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Éthique de l’utilité et de la conséquence

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Présentation au sujet: "Éthique de l’utilité et de la conséquence"— Transcription de la présentation:

1 Éthique de l’utilité et de la conséquence
L’UTILITARISME Éthique de l’utilité et de la conséquence Pierre Baribeau (2011)

2 DÉFINITION DE L’UTILITARISME
«L’expression « utilitarisme » désigne, d’après ses partisans, la doctrine selon laquelle « le bonheur » est le bien suprême de la vie. C’est donc le bonheur qui doit l’emporter (en cas de conflit de valeurs) sur la richesse, la liberté, l’égalité, etc. Il s’ensuit qu’en matière de morale et de législation, le critère suprême doit être le « bonheur de la communauté ». À toutes les époques, les hommes se sont interrogés sur les mœurs et les lois de leur pays : sont-elles bonnes ou mauvaises ? y en a-t-il des meilleures ? Mais, lorsque deux projets de loi sont en compétition, en règle générale aucun des deux n’est préférable de tous les points de vue. En matière de lutte contre une épidémie, par exemple, la législation la plus efficace du point de vue de la santé ne l’est pas nécessairement du point de vue de la liberté (puisqu’elle peut comporter des restrictions aux…»

3 DÉFINITION DE L’UTILITARISME
«…déplacements, l’obligation de se vacciner) ou de la richesse (puisqu’elle peut exiger des équipements et des examens coûteux, par exemple). Il faut donc faire appel à un bien suprême (ou critère ultime) pour trancher. Pour les utilitaristes, c’est le bonheur de la communauté. […] Des philosophes des lumières comme David Hume ( ) et Helvétius ( ) parlent à son propos du « principe d’utilité publique ». Hume, par exemple, écrit : « Nous devons chercher les règles qui sont, dans l’ensemble, les plus utiles et les plus bénéfiques […] Le point ultime vers lequel ces règles doivent toutes tendre, c’est l’intérêt et le bonheur de la société […] Même dans la vie de tous les jours, nous avons recours constamment au principe d’utilité publique » (Enquête sur les principes de la morale, 1751). Jeremy Bentham ( ), qui dit avoir rencontré…»

4 DÉFINITION DE L’UTILITARISME
«…l’expression pour la première fois chez Hume, a raccourci l’expression et l’appelle simplement « principe d’utilité » : «Sous l'appellation de principe d'utilité, car c'est sous ce nom que nous l'avons emprunté à David Hume … [nous] avançons le principe du plus grand bonheur en tant que critère du bien et du mal en matière de morale en général et de gouvernement en particulier .» L’utilitarisme est donc une notion fondamentale très ancienne. Comme le dit John Stuart Mill : « À toutes les époques de la philosophie, une de ses écoles a été utilitariste — non seulement depuis Épicure, mais bien avant » (Essai sur Bentham, 1838). L’erreur pourtant fréquente est d’en attribuer la paternité à Jeremy Bentham ou de présenter ce dernier comme le « grand philosophe » de l’utilitarisme. D’après ses disciples (Mill notamment), la place éminente que Bentham…»

5 DÉFINITION DE L’UTILITARISME
«…occupe dans l’histoire de cette doctrine est surtout justifiée par l’enthousiasme qu’il communiqua aux penseurs de son époque, en avançant non seulement une méthode (une manière d’appliquer le principe) mais aussi une foule de propositions en vue de réformer la société anglaise. […] Ce que soutiennent les utilitaristes n’est pas que chaque action doit être jugée individuellement en fonction de ses conséquences particulières mais qu’elle doit l’être selon les conséquences qu’elle tend à produire. Bentham le dit très clairement : « Une action est dite conforme au principe d'utilité [...] lorsque sa tendance à augmenter le bonheur de la communauté est plus grande que sa tendance à le diminuer » (An Introduction to the Principles of Morals and Legislation). Source:

6 L’UTILITARISME ET LES ANIMAUX
«À partir des années 1970, le mouvement social qui s’emploie à améliorer la condition animale a connu une mutation notable avec l’apparition d’un courant qu’on nommera ici « mouvement antispéciste » ou « mouvement pour l’égalité animale». Ce courant présente deux caractéristiques relativement nouvelles par rapport à la protection animale telle qu’elle se présente jusqu’alors : 1) Il affirme que le principe d’égalité (au sens de principe d’impartialité dans la prise en considération des intérêts ou des droits de chacun) doit s’appliquer à l’ensemble des êtres sentants et non pas aux seuls humains. 2) Il remet en cause de la plupart des usages que font les humains des autres animaux, en particulier l’usage alimentaire. Des philosophes et autres intellectuels ont joué un rôle …»

7 L’UTILITARISME ET LES ANIMAUX
«...déterminant dans l’émergence de ce courant, de sorte que des réflexions relevant de la philosophie éthique ont occupé une place importante dans l’argumentation antispéciste. C’est dans ce contexte que la distinction entre approches utilitaristes et non utilitaristes va jouer un certain rôle. On fournira quelques repères en la matière à travers l’évocation d’[un auteur] : Peter Singer. On se demandera ensuite si le positionnement à l’égard de l’utilitarisme constitue une ligne de division significative au sein du mouvement pour l’égalité animale. Il apparaîtra que cette distinction pèse finalement assez peu sur le terrain politique, ce qui nous amènera à proposer quelques éléments d’explication de cet état de fait. En 1975 paraît La libération animale de Peter Singer, un livre qui a eu un impact considérable tant sur le …»

8 L’UTILITARISME ET LES ANIMAUX
«...mouvement animaliste militant que sur les travaux consacrés à l’éthique animale. Or, Singer est un philosophe utilitariste. Il n’y a rien de surprenant à ce qu’un utilitariste investisse ce domaine. Ce qui l’est davantage, c’est qu’il ait fallu attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que la question de ce qui est dû aux animaux devienne centrale chez un représentant de ce courant. L’utilitarisme assimile le bien au bonheur ou à la satisfaction des préférences. De ce fait, l’ensemble des êtres susceptibles d’éprouver des plaisirs ou d’avoir des préférences sont inclus dans le cercle de la considération morale. Dans la recherche de la décision optimale, on doit accorder le même poids aux plaisirs ou aux préférences d’intensité comparable. Les caractéristiques présentées par ailleurs par les individus qui les éprouvent n’ont aucun rôle à jouer.»

9 L’UTILITARISME ET LES ANIMAUX
«L’utilitarisme est ainsi par construction une doctrine non spéciste : le fait que des êtres sentant appartiennent ou non à l’espèce humaine est un critère qui, en soi, n’a aucune pertinence éthique. […] Tant chez Bentham que chez Mill, on trouve l’affirmation selon laquelle ce n’est que par une discrimination injuste que les intérêts des animaux sont jugés moins importants que ceux des humains (quand ils sont similaires). Mais outre que chez eux des réflexions remarquables en côtoient d’autres qui en limitent la portée, on ne trouve pas chez les fondateurs de traitement systématique du sujet, ni de véritable programme de réforme, au-delà de l’adhésion à l’idée que la maltraitance des animaux devrait être punie par la loi. On comprend par différence pourquoi, sur la question animale, Singer est un auteur plus marquant que ses prédécesseurs.»

10 L’UTILITARISME ET LES ANIMAUX
Les raisons de la portée spécifique de l’œuvre de Singer: C’est la première fois qu’un philosophe utilitariste consacre plusieurs livres et articles à la question animale. Il ne s’agit pas chez lui d’une note en bas de page, ou d’une remarque incluse dans un ouvrage dont le propos est tout autre. En ce sens, Singer est le premier à prendre au sérieux une implication de l’éthique utilitariste que tous ont admise. Parallèlement à la réflexion éthique, Singer mène un travail d’enquête approfondi sur la façon dont sont traitées les bêtes. La moitié de La libération animale se situe sur le plan descriptif. Chiffres, images et explications à l’appui, Singer donne à voir les mutilations, l’enfermement, la détresse physique et psychologique extrême, subis par les animaux de laboratoire ou de ferme. On retrouve un travail d’enquête…

11 L’UTILITARISME ET LES ANIMAUX
Les raisons de la portée spécifique de l’œuvre de Singer: …du même ordre dans The Way We Eat, paru en Singer montre ainsi que la misère animale est la situation générale et non le résultat d’actes de cruauté exceptionnels ou de l’incompétence particulière de tel ou tel opérateur : notre société est organisée de telle sorte qu’elle impose le pire aux animaux. 3) Le projecteur est mis sur les utilisations les plus répandues des animaux, à commencer par la première d’entre elles : leur exploitation comme source de viande, lait ou œufs. 4) En ce domaine, l’auteur n’offre pas seulement une description du problème qui en fait mesurer l’ampleur. Il fournit aussi la prescription qui permet d’y remédier : cesser de consommer des produits animaux. Dans La libération animale, la …

12 L’UTILITARISME ET LES ANIMAUX
Les raisons de la portée spécifique de l’œuvre de Singer: …question fait l’objet d’un chapitre intitulé « Devenir végétariens ». Ce chapitre inclut nombre de conseils pratiques pour franchir ce pas, ainsi que des informations destinées à rassurer ceux qui croiraient le régime végétarien préjudiciable à leur santé. Tout cela reflète le processus par lequel Singer lui-même a été amené à réfléchir à la question. On rapporte qu’au début des années 70, alors qu’il est étudiant à Oxford, Singer s’attable à côté d’un condisciple végétarien. C’est en lui demandant ses raisons de ne pas manger de viande qu’il découvre un champ éthique qui l’occupera une grande partie de sa vie, et qui l’amènera à devenir végétarien lui-même. De façon moins anecdotique, on notera que Singer a côtoyé à cette époque…

13 L’UTILITARISME ET LES ANIMAUX
Les raisons de la portée spécifique de l’œuvre de Singer: …ce qu’on a appelé le « groupe d’Oxford », puis y a été inclus : un groupe comprenant à la fois les pionniers de la dénonciation de l’élevage industriel en Angleterre et des végétariens. Ainsi, bien que l’utilitarisme soit une doctrine particulièrement propice à l’affirmation d’un principe d’égalité animale, cela n’a conduit à un véritable programme d’éthique appliquée que combiné à d’autres ingrédients. Il a fallu d’une part le travail de rassemblement des données sur les faits. D’autre part, c’est la confrontation de Singer à la question de la légitimité de la viande qui a joué un rôle moteur dans sa propre réflexion et c’est cette question qui est devenue l’axe principal du mouvement de libération animale. Source:

14 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«La fin de la vie humaine suivant l'accord tacite de tous les hommes, c'est le bonheur. Voilà le bien suprême, celui auquel tous les autres biens doivent se rapporter et qui ne se rapporte à aucun. Mais en quoi consiste-t-il ? à quelles conditions peut-on l’atteindre ? Ici commencent les divergences de vue entre les différentes écoles philosophiques, et c'est sur ce point qu'on rencontre la plus grande originalité d'Épicure. Où place-t-il donc le souverain bien ? Quels sont les moyens qu'il nous otite pour l'acquérir, et quels sont les obstacles qu'il écarte de la route ? Répondre à ces questions, c'est donner un aperçu aussi complet que possible de la morale épicurienne. La nature seule doit juger de ce qui est conforme ou contraire à la nature. Dans les questions de fin, elle seule peut donner la réponse, la raison est muette, l'expérience seule possède les éléments de …»

15 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«…solution. A quoi bon se perdre dans des spéculations sans fin et s'enfoncer dans les abstractions de la métaphysique. Ce qui jaillit de l'être lui-même, ce que l'on constate en lui, ses tendances et ses aspirations, voilà ce qu'il faut étudier. Or que dit la nature quand on l'interroge sur la question de la destinée ? Quelle est sa réponse ? Il faut bien que la fin soit pour tous les êtres le plaisir, car à peine sont-ils nés que déjà, par nature et indépendamment de la raison, ils se plaisent dans la jouissance, ils se révoltent contre la peine. C'est la nature dans sa pureté et dans son intégrité qui juge dans l'animal, car le plaisir l'attire bien avant que les hasards de la vie aient altéré sa nature. Et n'allez pas croire qu'elle nous trompe, cette nature dont nous répétons la voix et dont nous traduisons les ordres. Quand elle agit avant tout calcul de la raison, elle ne saurait…»

16 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«…nous tromper. Où il n'y a aucun raisonnement, il n'y a aucune erreur, or chez tous les êtres, l'objet que poursuit la nature, c'est le plaisir, il est donc la fin naturelle de tous les êtres, le souverain bien. Pourquoi l'homme échapperait-il à cette loi ? pourquoi ferait-il exception à cette tendance qui sort des choses elles-mêmes ? Aucune raison ne nous autorise à placer l'homme en dehors de l'ordre commun ; bien plus, sa nature le pousse au plaisir comme elle poussait l'animal ; tous ses mouvements, tous ses actes se rapportent à cette fin. Le plaisir est donc pour lui aussi le souverain bien. Cela se sent comme on sent la chaleur du feu, comme on voit la blancheur de la neige et que l'on goûte la douceur du miel. Il suffit d'avoir des sens et d'être chair pour placer là le suprême bonheur. L'hésitation n'est pas possible, la voix de la nature est claire.»

17 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«Nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie heureuse; nous savons qu'il est le bien premier et naturel ; si nous choisissons ou repoussons quelque chose, c'est à cause du plaisir ; nous courons à sa rencontre, discernant tout bien par la sensation comme règle.» Le plus grand des biens est de vivre dans la volupté car la volupté voilà le seul but auquel notre esprit puisse s’arrêter. La douleur voilà l'unique objet de nos craintes et de nos chagrins. Ainsi le veut la nature ; par la volupté seule elle nous attire ; elle ne nous repousse que par la douleur. Comment ne pas accorder dès lors que le plaisir est le souverain bien de l'humanité? L'homme n'est donc pas, à ce point de vue, différent de l'animal. Sans doute sa raison pourra confirmer les données des sens ; certains épicuriens l'affirment: "Nos sens, disent-ils, ne sont pas les seuls juges de ce qui …»

18 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«…est bon et de ce qui est mauvais ; l'esprit, la raison nous font aussi connaître que, par elle-même, la volupté est désirable et la douleur un objet d'aversion." Mais de toute manière, la fin est identique. Nous allons nous en convaincre davantage en voyant ce qu'Épicure entend par plaisir. Demande-t-on ce que veulent dire au juste ces mots de plaisir et de volupté, Épicure n'hésite pas à répondre: « Le principe et la racine de tout bien, c'est le plaisir du ventre.» Il ne peut concevoir d'autre jouissance que le plaisir sensible, le plaisir de la chair. Le premier mot de la morale épicurienne est donc : "Le plaisir est le seul bien" ; le second, c'est que par là il faut entendre la volupté physique la grossière jouissance des appétits matériels, le bien-être de l'estomac. Qu'on le remarque, il ne s'agit pas là d'une simple formule échappée à quelque épicurien de …»

19 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«…second ordre, ou d'une boutade sans importance, ou d'une calomnieuse invention imaginée par les adversaires nombreux de l'école ; c'est au contraire une des thèses les plus essentielles de l'épicurisme. Pour Épicure tout ce qui touche le corps sans le flatter ou l'irriter est indifférent. « Je ne conçois pas en quoi peut consister le bonheur, je ne comprends plus le vrai bien si j’écarte les plaisirs que produit le goût, si j'écarte ceux que le chant procure à l’ouïe, si j'écarte les impressions agréables que la beauté des formes procure à la vue ; si je retranche toutes les sensations qui nous viennent par les organes du corps. On ne peut pas dire que les plaisirs de l'âme soient les seuls biens désirables, car j'ai toujours vu l’âme heureuse de la perspective des choses que je viens de nommer et de l'espoir d'en jouir sans mélange de douleur. »

20 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«Il ajoute plus loin : « J'ai souvent demandé à ceux qu'on appelle des sages ce qu'il leur resterait de biens si les plaisirs des sens étaient retranchés. Je n'ai jamais pu obtenir de leur part que de vaines paroles.» Épicure ne conçoit pas d'autres plaisirs ; il avait défini la volupté, le souverain bien, « un état paisible et harmonieux du corps»; il ira plus loin, il y ramènera tout ce qui est noble et grand : « Les choses sages et excellentes, dit-il, ont relation avec ce plaisir. » Sans lui, les vertus ne seraient plus ni louables ni désirables. La pensée et la science n'ont de valeur et ne se justifient qu'autant qu'elles mènent à la jouissance, et la philosophie elle-même qu'est-elle autre chose, nous l'avons vu, qu'une énergie qui par des discours et des raisonnements procure la vie bienheureuse, c'est-à-dire la vie voluptueuse?»

21 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«Il n'y a donc qu'un seul plaisir, le plaisir du corps ; tous les autres s'y rapportent et n'en sont que des variétés. Cependant on entend parler parfois dans l'école des "plaisirs de l'âme", y aurait-il donc là un second genre de jouissance et que faut-il entendre par là ! Épicure admet, en effet, des plaisirs de l'âme. Les sens ont leur volupté, l'esprit n'en sera pas complètement privé, lui aussi jouira. Il aura sa classe particulière de bonheur. Sur ce point le fondateur de l'épicurisme se séparait de son maître Démocrite, il rentrait dans la grande lignée des philosophes moralistes, tout en ménageant par ce moyen plusieurs perfectionnements à l'hédonisme vulgaire. […] Cette théorie des plaisirs de l'âme permet d'abord à Épicure d'introduire dans la morale hédoniste le principe de l’utilité. Le plaisir est le bien sans doute, mais encore faut-il ne pas…»

22 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«…l'accepter de la même façon dans les différentes circonstances de la vie ; encore serait-il prudent de faire un choix parmi les plaisirs, on trouverait peut-être là le moyen de jouir davantage. Aristippe, le fondateur de l'école de Cyrène, et le maître d'Épicure en morale, prétendait que tous les plaisirs se valent, que l'un n'est pas plus sensible que l'autre; et il mettait sa conduite en conformité avec ses principes. Sans doute il conseille au sage de conserver son indépendance en se tenant au-dessus des événements, mais par cette vertu il entend une souplesse d'allures et une facilité de mœurs qui se fait à toutes les situations et en profite le mieux possible. Voici en quoi doit consister la conduite du sage ; le plaisir du moment présent seul est le bien, il faut donc le saisir quand il se présente. En dehors de cette jouissance actuelle et positive, de ce plaisir…»

23 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«…en mouvement, comme il l'appelle, il n'y a pas de bonheur possible pour l'homme, c'est donc là, sa fin et le terme de ses aspirations. Épicure maintient le principe fondamental de l'école cyrénaïque ; il place, comme elle, le souverain bien dans la volupté. Mais il ne suffit pas d'assurer le bien du moment, il veut un bien plus stable, c'est la béatitude de toute la vie qu'il entreprend d'organiser, et non pas seulement la jouissance passagère d'un fugitif instant. En effet, l'expérience en est témoin, la nature humaine, capable de souvenir et d'anticipation, ne borne pas ses pensées au moment qui s'écoule, et les sentiments qui s'étendent à l'avenir et au passé entrent pour une plus large part que les sensations et les jouissances présentes dans le tissu du bonheur ou du malheur. Il ne suffit donc pas simplement de saisir la volupté au vol …»

24 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«…sans se soucier de la veille ni du lendemain. Dès lors il importe de considérer la suite de ses actes. C'est le principe de l'utilitarisme qui s'installe en morale. Certains plaisirs sont suivis d'intolérables douleurs ; certaines douleurs produisent le plaisir ; dans ces conditions, il importe de calculer les suites de l'un et de l'autre ; il faut s'abstenir des jouissances qui amèneraient après elles une peine plus grande et embrasser les douleurs qui conduiraient à un plus grand plaisir. Toute douleur est un mal, et pourtant toute douleur n'est pas toujours à fuir, précisément parce qu'elle peut nous valoir des jouissances supérieures. Le calcul et la prévoyance deviennent les grands instruments de la félicité. "Nous en usons avec le bien, à certains moments, dit Épicure, comme avec le mal, et de nouveau nous nous servons du mal comme d'un bien."

25 INSPIRATION ÉPICURIENNE
«[…] l'absence de la douleur est aussi pour nous une volupté très grande. Dès que la douleur se retire, nous éprouvons de la joie. Or tout ce qui nous inspire la joie est volupté, comme tout ce qui blesse est douleur. C'est donc avec raison que le nom de volupté a été donné à l'éloignement d'une douleur quelconque... Voilà pourquoi Épicure n'admet pas de milieu entre la douleur et la volupté, et cette absence de toute sensation pénible que quelques-uns ont regardée comme intermédiaire, il en fait, lui, non seulement un plaisir, mais un plaisir extrême." […] Le bonheur de l'homme réside donc tout entier dans le plaisir, et par là il faut entendre le plaisir physique de l'estomac, la jouissance grossière du ventre. […] L'homme a la faculté de se souvenir et parmi les images du passé, il peut à son gré écarter celles qui lui sont pénibles et accueillir celles qui lui sont agréables.»

26 SCIENCE DE LA MORALE THÉORIE
Jeremy Bentham «Toute loi qui aura pour objet le bonheur des gouvernés, devra tendre à ce qu'ils trouvent leur intérêt à faire ce dont elle leur impose le devoir. En saine morale, le devoir d'un homme ne saurait jamais consister à faire ce qu'il est de son intérêt de ne pas faire. La morale lui enseignera à établir une juste estimation de ses intérêts et de ses devoirs ; et en les examinant, il apercevra leur coïncidence. On a coutume de dire qu'un homme doit faire à ses devoirs le sacrifice de ses intérêts. Il n'est pas rare d'entendre citer tel ou tel individu pour avoir fait ce sacrifice, et on ne manque jamais d'exprimer à ce sujet son admiration. Mais en considérant l'intérêt et le devoir dans leur acception la plus large, on se convaincra que dans les choses ordinaires de la vie, le sacrifice de l'intérêt au devoir n'est ni praticable, ni même beaucoup à désirer ; que ce…»

27 SCIENCE DE LA MORALE THÉORIE
«…sacrifice n'est pas possible, et que s'il pouvait s'effectuer, il ne contribuerait en rien au bonheur de l'humanité. Toutes les fois qu'il s'agit de morale, il est invariablement d'usage de parler des devoirs de l'homme exclusivement. Or, quoiqu'on ne puisse établir rigoureusement en principe, que ce qui n'est pas de l'intérêt évident d'un individu, ne constitue pas son devoir, cependant on peut affirmer positivement qu'à moins de démontrer que telle action ou telle ligne de conduite est dans l'intérêt d'un homme, ce serait peine perdue que d'essayer de lui prouver que cette action, cette ligne de conduite, sont dans son devoir. Et cependant c'est ainsi qu'ont procédé jusqu'à présent les prédicateurs de morale. « Il est de votre devoir de faire cela. Votre devoir est de vous abstenir de ceci ; » et l'on avouera que de cette manière, la tâche du moraliste n'est…»

28 SCIENCE DE LA MORALE THÉORIE
«…pas difficile. Mais pourquoi est-ce mon devoir ? Voici quelle sera à peu près la réponse à cette question : « Parce que je vous l'ai ordonné, parce que c'est mon opinion, ma volonté. - Oui, mais si je ne me conforme pas à votre volonté - Oh! dans ce cas, vous aurez grand tort ; ce qui veut dire : Je désapprouverai votre conduite. » Il est certain que tout homme agit en vue de son propre intérêt ; ce n'est pas qu'il voie toujours son intérêt là où il est véritablement ; car, par là, il obtiendrait la plus grande somme de bien-être possible ; et si chaque homme, agissant avec connaissance de cause dans son intérêt individuel, obtenait la plus grande somme de bonheur possible, alors l'humanité arriverait à la suprême félicité, et le but de toute morale, le bonheur universel serait atteint. La tâche du moraliste éclairé est de démontrer qu'un…»

29 SCIENCE DE LA MORALE THÉORIE
«…acte immoral est un faux calcul de l’intérêt personnel, et que l’homme vicieux fait une estimation erronée des plaisirs et des peines. S'il n'a fait cela, il n'a rien fait ; car, comme nous l'avons dit plus haut, il est dans la nature des choses, qu'un homme s'efforce d'obtenir ce qu'il croit devoir lui procurer la plus grande somme de jouissances. […] Il serait, certes, grandement à désirer que quelque moraliste bienfaisant prit les animaux sous sa protection, et revendiquât leurs droits à la protection des lois et à la sympathie des hommes vertueux. Ce vœu est peut-être prématuré aujourd'hui qu'une portion considérable de la race humaine est encore exclue de l'exercice de la bienfaisance, et traitée comme des animaux inférieurs ; non comme des personnes, mais comme des choses. Les animaux, il est vrai, n'ont qu'une puissance d'action fort limitée sur la sensibilité…»

30 SCIENCE DE LA MORALE THÉORIE
«…humaine, que peu de moyens de faire éprouver à l'injustice et à la cruauté le châtiment qui leur est dû, et moins encore de donner à l'homme, par la communication du plaisir, la récompense de son humanité et de ses bienfaits. Nous leur ôtons la vie, et en cela nous sommes justifiables ; la somme de leurs souffrances n'égale pas celle de nos jouissances : le bien excède le mal. Mais pourquoi les tourmenter ? Pourquoi les torturer ? Il serait difficile de dire par quelle raison ils seraient exclus de la protection de la loi. La véritable question est celle-ci : « Sont-ils susceptibles de souffrances ? Peut-on leur communiquer du plaisir ? Qui se chargera de tirer la ligne de démarcation qui sépare les degrés divers de la vie animale, en commençant par l'homme, et descendant de proche en proche jusqu'à la plus humble créature capable de distinguer la…»

31 SCIENCE DE LA MORALE THÉORIE
«…souffrance de la jouissance ? La distinction sera-t-elle établie par la faculté de la raison ou celle de la parole ? Mais un cheval ou un chien sont, sans comparaison, des êtres plus rationnels et des compagnons plus sociables qu'un enfant d'un jour, d'une semaine ou même d'un mois. Et en supposant même qu'il en fût autrement, quelle conséquence en tirer ? La question n'est pas : Peuvent-ils raisonner ? peuvent-ils parler ? mais : Peuvent-ils souffrir ? […] Mais, de tous les êtres sensibles, les hommes sont ceux qui nous touchent de plus près et qui doivent nous être le plus chers. […] La bienveillance effective est ou positive ou négative. Elle s'exerce par l'action ou par l'abstinence d'action. Elle a pour objet ou une augmentation de plaisir ou une diminution de peines. Pour qu'elle opère d'une manière positive, par la production du plaisir, il faut posséder…

32 SCIENCE DE LA MORALE THÉORIE
«…tout à la fois la puissance et la volonté. Quand elle opère négativement en s'abstenant d'agir, la volonté est seule nécessaire. Il y a des limites à la puissance de l'action bienveillante ; il n'y en a pas à la puissance de l'abstinence bienveillante, et l'abstinence d'action peut comporter une quantité de vertu ou de vice égale à celle que comporte l’action elle-même. […] Il est triste de penser que la somme de bonheur qu'il est au pouvoir d'un homme, même du plus puissant, de produire, est petit comparée à la somme de maux qu'il peut créer par lui-même ou par autrui ; non que, dans la race humaine, la proportion du malheur excède celle du bonheur ; car la somme du malheur étant limitée en grande partie par la volonté de celui qui souffre, il a presque toujours à sa disposition des moyens d'alléger ses maux.»

33 SCIENCE DE LA MORALE THÉORIE
«Qu'est-ce que le bonheur ? C'est la possession du plaisir avec exemption de peine. Il est proportionné à la somme des plaisirs goûtés et des peines évitées. Et qu'est-ce que la vertu ? C'est ce qui contribue le plus au bonheur, ce qui maximise les plaisirs et minimise les peines. Le vice, au contraire, c'est ce qui diminue le bonheur et contribue au malheur. La première loi de notre nature, c'est de désirer notre propre bonheur. Les voix réunies de la prudence et de la bienveillance effective se font entendre et nous disent : Travaillez au bonheur des autres ; cherchez votre propre bonheur dans le bonheur d'autrui. […] De quoi se composera la somme du bonheur total, si ce n'est des unités individuelles ? Ce que demandent la prudence et la bienveillance, la nécessité en fait une loi. La continuation de l'existence elle-même dépend du principe de la personnalité.»

34 PLAISIR ET PEINE, BIEN-ÊTRE ET MAL-ÊTRE
«Tout plaisir est un bien et doit être recherché; de même toute peine est un mal, et doit être évitée. Quand, après avoir goûté un plaisir, on le recherche, cela seul est une preuve de sa bonté. Tout acte qui procure du plaisir est bon, toutes conséquences à part. Tout acte qui procure du plaisir sans aucun résultat pénible est un bénéfice net pour le bonheur ; tout acte dont les résultats de peine sont moindres que ses résultats de plaisir, est bon jusqu'à concurrence de l'excédant en faveur du bonheur. […] La valeur des peines et des plaisirs peut être estimée par leur intensité, leur durée, leur certitude, leur proximité et leur étendue. Leur intensité, leur durée, leur proximité et leur certitude regardent les individus. Leur étendue concerne le nombre des personnes placées sous leur influence. Ce que certaines de ces qualités ont en plus, …»

35 PLAISIR ET PEINE, BIEN-ÊTRE ET MAL-ÊTRE
«…peut contre-balancer ce que certaines autres ont en moins. […] La tâche du moraliste est donc d'amener dans les régions de la peine et du plaisir toutes les actions humaines, afin de prononcer sur leur caractère de propriété et d'impropriété, de vice ou de vertu. Et effectivement, en examinant la chose, on trouvera que depuis l'origine du monde, les hommes ont souvent, d'une manière imperceptible et en dépit d'eux-mêmes, appliqué ce critérium utilitaire à leurs actions, au moment même où ils le décriaient avec le plus d'acharnement. […] Un plaisir est plus ou moins pur, selon qu'il est plus ou moins mélangé de peines qui le contrebalancent ; une peine est plus ou moins pure, selon qu'elle est plus ou moins accompagnée de plaisirs qui la contrebalancent. […] Il est désirable, nécessaire même, de trouver un mot qui représente la …»

36 PLAISIR ET PEINE, BIEN-ÊTRE ET MAL-ÊTRE
«…balance des plaisirs et des peines, en tant que réparties sur une partie considérable de l'existence de l'homme. Le mot bien-être désignera la balance en faveur des plaisirs ; Mal-être, la balance en faveur des peines. La quantité de bien-être dépend de la sensibilité générale, sa qualité de la sensibilité particulière, en ce sens, que certaines sources de plaisir et de peine nous affectent d'une manière plus sensible que d'autres. Mais avec une somme convenable d'attention et d'observation, chacun de nous pourra connaître le caractère de la sensibilité individuelle. Elle se manifeste à autrui par la contenance, le geste, les manières, la conduite actuelle ou subséquente ; mais aucun indice ne sera aussi complet, aucun témoignage aussi direct que celui de nos propres sentiments. Chaque homme est plus compétent que tout autre à juger de ce qui convient à…»

37 BUT DES ACTIONS «…son propre bien-être : il serait donc absurde de prescrire l'observation de la même ligne de conduite invariablement dans les mêmes occasions, sans tenir compte de la sensibilité particulière de chaque individu. […] Si l'acquisition du plaisir est réellement l'objet intense, constant et unique de nos efforts, si la constitution même de notre nature exige qu'il en soit toujours ainsi, s'il en est ainsi dans toutes les occasions, on peut demander quelle utilité il y a à parler encore de morale, et quel but nous nous proposons dans cet ouvrage ? Pourquoi exciter un homme à faire ce qui est l'objet constant de ses efforts ? […] Parce que la réflexion mettra l'homme à même d'estimer avec plus d'exactitude la conduite qui doit laisser après elle les plus grands résultats de bien. Il se pourra que, cédant à des impressions immédiates, il soit disposé à suivre une ligne de…

38 BUT DES ACTIONS «…conduite donnée, dans la vue d'assurer son bien-être ; mais un examen plus calme et plus large lui montrera que, somme toute, cette conduite ne serait ni la meilleure ni la plus sage, parce qu'il lui arrivera quelquefois de découvrir que le bien le plus proche serait surpassé par un mal plus éloigné, mais qui s'y rattache ; ou que, pour un moindre plaisir abandonné maintenant, il obtiendrait dans l'avenir un plaisir plus grand. […] L'intelligence et la volonté concourent également au but de l'action. La volonté ou l'intention de chaque homme est dirigée vers l'obtention de son bien-être. La Déontologie est appelée à éclairer l'intelligence, en sorte qu'elle puisse guider la volonté dans la recherche du bonheur, en mettant à sa disposition les moyens les plus efficaces. La volonté a toujours le but en vue. C'est à l'intelligence à corriger les aberrations de la volonté…»

39 APPLICATION DE LA SCIENCE DE LA MORALE
«…là où la volonté emploie des instruments autres que les plus convenables. La répétition d'actes, soit positifs, soit négatifs, c'est-à-dire, d'actes de commission ou d'abstention, ayant pour objet la production de la plus grande balance accessible de plaisir, et étant judicieusement dirigés vers ce but, constitue la vertu habituelle. […] Le principe de l'utilité, ou plutôt le principe de la maximisation du bonheur, a cet avantage sur tous les autres, que toutes les fois que des opinions divergentes, qui reconnaissent l'autorité d'un autre principe, viennent à s'accorder, c'est sur le terrain de l'utilité que se conclut cet accord. Lorsqu'elles ont entre elles un point d'union ou d'harmonie, c'est là qu'il se manifeste. Lors même que des hommes s'accordent à reconnaître une certaine autorité, comme un livre, une loi, on trouvera plus de difficulté…»

40 APPLICATION DE LA SCIENCE DE LA MORALE
«…à leur faire adopter à cet égard une interprétation commune, que s'il s'agit d'une question soumise à la loi déontologique. Que dans une occasion donnée, on invoque, comme la seule règle de rectitude, soit les articles d'un code, ayant l'autorité pour base, et s'éloignant entièrement de l'application du critérion utilitaire, soit le texte d'un livre de morale; et l'on verra que ceux qui reconnaissent l'autorité du code ou du livre, seront bien moins unanimes dans leurs suffrages, que ne le serait le même nombre d'individus qui, prenant l'utilité pour règle fondamentale, auraient à émettre une décision sur le point en question. Et en effet, sous l'influence de l'impulsion aveugle et instinctive, les hommes, depuis l'origine du monde, ont été dans l'habitude de consulter le principe de la maximisation du bonheur; et toutes les fois qu'ils ont agi…»

41 APPLICATION DE LA SCIENCE DE LA MORALE
«…raisonnablement, ce principe a été leur guide. Ils l'ont suivi sans se douter de son existence; comme lorsque le ciel est voilé de nuages, les hommes marchent à la clarté du jour, sans attribuer ce jour qui les éclaire à l'astre caché à leurs regards. […] Nous avons fréquemment rappelé le principe général. La morale est l'art de maximiser le bonheur. Ses lois nous prescrivent la conduite dont le résultat doit être de laisser à l'existence humaine, prise dans son ensemble, la plus grande quantité de bonheur. Or, la plus grande quantité de bonheur doit dépendre des moyens, des sources ou des instruments par lesquels les causes de bonheur sont produites, ou les causes de malheur évitées. […] Pour ce qui est de l'application de ces principes à la pratique, comme ils portent sur toutes les choses de la vie, sur les événements de chaque jour, de chaque…»

42 APPLICATION DE LA SCIENCE DE LA MORALE
«…existence individuelle, et comme ces événements sont variés à l'infini dans leur caractère, il est évident que tout ce que nous pouvons faire c'est d'établir des règles générales, et de donner quelques exemples à l'appui. Ces exemples seront comme ces lampes dont la flamme, bien qu'exiguë, étend au loin sa sphère lumineuse. Dans tout l'édifice moral, il y a unité, simplicité, symétrie; chaque partie fait comprendre toutes les autres; chaque fragment donne le caractère, la mesure du tout. Une fois qu'on quitte le cercle du vague et du dogmatisme, tout est harmonieux dans le code moral, qui ne comprend qu'un très petit nombre d'articles, lesquels sont applicables à tous les cas possibles, et résolvent toutes les questions discutables. […] L'énergique activité du sentiment bienveillant n'a pas de fondement plus solide que la dépendance mutuelle de …»

43 APPLICATION DE LA SCIENCE DE LA MORALE
«…chaque homme à l'égard d'un autre, ou de tous les autres membres de la famille humaine; et c'est dans cette dépendance qu'il faut chercher le contrôle à opposer aux affections malfaisantes; car si ni la haine, ni l'amour, ne produisaient de réaction, si un homme pouvait exercer sur les autres son mauvais vouloir sans être payé de retour par leur mauvais vouloir; et, d'autre part, s'il prodiguait ses affections sympathiques en pure perte, sans éveiller une réciprocité de sympathie en sa faveur, le lien qui unit la prudence à la bienfaisance n'existerait plus. Si un homme inflige de la peine à un autre, soit par ses paroles, soit par ses actes, il est dans la nature des choses que cet autre s'efforce de lui infliger une peine en retour. […] La conclusion pratique de tout ceci est évidente; c'est que nous ne devons infliger de peines de…»

44 APPLICATION DE LA SCIENCE DE LA MORALE
«…quelque espèce que ce soit, et à qui que ce soit, que dans le but de produire un bien plus qu'équivalent, bien manifeste, évident et appréciable dans ses conséquences. Le bien, si c'est du bien, profitera à quelqu'un, à une ou plusieurs personnes; à vous qui avez infligé la peine, à celui à qui la peine a été infligée, ou à des tiers, soit individuellement, soit en général. Le vœu de la prudence et de la bienveillance, à cet égard, est péremptoire. Il faut que le bien prédomine, qu'il y ait un excédant de bien. […] De tous les systèmes de morale présentés à la sanction du genre humain, lequel est plus honorable à ses défenseurs que le système déontologique ? Irréprochable, il ne demande point de grâce, il n'a point de défauts cachés que doive recouvrir le vernis du sophisme, point d'inexplicables mystères à abriter sous l'égide de l'autorité.»

45 APPLICATION DE LA SCIENCE DE LA MORALE
«Il contient en lui même les éléments de son perfectionnement; il ne met aucune barrière aux investigations de ceux qui sont disposés à suivre la vérité et la vertu dans le labyrinthe moral où le préjugé, et l'intérêt plus fort que le préjugé, peuvent les avoir conduits. Nul ne doit rougir d'avouer en toute occasion son désir d'être gouverné dans toute sa conduite par les doctrines de l'utilité; en faisant cette déclaration, il peut d'avance compter sur la sympathie d'un grand nombre; car on ne saurait nier que la sanction morale ne soit réellement basée sur la reconnaissance de ces doctrines. Le code déontologique règle et harmonise l'opinion populaire, qui est toujours prête à accorder à sa voix une obéissance spontanée. C'est la loi de la société, coordonnée et résumée systématiquement, avec quelques légères altérations nécessaires à l'harmonie et à…»

46 APPLICATION DE LA SCIENCE DE LA MORALE
«…l'unité du tout. Mais lorsqu'un système de morale propose à l'homme un degré de perfection supérieur à celui auquel il peut avoir des motifs de s'élever, ce système est faux et sans consistance. Si la conduite qu'il propose aux hommes en général n'est, dans la nature même des choses, praticable qu'à un petit nombre d'individus, ce système est faux et sans consistance. S'il propose à l'homme une ligne de conduite à suivre, qu'il ne lui est pas possible de suivre, vers laquelle il n'est porté par aucune sanction de plaisir, par aucune menace de peine, si, en un mot, il demande à l'homme de faire plus qu'il ne lui est possible de faire, ce système est faux et sans consistance. […] Ce qui peut le mieux servir les intérêts de la morale, c'est l'habitude de comparer les conséquences des actions, de peser leurs résultats de peine et de plaisir, et…»

47 APPLICATION DE LA SCIENCE DE LA MORALE
.«…d'évaluer au total le profit ou la perte du bonheur humain. Le plus habile moraliste sera celui qui calculera le mieux, et l'homme le plus vertueux celui qui appliquera avec le plus de succès un calcul juste à la conduite. […] La portion véritablement pratique de la morale consiste à conduire les ressorts de nos actions, et à diriger les affections vers l'accroissement de la félicité humaine. Ces affections, comme nous l'avons souvent répété, sont, ou personnelles, ou sociales, ou dissociales; chacune se rapportant au plaisir et à la peine, et agissant sur les intérêts, les motifs, les désirs et les intentions. La question de vertu et de vice est presque en toute occasion représentée par un mal présent ou un bien présent, mis en regard d'un bien et d'un mal à venir. Quand le résultat final est bien calculé, il y a moralité; quand le calcul est faux, il y a immoralité.»

48 CE QU’EST L’UTILITARISME
John Stuart Mill «Faisons juste une remarque sur la bévue des ignorants qui supposent que ceux qui considèrent l’utilité comme le critère du bien et du mal utilisent le terme dans son sens étroit et juste familier, auquel cas l’utilité serait opposée au plaisir. Nous devons des excuses aux philosophes qui s’opposent à l’utilitarisme d’avoir semblé, même un instant, les confondre avec quiconque serait capable d’une méprise aussi absurde, d’autant plus absurde que l’accusation contraire de ramener tout au plaisir, et cela sous sa forme la plus grossière, est un autre reproche courant contre l’utilitarisme. […] Ceux qui connaissent la question savent que tous les auteurs qui, d’Epicure à Bentham, ont soutenu la théorie utilitariste, entendaient par utilité non quelque chose qui s’oppose au plaisir mais le plaisir lui-même en même temps que…»

49 CE QU’EST L’UTILITARISME
«…l’exemption de la souffrance ; et, bien loin d’opposer l’utile à l’agréable ou au plaisant, ces auteurs ont toujours déclaré que l’utilité signifiait, entre autres choses, ces choses-là. Pourtant, le gros du troupeau – et j’y mets aussi les auteurs, non seulement ceux qui écrivent dans les journaux et les périodiques mais aussi ceux qui font de gros livres prétentieux – fait constamment cette erreur, superficiel qu’il est. S’emparant du terme utilitariste sans rien en connaître à part le son du mot, ces individus lui font signifier le fait de rejeter ou de négliger le plaisir dans certaines de ces formes, le plaisir de la beauté, le plaisir des agréments ou le plaisir des distractions. Mais le terme n’est pas seulement mal appliqué par ignorance pour dénigrer, mais aussi occasionnellement pour complimenter, comme si la théorie impliquait une supériorité sur la frivolité…»

50 CE QU’EST L’UTILITARISME
«…des simples plaisirs de l’instant. Et cet usage perverti est le seul populaire et le seul que la nouvelle génération trouve pour se former une idée de l’utilitarisme. Ceux qui ont introduit le mot et qui ont cessé pendant de nombreuses années de l’utiliser comme une appellation distinctive peuvent bien estimer qu’ils sont appelés à le reprendre si, en faisant cela, ils peuvent espérer le sauver d’une totale dégradation. La croyance qui accepte comme fondement de la morale l’utilité ou le principe du plus grand bonheur soutient que les actions bonnes le sont en proportion de leur tendance à favoriser le bonheur et que les mauvaises le sont en tant qu’elles tendent à produire le contraire du bonheur. Par bonheur, il faut entendre le plaisir et l’absence de souffrance et par malheur il faut entendre la souffrance et l’absence de plaisir. Pour donner une vision…»

51 CE QU’EST L’UTILITARISME
«…claire du critère moral établi par la théorie, il faudrait en dire davantage, en particulier dire quelles choses sont comprises dans les idées de plaisir et de souffrance et dans quelle mesure la question demeure ouverte. Mais ces explications supplémentaires n’affectent pas la conception de la vie sur laquelle cette théorie morale se fonde, à savoir que le fait d’éprouver du plaisir et d’être affranchi de la souffrance est la seule chose désirable comme fin, et que toutes les choses désirables (qui sont aussi nombreuses dans l’utilitarisme que dans tout autre système) le sont soit par le plaisir qui leur est inhérent, soit comme moyens pour favoriser le plaisir et empêcher la souffrance. […] Quand ils ont été ainsi attaqués, les épicuriens ont toujours répondu que ce n’étaient pas eux mais leurs accusateurs qui représentaient la nature…»

52 CE QU’EST L’UTILITARISME
«…humaine sous un jour aussi dégradant puisque l’accusation suppose que les êtres humains ne soient pas capables d’autres plaisirs que ceux dont les porcs sont capables. Si cette supposition était juste, le chef d’accusation ne pourrait être nié mais les épicuriens ne seraient plus responsables car, si les sources de plaisir étaient précisément les mêmes chez les humains que chez les porcs, la règle de vie assez bonne pour les uns serait assez bonne pour les autres. La comparaison de la vie épicurienne avec la vie des bêtes est ressentie comme dégradante précisément parce que les plaisirs des bêtes ne satisfont pas la conception que les hommes se font du bonheur. Les êtres humains ont des facultés plus élevées que les appétits animaux et, une fois qu’ils en sont conscients, ils ne considèrent pas que quelque chose peut leur donner le…»

53 CE QU’EST L’UTILITARISME
«…bonheur si ce quelque chose n’inclut pas leur satisfaction. A vrai dire, je ne crois pas que les épicuriens aient été irréprochables quand ils ont tiré du principe utilitariste tout leur système et ses conséquences. Pour le faire d’une manière correcte, de nombreux éléments stoïciens aussi bien que chrétiens seraient nécessaires. Mais on ne connaît aucune conception épicurienne de la vie qui n’attribue pas aux plaisirs de l’intelligence, aux sentiments, à l’imagination et aux sentiments moraux une valeur beaucoup plus haute que celle des plaisirs de la simple sensation. On doit de toute façon admettre que les auteurs utilitaristes, en général, ont considéré que les plaisirs mentaux sont supérieurs aux plaisirs corporels surtout parce que les premiers sont plus constants, plus sûrs et moins coûteux que les seconds, autrement dit cette…»

54 CE QU’EST L’UTILITARISME
«…supériorité tient pour eux aux avantages circonstanciels des plaisirs plutôt qu’à leur nature intrinsèque. […] la fin ultime par rapport à laquelle et en vue de laquelle toutes les autres choses sont désirables (que nous considérions notre propre bien ou celui d’autrui) est une existence exempte, autant que possible, de souffrances et aussi riche que possible en jouissances, aussi bien du point de vue de la quantité que du point de vue de la qualité ; le critère de la qualité et la règle pour la mesurer en la distinguant de la quantité étant la préférence de ceux qui, dans les occasions données par l’expérience, à quoi il faut ajouter les habitudes de conscience de soi et d’introspection, sont les mieux pourvus des moyens de comparaison. Cette fin, étant selon l’opinion utilitariste la fin de toute action humaine, est nécessairement aussi le…»

55 CE QU’EST L’UTILITARISME
«…critère de la morale, morale qu’on peut donc définir ainsi : les règles et les préceptes de la conduite humaine, par l’observation desquels une existence telle qu’elle a été décrite peut être, dans la plus large mesure, assurée à tous les hommes mais aussi, autant que la nature des choses le permet, à toutes les créatures douées de sensation. […] les utilitaristes ne cessent jamais de réclamer la morale du dévouement personnel comme une propriété qui leur appartient d’aussi bon droit qu’aux stoïciens ou aux transcendantalistes ! La morale utilitariste reconnaît aux êtres humains le pouvoir de sacrifier leur plus grand bien pour le bien d’autrui. Elle refuse seulement d’admettre que le sacrifice soit bon en lui-même. Un sacrifice qui n’augmente pas ou ne tend pas à augmenter la somme totale de bonheur, elle le considère comme perdu.»

56 CE QU’EST L’UTILITARISME
«Le seul renoncement personnel qu’elle approuve, c’est le dévouement au bonheur ou à certains des moyens du bonheur d’autrui, c’est-à-dire soit de l’humanité prise collectivement, soit des individus dans les limites imposées par les intérêts collectifs de l’humanité. […] Dans la règle d’or de Jésus de Nazareth, nous trouvons tout l’esprit de la morale utilitariste. Faire ce que nous voudrions qu’on nous fît et aimer notre prochain comme nous-mêmes constitue la perfection idéale de la morale utilitariste. Comme moyens pour se rapprocher de cet idéal, l’utilitarisme demande que les lois et l’organisation sociale mettent le bonheur ou (comme on peut l’appeler dans la pratique) l’intérêt de chaque individu autant que possible en harmonie avec l’intérêt du tout ; et, deuxièmement, que l’éducation et l’opinion, qui ont un pouvoir si important sur le…»

57 CE QU’EST L’UTILITARISME
«…..caractère humain, usent de ce pouvoir pour établir dans l’esprit de chaque individu un lien indissoluble entre son bonheur personnel et le bien du tout […] Les défenseurs de l’utilitarisme se trouvent aussi souvent appelés à répondre à des objections telles que celle-ci : on n’a pas le temps, avant d’agir, de calculer et de peser les effets d’une ligne de conduite sur le bonheur général. C’est exactement comme si quelqu’un disait qu’il est impossible de régler sa conduite sur le christianisme parce qu’on n’a pas le temps, quand il faut faire quelque chose, de lire tout l’Ancien et tout le Nouveau Testaments. La réponse à cette objection est que les hommes ont eu amplement le temps par toute la durée passée de l’espèce humaine. Pendant tout ce temps, les hommes ont appris par expérience à quoi tendent les actions humaines et c’est de cette expérience que dépendent toute la prudence et toute la moralité de la vie.»

58 SANCTION ULTIME DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«Quel que soit le critère que l’on suppose, on demande souvent et à juste titre : quelle est sa sanction ? Quels sont les motifs de lui obéir ? Ou, plus spécifiquement : quelle est la source de son obligation ? D’où tire-t-il sa force d’obligation ? C’est une nécessaire partie de la philosophie morale que de fournir la réponse à cette question qui, quoique prenant fréquemment la forme d’une objection contre la morale utilitariste – comme si elle lui était plus spécialement applicable qu’aux autres doctrines – se pose réellement à l’égard de tous les critères. […] Le principe d’utilité a – ou il n’y a aucune raison pour qu’il ne puisse pas les avoir – toutes les sanctions qui appartiennent à tout autre système moral. Ces sanctions sont soit extérieures, soit intérieures. Il n’est pas nécessaire de parler longtemps des sanctions extérieures.»

59 SANCTION ULTIME DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«Elles sont l’espoir de plaire ou la crainte de déplaire à nos semblables et au Souverain de l’univers, avec tout ce que nous pouvons avoir de sympathie ou d’affection pour eux ou d’amour et de crainte envers Lui, ce qui nous incline à faire selon sa volonté indépendamment des préoccupations égoïstes des conséquences. Il n’y a évidemment aucune raison pour que ces motifs d’obéissance ne soient pas liés à la morale utilitariste aussi complètement et aussi puissamment qu’à tout autre morale. En vérité, ceux d’entre eux qui concernent nos semblables sont assurément de ce type en proportion de la somme d’intelligence générale car, qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas un autre fondement de l’obligation morale, les hommes désirent effectivement le bonheur et, quelque imparfaite que puisse être leur propre pratique, ils désirent et louent toute conduite…»

60 SANCTION ULTIME DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…d’autrui envers eux-mêmes qui puisse selon eux favoriser leur bonheur. Pour ce qui est des motifs religieux, si la plupart croient, comme ils le proclament, en la bonté de Dieu, ceux qui pensent que le fait de favoriser le bonheur général est l’essence ou même seulement le critère du bien doivent nécessairement croire que c’est aussi ce que Dieu approuve. Donc, toute la force des récompenses et des punitions extérieures, qu’elles soient physiques ou morales, qu’elles proviennent de Dieu ou de nos semblables, avec tout ce que les capacités de la nature humaine admettent de dévotion ou de dévouement à l’égard de Dieu et de nos semblables, tout cela sert à renforcer la morale utilitariste dans la mesure où on la reconnaît, et cela d’autant plus puissamment que le système éducatif et la culture générale tendent à ce but.»

61 SANCTION ULTIME DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«Cela suffit pour les sanctions extérieures. La sanction intérieure du devoir, quel que puisse être notre critère du devoir, est une et toujours la même, un sentiment dans notre propre esprit, une douleur plus ou moins intense qui accompagne la violation du devoir, qui naît dans les natures d’une culture morale convenable qui, dans les cas les plus sérieux, reculent devant cette violation comme devant une impossibilité. Ce sentiment, quand il est désintéressé et qu’il est lié à l’idée pure du devoir et non à quelque forme particulière du devoir ou à l’une des circonstances simplement accessoires, est l’essence de la Conscience, quoique, dans ce phénomène complexe tel qu’il existe en réalité, le simple fait soit en général entièrement recouvert par des associations collatérales qui viennent de la sympathie, de l’amour, et encore plus de la peur, de toutes…»

62 SANCTION ULTIME DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…les formes de sentiments religieux, des souvenirs d’enfance et de toute notre vie passée, de l’estime de soi, du désir de l’estime d’autrui et, occasionnellement, du sentiment de sa propre humiliation. Cette extrême complication, je le crains, est l’origine de cette sorte de caractère mystique qui, par une tendance de l’esprit humain dont il y a bien d’autres exemples, tend à être attribué à l’idée d’obligation morale et qui conduit le peuple à croire qu’il n’est pas possible, par une supposée loi mystérieuse, que l’idée s’attache à d’autres objets que ceux qui l’éveillent dans notre expérience actuelle. Quoi qu’il en soit, sa force d’obligation consiste dans un sentiment massif dans lequel il faut faire une brèche pour faire ce qui viole notre critère du bien, sentiment que, si nous violons néanmoins le critère, nous devrons affronter ensuite sous la forme du remords.»

63 SANCTION ULTIME DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«Quelle que soit notre théorie de la nature ou de l’origine de la conscience, c’est en cela qu’elle consiste essentiellement. La sanction ultime de toute morale (les motifs extérieurs mis à part) étant donc un sentiment subjectif dans notre propre esprit, je ne vois rien qui puisse embarrasser ceux dont le critère est l’utilité quand on leur pose la question : quelle est la sanction de ce critère particulier ? Nous pouvons répondre que c’est la même que celle de tous les autres critères moraux, la conscience morale des hommes. Indubitablement, cette sanction n’a aucune force d’obligation pour ceux qui ne possèdent pas les sentiments moraux auxquels elle fait appel. Mais ces personnes n’obéiront pas plus à un principe moral autre que le principe utilitariste. Sur eux, aucune morale n’a de prise, sinon par des sanctions extérieures.»

64 SANCTION ULTIME DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«En attendant, ces sentiments existent, c’est un fait de la nature humaine, leur réalité et le grand pouvoir qu’ils sont capables d’exercer sur ceux qui ont été convenablement éduqués sont prouvés par l’expérience. Aucune raison n’a jamais été mise en avant pour montrer que ces sentiments ne peuvent pas être cultivés à un degré aussi fort avec l’utilitarisme qu’avec d’autres règles morales. […] si, comme je le crois personnellement, les sentiments moraux ne sont pas innés mais acquis, ils ne sont pas pour cette raison moins naturels. Il est naturel à l’homme de parler, de raisonner, de construire des cités, de cultiver la terre, quoique ce soient des facultés acquises. A vrai dire, les sentiments moraux ne sont pas une partie de notre nature au sens où ils seraient présents à un degré perceptible chez nous tous.»

65 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«Nous avons déjà remarqué que les questions des fins suprêmes n’admettent pas de preuves au sens ordinaire du terme. L’incapacité de prouver par le raisonnement est commune à tous les premiers principes : aux prémisses de notre connaissance comme à celles de notre conduite. Mais les premières, portant sur des choses de fait, peuvent être susceptibles d’un appel direct aux facultés qui jugent des faits, à savoir nos sens et notre conscience intérieure. Peut-on en appeler aux mêmes facultés sur les questions des fins pratiques ? Ou par quelle autre faculté peut-on en prendre connaissance ? Les questions sur les fins peuvent se ramener à cette question : quelles sont les choses désirables ? La doctrine utilitariste affirme que le bonheur est désirable et que c’est la seule chose désirable en tant que fin, toutes les…»

66 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…autres choses n’étant désirables que comme moyens pour atteindre cette fin. Que doit-on exiger de cette doctrine – quelles conditions doit-elle remplir – pour que l’on admette cette proposition ? La seule preuve qu’un objet est visible, c’est que quelqu’un le voit effectivement. La seule preuve qu’un son est audible, c’est que quelqu’un l’entend et il en est de même des autres sources de notre expérience. De la même manière, je crains que la seule évidence qu’il soit possible de produire pour prouver qu’une chose est désirable est que quelqu’un la désire dans les faits. Si la fin que la doctrine utilitariste se propose n’était pas, en théorie comme en pratique, reconnue comme une fin, rien ne pourrait jamais convaincre une personne qu’elle en est une. Pourquoi le bonheur général est-il désirable ? On ne peut donner comme raison que le fait que…»

67 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…chaque personne, dans la mesure où elle croit pouvoir atteindre son propre bonheur, le désire. Comme il s’agit cependant d’un fait, nous avons non seulement toutes les preuves que le cas admet mais aussi toutes celles qu’il est possible d’exiger pour soutenir que le bonheur est un bien, que le bien de chaque personne est un bien pour cette personne et que le bonheur général est donc un bien pour l’ensemble de toutes les personnes. Le bonheur a établi son droit à être l’une des fins de la conduite et, par conséquent, l’un des critères de la moralité. Mais cela seul ne prouve pas que c’est le seul critère. Pour le prouver, il semblerait nécessaire, par la même règle, de montrer non seulement que les gens désirent le bonheur mais aussi qu’ils ne désirent jamais autre chose. Or il est manifeste qu’ils désirent en fait des choses qui, dans le…»

68 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…langage courant, se distinguent nettement du bonheur. Par exemple, ils ne désirent pas moins réellement la vertu et l’absence de vice que le plaisir et l’absence de douleur. Le désir de vertu n’est pas aussi universel mais il est un fait aussi authentique que le désir de bonheur. C’est pour cette raison que les adversaires du critère utilitariste estiment qu’ils ont le droit d’inférer qu’il y a d’autres fins de l’action humaine que le bonheur et que le bonheur n’est pas le critère de l’approbation et de la désapprobation. Mais la doctrine utilitariste nie-t-elle que les gens désirent la vertu ou soutient-elle que la vertu n’est pas une chose à désirer ? Tout au contraire. Elle soutient non seulement que la vertu est à désirer mais aussi qu’elle doit l’être pour elle-même, de façon désintéressée. Quelle que puisse être l’opinion des utilitaristes sur les conditions…»

69 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…originelles qui ont fait que la vertu est vertu et même s’ils croient – et ils le croient effectivement – que les actions et les dispositions ne sont vertueuses que parce qu’elles favorisent une autre fin que la vertu, pourtant, cela étant accordé et ayant décidé, à partir des considérations de cette description, ce qui est vertueux, non seulement ils placent la vertu à la tête des choses qui sont bonnes comme moyens pour la fin suprême mais aussi reconnaissent comme un fait psychologique la possibilité qu’elle soit pour l’individu un bien en soi sans considération d’une autre fin ; et ils soutiennent que l’esprit n’est pas dans un état convenable, n’est pas dans un état conforme à l’utilité, n’est pas dans l’état le plus favorable au bonheur général, s’il n’aime pas effectivement la vertu de cette manière, comme une chose désirable en elle-même, …»

70 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…même si, dans un cas individuel, elle peut ne pas produire les autres conséquences désirables qu’elle tend à produire et qui font qu’elle est jugée vertu. […] la vertu n’est pas la seule chose qui soit originellement un moyen et qui serait et demeurerait indifférente si elle n’était pas un moyen pour quelque chose d’autre mais qui, par association avec ce dont elle est un moyen, en vient à être désirée pour elle-même et avec la plus grande intensité. Que dirons-nous par exemple de l’amour de l’argent ? A l’origine, il n’y a rien de plus désirable dans l’argent que dans un tas de cailloux brillants. L’argent ne vaut que par les choses qu’il permet d’acheter, que par le fait qu’il est un moyen de satisfaire le désir d’autres choses. Pourtant, l’argent est non seulement l’une des plus puissantes fortes motrices de la vie humaine mais aussi, en de …»

71 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…nombreux cas, une chose désirée en elle-même et pour elle-même. Le désir d’en posséder est souvent plus puissant que le désir de l’utiliser et il va en augmentant quand diminuent tous les désirs qui visent des fins au-delà de lui et qu’on peut satisfaire par lui. On peut donc vraiment dire que l’argent est désiré non pas en vue d’une fin mais comme une partie de la fin. Etant un moyen d’être heureux, il est devenu lui-même un des principaux ingrédients de la conception que l’individu a du bonheur. On peut dire la même chose de la majorité des grands objets de la vie humaine, le pouvoir ou la célébrité par exemple, avec cette différence qu’une certaine quantité de plaisir immédiat leur est attachée ou, du moins, semble leur être naturellement inhérente, chose qui ne peut pas être dite de l’argent ; quoique l’attraction naturelle la plus forte du…»

72 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…pouvoir et de la célébrité soit l’immense aide qu’ils donnent pour satisfaire tous nos autres désirs ; et que ce soit la puissante association ainsi créée entre eux et tous nos objets de désir qui donne au désir de ces objets une intensité telle qu’il prétend souvent dépasser en force tous les autres désirs. Dans ce cas, le moyen est devenu une partie de la fin et une partie plus importante qu’aucune des choses dont il était le moyen. Ce qui était avant désiré comme un instrument pour atteindre le bonheur est maintenant désiré pour lui-même et, étant désiré pour lui-même, il est désiré comme une partie du bonheur. Une personne est heureuse ou pense qu’elle est heureuse quand elle possède cet objet et elle est malheureuse quand elle ne le possède pas. Le désir de cet objet n’est pas plus différent du désir d’être heureux que l’amour de la …»

73 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…musique ou le désir de la santé. Ces désirs sont compris dans le bonheur. Ils sont certains des éléments du désir de bonheur. […] Le critère utilitariste reconnaît et approuve ce fait. La vie serait une pauvre chose, très mal pourvue en sources de bonheur si la nature n’avait pas été disposée de telle façon que des choses originellement indifférentes mais contribuant ou s’associant à la satisfaction de nos désirs primitifs deviennent en elles-mêmes des sources de plaisirs d’une valeur supérieure à celle des désirs primitifs, aussi bien pour leur permanence que pour l’étendue qu’ils sont capables de couvrir dans l’existence humaine et même pour leur intensité. La vertu, selon la conception utilitariste, est un bien de ce genre. Il n’existe à l’origine aucun désir de vertu ou de motif d’être vertueux, sauf si la vertu conduit au plaisir ou protège de la souffrance.»

74 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«[…] Nous avons donc désormais la réponse à la question que nous nous posions : de quelle sorte de preuve le principe d’utilité est-il susceptible ? Si l’opinion que j’ai maintenant établie est psychologiquement vraie, si la nature humaine est ainsi constituée que nous ne désirons que ce qui est une partie du bonheur ou un moyen de l’atteindre, nous ne pouvons pas avoir d’autres preuves ni n’avons besoin d’autres preuves que ce sont là les seules choses désirables. S’il en est ainsi, le bonheur est la seule fin de l’action humaine et la contribution au bonheur est le critère par lequel nous devons juger toute conduite humaine, et il s’ensuit nécessairement que ce doit être le critère de la moralité puisqu’une partie est incluse dans le tout. Pour décider maintenant s’il en est réellement ainsi, si les hommes ne désirent que les choses qui leur donnent du…»

75 PREUVE DU PRINCIPE D’UTILITÉ
«…plaisir et qui leur évitent la souffrance, nous en venons évidemment à une question de fait et d’expérience qui repose, comme toutes les questions semblables, sur l’évidence. On ne peut déterminer la chose que par l’exercice de la conscience de soi et de l’introspection assistée par l’observation d’autrui. Je crois que ces sources d’évidence, consultées de façon impartiale, déclareront que désirer une chose et la trouver plaisante, avoir de l’aversion pour une chose et la trouver douloureuse sont des phénomènes entièrement inséparables ou plutôt deux parties du même phénomène, et même, pour parler de façon rigoureuse, deux façons différentes de nommer le même fait psychologique, que juger un objet désirable (à moins d’envisager ses conséquences) et penser qu’il est plaisant sont une seule et même chose ; et que désirer une chose sans que ce désir soit en rapport avec l’idée qu’elle est plaisante est une impossibilité physique et métaphysique.»

76 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«A toutes les époques où les hommes ont spéculé, l’un des obstacles les plus forts à l’admission de l’idée que l’utilité ou le bonheur est le critère du bien et du mal a été tiré de l’idée de justice. Le puissant sentiment et la perception apparemment claire que ce mot évoque avec une rapidité et une certitude qui ressemblent à un instinct ont semblé à la majorité des penseurs indiquer une qualité inhérente aux choses, montrer que le juste doit avoir une existence dans la Nature comme quelque chose d’absolu, génériquement distinct de toutes les variétés de l’Expédient et, en théorie, en opposition avec lui, quoique (comme on le reconnaît couramment), jamais, à la longue, il ne soit séparé de lui dans les faits. Dans ce cas, comme dans le cas de tous nos autres sentiments moraux, il n’y a aucune connexion nécessaire entre la question de son origine et …»

77 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«…celle de sa force d’obligation. Qu’un sentiment nous soit donné par la nature ne légitime pas nécessairement toutes ses incitations. Il se pourrait que le sentiment de justice soit un instinct particulier qui requiert cependant, comme nos autres instincts, un contrôle et les lumières supérieures de la raison. Si nous avons des instincts intellectuels qui nous conduisent à juger d’une façon particulière comme nos instincts animaux nous poussent à agir d’une façon particulière, ce n’est pas une nécessité que les premiers soient plus infaillibles dans leur sphère que les deuxièmes dans la leur. Il peut aussi bien arriver que de mauvais jugements soient occasionnellement suggérés par ceux-là et de mauvaises actions par ceux-ci. Mais, quoique ce soit une chose de croire que nous avons des sentiments naturels de justice et une autre de les …»

78 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«…reconnaître comme le critère ultime de la conduite, ces deux opinions sont étroitement liées dans les faits. Les hommes sont toujours prédisposés à croire, s’ils n’ont pas d’autre explication, qu’un sentiment subjectif est la révélation de quelque réalité objective. […] Si, dans toutes les choses que les hommes ont coutume d’appeler justes ou injustes, un attribut commun ou une collection d’attributs communs est toujours présent, nous pourrons juger si cet attribut ou cette collection produit envers cette chose, en vertu des lois générales de notre constitution, un sentiment de cette intensité et de ce caractère particuliers ou si ce sentiment est inexplicable et doit être considéré comme quelque chose dont la nature nous a spécialement pourvus. Si c’est le premier cas, nous aurons, en résolvant cette question, résolu aussi le problème principal ; si c’est le…»

79 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«…second cas, nous aurons à chercher une autre méthode de recherche. Pour découvrir les attributs communs à une diversité d’objets, il est nécessaire de commencer par examiner les objets eux-mêmes dans les faits. Voyons donc successivement toute la variété des modes d’actions et des arrangements des affaires humaines que l’opinion universelle – ou une grande partie de l’opinion – juge justes ou injustes. Les choses bien connues pour éveiller les sentiments associés à ces termes sont très diverses. Je les passerai rapidement en revue sans entrer dans les détails. En premier lieu, on considère le plus souvent comme injuste de priver quelqu’un de sa liberté personnelle, de sa propriété ou de quelque autre chose qui lui appartient légalement. Voilà donc un exemple de l’application des termes juste et injuste dans un sens…»

80 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«…parfaitement défini, à savoir qu’il est juste de respecter et injuste de violer les droits légaux de quelqu’un. Mais ce jugement admet plusieurs exceptions qui viennent des autres formes sous lesquelles les notions de justice et d’injustice se présentent. Par exemple, la personne qui est privée de ses droits peut (selon la formule courante) avoir été déchue des droits dont elle est privée […] En second lieu, les droits légaux dont une personne est privée peuvent être des droits qui ne devraient pas lui appartenir. En d’autres termes, la loi qui lui confère ces droits peut être une mauvaise loi. Quand il en est ainsi ou quand on suppose qu’il en est ainsi (ce qui revient au même pour notre propos), les opinions différeront sur le fait de savoir s’il est juste ou injuste d’enfreindre cette loi. Certains soutiennent qu’un simple citoyen ne doit pas désobéir à…»

81 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«…une loi, même si elle est mauvaise et que son opposition à la loi, si jamais elle se manifeste, doit seulement se manifester dans l’effort de faire changer cette loi par l’autorité compétente. Cette opinion (qui condamne la plupart des plus illustres bienfaiteurs de l’humanité et qui protégerait souvent des institutions pernicieuses contre les seules armes qui, dans l’état des choses d’une époque, ont quelque chance de les vaincre) est défendue par ceux qui la fondent sur des expédients, principalement celui-ci : l’importance, pour l’intérêt commun de l’humanité, de maintenir inviolé le sentiment de soumission à la loi. D’autres personnes encore soutiennent l’opinion directement contraire, qu’on peut désobéir sans reproches à une loi jugée mauvaise, même si elle n’est pas jugée injuste mais seulement inexpédiente alors que d’autres limitent la…»

82 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«…liberté de désobéir au cas des lois injustes. Mais certains disent que toutes les lois qui sont inexpédientes sont injustes puisque toute loi impose une restriction à la liberté naturelle des hommes, à moins que la loi ne soit légitimée par le fait qu’elle tend à leur bien. Parmi ces diverses opinions, il semble être universellement admis qu’il peut y avoir des lois injustes et que la loi, par conséquent, n’est pas le critère ultime de la justice mais qu’elle peut donner à l’un un avantage et nuire à l’autre, ce que la justice condamne. Quoi qu’il en soit, quand nous jugeons qu’une loi est injuste, il semble bien que nous la considérions de la même façon que quand nous jugeons qu’une infraction à la loi est injuste, à savoir qu’elle viole le droit de quelqu’un, droit qui, dans ce cas, ne peut être un droit légal et qui reçoit une appellation différente et est appelé un droit moral.»

83 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«En troisième lieu, on considère universellement comme juste qu’une personne obtienne (en bien ou en mal) ce qu’elle mérite et comme injuste qu’elle obtienne un bien ou subisse un mal qu’elle ne mérite pas. C’est peut-être la forme la plus claire et la plus nette sous laquelle la justice est le plus généralement conçue. Comme elle englobe la notion de mérite, une question naît : en quoi le mérite consiste-t-il ? Pour parler d’une façon générale, il est entendu qu’une personne mérite quelque chose de bien si elle agit bien et quelque chose de mal si elle agit mal ; et, dans un sens plus particulier, qu’elle mérite quelque chose de bien venant de ceux à qui elle fait ou a fait du bien et quelque chose de mal venant de ceux à qui elle fait ou a fait du mal. Le précepte de rendre le bien pour le mal n’a jamais été regardé comme un cas d’accomplissement de la justice…»

84 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«…mais comme un cas où l’on déroge à ses exigences pour obéir à d’autres considérations. En quatrième lieu, tout le monde avoue qu’il est injuste de manquer à la parole donnée à quelqu’un, de violer un engagement, qu’il soit exprès ou tacite, ou de décevoir des attentes suscitées par notre conduite, du moins si nous avons suscité ces attentes consciemment et volontairement. Comme les autres obligations de justice dont nous avons déjà parlé, cette obligation ne doit pas être regardée comme absolue mais comme capable d’être annulée par une obligation de justice plus forte en sens contraire ou par une conduite telle de la part de la personne concernée que l’on juge qu’elle nous libère de notre obligation envers elle et qu’elle constitue une renonciation à l’avantage qu’elle avait été amenée à attendre.»

85 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«En cinquième lieu, on admet universellement qu’il est incompatible avec la justice d’être partial, de favoriser une personne plutôt qu’une autre ou de lui donner la préférence dans des domaines ou la faveur et la préférence ne doivent pas avoir place. Cependant, l’impartialité ne semble pas être regardée en elle-même comme un devoir mais plutôt comme un moyen pour quelque autre devoir car on admet que la faveur et la préférence ne sont pas toujours blâmables ; et, à vrai dire, les cas où elles sont condamnées sont plutôt l’exception que la règle. Une personne aura vraisemblablement plus de chances d’être blâmée qu’approuvée si, en matière de bons offices, elle ne préfère pas sa famille ou ses amis à des étrangers quand elle peut le faire sans violer un autre devoir ; et personne ne pensera qu’il est injuste de rechercher une personne de…»

86 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«…préférence à une autre pour en faire un ami, un compagnon ou une relation. Quand des droits sont concernés, l’impartialité est bien sûr obligatoire mais elle est alors comprise dans l’obligation plus générale de donner à chacun ce à quoi il a droit. Un tribunal, par exemple, doit être impartial parce qu’il est tenu, sans tenir compte d’autres considérations, d’accorder un objet que se disputent deux parties à celle qui y a droit. Il y a d’autres cas où l’impartialité signifie être seulement influencé par le mérite, comme ceux ou des personnes, en qualité de juges, de précepteurs ou de parents, distribuent des récompenses et des punitions. […] En bref, on peut dire que l’impartialité, en tant qu’obligation de justice, signifie être exclusivement influencé par des considérations qu’on suppose devoir avoir une influence dans le cas particulier en …»

87 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
.«…question et résister à la sollicitation d’autres motifs qui incitent à une conduite différente de celle que ces considérations dictent. […] Nous avons vu que les deux ingrédients essentiels du sentiment de justice sont le désir de punir une personne qui a causé un préjudice et le fait de savoir ou de croire qu’il y a un ou plusieurs individus déterminés qui ont été lésés. Or il semble que le désir de punir une personne qui a causé un préjudice à un individu naît spontanément de deux sentiments qui sont tous les deux naturels au plus haut degré et qui sont des instincts ou ressemblent à des instincts : la tendance naturelle que nous avons à nous défendre et le sentiment de sympathie. Il est naturel de ne pas apprécier le mal qu’on nous fait ou qu’on tente de nous faire, à nous et à ceux avec lesquels nous sympathisons, et nous repoussons ce mal et désirons nous venger.»

88 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
«Il n’est pas ici nécessaire de discuter de l’origine de ce sentiment. Qu’il soit un instinct ou le résultat de l’intelligence, nous savons qu’il est commun à toute la nature animale car tout animal essaie de faire du mal à ceux qui lui font du mal ou font du mal à ses petits ou qui sont sur le point – du moins il le pense – de le faire. Sur ce point, les êtres humains diffèrent des autres animaux par deux particularités. D’abord, ils sont capables de sympathiser non seulement avec leurs petits ou, comme les animaux les plus nobles, avec quelque animal supérieur qui est bon pour eux, mais aussi avec tout humain et même tout être sensible. En second lieu, ils ont une intelligence plus développée qui donne une portée plus large à l’ensemble de leurs sentiments, qu’ils soient égoïstes ou qu’il soient de l’ordre de la sympathie. En vertu de son intelligence…»

89 CONNEXION ENTRE JUSTICE ET UTILITÉ
…«…supérieure, même en mettant de côté la portée supérieure de la sympathie, un être humain est capable de saisir une communauté d’intérêt entre lui-même et la société dont il forme une partie, de telle sorte qu’une conduite qui menace la sécurité de la société dans son ensemble menace sa propre personne et réveille son instinct de défense personnelle. La même supériorité d’intelligence, jointe au pouvoir de sympathiser avec l’humanité dans son ensemble, le rend capable de s’attacher à l’idée collective de sa tribu, de son pays ou du genre humain d’une manière telle qu’un acte qui leur est nuisible éveille son instinct de sympathie et le pousse à la résistance. […] Ce n’est pas une objection contre cette doctrine de dire que, quand nous sentons que notre sentiment de justice est outragé, nous ne pensons pas à la société dans son ensemble ou à un intérêt collectif mais seulement à notre cas individuel.»

90 CRITIQUE DE L’UTILITARISME
John Rawls «John Rawls, depuis la publication de la Théorie de la justice, cherche à construire une théorie politique. Pourtant cette théorie politique est appuyée sur une conception de la morale dont l’inspiration kantienne est explicite. La troisième partie de la Théorie de la justice est, d’ailleurs, consacrée aux fins et vise bien à réinsérer la théorie politique dans une philosophie morale. Dans la mesure où il affirme la priorité du juste sur le bien, Rawls ne pouvait que s’opposer vigoureusement à l’utilitarisme classique, car pour ce dernier, la priorité est rigoureusement inverse. Montrant que les principes de justice conduisent souvent à des situations indécidables, Mill affirme ainsi que " c’est l’utilité sociale qui permet de décider entre l’un et l’autre ". La subordination de la justice ne pouvait pas être exprimée plus clairement. On retrouve la même idée…»

91 CRITIQUE DE L’UTILITARISME
«…formulée avec plus de précision un peu plus loin : «Tous les hommes étant également fondés à réclamer le bonheur sont également fondés par là même, et de l’avis du moraliste et du législateur, à réclamer tous les moyens de l’atteindre, mais seulement dans les limites qu’imposent à la maxime les exigences inévitables de la vie humaine et de l’intérêt général, dans lequel est compris celui de chaque individu ; ces limites doivent d’ailleurs être strictement tracées. » Ce qu’on peut encore résumer ainsi : «Toutes les personnes sont estimées avoir droit à l’égalité de traitement, à moins que quelque intérêt social reconnu n’exige le contraire.» La justice n’a sa place que pour autant qu’elle ne contredit pas la nécessaire recherche du bonheur maximum des individus. Cette subordination de la justice au bien – et même plus exactement au bonheur – …»

92 CRITIQUE DE L’UTILITARISME
«…trouve son expression concentrée dans la formulation qu’en donne Sidgwick et qui constitue le point de départ de la critique de Rawls : une société est bien ordonnée, et par là même juste, quand ses institutions majeures sont organisées de manière à réaliser la plus grande somme totale de satisfaction pour l’ensemble des individus qui en font partie. Rawls fait d’abord remarquer que l’utilitarisme appliqué à la justice repose sur l’idée qu’il y a un passage naturel entre ce qui est bon pour l’individu à ce qui est bon pour le groupe, autrement dit " La justice sociale est l’application du principe de prudence rationnelle à une conception du bien-être du groupe considéré comme un agrégat. " Dans la conception utilitariste, le juste est conçu comme ce qui maximise le bien. Une fois les principes utilitaristes clairement identifiés, Rawls les remet en cause…»

93 CRITIQUE DE L’UTILITARISME
..«…radicalement, car il s’oppose au principe d’égalité, sur lequel repose la théorie du contrat social : «Puisque chacun désire protéger ses intérêts, sa capacité à favoriser sa conception du bien, personne n’a de raison de consentir à une perte durable de satisfaction pour lui-même afin d’augmenter la somme totale. En l’absence d’instincts altruistes, solides et durables, un être rationnel ne saurait accepter une structure de base simplement parce qu’elle maximise la somme algébrique des avantages , sans tenir compte des effets permanents qu’elle peut avoir sur ses propres droits, ses propres intérêts de base. C’est pourquoi, semble-t-il, le principe d’utilité est incompatible avec une conception de la coopération sociale entre personnes égales en vue de leur avantage mutuel. Ce principe est en contradiction avec l’idée de réciprocité implicite dans le concept d’une société bien ordonnée.»

94 CRITIQUE DE L’UTILITARISME
«L’utilitarisme n’est pas une théorie erronée du comportement humain. Rawls doute visiblement que les hommes soient une espèce dotée naturellement d’un altruisme solide et durable. Par conséquent, il est certainement raisonnable de considérer que les individus, en fait, calculent prudemment ce qui sera le plus favorable pour eux et pour leur propre conception du bien. Ce que conteste Rawls, ce n’est pas cela. C’est qu’on puisse étendre cette conception des comportements humains aux principes sur lesquels devrait être construite une société bien ordonnée. Le passage du bien individuel au bien collectif constitue la clé des conceptions morales des utilitaristes, car l’utilitarisme ne peut être une conception morale que si le bien individuel et le bien collectif peuvent être identifiés. Or, ce passage, affirme Rawls, est illégitime, non parce que les …»

95 CRITIQUE DE L’UTILITARISME
«…individus seraient différents de ceux que décrit l’utilitarisme, non parce que l’on devrait opposer à l’utilitarisme des morales moins profanes, fondées sur l’obéissance à la loi divine ou à la loi naturelle ou à tout ce que veut d’autre ; mais tout simplement parce que des individus " utilitaristes " placés dans les conditions initiales où l’on doit choisir les principes de base d’une société bien ordonnée ne choisiraient pas le principe d’utilité comme principe architectonique. L’argumentation de Rawls a suscité chez ses commentateurs et critiques une grande perplexité, en ce qu’on y voit se combiner des présuppositions utilitaristes et une référence appuyée aux morales déontologiques du type de celle de Kant. Cette combinaison semble fortement contradictoire et peut-être même explosive. […] Or le principe de maximisation du bien général peut…»

96 CRITIQUE DE L’UTILITARISME
«…entrer et entre nécessairement en conflit avec les principes d’une coopération équitable. En particulier, la maximisation du bien général peut fort bien conduire au sacrifice de la position que certains membres de la communauté. Les Grecs anciens ne concevaient pas que le bien le plus grand puisse être atteint sans l’institution de l’esclavage ; c’est même un des arguments fondamentaux d’Aristote en faveur de l’esclavage : s’il n’y a plus d’esclaves, tous devront travailler, se préoccuper de la reproduction des conditions de la vie et il n’y aura plus d’hommes libres, c'est-à-dire d’hommes qui puissent se livrer aux activités les plus élevées et les plus dignes de l’essence humaine. Mais personne ne pourrait choisir une situation où il risque d’être esclave – à moins d’être fou, disait déjà Rousseau – et, par conséquent, une société fondée sur l’esclavage, …»

97 CRITIQUE DE L’UTILITARISME
«…même si elle maximise le bien général ne serait pas une société bien ordonnée. On peut certes imaginer qu’il y a des frontières déterminées au delà desquelles le principe d’utilité doit céder le pas aux droits naturels de la personne – qui interdirait par exemple l’esclavagisme – mais en ce cas l’utilitarisme ne peut plus prétendre fournir le critère permettant de définir les comportements humains auxquels doit s’attacher la qualification de " bon " : un comportement est bon non pas s’il est utile, mais s’il respecte la personne. Et on retombe alors dans une morale déontologique de type kantien, ce à quoi pourtant l’utilitarisme nous promettait d’échapper. Si on essaie de justifier le respect de la personne d’un point de vue utilitariste, les choses sont encore plus compliquées. C’est pourquoi traditionnellement les utilitaristes reprennent…»

98 CRITIQUE DE L’UTILITARISME
«…toujours plus ou moins des doctrines du bonheur collectif comme justification ultime. À la doctrine utilitariste qui suppose la détermination des comportements individuels par ce qu’on croit être le bien commun, Rawls oppose le principe de respect, le caractère inviolable des droits de la personne et le principe d’égale liberté.»

99 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
INTERNET: BENTHAM: MILL: RAWLS:


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