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CRANACH ET LUTHER Hommes de la Renaissance Lucas CRANACH, Crucifixion, Retable de Weimar, 1555 (terminé par Cranach le Jeune) Etudes menées a partir des.

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1 CRANACH ET LUTHER Hommes de la Renaissance Lucas CRANACH, Crucifixion, Retable de Weimar, 1555 (terminé par Cranach le Jeune) Etudes menées a partir des Nouveaux Testaments de 1522 traduits par Martin LUTHER, édités et illustrés par Lucas CRANACH

2 A-LES NOUVEAUX TESTAMENTS DE 1522 : UN SUCCES EDITORIAL

3 Document 1 : Frontispice 1 et double page illustrée des Nouveaux Testaments de Septembre 1522 et de Décembre 1522, traduits par Luther et illustré par Lucas Cranach

4 Document 2 : Les Bibles de Luther en quelques chiffres

5 Document 3 : Carte du Saint Empire en 1521

6 B-LES NOUVEAUX TESTAMENTS DE 1522 : LE SUCCES DES HOMMES DE WITTENBERG Luther et ses amis, Lucas Cranach, 1543 On reconnaît au premier rang et de gauhe à droite : Luther, Spalatin, Jean Frédéric (fils de Frédéric III le Sage), Georg Brück (conseiller politique du prince)et Philippe Melanchton

7 « Lartiste acquiert rapidement un prestige social dont témoignent lobtention darmoiries en Parallèlement, son entreprise prospère. Latelier doit être agrandi et il est sans doute transféré avant 1507 du château à la ville. Le peintre de cour se fait une place dans la société bourgeoise de Wittenberg. Signe visible de son succès, il est membre du conseil municipal de 1519 à 1549, remplit à plusieurs reprises la fonction de trésorier et est même élu trois fois bourgmestre en 1537, 1540 et Ces fonctions reflètent le grand prestige de Cranach qui fut un temps le plus riche bourgeois de la ville. […] Les revenus de Cranach proviennent de plusieurs maisons dont il est propriétaire, ainsi que de lunique pharmacie de Wittenberg quil exploite à partir de Le privilège dapothicaire lui procure aussi le monopole de la vente de vin doux, dépices et de confiserie. Une autre source de revenus lucratifs soffre à lui à la fin de 1519, lorsque Melchior Lotter le Jeune installe une imprimerie dans la maison du peintre. Lotter venait de Leipzig où son père était lui-même un imprimeur de renom. Parmi ses clients figuraient Martin Luther qui avaient fait imprimer chez lui ses 95 thèses contre le commerce des Indulgences. Cest sans doute à son initiative que fut fondée la filière de Wittenberg qui offrait lavantage de concentrer la fabrication en un seul lieu. Non seulement latelier de Cranach livra désormais les encadrements de titres et les illustrations des livres de Luther mais ceux-ci furent de plus ne plus imprimer sous le même toit. Létroite relation entre Luther et Cranach a sans doute contribué à cette évolution des affaires de lartiste. […] Cranach fit preuve dune habileté particulière pour mettre à profit le besoin de la Réforme de nouveaux écrits et images, lorsque Luther eut achevé sa traduction du Nouveau Testament en Associé à un orfèvre dénommé Christian Döring, il finança limpression par Lotter de cet ouvrage devenu célèbre sous le titre de Testament de Septembre. Cette opération financière fut une réussite car dès le mois de décembre de la même année parut la deuxième édition, où Cranach dut toutefois revenir sur la propagande anti pontificale de certaines gravures. » Guido MESSLING, Cranach et son temps, Flammarion, 2011 Document 4 : Latelier de Lucas Cranach et les Nouveaux Testaments de 1522

8 Oct : Naissance à Mansfeld 1501 : Entrée à lUniversité dErfurt 1505 : Devient moine augustinien 1507 : Envoyé à lUniversité de Wittenberg 1510 : Voyage à Rome. Ses discours le font remarquer par Frédéric III qui linstalle à Wittenberg 1512 : Doctorat en Théologie. Obtient la chaire de théologie biblique à Luniversité de Wittenberg 1515 : En charge de 11 monastères augustiniens (voyages à Dresde et Magdebourg où il soppose à larchevêque à propos des Indulgences) 1517 : Publication des 95 Thèses contre les Indulgences : Déplacement à Augsbourg et Leipzig pour discuter de ses thèses avec des théologiens fidèles au pape 1520 : Publication des grands écrits réformistes à Wittenberg et excommunication 1521 : Convocation devant les Assemblées de lEmpire de Charles Quint Mai 1521/Mars 1522 : Luther se réfugie au château de Wartburg et entreprend la traduction du Nouveau Testament Mars 1522 : Retour à Wittenberg et mise en ordre du Nouveau Testament avec Cranach, Lotter, Melanchton et Spalatin. Luther ne se déplace plus par la suite (il meurt dans la maison de son père) Oct 1474 : Naissance à Kronach en Haute Franconie : Actif au sein du groupe des humanistes de Vienne regroupés autour de Conrad CELTIS et de lEmpereur Maximilien : Engagé par Frédéric III comme peintre officiel à la cour du prince électeur qui vient de sinstaller à Wittenberg 1508 : Mission Diplomatique de Cranach auprès de Maximilien et de Margueritte dAutriche, sa fille : Visite Bamberg, Ratisbonne, Linz, Nuremberg (pour Dürer), et les Pays-Bas (Malines, Bruxelles, Anvers et Gand…) 1519/1520 : Première commande pur larchevêque de Magdebourg, ennemi juré de Luther depuis : Reçoit le privilège dapothicaire 1525 : Entre au service du successeur de Frédéric III, son frère Jean lAssuré qui fonde la ligue de Schmalkalde pour défendre la Réforme contre lEmpereur Charles Quint : Suit à Augsbourg puis à Weimar le successeur de Jean LAssuré, Jean-Frédéric le Magnanime quil soutient après la défaite des Réformés contre Charles Quint. Meurt à Weimar Document 5 : Quelques repères sur la vie de Luther et Cranach

9 LAmitié de Luther et Cranach Cranach est le confident de Luther qui habite à deux pas de chez lui. Il accueille la future épouse de Luther, Catherine de Bore qui senfuit en 1523 du couvent de Nimbschen « Le moine apostat et la nonne épousée » dira Chateaubriand. Cranach est le témoin du mariage scandaleux en 1524 et devient le parrain de leur premier enfant, Hans. Cette lettre de 1521 est écrite lors de lenlèvement organisé par Frédéric III pour protéger le Réformateur du danger que représentait les partisans du pape et d lEmpereur quil vient de rencontrer à Wörms.. Il est ensuite transféré au Château de Wartburg où il traduit les Nouveaux Testaments. Elle illustre les liens très forts qui existent entre les deux hommes ainsi quentre Luther et lassocié de Cranach, Christian Döring. A LUCAS CRANACH, Francfort, 28 Avril 1521 Au sage Maître Lucas Cranach, peintre à Wittenberg, mon cher compère 1 et ami Votre serviteur ! Cher compère Lucas, je vous bénis et vous recommande à Dieu. Je me laisse enfermer et cacher, je ne sais pas encore moi-même où ; et quoique jeusse plus volontiers souffert la mort de la main des tyrans, singulièrement de la main du furieux Duc Georges de Saxe 2, je ne dois pas cependant mépriser le conseil des gens bienveillants jusquà ce que le temps soit venu. On ne sattendait pas à mon arrivée à Worms, et comment on a respecté mon sauf-conduit, cest que vous savez tous par linterdiction qui est venu à ma rencontre. Je pensais que sa majesté Impériale aurait rassemblé un ou cinquante docteurs et aurait vaincu le moine selon les règles. Mais il ne sest pas agi dautres choses que de ceci : « Les livres sont-ils de toi ? ». « Oui. » « Veux-tu les rétracter, oui ou non ? Alors lève-toi ! O nous autres aveugles Allemands, comme nous agissons dune manière enfantine et nous laissons lamentablement duper et berner par les suppôts de Rome. Transmettez mes salutations et mes vœux de bonne santé à ma commère, votre chère femme. […] Mes salutations à Maître Christian et à sa femme. Transmettez aussi mes vifs remerciements au Conseil 4 pour le transport. […] Adieu ! Je vous recommande tous à Dieu : quil protège votre intelligence et votre foi en Christ contre lels oups et les dragons romains, avec leur séquelle. Amen. A Francfort- sur-le-main, le dimanche de Cantate 1521 Dr Martinus Luther 1 : parrain (dun des enfant de Cranach) 2 : Parent de Frédéric III 3 : Christian Döring, orfèvre, qui finance lédition de la traduction des Nouveaux Testaments de : Le Conseil municipal de Wittenberg.

10 Château de Wartburg : cabinet de travail où rédigea la première traduction du Nouveau Testament ( ).

11 Château de Wittenberg, siège de lUniversité. Cest sur les portes de la chapelle du château que Luther aurait placardé ses thèses. Eglise de la ville (StadtKirche) des premiers prêches. Latelier de Cranach était derrière cette place. Couvent des Augustiniens où résidait à son arrivée à Wittenberg. Wittenberg ; :une ville de la Renaissance

12 LAtelier de Cranach La rue de la maison de Cranach, près de la place du marché et de léglise de la ville Une des trois presse qui imprimèrent les Nouveaux Testaments Lotter se plaignit que « L.C. lait expulsé de sa maison (celle de Cranach), et y ait installé son imprimerie » ; lui, Lotter, se trouvait, selon ses dires, très pauvrement installé dans une écurie, avec toute sa famille et ses outils. Il disait que Luther lui avait proposé et promis limpression de la bible en latin, et il avait déjà fait lacquisition du papier et des lettres dans ce but. Mais il disait avoir été trompé ; malgré toutes ses supplications et protestations, Cranach et Döring avaient pris un imprimeur étranger » Cité par Heinz LUDECKE dans JAHN Johannes, Lucas Cranach D.A, , Rogner und Bernhard, Berlin, 1972, p.609 Les démêlés de Lotter, limprimeur avec son patron Cranach

13 «Lucas CRANCH, »Le Temple mesuré par Jean », Gravures de lApocalypse, Nouveau Testament, 1522 C- LES NOUVEAUX TESTAMENTS DE 1522, UNE ŒUVRE DHOMMES DE LA RENAISSANCE

14 Document 6 : Témoignage dun partisan de Luther Document 7 : Témoignage dun adversaire de Luther « Dieu nous a révélé, à nous Allemands, sa Parole divine et sa vérité irréfutable avant les autres nations. Et lart de limprimerie, par lequel consolation et salut devraient arriver au monde entier, a été découvert en premier lieu en Allemagne. Nous ne pouvons nier que nous disposons ainsi de lEcriture et de la Vérité divines dans un allemand très clair, grâce à quoi le plus pauvre et le plus riche peuvent entendre et comprendre leur salut. » Lettre dHartmuth VON CRONBERG 1 à Luther, 14 Avril : Noble allemand engagé dans la Réforme, adversaire farouche de lempereur su Saint-Empire Romain Germanique Avant que le travail dEmser 1 soit mis au jour, le Nouveau Testament de Luther était déjà tellement multiplié par les imprimeurs et répandu en si grand nombre que même les tailleurs et les cordonniers, même les femmes et quelques autres idiots simplets – dans la mesure où ils adhéraient à lévangile de Luther et où ils avaient aussi appris dans leur vie à lire un peu dallemand – le lisaient comme la source de toute vérité, avec la plus grande passion. On dit que dautres le portaient avec eux dans leur sein et lapprenaient par cœur. » Johannes COCHLAEUS 2, Histoire de Marin Luther, Traducteur catholique du Nouveau Testament (1527), fervent opposant de Luther. 2 Humaniste allemand catholique ( ), auteur de pamphlets contre Luther et dune biographie

15 Document 8 : Propos de Luther sur sa traduction Dans ma traduction de la Bible, je me suis efforcé de parler un Allemand pur et intelligible. Jai tâché de parler allemand, non grec ou latin. Or pour parler allemand, ce nest pas les textes de langue latine quil faut interroger comme le font ces ânes. La femme dans son ménage, les enfants dans leurs jeux, les bourgeois sur la place publique, voici les docteurs quil faut consulter ; cest de leur bouche quil faut apprendre comment on parle, comment on interprète : après cela, ils vous comprendront et ils sauront parler leur langue. Chers amis, vous avez maintenant votre Bible en Allemand. Ayez soin den faire usage après ma mort. Martin LUTHER, Lettre ouverte sur lArt de traduire, 1530 « Vous avez maintenant la Bible traduite en Allemand, je vais donc cesser de travailler. Vous avez désormais ce quil vous faut. Cest Maître Philippe Melanchton qui ma obligé à mettre en Allemand le Nouveau testament. Il avait vu lun traduire lEvangile de saint Matthieu, lautre celui de saint Luc, et il aurait bien voulu remettre en pleine lumière et en bon ordre les épîtres de saint Paul qui étaient quelque peu sombres et obscures. Erasme avait bien écrit abondamment sur le Nouveau Testament, mais ce quil disait était trop subtil. Pour sa part, saint Jérôme a fait la plus belle et la plus grande œuvre de traducteur. Personne ne pourra limiter. Sil avait pris deux ou trois personnes pour laide, on aurait plus fortement senti linspiration du Saint-Esprit. Si jétais aussi éloquent et avais un vocabulaire aussi riche quErasme, si jétais aussi savant helléniste que Joachim Camerarius 1, et si javais autant lhabitude de lhébreu que Forstemius 2, et si jétais plus jeune, ah, comme je travaillerais ! » Martin LUTHER, Propos de Table, CHAUNU Pierre ed., Paris, : Né a Bamberg, Etudes à Erfurt, maître es arts. Réformateur de Nuremberg et ami de Melanchton. 2 : Professeur dhébreu à Tuningen.

16 Document 9 : Comment et Pourquoi lire les Evangiles selon Luther ? « Cest pourquoi prends garde de ne pas faire du Christ un Moïse ni de lEvangile une loi ou un livre de doctrine comme on la fait jusquici et comme le laissent entendre également plusieurs préfaces de saint Jérôme. Car lEvangile nexige pas à proprement parler dœuvres de notre part par lesquelles nous deviendrions justes et nous serions sauvés, et il condamne même de telles œuvres. Mais il nexige que la foi en Christ, qui consiste à croire quil a vaincu pour nous le péché, la mort et lenfer et quil nous donne ainsi justice, vie et salut non pas par nos propres œuvres mais par sa propre œuvre, sa mort, sa passion pour que nous nous appropriions sa mort et sa victoire comme si nous avions fait cela nous même.[…] En fait là où est la foi, elle ne peut se contenir, elle se manifeste, sexprime, confesse et enseigne cet Evangile devant les hommes, et ose y engager sa vie. Et tout ce quelle vit et fait, elle le destine au bien du prochain. Elle veut non seulement laider à parvenir lui aussi à une telle grâce, mais elle engage aussi son corps, ses biens, son honneur comme elle voit que le Christ la faite pour elle. Cest ainsi quelle suit lexemple du Christ. […]Voilà maintenant, plonge-toi dans les l du Nouveau Testament afin que tu saches les lire de cette manière-là. LEvangile de Jean et les Epîtres de saint Paul, particulièrement celle des Romains, et la première épître de saint Pierre sont le véritable noyau et la moelle parmi tous les autres livres. […] Car dans ses livres tu ne trouves pas décrits beaucoup douvres et de miracles du Christ. Mais tu y trouves exposé magistralement comment la foi en Christ triomphe du pêché, de la mort et de lenfer et donne la vie, la justice et le salut […]. Martin LUTHER, Préface au Nouveau Testament, Septembre 1522

17 Document 10: Lantipapisme dans le nouveau Testament de Luther et Cranach Puis un des sept anges qui tenaient les sept coupes vint et il m'adressa la parole, en disant : "Viens, je te montrerai le jugement de la grande prostituée qui est assise sur les grandes eaux. C'est avec elle que les rois de la terre se sont livres à l'impudicité, et c'est du vin de son impudicité que les habitants de la terre se sont enivrés." Et il me transporta en esprit dans un désert. Et je vis une femme assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes. Cette femme était vêtue de pourpre et d'écarlate, et parée d'or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d'or, remplie d'abominations et des impuretés de sa prostitution. Sur son front était inscrit un nom, un mystère : Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre. Apocalypse, 17, 1-5 Un Ange puissant prit alors une pierre, comme une grosse meule, et la jeta dans la mer en disant : "Ainsi, d'un coup, on jettera Babylone, la grande cité, on ne la verra jamais plus." Apocalypse, 18, 21

18 La tiare est la triple couronne des papes. Elle est élevée et porte trois couronnes dor. Elle se termine en ogive et est surmontée dune croix. Les gravures de Cranach choquèrent les adversaires de Luther comme le parent de Frédéric III, Georges le Barbu. Il demanda au prince que les gravures soient corrigées. Les couronnes des bêtes (diapo 15 et 25) ou de la prostituée ne sont plus des tiares et ne peuvent plus être identifiées au pape. La Tiare de Pie IX ( )

19 Ces gravures inspirent directement Cranach qui se lie damitié avec Dürer. Entre « rivalité et admiration » pour reprendre le titre dune exposition récente qui leur fut consacrée, cette complicité naît à la cour de Maximilien à Vienne entre 1501 et Par la suite, ils se retrouvent en Flandres et à Nuremberg. Lart de Cranach se nourrit de ces échanges. Bien quil nait jamais traversé les Alpes, il bénéficie des expériences et des références des artistes allemands, flamands et italiens quil croise. Jacopo de Barbieri, le Titien Memling, Gérard David - dont lorganisation de latelier intrigue Cranach - sont les plus connus… Albrecht DURER, « La prostitué de Babylone », Gravures de lApocalypse de Dürer, 1498

20 Doc.11 : Lentreprise florissante du « pictor clerimus » 1 « A Wittenberg, Cranach est un peintre de cour. A ce titre, il bénéficie dun salaire annuel de florins, mais aussi de vêtements, dun cheval, du couvert et dun logis. En échange, il doit satisfaire les commandes passées part Frédéric le Sage ou en son nom. Innombrables portraits, scènes mythologiques ou religieuses, décors de palais ou de pavillon de chasse, organisations de fêtes et de cérémonies : il est le metteur en scène de la cour de Saxe. Rien ne lui échappe. En 1538, il va jusquà concevoir un moule pour un pain dépices ! Et il est encore autorisé à travailler pour des commanditaires étrangers à la Cour ou pour le marché. Cette situation privilégiée explique quil devient en peu de temps un des citoyens les plus riches de sa ville. Mais il croule aussi sous les sollicitations. En 1527, il est chargé des décors pour le mariage de Jean-Frédéric 2. Devenu électeur, ce dernier lui commande 120 portraits de son oncle et de son père Frédéric III et Jean I er. Destinés à alimenter les palais de la région et les différentes cours européennes, afin dinscrire le nouvel électeur de Saxe dans lhistoire dynastique et prestigieuses de sa famille, ces portraits sont livrés en moins dun an, ce qui en dit long sur la productivité de latelier de Cranach. Lentreprise familiale ne cesse de croître au fil des années et de la demande grandissante. De 1509 à 1512, deux ou trois apprentis seulement sont mentionnés auprès du peintre. En revanche en 1513, près de dix assistants travaillent pour lui, pour la préparation des noces de Jean I er. Le noyau de latelier est formé par le clan familial. LAncien se charge de linvention des modèles, suit les travaux et la finition ou exécute les œuvres les plus prestigieuses. Ses fils veillent à la bonne marche de latelier en son absence. Avec laide des assistants réguliers du peintre (Gesellen), ils peignent des tableaux et gravent des estampes dont les modèles sont fournis parle maître. Au bas de léchelle sociale de latelier, on trouve dautres artistes. Les Zubereiter préparent les supports et les dorures. Les apprentis (Lehrjungen) apprennent le métier en broyant les couleurs, en préparant les palettes et en réalisant les copies destinées au marché. Et quand les retards saccumulent, des assistants occasionnels (Knechte) sont engagés et payés à la journée. Lucas Cranach est donc un peintre extrêmement rapide mais cette rapidité est due à latelier efficace et productif quil a su organiser autour de lui. Pour préserver lunité des œuvres produites au sein de son atelier, il lui faut veiller à ce quelles paraissent toutes de sa main. Il conçoit ainsi une « véritable marque de fabrique », reconnaissable et aisément reproductible. Cest donc la répétition des modèles qui fait style et no son originalité. Et si le peintre meurt en 1553, ce nest pas le cas de sa manière quil a conçue et incarnée de son vivant. Gr âce à lactivité continue de latelier, la marque « Cranach » a survécu à son créateur. Jan BLANC, « Latelier des Cranach, une véritable entreprise familiale », Beaux-Arts, : « Peintre extrêmement » rapide, comme le mentionne un épitaphe dans une église de Weimar, une ville allemande où est mort le peintre 2 : Fils de Frédéric III qui meurt en 1525

21 Document 12 : Cranach, un peintre moderne ? LES NOUVELLES REPRESENTATIONS DE LA NATURE -Cette oeuvre est caractéristique du début de la carrière de Cranach. -Sa modernité est marquée par la présence expressive et vivante de la nature visible dans le détail des arbres. Cranach est influencé ici par Dürer et par lécole du Danube qui sorganise à Vienne autour de Altdorfer et Wolf Hurber. -Le château au fond permet à Cranach de mêler monde sauvage ou mythique et monde civilisé. Les paysages sont à limage des hommes de la Renaissance, désireux de repousser les frontières du Vieux Monde. -Cranach utilise ces contrastes tout au long de sa carrière dans ses tableaux religieux (La Loi et la Grâce, diapo 24 ), mythiques (lAge dOr) ou encore dans des scènes de chasse contemporaine. 1- Lucas CRANACH, La Sainte Famille (repas pendant la fuite en Egypte), 1504

22 Document 12 : Cranach, un peintre moderne ? PAYSAGES ET MAITRSIE DE LENVIRONNMENT 2-Lucas CRANACH, Chasse au cerf avec le portrait de lempereur Charles Quint, 1544 Les Cranach (père et fils) ont peint de nombreuses scènes de chasse avec un décor identique. Le château représenté est celui dHartenfels près de Torgau sur lElbe. La ligne dhorizon est toujours très haute afin de laisser place au terrain de chasse, entouré de forêts et délimité par des points deau où échouent les cerfs traqués. Ce décor nest pas réaliste mais il est fonctionnel. Le château permet de localiser la scène et didentifier les ducs de Saxe. La scène est organisée de haut en bas pour rendre le mouvement. Lenchevêtrement symbolise la vitesse et la violence de la chasse qui finit par un carnage dans leau. Les chasses doivent être ressenties par le spectateur comme le pendant symbolique de la guerre et du pouvoir politique. Elles affirment la force et le courage des Ducs de Saxe face à Charles Quint quils combattront bientôt. Lélément paysager montre la maîtrise de lenvironnement.

23 Document 12 : Cranach, un peintre moderne ? UNE NOUVELLE PERCEPTION DE LEPSACE Ce bois gravé illustre également lapocalypse (voir diapo 17). Il est le seul de la série à ne pas sinspirer de Dürer (diapo 19). Cranach utilise ici la perspective, ce qui est rare. Il sinspire de décors antiques. Noter aussi la différence entre les deux couronnes. (voir diapo 17 et 18) 3- Lucas CRANACH « Le Temple mesuré par Jean », Gravures de lApocalypse, Nouveau Testament, 1522

24 Document 12 : Cranach, un artiste moderne ? LICONOGRAPHIE PROTESTANTE Ce tableau dicté par Luther se lit comme un livre ouvert en deux parties antithétique : A gauche, la mort symbolisée par lAncienne Alliance (Table de la Loi, Adam et Eve…). Cest ère de la Loi A droite, la vie rendue possible par la mort du Christ à droite. Cest lère la Grâce. -Ce tableau illustre la thèse du Simul justus Simul Peccator qui donne une place centrale au croyant. Au centre, un homme nu à contrapposto – symbolise la misère humaine. Il hésite entre le pêché et la grâce. Conseillé par Jean Baptiste, il semble choisir la vie promise par la Grâce. -Lœuvre connaît un succès considérable : il existe plusieurs versions, copiés sur tous l es supports. Holbein en tire un chef doeuvre (diapo 27). Elle inspire même les catholiques… - 4- Lucas CRANACH, La Loi et la Grâce, 1529 (version de Gotha) « Car nous estimons que lhomme est justifié par la foi sans pratique de la loi. » Luther, La liberté Chrétienne, 1520

25 Lucas CRANACH, La Loi et la Grâce (version de Prague), 1529 Lucas CRANACH, La loi et la Grâce, vers 1529 ( Il sagit ici dune gravure, reproductible en greand nombre et qui assure le succès du thème à moins quelle ny réponde. Dans cette version, une vierge est encore présente… Elle disparaît définitivement par la suite

26 Hans HOLBEIN, Lancienne et la nouvelle Loi, 1535

27 Les réformateurs sopposent dabord aux dérives idolâtres des catholiques, certains de manière radicale comme Zwingli, Jean Calvin ou Calrstadt (De lenlèvement des images en Janvier 1522, à lorigine des troubles iconoclastes qui se déroulent à Wittenberg en février 1522 : les images sont un écran entre les fidèles et la vraie foi. Luther réagit dans le Contre les Prophètes célestes avec largument imparable : détruire les images nest-ce pas reconnaître leur puissance ? Lidole ne réside pas dans lobjet – de pierre ou peint – mais dans le cœur de celui qui le regarde. La grâce lemportant sur les actes, les opérations iconoclastes ne sauraient faire accéder au Salut. Luther dénie toute valeur aux images : Dieu ne se fait connaître que dans sa parole, son royaume est affaire de vue et non découte. Toutefois, Luther les estime utiles dès lors quon ne les vénère pas : ce sont des aides mémoires, des outils qui permettent de mieux appréhender la parole de Dieu. Dès lors, il importe dinventer une iconographie protestante à cette seule fin. En somme, les images doivent conduire les fidèles au texte divin et non pas les distraire… Les images protestantes ne sont pas une Bible des pauvres. Luther tient absolument à contrôler la signification des images religieuses. Le Christ et la Samaritaine, Jésus et la femme adultère ont pour but de mettre en avant le pardon, léducation du couple chrétien. Le Christ baptisant les enfants est une réaction aux anabaptiste, Judith et Lucrèce sont à la fois des figures de la résistance réformée ou de la chute associée à la féminité menaçante et perverse (Salomé, Dalila, les filles de Loth contre livrognerie…) Il impose de nouveaux thèmes : la Trinité se substitue au Baptême ; la Crucifixion réduite à létat de symbole pour ne plus en faire un objet dadoration en soi, puis remplacée par la Cène ; les représentants lEglise visible, contemporaine, quotidienne en compagnie de Luther, Cranach et des grands théologiens du XVIe qui remplacent les saints (Eglise paroissiale de Wittenberg (Melanchton, Catherine de Bore…) -Mise en scène des motifs de la simplicité évangélique,(prédication, du Christ accueillant les femmes et les petits enfants, auxquels peut sidentifier le public protestant. -Nouvelle esthétique caractérisée par la concision (très appréciée par Picasso). Luther et Cranach appellent leurs images des « Merckbilder », des images simples, constituant une voie daccès facile au texte biblique. Ils refusent les fonds dorés, humanisent les personnages et font preuve dun intérêt nouveau pour la représentation de la nature. -Redécouverte de la Bible, comme source dune nouvelle iconographie : il sagit de ne mettre en image QUE les récits bibliques. Liconographie réformiste se soumet à un texte court et étroit qui fournit les noms des protagonistes, les textes explicatifs, les citations de la Bible, notamment après 1530 où la propagande est plus active. -Trois types doeuvres : -des illustrations de la Bible allemande -des gravures pour expliciter le dogme -des images pour dénoncer les catholiques -Nouvelles formes de diffusion : -La gravure est privilégiée au détriment de la peinture à lhuile, dans un souci de démocratisation et de diffusion large -Ces innovations sont aussi liées à la forme de lentreprise de Cranach qui possède une imprimerie en propre et suffisamment de fonds pour financer une édition Thèmes privilégiés : -La vie et la mort du Christ -Les dogmes de la foi protestante : justification par la foi seule (la grâce), autorité des écritures, absence de hiérarchie entre clercs et laïcs et sacrement comme promesse de grâce. Luther et les images Les images de la Réforme

28 Document 12 : Cranach, un artiste moderne ?Document 12 : Cranach, un peintre moderne ? LA MODERNITE DES PORTRAITS Autoportrait, – Lucas CRANACH Autoportrait, 1531 Cette œuvre est le seul autoportrait connu où Cranach sest représenté seul. Il sest souvent dessiné au milieu de groupes dans des gravures ou des peintures profanes ou religieuses comme le Retable de Weimar. La modernité du tableau tient dans le fond noir qui fait ressortir le regard de lauteur. Cette introspection donne à voir un artiste méditatif et mélancolique. Cranach laisse un image plus complexe que celle du peintre de cour, compagnon de la Réforme. Les commentaires qui suivent mettent en perspective lart du portrait chez Cranach. Lanalyse des nus (diapo 33 à 40) illustre la complexité du personnage.

29 Cranach sinspire du travail de MEMLING quil rencontre lors de son voyage en Flandres. Le fond paysager est progressivement remplacé par des aplats simples : Cranach met en valeur ses personnages… Hans MEMLING, Portrait dun homme avec une pièce de monnaie de lempereur Néron, 1473 Hans MEMLING, Portrait dun homme, 1490

30 Lucas CRANACH, Frédéric III ( ), 1532 Les portraits de Cranach ont une finalité politique. Lart de Cranach permet de diffuser dans les autres cours les images dune principauté en construction. Il en peint des centaines et son atelier en produit probablement des milliers. La modernité du procédé dépasse donc laspect formel. Tout en simplifiant le modèle, le fond uni devient une « marque » de fabrique, facilement reconnaissable par les spectateurs des cours européennes à qui étaient destinés ces tableaux. Cranach simplifie aussi les formes des silhouettes en jouant sur les accessoires quil modélise. Cest la raison pour laquelle Picasso appréciait particulièrement le portrait de Marie de Saxe. Lucas CRANACH, Jean Frédéric (frère de Frédéric III), 1531 Lucas CRANACH, Marie de Saxe, 1534

31 -Luther en homme marié, tête nue, avec le manteau sobre du bourgeois qui deviendra lhabit emblématique des pasteurs. Le portrait est une composante majeure de liconographie protestante. Cranach donne « visage(s) à la Réforme ». Lévolution des représentations de Luther est le meilleur exemple du sens porté par ce type dimages _Peinture de Luther, en professeur, avec son bonnet sur fond vert, de trois quart et le regard fixé sur un horizon invisible au spectateur : Luther est digne dêtre représenté comme les personnages les plus importants et les plus nobles -Il vient de tenir tête aux plus grands émissaires de la papauté, le légat du pape Cajetan à Augsbourg et le vice-chancelier dIngolstadt Jean Eck Luther en robe de bure, simple moine augustinien, sérieux, imprégné de spiritualité. -Gravure faite pour assurer une large diffusion à un moment où le succès de Luther est stupéfiant et où les œuvres contre Rome sont épuisées : il faut sadresser désormais à des non spécialistes et à grande échelle Luther, coiffé dune toque de docteur. -Mise en avant de lautorité intellectuelle, renforcée comme précédemment par linscription. -Volonté dinscrire Luther dans une tradition humaniste et érudite au moment où il se rend à la diète de Worms devant les représentant du pape et lempereur. Luther en « Junker Jorg », nom demprunt sous lequel il se cache à Wartburg pour traduire les Nouveaux Testaments. Frédéric III lavait fait enlevé après la diète de Worms et voulait maintenir secret le lieu où résidait le moine. -Barbu, aux cheveux longs, le réformateur est présenté comme un homme imposant.

32 Lucas CRANACH Melanchton, 1537Lucas CRANACH, Spalatin, 1537 Une nouvelle série de portraits en 1537 consacre aux côtés de Luther les humanistes Spalatin et Melanchton, cheville ouvrière de la mise en place de la Réforme dans la principauté de Saxe. Sans éléments décoratifs, en buste, réaliste, sans profondeur, leur conformité est attestée par une inscription. Leurs effigies sont représentatives de la Réforme : elles visent à ne pas susciter de trop grandes louanges. Les acteurs historiques de la Réforme nagissant pas pour eux mais pour Dieu. -Les portraits de Luther avec sa femme sont une manière dinstitutionnaliser une pratique illégale, dernière acte de rupture avec Rome. -Lunion est doublement scandaleuse et confirme son rejet du mariage comme sacrement et le célibat des prêtres, considéré par Luther commune une création de la papauté sans justification scripturaire. Lucas CRANACH, Diptyque : Portraits de Martin Luther et sa femme Katharina von Bora, 1529

33 Document 12 : Cranach, un peintre moderne ? LAUDACE ET LA MODERNITE DES VENUS… De petite taille (40 cm), cette Vénus fait encore scandale. Alors que le tableau illustrait lexposition Cranach à la Royal Academy of Art en 2008, le métro londonien refusait den afficher les publicités. La représentation des nus occupe une place centrale dans lart de Cranach. Sa production est sans égale à la Renaissance. On a recensé jusqu à quarante Vénus différentes sans parler des Eve, Judith, Salomé, allégories, Pâris…. Lévolution des Vénus rend compte de la « modernité absolue » des nus de Cranach. En 1509, il est le premier non italien à peindre une Vénus nue et grandeur nature (diapo 34). Cette œuvre doit beaucoup à lAdam et Eve (diapo 35) de Dürer qui révèle à Cranach ses sources italiennes. En effet, la Vénus de Lorenzo di Credi, La Vénus Felix, celle de Sandro Botticelli et de Lorenzo Costa (diapo 36) ont certainement influencé Cranach. Cette première Vénus est une œuvre « renaissante » qui remet les canons de la beauté antique au goût du jour. Comme Dürer, Cranach se souciait encore des proportions des corps quil dessine. Les inscriptions moralisatrices qui accompagnent ses premiers tableaux se rapprochent des conceptions néo platoniciennes de Botticelli. Vint ans plus tard, sa petite Vénus nest en fait plus mythologique. Longiligne, à la taille haute et fine, à la chevelure blonde coiffée dans une résille de perles, elle porte de luxueux bijoux. Femme de la cour des princes de Saxe, elle séduit par son regard et par le voile quelle retient. Elle nest plus absolument plus moralisatrice Comme Botticelli, Holbein ou Dürer, Le Titien ou plus tard Ingres, Manet ou Schiele (diapo 37), Cranach combat dans sa peinture une morale contraignante. Malgré la répression puritaine, Cranach ne cède pas à la mélancolie comme Dürer. Il continue de célébrer la beauté des sens et ses propres conceptions de lharmonie humaine. 6- Lucas CRANACH, Vénus, 1531

34 Lucas CRANACH, Vénus et Cupidon, 1509 Avec linscription suivante : PELLE CUOPIDINEOS TOT COANIME LUXUS? NE TUA POSSIDEAT PECTORA CECA VENUS (« Chasse de toutes tes forces la débauche de Cupidon, afin que Vénus ne possède pas ton cœur troublé »)

35 Albrecht DURER, Adam et Eve, 1507

36 Lorenzo COSTA, Vénus, Sandro iBOTICELLI, La Naissance de Vénus, 1485, Jacopo DE BARBERI, Galatée, debout sur un dauphin, Vénus Felix, retrouvée à Rome peu après 1500 et transféré dans la collection du pape Jules II Lorenzo DI CREDI, Vénus, 1490

37 LE TITIEN,Vénus dUrbin, 1538 Edouard MANET, Olympia, 1883

38 La même démarche peut être menée pour les séries de Lucrèce : -elles sont inspirées de modèles italiens (Franceso Francia) -elles portent dabord un message religieux en annonçant la victoire espérée de la Réforme contre larrogance romaine -elles sont peu à peu érotisées par Cranach Lucas CRANACH, Lucrèce, 15 Lucas CRANACH, Lucrèce, Francesco FRANCIA Lucrèce,

39 Il est aussi possible dévoquer la modernité des Grâces de Cranach. Influencé par les grands maîtres italiens, il demeure libre dans lexpression de ses contours et de ses formes… Lucas CRANACH, les Trois Grâces, 1531Sandro BOTTICELLI, Le Printemps, 1482 RAPHAËL, les Trois Grâces,


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