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1 Contribution à un débat sur linteractivité Serge Bouchardon ASSUN, le 12 janvier 2006.

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1 1 Contribution à un débat sur linteractivité Serge Bouchardon ASSUN, le 12 janvier 2006

2 2 Introduction Un cas particulier de forme dinteractivité : la relation à une œuvre « interactive » Pas de théorie solide de linteractivité

3 3 Interactivité et interaction Adopter une conception restrictive de linteractivité : interaction : relation homme-homme interactivité : relation homme-machine

4 4 Formes et degrés de linteractivité Faut-il distinguer deux types d'interactivité : « l'interactivité technique, qui concerne l'interaction de l'homme avec l'interface, et l'interactivité humaine, qui concerne l'interaction des hommes entre eux, à travers la technique. » Pierre Morelli parle quant à lui dinteractivité simulée et dinteractivité réelle : « Lordinateur constitue-t-il un « partenaire automatisé » avec lequel le spect-acteur interagit (interactivité simulée) ou sagit-il dun moyen mis au service de linteraction de deux personnes différentes, par ordinateur interposé (interactivité réelle) ? »

5 5 Interactivité fonctionnelle : établit et gère le protocole de communication entre l'utilisateur et la machine. interactivité intentionnelle : concerne le protocole de communication entre l'utilisateur et l'auteur absent, mais présent à travers le logiciel. Source : Barchechath & Pouts-Lajus, Formes et degrés de linteractivité

6 6 Un livre peut-il être qualifié dinteractif ? (p. e. le jeu de languettes des Cent mille milliards de poèmes de Queneau) Quest-ce qui est interactif ? Cent mille milliards de poèmes : tout semble réuni pour qualifier ce livre d« objet interactif » appel à laction et à la manipulation du lecteur intervention sur la matière formelle de lœuvre formes de surface innombrables

7 7 Réponse : non, si lon considère que la communication interactive se spécifie par linterposition dun programme informatique entre lhumain et le système technique. Condition de possibilité de linteractivité : propriété du système technique informatique localisée dans la structure du programme informatique et non, de manière trop vague, dans le rapport homme-machine. (Le terme « interactivité, qui date de 1982, a dailleurs une origine clairement liée à linformatique) Interactivité et programme informatique

8 8 Lobjet imprimé des Cent mille milliards de poèmes : Objet ergodique* (exigeant travail et parcours), mais pas interactif, parce quentre lobjet et lhumain nul programme informatique ne sinterpose. * Espen Aarseth : lecture ergodique = lecture active, manipulatoire, kinesthésique Une œuvre interactive nest pas un objet, mais un opérateur - une couche logicielle, en loccurrence – qui peut faire des calculs logiques à la fois sur les matériaux composant lœuvre et sur leurs modalités daccès. Objet ergodique* vs dispositif interactif

9 9 Lobjet imprimé des Cent mille milliards de poèmes : Le matériau formel - les languettes prédécoupées et assemblées - assume en tant que forme matérielle la fonction programme (« inscrit à lavance »). Nul besoin de mode demploi. Le mode demploi exsude naturellement de la forme matérielle de lobjet, on peut dire quil afforde les mains et le cerveau du lecteur (l affordance étant la qualité dun dispositif à engendrer un type dusage de par sa conformation ergonomique : le manche du couteau incite ainsi à le tenir dans la main). Transparence de par sa matérialité d'objet directement manipulable, exprimant dans sa conformation le programme combinatoire dont il est dépositaire. Transparence de lobjet imprimé

10 10 Transparence à laquelle soppose la dissimulation structurelle de tout programme. Pour preuve de cette opacité congénitale de tout programme informatique, il suffit dobserver que les transpositions informatiques de lœuvre de Queneau mobilisent nécessairement des systèmes de commandes apparaissant à lécran sous forme de fenêtres, menus, roll over… La nécessité absolue de linterface est le pendant logique de lopacité, plus ou moins affirmée, de tout programme informatique. Opacité induite due à cette machine logique quest tout programme informatique. Opacité du programme informatique

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12 12 Interactivité = « dialogue avec un programme, lequel gère laccès à des données selon des actions humaines» (Weissberg). Distinguer condition de possibilité et forme phénoménale de linteractivité Linteractivité suppose ainsi une programmation informatique des interventions matérielles de linteracteur, ces interventions entraînant des « réponses » de lordinateur. On aboutit ainsi à une boucle de rétroaction programme-interacteur au sein dun dispositif. Caractéristiques : -couche calculatoire -opacité structurelle de tout programme informatique Définition

13 13 Quelles sont les actions proposées à linteracteur ? Accéder Manipuler Produire Ces actions seffectuent chacune sur trois matériaux différents : formes sémiotiques (texte, image, son, vidéo…) formats daffichage, ou encore de cadrage ou de fenêtrage (fenêtres, cadres…) formats informatiques (applications logicielles et fichiers) Actions et matériaux

14 14 Accéder forme sémiotique Linteracteur peut accéder à une forme sémiotique, cest-à-dire la faire apparaître dans lespace de la page-écran. Aux cotres furtifs, L.C. (anonyme), format daffichage Ce qui me passe par la tête, de Myriam Bernardi, 2002 : ( )http://www.cequimepasseparlatete.com format informatique Non-roman, de Lucie de Boutiny, : épisode 4, logiciel de messagerie Actions et matériaux

15 15 Manipuler forme sémiotique Incident of the last century, Grégory Chatonsky (1998): labyrinthe, arborescence, histoires & Histoire, après les médias Sous Terre, Grégory Chatonsky (2000) : fiction, participation, espace du commun et du monotone, anonymat They rule, Josh On (2004) : - Anonymes : - Julien dAbrigeon : I am that I am : - Michael Sellam : Devant les yeux : - Nicolas Clauss : Cinq ailleurs : - Le ciel est bleu : zoo : format daffichage Edward Amiga, de Fred Romano, format informatique Trajectoires, de Jean-Pierre Balpe, Actions et matériaux

16 16 Produire forme sémiotique - Luc DallArmellina : « e-cris » : dispositif de lecture-écriture :http://lucdall.free.fr/disposit/disposit.htmhttp://lucdall.free.fr/disposit/disposit.htm - Olivier Auber : « Générateur poétique » : site dinteraction collective temps réelhttp://poietic-generator.net/ - The apartment, Marek Walczak & Martin Wattenberg, 2001 : texte et espace, espace public/privé/réseau, méta-cartographiehttp://turbulence.org/Works/apartment/ format daffichage 24 heures dAdrien, de Pierre-Olivier Fineltin : format informatique - Metaorigines de Reynald Drouhin : - des frags de Reynald Drouhin mosaïque, image dans l'image, l'espace comme traduction, la traduction comme déplacement d'un point à un autre point sans résolution des hétérogènes - Adam project de Timothée Rolin : Actions et matériaux

17 17 Frontières du récit interactif Document hypertexte Accéder Jeu vidéo Simulation Manipuler Récit interactif Produire Net art Œuvre collaborative

18 18 Frontières du récit interactif Document hypertexte Accéder Jeu vidéo Simulation Manipuler Récit interactif Produire Net art Œuvre collaborative Récit cinétiqueRécit hypertextuel Récit collectif

19 19 Quest-ce qui change par rapport au dispositif du livre ? En quoi les actions sont-elles différentes dans un dispositif interactif ? Accéder pas dappréhension de la globalité (contrairement au livre) accès à une forme denregistrement (par exemple code HTML) distincte de la forme de réception, contrairement au livre dans lequel forme denregistrement et forme de réception sont identiques Shredder, Mark Napier (1998) : déconstruction spatiale du code et donc du fluxhttp://www.potatoland.org/shredder/ accès à dautres applications interférant avec le document (logiciel de messagerie…) accès « extra-documentaire » (les frontières du document sestompent) World Report, Grégory Chatonsky (2003) téléscripteur comme monde, traduction, rencontre entre deux mondes hétérogènes (RSS et Google)http://www.incident.net/works/world_report/ générativité du contenu La révolution a eu lieu à New York, Grégory Chatonsky ( ): traduction, dislocation du 09.11, récit, aléatoire Livre / dispositif interactif

20 20 Manipuler : accès à différents états dune même forme sémiotique (un précédent papier pourrait être le pop-up book ou le movable book) manipulation du format daffichage, à savoir les fenêtres (fermeture, redimensionnement, déplacement) confrontation spatiale de deux unités daffichage par la mise en regard de deux fenêtres Produire : input possible, contrairement au livre possibilité dafficher dynamiquement la production textuelle de linteracteur Livre / dispositif interactif

21 21 Dun point de vue esthétique, on adresse fréquemment deux types de critiques à linteractivité : Première critique : linteractivité nest quune liberté illusoire. Est dénoncé ici le piège d'un affranchissement surveillé considéré comme particulièrement pervers puisquen accordant quelques degrés de liberté, il laisserait entendre que linteracteur a désormais tout pouvoir. Critiques de linteractivité

22 22 Deuxième critique : linteractivité supprime la distance sacrée quexigerait tout rapport avec une œuvre (ex : joueur vidéo crispé sur ces manettes de tir). Distance sacrée = recueillement, respect, intériorisation silencieuse, contemplation, méditation… Il y aurait ainsi une opposition entre lactivité (notamment gestuelle) dans la réception et la situation artistique… Hypothèse : le geste interactif permet de fusionner action ET contemplation. Critiques de linteractivité


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