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LAutre: un ennemi?. Etude de cas Abdelkader 1807-1883 Hugues FRANCOIS Lycée J.F Champollion Lattes.

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1 LAutre: un ennemi?

2 Etude de cas Abdelkader Hugues FRANCOIS Lycée J.F Champollion Lattes

3 Photographie par Mayer & Pierson post 1860

4 Un homme en tenue traditionnelle, lémir Abdelkader sur une photographie postérieure à 1860 Un homme décoré du grand cordon de lordre de la Légion dHonneur Ladversaire le plus acharné des français lors de la conquête de lAlgérie qui ne se rendit quen 1847: un vaincu Un homme qui arbore la plus haute distinction française, reconnaissance de mérites éminents aux yeux de ceux qui la remettent: un ami de la France

5 Photographie dEtienne Cargat ( ) Différent Ennemi Prisonnier Ami? Dans les avatars de l'émir peut-on trouver quelques outils pour appréhender lautre?

6 Abdelkader: lautre, ennemi a vaincre « Mais nous sommes des guerriers Dans tous les combats nous avons abreuvé les lames blanches de nos sabres au sang des ennemis, et nos lances brunes ont attisé les feux de la lutte. Rappelez-vous, Français, comme nous avons chargé à Khanq-en-Nitha, tel des braves défendant leur étendard. Que de têtes, ce jour là, mon sabre a tranché tandis que ma lance semait des blessures mortelles!(…) Baïonnette à la main, un adversaire maffronta Je tenais à la main un pistolet dont le feu aurait pu rôtir un bélier. A ma vue il comprit quil allait mourir et voulut senfuir. Je labattis dun coup de sabre. Je chargeai contre les ennemis comme un Hachémite et ils burent le breuvage de la mort pour avoir suivi la fausse route (…) Nous sommes les fils de la guerre sans cesse renouvelée Cest une joie pour nous lorsquelle se lève, alors que nos ennemis hurlent de désespoir » Poème épique dAbdelkader, 1832, traduction Bruno Etienne

7 « Les habitants des régions de Mascara, des deux Ghéris, celui de lest et celui de louest, leurs voisins et alliés, les Beni Sokran, les Beni Abbas, les Yacoubia, les Beni Amer et les Beni Mahajer et dautres encore non dénommés sont unanimement convenus de me confier lautorité suprême de notre pays; en sengageant à me suivre dans la victoire comme dans la défaite, dans ladversité comme dans la prospérité et à consacrer leur personne, leurs fils et leurs biens à une cause qui est grande et juste. En conséquence, et bien que je men sois énergiquement défendu, jai accepté dassumer cette lourde tâche, dans lespoir de pouvoir être le moyen dunir la communauté des musulmans, déteindre leurs querelles intestines et dapporter une sécurité générale à tous les habitants de ce pays, de mettre fin à tous les actes illégaux perpétrés par les fauteurs de désordre contre les honnêtes gens, de refouler et de battre lennemi qui envahit notre territoire dans le dessein de nous imposer son joug » Déclaration dinvestiture dAbdelkader 21 novembre 1832 traduction B.Etienne

8 Lhomme est jeune, tout juste 24 ou 25 ans puisque les débats sont toujours ouverts sur sa date de naissance Cest un guerrier qui sexprime, un cavalier, un semeur de mort, Ladversaire est désigné, collectif ou individuel, chef de troupe ou au corps à corps lémir se bat Cest un chef politique les tribus se sont fédérées sous son nom et il entend assumer pleinement son pouvoir dans le cadre dune guerre sainte, le jihad est proclamé. Comment un homme si jeune a-t-il pu accéder à de si hautes fonctions?

9 Abdelkader: lettre aux français 1858 Réédition 2007 Phébus Libretto Lauteur se présente dans le respect des usages traditionnels Une généalogie qui se déploie dans toute son ampleur et qui montre quAbdelkader est un descendant du Prophète. Une légitimité essentielle pour prétendre à lexercice du pouvoir Un pouvoir dessence spirituelle car Abdelkader est un homme de Dieu tout autant quun guerrier

10 Kitâb sahîh muslim (« livre [ du recueil ]authentique de Muslim » ] Recueil des traditions relatives au Prophète Manuscrits arabes de la bibliothèque du duc dAumale provenant de la Smala dAbdelkader Reproduit dans « Abdelkader et lAlgérie au XIXème siècle », catalogue de lexposition du musée Condé, 2003

11 « Javais lintention détablir à Tagdempt [sa capitale fixe] une vaste bibliothèque mais Dieu ne men a pas donné le temps. Les livres que javais destinés à en former le commencement étaient dans ma Smala lorsque le fils du roi sen est emparé. Aussi ce fut une douleur ajoutée à mes douleurs de suivre votre colonne reprenant le chemin de Médéa, à la trace des feuilles arrachées aux livres qui mavaient coûté tant de peine à réunir » Abdelkader source: « Lémir Abd el-Kader », Alger, ministère de linformation et de la culture, 1974, p61 37 volumes manuscrits sont conservés à la bibliothèque du château de Chantilly. Ils forment un ensemble contenant les textes de base de lIslam, le Coran ainsi que les traditions relatives au Prophète, des textes théologiques mais aussi des textes mystiques et des ouvrages de droit. Il y a aussi des ouvrages traitant de la langue arabe mais aussi de poésie et un recueil scientifique contenant 6 essais scientifiques sur la définition de lheure. Cet ensemble devait constituer le noyau de la bibliothèque publique de lémir, base de données nécessaires à la bonne administration de létat quil a tenté de constituer mais aussi instrument de la réflexion dun intellectuel et dun savant

12 Un fils de famille noble maraboutique, la « noblesse de chapelet » Une formation intellectuelle poussée orchestrée par son père Mahi Ad-Din, mort en 1833,qui dirigeait une zâwiya, confrérie soufie, renommée près de Mascara; Abdelkader lui succède à la tête des Qadiriyya, son éducation ly a préparé. Une approche rigoureuse et mystique de lIslam au sein dune confrérie fondée au douzième siècle par Ibn-Arabi lui- même dorigine andalouse et mort à Damas en Lors de son premier pèlerinage en Orient ( ) Abdelkader se fait initier dans la confrérie orientale des Naqshbandiyya. Abdelkader est un guerrier mais surtout un maître spirituel, un soufi, un savant musulman face à des chrétiens, un homme au regard toujours tourné vers lest source de lIslam. Il est dune autre culture, dune autre tradition, dune autre religion. En 1832 il est reconnu comme Calife et Sultan par les tribus même sil ne prend que le titre démir. Que retenir de 15 ans de combat?

13 « La guerre avait duré depuis près de six ans et on peut se demander qui faut-il admirer davantage ou de mes intrépides et infatigables soldats ou lhomme qui tient tête à une armée de cent six mille hommes, glisse entre nos colonnes, frappe les tribus sur mes derrières, sur mes flancs, nous échappe au moment précis où il semble que lon a quà étendre la main pour le saisir, lasse nos troupes par de continuelles escarmouches et, fidèle à une invincible tactique, sattache à les réduire en détail, autant par lépuisement que par le feu » Texte écrit a posteriori par le maréchal Bugeaud nommé Gouverneur Général de lAlgérie le 22 février 1841 et responsable dune contre guérilla systématique. « Voilà, mon brave ami, comment il faut faire la guerre aux arabes! Tuer tous les hommes jusquà 15 ans, prendre toutes les femmes et les enfants, en charger les bâtiments, les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs; en un mot, anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens (…) » Extrait dune lettre écrite par Montagnac, jeune officier, à la tête des « voltigeurs de la mort » Deux documents extraits de « Abdelkader », Bruno Etienne, hachette pluriel

14 Une guerre qui alterne des phases de combat et des phases daccalmie avec les traités de 1834 et 1837 pendant lesquelles lémir entreprend de réorganiser les territoires placés sous son autorité entre le centre de lAlgérie actuelle et la frontière marocaine et ce malgré des difficultés récurrentes avec les tribus. Le traité de la Tafna est rompu, suite à lexpédition des « portes de fer » menée par les français. En février 1841, Bugeaud est nommé Gouverneur Général avec pour mission de mener à bien la conquête totale. Ses moyens sont sans cesse accrus. Des atrocités sont commises comme les « enfumades » du colonel Pélissier, un millier dhommes asphyxiés dans les grottes du Dhara auxquelles répond le massacre des prisonniers français détenus par les hommes de lEmir.

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16 Dans le temps même où elle se déroule la campagne dAlgérie fait lobjet dune mise en image. Chargé de la tâche le peintre Horace Vernet ( ) gloire de la peinture française et peintre officiel de la monarchie orléaniste. Cest à lui que le roi confie la décoration de ce qui allait devenir la « salle de la Smala » dans le prolongement de la « Galerie des Batailles » du château de Versailles transformé en musée. Après lépopée militaire du premier empire, il importe de monter que le régime né de la révolution de 1830 apporte aussi sa pierre à la grandeur nationale et de rendre un hommage appuyé à larmée que la paix en Europe laisse inoccupée et qui trouve en Algérie contre lémir Abdelkader un nouveau théâtre dopération Ces images témoignent elles aussi dun regard porté sur ladversaire? Peut on en identifier les principales caractéristiques?

17 Horace VERNET (1789, 1863) Combat de la Sickak. (6 juillet 1836) peinture à l'huile sur toile H 200 cm, L 153 cm Bugeaud La charge de cavalerie Les combattants arabes: une résistance vaine et désespérée, ils sont à pieds

18 Horace VERNET (1789, 1863) Combat de la Somah. (24 novembre 1836) peinture à l'huile sur toile H 200 cm, L 153 cm La marche inexorable de linfanterie française Limpossible résistance des cavaliers arabes Le cavalier dressé Le cavalier effondré

19 Horace VERNET (1789, 1863) Combat de l'Habrah. (3 décembre 1835) peinture à l'huile sur toile H 512 cm, L 713 cm Le duc dOrléans prince royal La charge triomphale Le repli dans les forets, la guérilla par avance perdue

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21 Trois images à lorganisation identique même si elle est inversée rendant à la fois hommage aux chefs et aux simples soldats, à la cavalerie et à linfanterie dans une action commune Une symétrie qui voit sopposer lordre français au désordre arabe et annonce la victoire inéluctable du premier dans un dynamique à laquelle ne manque ni le bruit, ni la fumée, ni la fumée. Cest là le talent du peintre de bataille A la lisibilité des uniformes et la cohérence des actions menées soppose lanarchie des comportements, le folklore des costumes traditionnels, loutrance des expressions. Tout oppose les adversaires. La discipline soppose à la prouesse vaine. Deux univers et deux époques qui se font face.

22 Horace Vernet, la prise de la smala dAbdelkader, 1844,salon de mètres de long sur 5 mètres de haut, musée national du château de Versailles, salle de la Smala, commande du roi Louis Philippe. Cest la pièce maitresse de lensemble

23 « Il apprit bientôt que la smala était la capitale mobile de lempire nomade dAbdelkader; quelle consistait en une agglomération de plus de quarante mille personnes; quelle renfermait tout ce que lémir avait de plus précieux, sa famille, ses archives, ses ateliers de réparations, ses provisions de guerre, ses troupeaux, enfin tous les instruments de sa puissance. Il la défendait avec ses réguliers, lescortait avec eux, et en avait confié la surveillance à son ami le plus sur, le plus fidèle, son calife, Mustapha ben Thami. Ce fut la première fois que larmée dAfrique entendit parler de la smala. Yusuf comprit immédiatement limportance de cette révélation et alla en faire part au prince » Général BARRAIL, compagnon darmes du duc dAumale, extrait de « Abdelkader et lAlgérie au XIXème siècle », Somogy 2003

24 'Vue panoramique de la smala d'Abd-el-Kader installée à Taguin et attaquée par les troupes du duc d'Aumale le 16 mai 1843 » (année 1847) de Siméon Jean Antoine Fort

25 Composition et installation de la smala dAbdelkader Archives du musée Condé, commandement de Médéa, « Quand javais planté ma tente, chacun savait la place quil devait occuper. Autour de moi javais trois ou quatre cents soldats de mon infanterie régulière et la cavalerie des Hachem dIghris qui métait particulièrement dévouée. Ce nétais pas une petite affaire que darriver à moi: non que je prisse des mesures pour ma sécurité personnelle. Je sentais que jétais nécessaire pour accomplir lœuvre de Dieu et je me fiais à lui pour fortifier et prolonger le bras qui portait Sa bannière » Abelkader, cité dans Bruno Etienne, Abdelkader, 2003

26 La tente dAbdelkader est au centre du camp comme au centre du monde Chef dune confrérie dinitiés soufis il a aussi conçu son campement comme une ville mobile, conciliant nomadisme et sédentarité Cette ville de tentes peut se lire aussi comme la référence à une cosmogonie organisée autour du maitre de la confrérie, détenteur du pouvoir mais aussi du Verbe et donc connaisseur du sens caché des textes sacrés (Cf. Bruno Etienne: Abdelkader) Un ordre existe bien, loin des représentations dHorace Vernet et du savoir des conquérants, mais cet ordre est autre. Le 16 mai 1843 les troupes du duc dAumale trouvent enfin la smala et sen emparent en labsence de lémir

27 La déferlante de la cavalerie française dans la partie gauche du tableau, conçu comme un panorama Toujours lordre et la discipline de larmée française

28 Le duc dAumale, fils de Louis Philippe Le désordre et la fuite dun campement surpris où ne manquent pas les détails exotiques

29 Dans les désordres du camp, le peintre met en œuvre des dévoilement et donne à voir à lamateur de peinture dhistoire les charmes de lautre… De quoi alimenter les fascinations et les fantasmes de lorientalisme ou lautre comme objet exotique et sexuel, le repos du guerrier?

30 La prise de la smala marque le début de la fin pour Abdelkader Il ne peut plus imposer son autorité aux tribus qui se soumettent face à la pression constante des armées françaises Il se réfugie régulièrement au Maroc doù il lance des raids et tente vainement de soulever la Kabylie en 1846 Les marocains, défaits à la bataille dIsly en 1841, et contraints par Bugeaud, maréchal en 1843, à ne plus le soutenir, deviennent aussi une menace pour lui. Il est contraint à la reddition le 23 décembre Lennemi est vaincu mais quel ennemi?

31 Augustin Régis ( ) Reddition dAbdelkader le 24 décembre x 0.56, Chantilly, musée Condé 23 décembre 1847 Abdelkader se rend au général de Lamoricière à condition dêtre envoyé librement à Saint-Jean dAcre ou à Alexandrie, en terre musulmane. Laccord est ratifié par le duc dAumale, gouverneur général de lAlgérie depuis le mois doctobre en remplacement du maréchal Bugeaud, sous réserve de laccord du roi et du gouvernement,. DAumale demande à lémir de revenir se rendre le lendemain en amenant son cheval. Le jardin de la place de Mers El-Kébir Les vainqueurs Aumale, Prince du sang Les vaincus Abdelkader, émir vaincu La jument de lémir remise au vainqueur Abdelkader remet son sabre, son pistolet et son cheval: « Je vous offre ce cheval pour qui javais une affection particulière, cest le dernier que jai monté et je dois maintenant men séparer. Jespère quil vous mènera vers le bonheur… » cité dans Abdelkader, Bruno Etienne. Ce tableau met en place les éléments dune iconographie de la soumission magnifique qui sappuie sur les références les plus classiques. La reddition dAbdelkader sinscrit dans une geste chevaleresque dont la grandeur rejaillit sur les vainqueurs

32 PELLERIN (imprimeur, éditeur) Epinal 2e quart 19e siècle Paris ; musée national des Arts et Traditions Populaires Une reddition folklorisée, la structure de limage est toujours binaire, les éléments faisant couleur locale sont ajoutés et doivent beaucoup à Horace Vernet, ordre et désordre s opposent encore mais les éléments fondamentaux sont là: Abdelkader sincline, son cheval aussi, le sabre du vaincu est au centre de limage Aumale, Prince du sang

33 Vignette cadeau: fin XIXème

34 Abd el-Kader raconté dans le journal Tintin en 1951 La dernière vignette de la série de neuf Reddition dAbdelkader source et date indeterminées

35 De 1847 à 1951,les mêmes éléments sont présents et servent de signes codés quelle que soit la nature de limage. Lennemi se soumet de la même façon et labandon volontaire du cheval et du sabre sinscrivent dans une tradition de la mise en scène de la défaite. Abdelkader vaincu sinscrit dans une longue lignée de représentations. Si Abdelkader est représenté de la même manière que Vercingétorix, lAlgérie devient une forme de guerre des Gaules inversée, Paris une nouvelle Rome est peut ainsi se déployer la rhétorique de la mission civilisatrice: lautre peut-il devenir un semblable dans une sorte de courbure de lespace temps? Si la continuité de la représentation dAbdelkader est perceptible, quen est il de Jules César? HP.Motte 1886

36 Cinq images DAumaleBugeaud Lamoricière Trois personnes Le duc dAumale disparait pour être remplacé par Bugeaud, ce qui est inexact et par Lamoricière qui reçut Abdelkader mais fit appeler le duc dAumale, Gouverneur Général. Il y a donc des ambigüités qui font apparaitre les discontinuités françaises.

37 Henri-Eugène- Philippe d'Orléans, duc d'Aumale ( ), par Franz Xavier Winterhalter (Versailles) Prince de la maison de France et quatrième fils du roi régnant.

38 Louis-Philippe et ses fils à cheval devant la grille du château de Versailles, par Horace Vernet ( Versailles) La volonté dinsérer la dynastie dans le passé (Versailles), de préparer lavenir (les princes) mais aussi de monter sa grandeur au présent (laventure algérienne), un régime qui veut se montrer solide…sous le pinceau de son peintre officiel.

39 Mais un régime balayé par la révolution de La famille royale est frappé dexil. Le duc dAumale demeure hors de France, principalement en Angleterre de 1848 à A Ton Tour Bonjour Philippe! Bonjour Abdelkader! Eh bien! Eh bien! Nous nous rencontrons justement comme le firent Charles X et le Dey dAlger en Cest vrai!

40 Président du conseil général de lOise Député à lassemblée Membre de lacadémie française Réintégré dans larmée en février 1872 Relevé de ses fonctions en 1874 par le ministère Ferry Victime de linterdiction faite aux princes dexercer des mandats électifs Rayé des cadres de larmée Expulsé de France suite à la loi du 22 juin 1886 Il fait don à la France de ses collections et du château de Chantilly, se rallie à la république mais nest autorisé à revenir quen 1889 Il meurt en 1897

41 « Abdelkader vient me faire ses adieux. Je ne puis cacher lémotion que me font éprouver la dignité et la simplicité de cet homme qui a joué un si grand rôle et qui a essuyé un si grand revers. Pas une plainte! Pas un mot de regret! Il na eu de paroles que pour me recommander ceux qui lavaient servi, pour massurer quil ne songerait plus quau repos » Lettre du duc dAumale au roi, 25 décembre 1847 Lautre nest plus un ennemi cest un vaincu mais un vaincu qui impressionne ses propres vainqueurs. Alors que les vainqueurs sont sur le point dêtre emportés par la révolution de 1848, Abdelkader est transféré en France avec sa famille.

42 Il fut prêtre et chevalier, chef spirituel et politique. Cest un combattant qui apparait comme un homme dhonneur aux yeux de ses vainqueurs. Sa légitimité démir est dynastique, religieuse, il occupe le sommet dune hiérarchie clairement établie. Peut-on y voir le représentant quasi parfait dune société dordre et de fonctions, dune aristocratie militaire et religieuse à la fois? Arabe, musulman et émir, il est le parfait chevalier, lidéal de noblesse auquel des membres de la famille royale française, puisant aussi ses racines dans lancien Régime, peuvent quelque part sidentifier. Par là, il cesse dêtre autre et devient la figure dun même idéal: le mythe de lorient comme image du paradis perdu et un Abdelkader reconstruit par limaginaire et la culture des français, quand ils sont princes en particulier

43 Portrait de l'émir Abd el-Kader, vers , par Stanislaw Chlebowski ( ). Ce tableau est la dernière acquisition du duc dAumale, le 1 er avril 1897, quelques semaines avant sa mort. Il a toutefois fait effacer le cordon de la légion dhonneur que portait lémir. « Ah! Non! Pas ça, il a fait tuer trop de mes soldats, sans parler de massacres de prisonniers qui sentaient le barbare » Henri dAumale

44 Carte postale représentant la Salle "Abd-el-Kader" au musée Condé avec la tente de l'émir Extérieur en toile de lin ou coton gris-belge ; intérieur avec bandes verticales de tissu alternativement rouges, vertes, jaunes, en toile de laine. Liens d'attache ; socles de bois à l'intérieur pour permettre le montage. 19eme siècle Chantilly, Musée Condé

45 Abdelkader: lautre, prisonnier exemplaire Toulon, fort Lamalgue (décembre 47- avril 48), Pau, château royal : 29 avril au 3 novembre 1848 Amboise, château royal: 8 novembre 1848 au 11 décembre 1852 Contrairement aux engagements pris Abdelkader est transféré puis détenu en France avec sa famille et sa suite pendant presque 5 ans. Pour lessentiel à Amboise. Quelle image de lui voit-on se construire pendant cette période?

46 "Votre commissaire [Émile Ollivier] est venu me voir. Il m'a informé que les Français, d'un seul accord, avaient aboli la royauté et décrété que leur pays serait désormais une république. Je me suis réjoui de cette nouvelle car j'ai lu dans les livres que cette forme de gouvernement a pour but de déraciner l'injustice et d'empêcher le fort de faire violence au faible. Vous êtes des hommes généreux et vous désirez le bien de tous; vos actes sont supposés être dictés par l'esprit de justice. Dieu vous a désignés pour être les protecteurs des malheureux et des affligés. Je vous tiens, par conséquent, pour mes protecteurs naturels. Ecartez le voile de la douleur qu'on a jeté sur moi. Je demande justice de vos mains. [...] Je me suis rendu de ma propre volonté libre Certains d'entre vous peuvent s'imaginer que, regrettant la solution que j'ai prise, je nourris encore l'intention de retourner en Algérie. Cela ne sera jamais. Je peux maintenant être compté parmi les morts. Mon seul désir est d'être autorisé d'aller à La Mecque et à Médine, pour y prier et adorer le Dieu Tout-Puissant jusqu'à ce qu'Il me rappelle à Lui." Lettre d'Abd el-Kader au gouvernement français, mars 1848 Une revendication constante de sa part: le respect des engagements de 1847 Une affirmation réitérée: lAlgérie appartient au passé

47 Abd el-Kader au Fort Lamalgue, par Pierre Letuaire Pierre Schlumberger, portrait d'Abd-el-Kader d'après nature dessiné durant sa détention à Pau 1848, Pau, musée national du château « En quittant Pau, je laisse un morceau de mon cœur ». Abdelkader

48 Stanislas GORIN Embarquement d'Abd-El-Kader à Bordeaux, Bordeaux ; musée des beaux-arts Entre Pau et Amboise lembarquement à Bordeaux

49 Portraits de l'Emir Abdelkader exécutés pendant sa détention au château d'Amboise en 1852 Miniatures de Maxime David ( ) m X 0.150m 0.265m X 0.115m 0.140m X 0.110m

50 Portrait dAbdelkader Ange Tissier 1852

51 Ange Tissier ( ) Abd-el-Kader représenté lors de sa détention au château d'Amboise en huile sur toile m X m Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon Un portrait grandeur nature, une image plusieurs fois employée par le peintre Un tableau postérieur à la libération de lémir

52 Plus rien ne demeure du guerrier Le marabout musulman narbore plus que son chapelet et son burnous blanc Une altérité revendiquée dans laffirmation dune foi Mais un dialogue noué avec de nombreux visiteurs

53 « Le dey sortit de la Casbah par une porte, tandis que les Français entraient par l'autre. Trois jours après, le canon des Invalides annonçait cette grande nouvelle à la France. Dix-neuf jours après, la fusillade de juillet éclatait dans les rues de Paris. Le dey, en visitant notre capitale, n'y trouva plus ses vainqueurs. Une autre dynastie, qui ne devait faire qu'apparaître, avait remplacé la dynastie du droit divin. C'est ainsi que, dix-huit ans plus tard, Abd-el-Kader devait, du château d'Amboise, assister à son tour à la chute de ses vainqueurs. Seulement, nous avons tenu nos promesses vis-à-vis du dey Hussein, tandis que nous avons manqué à tous nos engagements envers Abd-el- Kader. Comment les hommes qui nous gouvernent n'ont-ils pas songé que le château d'Amboise est le pendant de l'île Sainte- Hélène ? » Alexandre Dumas, Le Véloce ou Tanger, Alger et Tunis, Chapitre XLIX Le siège d'Alger, récit d un voyage fait en 1846 en Afrique du nord Abdelkader et la sensibilité romantique: de lennemi vaincu au personnage littéraire de lexilé prisonnier dans un monde qui nest pas le sien mais dont la prison royale met en valeur la grandeur irréductible et fascinante à la fois. Une altérité apprivoisée?

54 « Abdelkader, Je viens vous annoncer votre mise en liberté. Vous serez conduit à Brousse, dans les états du Sultan, dès que les préparatifs nécessaires seront faits, et vous y recevrez du gouvernement français un traitement digne de votre rang. Depuis longtemps, vous le savez, votre captivité me causait une peine véritable, car elle me rappelait sans cesse que le gouvernement qui ma précédé navait pas tenu les engagements pris envers un ennemi malheureux, et rien à mes yeux de plus humiliant pour le gouvernement dune grande nation que de méconnaître sa force au point de manquer sa promesse. La générosité est toujours la meilleure conseillère, et je suis convaincu que votre séjour en Turquie ne nuira pas à la tranquillité de nos possessions dAfrique. Votre religion, comme la notre, apprend à se soumettre aux décrets de la Providence. Or, si la France est maîtresse de lAlgérie, cest que dieu la voulu, et la nation ne renoncera jamais à cette conquête. Vous avez été lennemi de la France, mais je nen rends pas moins justice à votre courage, à votre caractère, à votre résignation dans le malheur; cest pourquoi je tiens à honneur de faire cesser votre captivité, ayant pleine foi dans votre parole. » Allocution du Prince-Président le 16 octobre 1852

55 Nouveau pouvoir, nouveau tournant, nouveau regard: Louis Napoléon et Abdelkader Laffirmation du pouvoir français sur lAlgérie: un élément de continuité par delà les vicissitudes politiques Un nouveau statut pour Abdelkader, pensionné du gouvernement français dans les états du Sultan et élément dune politique dans le bassin oriental de la Méditerranée. Un geste inaugural voulu par Louis Napoléon, à la veille de la restauration de lEmpire, une rupture avec le passé et la fin dun exil, celui des Bonaparte ou celui dAbdelkader?

56 LE PRINCE-PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE REND LA LIBERTE A ABD-EL-KADER.CHATEAU D'AMBOISE, 16 OCTOBRE 1852, ANGE TISSIER, m X 4.6m Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon Les images elles mêmes mettent en évidence cette évolution Si le face à face demeure il est marqué par la déférence et linsertion de nouveaux protagonistes La mère de lémir, ses enfants et sa suite: cest une dynastie qui sincline devant la grandeur française. Lhomme seul du portrait de 1853 est au centre dun groupe dont il est le chef

57 Les chefs arabes présentés au prince-président (ou la smala d'Abd el-Kader) Gide François Théophile Etienne ( ) 1852 huile sur toile m x m Ajaccio, musée Fesch

58 : " Je viens vous jurer, par les promesses et le pacte de Dieu, par les promesses de tous les prophètes et de tous les envoyés, que je ne ferai jamais rien de contraire à la foi que vous avez eue en moi... Jai été témoin de la grandeur de votre pays, de la puissance de vos troupes, de limmensité de vos richesses et de votre population, de la justice de vos décisions, de la droiture de vos actes, de la régularité de vos affaires ; tout cela ma convaincu que personne ne vous vaincra, que personne autre que le Dieu tout-puissant ne pourra sopposer à votre volonté. Jespère de votre générosité et de votre noble caractère que vous me maintiendrez près de votre cœur, alors que je serai éloigné, et que vous me mettrez au nombre des personnes ce votre intimité, car si je ne les égale pas par lutilité des services, je les égale par laffection que je vous porte. » Abdelkader à Louis Napoléon, Saint-Cloud, octobre 1852

59 Jean-Baptiste CARPEAUX ( ) La soumission d'Abd el-Kader à Saint-Cloud Lempereur reçoit Abdelkader au palais de Saint-Cloud, dessin préparatoire J.B Carpeaux Abdelkader à genoux embrasse la main de lempereur qui tend au dessus de lui un bras protecteur: Soumission volontaire contre protection, la forme dun hommage féodal et la référence à une image et à une gestuelle chevaleresque: Abdelkader un anachronisme vivant?

60 Des éléments de continuité dans toutes ces images, lautre est toujours celui qui se soumet. La forme de la soumission évolue, de contrainte, elle devient volontaire même si dans tous les cas elle demeure très largement personnelle. De lennemi défait au vassal fidèle, lautre nest que prétexte à laffirmation ostentatoire de la puissance puis de la magnanimité française La lecture de ces images sappuie sur des références proprement occidentales et lautre nest là que pour les faire plus clairement apparaitre et mettre en lumière les bontés ostentatoires des gouvernements français successifs

61 Octobre 1852 La politique intérieure française et son écho à létranger La mise en image du serment de fidélité pour le public anglais dans un magazine fondée en mai 1842 Tel quen lui- même lémir demeure…

62 4 decembre 1852 "Nous devons nous considérer aujourdhui comme Français, en raison de lamitié et de laffection quon nous témoigne. et des bons procédés quon a pour nous. » Lettre dAbdelkader au maire dAmboise pour demander lautorisation de voter Décembre 1852 Les algériens: sujets français Le régime plébiscitaire: pouvoir personnel et légitimité du suffrage Du sabre au bulletin de vote, de la reddition à la soumission puis à lintégration: la fin dun cycle?

63 Abdelkader: L'autre, ami, allié, protecteur De 1853 à 1855, Abdelkader et sa suite séjournent à Brousse en Anatolie dans lempire Ottoman A partir de 1855, Il sinstalle à Damas où il demeure jusquà la fin de sa vie avec sa famille, délivrant son enseignement et gérant ses biens Il devient aussi un notable de la ville puisquil appartient au conseil municipal et reste en étroites relations avec les représentants de la France mais aussi des autres puissances européennes.

64 Abd el-Kader arrive au secours des chrétiens à Damas, en 1860 image dEpinal

65 Le quartier chrétien de Damas après les émeutes de 1860 Épreuve sur verre, vers 1860 A gauche, le monastère des frères Lazaristes détruit source:

66 Pendant les émeutes de juillet 1860 à Damas lintervention dAbdelkader et de ses fidèles permet de sauver environ chrétiens parmi lesquels des religieuse et des enfants Cette intervention lui vaut la reconnaissance de la France et des chancelleries occidentales. Le 22 septembre 1860, lémir reçoit le Grand Cordon de la Légion dHonneur de la part de Napoléon III Cest le point de départ dune nouvelle hagiographie et dune nouvelle évolution des regards portés sur lémir

67 « 1. Rendu à la liberté par un acte généreux, l'ancien et vaillant ennemi de la France demeurait à Dansas, entouré dans son palais d'une petite cour de serviteurs fidèles, sous la protection de la France qui lui avait fait une pension. L'histoire de sa propre expérience lui avait révélé la supériorité de la civilisation chrétienne. Lutter contre elle lui semblait devoir amener la chute définitive de l'islamisme. Il demeura toujours profondément attaché à l'islam, dont il était un pontife; mais il apprit, par le contact avec les chrétiens, à admirer, à pratiquer même quelques-unes de leurs vertus, inconnues d'ordinaire aux musulmans, la charité, le dévouement, le respect de la parole jurée. Aussi dès le premier bruit de danger pour les chrétiens de Damas, n'hésita-t-il pas un instant sur ce qu'il devait faire. Il courut chez M. Lanusse, se mit, lui et ses cavaliers, à la disposition du consulat de France, et offrit sa maison à tous les chrétiens comme un refuge assuré. » Source: LES MASSACRES DE DAMAS. 9 juillet 1860 composé par un témoin oculaire, le R. P. Georges Angelil en 1860 et publié dans LES MARTYRS TOME XIV, Par le R. P. Dom H. LECLERCQ, TOURS 1922: Un homme courageux mais un protégé et un débiteur Un musulman qui se sait inférieur: des propos de Croisade… Un musulman christianisé par imprégnation Si Abdelkader a bien agi cest parce quil possède des vertus chrétiennes…

68 Louange à Dieu seul ! A sa grandeur le très estimé Louis Antoine Octave Pavy, évêque dAlger. (…) Votre lettre éloquente et votre brillant message me sont bien parvenus. Ce que nous avons fait de bien avec les chrétiens, nous nous devions de le faire, par fidélité à la foi musulmane et pour respecter les droits de lhumanité. Car toutes les créatures sont la famille de Dieu et les plus aimés de Dieu sont ceux qui sont les plus utiles à sa famille. (…) La loi de Mohamed est, parmi toutes les doctrines, celle qui montre le plus dattachement et donne le plus dimportance au respect de la compassion et de la miséricorde, et à tout ce qui assure la cohésion sociale et nous préserve de la dissension. (…) Je vous remercie pour vos prières à notre intention et votre bienveillance à mon égard. Avec mes salutations. Au milieu du mois de Moharam 1279 (10 ou 11 juillet 1862) Abdelkader Ben Mahieddine Une relation ancienne et pacifique avec les prêtres chrétiens mais laffirmation tout aussi déterminée de sa propre identité religieuse: un dialogue de sourds…

69 Très illustre émir « Partout où la vertu se produit avec éclat, partout où la tolérance et lhumanité ont été sauvegardées et glorifiées, les francs-maçons accourent pour acclamer et reconnaître celui qui, au prix des plus grands sacrifices, sait accomplir lœuvre de dieu sur la terre et prêter à lopprimé un appui tutélaire et désintéressé.(…) Voilà pourquoi, Très illustre émir, nous, membres de la loge maçonnique Henri IV, à lOrient de Paris, nous venons, après tant dautres, mais avec non moins dardeurs et de reconnaissance (…) offrir notre tribut dadmiration à celui qui, supérieur aux préjugés de caste et de religion, sest montré homme avant tout et na écouté que les inspirations de son cœur pour exposer un inexpugnable rempart aux fureurs de la barbarie et du fanatisme. Oui, vous êtes bien le représentant, le véritable type de cette vigoureuse nationalité arabe à laquelle lEurope doit en grande partie sa civilisation et les sciences qui léclairent. Vous avez prouvé par vos actes et la magnanimité de votre caractère que cette race na pas dégénéré et que si elle semble assoupie, elle peut se réveiller pour les grandes œuvres, aux évocations dun génie aussi puissant que le votre. » Orient de Paris, le 18 novembre 1860 de lère vulgaire Source Abdelkader, Bruno Etienne Une autre école de pensée se reconnait dans lémir: la Franc Maçonnerie, et voit en lui un déiste éminent Un homme libéré du fanatisme religieux, musulman en particulier Laffirmation naïve de forts préjugés: lémir une exception

70 « Je considère la Franc Maçonnerie comme la première institution du monde. A mon avis tout homme qui ne professe pas la foi maçonnique est un homme incomplet. Jespère quun jour les principes maçonniques seront répandus dans le monde entier. Dès lors tous les peuples vivront dans la paix et dans la fraternité » Abdelkader, château dAmboise, 28 aout 1865 lors de la réception de deux délégations maçonniques Lémir a effectivement rejoint la Franc-maçonnerie et a été initié dans un loge dAlexandrie avec la pleine approbation du Grand Orient de France Cest une forme dorganisation basée sur linitiation qui ressemble beaucoup à ses yeux aux confréries soufies et qui parait poursuivre des buts qui ne sont pas en contradiction avec sa foi, sa pratique religieuse et ses valeurs spirituelles; cest donc aussi pour lui un moyen de faire pénétrer lesprit qui lanime en occident Une nouvelle confusion du regard

71 Catholique ou franc-maçon le regard demeure chargé de préjugés tenaces qui, sils ne sont pas toujours explicites, conditionnent la relation à lautre Abdelkader naccède à la grandeur que parce quil a été imprégné de valeurs qui, au départ ne sont pas les siennes. Malgré sa constante affirmation de lui- même il demeure celui que lOccident a apprivoisé.

72 Portrait d'Abd el-Kader à cheval devant un décor de palmiers et d'agaves peint sur toile; Louis Jean Delton Paris 1865 La photographie pour perpétuer limage, le cheval et les décorations en plus…

73 Portrait d'Abd el-Kader avec son entourage, Louis Jean Delton, Paris 1865

74 Édouard Riou ( ) Inauguration du canal de Suez à Port-Saïd, le 17 novembre 1869

75 « Magnifique, généreux et sage seigneur, la lettre que vous mavez fait lamitié de mécrire, après votre visite aux travaux du canal de Suez, ma comblé de satisfaction et elle a produit un grand effet en Europe où elle a été publiée. Un témoignage aussi haut et aussi éclairé que le votre devrait, en effet, exercer la plus heureuse influence sur les esprits qui pouvaient encore douter de la réussite et de lutilité de la grande entreprise à laquelle vous avez donné une véritable considération musulmane orientale » F. De Lesseps (avril 1863) « Beaucoup de gens sensés du pays du Hedjaz et du Yémen viennent chez moi pour sinformer du canal de suez. Je leur démontre lutilité et le but de cette œuvre.. Alors il partent, priant Dieu den hâter lachèvement. (…) Nous prions Dieu de vous aider dans votre succès, afin que la vue de lœuvre accomplie fasse cesser la parole à son sujet. » Abdelkader (mai 1863) Source: Bruno Etienne, Abelkader Le soutien jamais démenti dAbdelkader au projet de F.de Lesseps, la dimension moderniste de son engagement et une fidélité à la parole donnée au gouvernement français en la personne de Napoléon III Abdelkader ou lautre comme allié et auxiliaire utile de la politique française dans le monde arabe

76 « Je déclare par ma langue et du fonds du cœur que personne ne saurait apprécier ma loyauté comme le gouvernement français qui me porte, à moi comme à mes enfants, le plus vif intérêt. Je suis donc fier de la bienveillance que me témoigne la France et je suis fier de lui être entièrement dévoué » Abdelkader 1881 « Je suis par Lui. Il est mon tout, Il est mon âme Tu es Lui le moi et Lui Toi […] Souviens-toi […] » Abdelkader Conclusion

77 Abdelkader, cest une altérité vaincue et apprivoisée mais cest aussi la progressive construction dun personnage par les yeux de ceux qui le regardent, le peignent où le décrivent Abdelkader cest une altérité effacée par un mythe, celui dun « Vercingétorix africain », dun gaulois doutre mer, un anachronisme héroïque que ses vainqueurs font par lépreuve entrer dans la modernité. Abdelkader cest un homme fidèle à sa parole et à sa Foi, constitutive de son identité darabe, de musulman et de mystique Abdelkader cest pour les gouvernements français du XIXème siècle, lautre tel quon le rêve sans jamais le reconnaitre…

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