne, François Maspero, Paris, 1981, 299p. SMITH, A. (1776), Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Flammarion, Paris, 1991, 2 t., 1168 p. SUBRAHMANYAM, S. (1997), The Career and Legend of Vasco de Gama, Cambridge University Press, Cambridge TOUSSAINT, Eric, La globalisation de Christophe Colomb et Vasco de Gama à aujourdhui » WALLERSTEIN, I. (1983), Le capitalisme historique, Editions La Découverte, Paris, 1996, 119 p.


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