MEMOIRE SPATIALE CONTEXTUELLE ET SCHIZOPHRENIE

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Transcription de la présentation:

MEMOIRE SPATIALE CONTEXTUELLE ET SCHIZOPHRENIE Célia MORES--DIBO-COHEN Sous la direction du Professeur Patrice BOYER et la co-direction de M. Michel DENIS (Directeur de recherche au CNRS) LIMSI-CNRS, Université Paris XI, Orsay Centre Emotion CNRS 7593, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris

PROBLEMATIQUE DE L’ETUDE A l’origine de notre étude : Perturbations neurodéveloppementales observées dans le cerveau des patients schizophrènes, notamment dans l’hippocampe. Perturbations des mémoires épisodique, autobiographique, spatio-temporelle et contextuelle. L’implication de l’hippocampe dans ces types de mémoires. Hypothèse : Si le déficit de la mémoire épisodique et contextuelle des patients schizophrènes est liée a des perturbations hippocampiques, alors ces mêmes patients doivent présenter un déficit dans les tâches de navigation visuo-spatiale.

OBJECTIFS DE L’ETUDE Evaluer les capacités spatiales des patients schizophrènes (versus sujets contrôle sains) par une tâche de navigation en condition écologique. Mettre en évidence, chez ces patients, les déficits mnésiques de types spatio-temporels et contextuels. Evaluer la construction de cartes cognitives de l’environnement chez les patients schizophrènes.

ETAT DE L’ART

Hypothèse neurodéveloppementale de la schizophrénie Facteurs environnementaux survenant en périodes pré ou péri natales (Cannon et al., 1994; Susser et al., 1996; Arnold et al., 2005). Anomalies neurologiques et physiques mineures (Fananas et al., 1990 ; Green et al., 1994 ; Gourion et al., 2004). Anomalies cognitives et sociales (Kremen et al., 1998 ; Niemi et al., 2003 ; Kim-cohen et al., 2003). Anomalies neuro-anatomiques cérébrales (Wenberger et al., 1980 ; Gur et al., 2000 ; Harrison et Weinberger, 2005).

Particularités de la structure hippocampique Anomalies macroscopiques (Arnold et al., 1991 ; Gothelf et al., 2000 ; Velakoulis et al., 2001). Anomalies neuronales et anomalies des connexions synaptiques (Arnold et al., 1995 ; Benes, 1998 ; Weinberger et al., 1999 ; Sweet et al., 2003). Anomalies des marqueurs neuronaux (Eastwood, 1995 ; Harrison et Eastwood, 2003 ; Chambers et al., 2004). Anomalies de la transmission glutamatergique (Tamminga et al., 1998 ; Ibrahim et al., 2000 ; Benes, 2001).

La mémoire à long terme Mémoire explicite La mémoire à long terme = mémoire explicite (déclarative) et mémoire implicite (procédurale). Mémoire explicite La mémoire explicite ou déclarative : mémoire épisodique + sémantique (Tulving et al., 1972, 1983). Important rôle de l’hippocampe dans la mémoire déclarative (Vargha-Khadem et al., 1997 ; Squire et al., 2004). Lésions hippocampiques ou du lobe temporal médian = déficits de la mémoire explicite (Tulving, 1998; Eichenbaum, 1999, 2001).

La mémoire à long terme Mémoire déclarative La mémoire sémantique Se réfère aux faits et aux connaissances générales (Tulving et al., 1972, 1983) Lésions de l’hippocampe = déficits de la mémoire sémantique, pouvant se traduire par une incapacité à apprendre la signification de nouveaux mots (encodage, Squire et Zola, 1998). Les connaissances générales acquises avant les lésions sont préservées (Manns et al., 2003 ; Rosembaum et al., 2005). Lésions des zones corticales = déficits de la mémoire sémantique.

La mémoire à long terme Mémoire déclarative Mémoire épisodique Se réfère au rappel d’un événement personnel : quoi, où et quand (Nyberg et al, 1996 ; Tulving et al., 1972 ; 1983, 2002). Contient les détails d’une séquence d’événements dotés d’un contexte spatio-temporel (Baddeley et al., 2000 ; Tulving et al., 2002). Rôle important de l’hippocampe dans la mémoire épisodique (Vargha-Khadem et al., 1997 ; Eichenbaum et al., 2004). L’hippocampe gauche serait impliqué dans les événements verbaux, le droit dans les événements visuels (Haxby et al., 1996).

Perturbations mnésiques dans la schizophrénie Mémoire de travail visuo-spatiale Les patients schizophrènes sont déficitaires dans les tâches (Park et al., 1991, 1992, 1995 ; Hooker, 2000 ; Leiderman et al., 2004 ; Gooding et al., 2004) : de mémoire de travail visuo-spatiale, de reconnaissance d’objets (familiers ou non familiers), de reconnaissance émotionnelle, D’estimation de la trajectoire et de la vitesse d’une cible. Déficits dus à des anomalies ou lésions du cortex pré-frontal dorso-latéral (Park et al., 1991, 1992, 1995 ; Hooker et al., 2004)

Perturbations mnésiques dans la schizophrénie Mémoire épisodique Déficits dans les phases d’encodage, d’apprentissage et de rappel (Heaton et al., 1994 ; Gold et al., 2000 ; Tracy et al., 2001, Hofer et al., 2003). Mémoire de reconnaissance intacte ( Pascalis et al., 2004 ; Rushe et al., 1999), controversé par Danion (Danion et al., 1999). Conscience autonoétique (rappel conscient) altérée (Danion et al., 2003, 2005 ; Huron et al., 2002, 2003). Conscience noétique (rappel inconscient) intacte (Danion et al., 2003, 2005 ; Huron et al., 2002, 2003). Déficits liés aux anomalies ou lésions de l’hippocampe qui encode et établit les liens spatio-temporels d’un événement.

Perturbations mnésiques dans la schizophrénie Mémoire contextuelle Dépendante de l’hippocampe (Schwartz et al., 1991 ; Waters et al., 2004). Les patients schizophrènes sont déficitaires dans l’intégration de l’information contextuelle (Servan-Schreiber et al., 1996 ; Bazin et al., 2000). Incapacité à lier les différentes caractéristiques d’un même événement ayant un contexte temporel (Danion et al., 1999 ; Elevag et al., 2000 ; Waters et al., 2004). Incapacité à former une représentation mnésique intacte et continue (Schwartz et al., 1991 ; Waters et al., 2004).

La cognition spatiale Mémoire spatiale Habilité à encoder, à stocker et à retrouver l’information spatiale (Kessels et al., 2001). Capacité à localiser des « objets » et / ou des lieux dans un espace environnant (Smith et Milner, 1981, 1989). Capacité à trouver son chemin dans un environnement familier ou non familier (Smith et Milner, 1981, 1989). Des dommages cérébraux de l’hippocampe, du parahippocampe et du cortex enthorhinal = déficits de la mémoire spatiale (Abrahams et al., 1997, 1999 ; Nunn et al., 1998).

La cognition spatiale Les représentations mentales Définitions Se réfère à la mémoire Automatiques (inconscientes) ou intentionnelles (conscientes) (Denis, 1989, 1993). Traitement de l’information spatiale Deux voies distinctes et dépendantes du référentiel de départ (Thinus-Blanc, 1996 ; Amorim, 2004) : Référentiel égocentré : action dans le monde physique, organisation séquentielle Référentiel allocentré : représentation abstraite de l’environnement, construction de cartes cognitives.

La cognition spatiale Les représentations mentales Les différents types de représentations mentales Les représentations égocentrées Représentations centrées sur son propre corps. Représentations de type « trajet » de l’environnement. Dans ce cas dépendantes de la connaissance des enchaînements d’actions de manière séquentielle et temporelle, et de la connaissance de l’ordre des différents points de repères. Lésions de l’hippocampe = pas de déficits de la mémoire spatiale égocentrée (Abrahams et al., 1997 ; bohbot et al., 1998). Implication du cortex pariétal et non de l’hippocampe (contrairement aux représentations allocentrées) (Moscovich et al., 2005).

La cognition spatiale Les représentations mentales Les différents types de représentations mentales Les représentations allocentrées Représentations centrées sur l’environnement Stockage, à long terme, des relations spatiales complexes. Dépendantes de la construction de cartes cognitives. Représentation de type « survol » de l’environnement, connaissance des directions et distances relatives entre les points de repères (O’Keefe et Burgess, 1996). Implication de l’hippocampe dans les représentations allocentrées de l’environnement (Moscovich et al., 2005). Important rôle de l’hippocampe dans la mémoire allocentrique (Abrahams et al., 1997 ; Bohbot et al., 1998 ; Holdstock, 1999, 2000).

La cognition spatiale Les représentations mentales Les cartes cognitives Représentation mentale et abstraite de l’environnement construite par un individu (Tolman, 1948). Implication de l’hippocampe dans la construction de cartes cognitives (O’Keefe et Nadel, 1978) : cellules de lieu (O’Keefe, 1979, 1998 ; Muller, 2005). La représentation spatiale utilisée dans la construction et le maintien des cartes cognitives est une représentation allocentrique (euclidienne) de l’environnement (0,Keefe, 1990, 1991 ; Hartley et al., 2004).

La cognition spatiale La navigation Eléments introductifs Naviguer requiert la capacité à percevoir l’environnement (Michaels et Carello, 1981) : sensibilité aux éléments extérieurs. La capacité à naviguer dans un environnement se fait selon une pluralité de sources (Liben, 1991 ; Uttal et al., 2006) : Sources primaires : épisodes de navigation sur le terrain (cas de notre étude). Sources secondaires : descriptions d’itinéraires ou cartographies Pour naviguer correctement dans un environnement, il est indispensable de posséder de bonnes connaissances topographiques (Thorndyke et al., 1982) : importance particulière de la connaissance des repères.

La cognition spatiale La navigation Zones cérébrales Région occipito-temporale : apprentissage, reconnaissance de scènes topographiques et reconnaissance d’objets (Garling et al., 1982 ; Maguire, 1997, 2000 ; Barrash et al., 2000 ; Epstein et al., 1998). Lobe pariétal : apprentissage de routes et connaissance séquentielle des repères (Maguire, 1997, 2000 ; Barrash et al., 2000). Parahippocampe : apprentissage topographique (Maguire, 1997, 2000 ; Barrash et al., 2000) : acquisition de l’information spatiale (Burgess et al., 2001, 2002), reconnaissance détaillée des scènes visuelles (Maguire et al., 1998), souvenir et reconnaissance de tous types de repères (critiques et non critiques) (Spiers et Maguire, 2004 ; Janzen et van Turrennout, 2004).

La cognition spatiale La navigation Zones cérébrales L’hippocampe Forte implication de l’hippocampe dans la navigation (Gron et al., 2000 ; Barrash et al., 2000) et dans les stratégies cognitives pour trouver son chemin dans un environnement complexe : cas du « wayfinding » (Ghaem et al., 1997). Implication de l’hippocampe dans la mémoire topographique, dans les processus de mémorisation d’objets allocentriques et dans la connaissance de l’environnement spatial (Maguire et al., 1996 ; Bohbot et al., 1998). L’ hippocampe droit est corrélé à l’information spatiale et l’ hippocampe gauche à la mémoire épisodique (Mellet et al., 2000 ; Spiers et al., 2001).

PROCEDURE EXPERIMENTALE 1) Tâche d’apprentissage (d’après les études de M. Denis) Tâche de navigation (trajet) en milieu urbain extérieur. Consigne : «Nous allons parcourir ensemble un itinéraire dans l’enceinte de l’hôpital. Nous ferons ce trajet ensemble deux fois de suite. Soyez attentif pendant le parcours, car vous aurez ensuite à répondre à des questions portant sur l’itinéraire. » 2) Tâches de rappels et de reconnaissance : 5 min après la navigation Rappels libres : Description verbale et cartographie libre Evaluer la capacité de construction de cartes cognitives de l’environnement chez les patients schizophrènes. Tâches de reconnaissance : Reconnaissance de succession de vues et de l’ordre chronologique de succession de vues Déterminer si les patients schizophrènes sont déficitaires dans la perception de scènes visuelles et / ou s’ils sont déficitaires dans la reconstitution de la chronologie des repères rencontrés le long du trajet. NB : Toutes les données ont été codé et les analyses ont été réalisées en aveugle par deux évaluatrices (CM et MPD après 10 séances d’homogénéisation des cotations).

POPULATION D’ETUDE Sujets schizophrènes (n = 20) Sujets recrutés par des cliniciens Sujets remplissant les critères du DSM IV-R Comorbidité dépressives exclue Stabilisés Forme de schizophrénie à début précoce (<17ans), (n = 5) Forme clinique du sujet jeune (19 - 20 ans), (n = 15) Sujets contrôles (n = 28) Contrôles sains (MINI) Tous les sujets sont appariés en âge (SZ : 20,8 ; +/- 3,72 ; CS : 21,65 ; +/- 7,72 et sur le niveau d’étude (SZ : 12,00 ; +/- 2ans ; CS : 12,57 ; +/- 2,66).

TRAJET Environnement réel, extérieur et urbain : hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris (33 hectares). Trajet prédéfini d’une durée de 10 min Réalisé 2 fois de suite en compagnie de l’expérimentatrice Composé de 8 segments distincts Le trajet forme une boucle de 800m de long Elément particulier : les escaliers (changement de niveau)

PLAN DE L’ITINERAIRE Segment 3 Segment 4 Segment 5 Segment 2 Escaliers Départ Arrivée Segment 7 Segment 8

RESULTATS

TÂCHES DE RAPPEL LIBRE (I) Description verbale de l’itinéraire Principe Description verbale de l’itinéraire : « Supposez que vous deviez décrire à un interlocuteur qui n’est jamais venu à la Pitié-Salpêtrière, l’itinéraire que vous venez de parcourir. Cette description doit être la plus efficace possible de sorte que votre interlocuteur puisse parcourir tout l’itinéraire sans se tromper et sans avoir à poser de questions à d’autres personnes ». Enregistrement par dictaphone numérique

TÂCHES DE RAPPEL LIBRE (I) Description verbale de l’itinéraire Méthodes d’analyses (selon le protocole de M. Denis, 1997; Daniel et Denis, 2004) Standardisation des protocoles Dresser la liste des propositions minimales (variable principale) existant dans le texte, de façon à permettre un traitement équivalent. Codification Classe 1 : Actions seules sans précision de repères Classe 2 : Actions liées à un repère Classe 3 : Repères seuls avec ou non localisation spatiale Classe 4 : Description de repères Classe 5 : Commentaires

TÂCHES DE RAPPEL LIBRE (I) Description verbale de l’itinéraire Résultats (I) Une différence significative existe entre les deux populations (F(1, 46) = 8,53, p <.005) pour la longueur totale des descriptions verbales (nombre total de propositions minimales). Les descriptions verbales des patients schizophrènes sont plus courtes que celles des sujets contrôles sains (33,8 propositions minimales pour les patients versus 60,8 pour les contrôles sains). *

TÂCHES DE RAPPEL LIBRE (I) Description verbale de l’itinéraire Résultats (II) Il y a une différence significative (t (46) = 3,750 ; p = 0,0002) entre les deux populations pour le nombre total d’actions citées (NTA). Il y a une différence significative (t (46) = 3,020 ; p = 0,0022) entre les deux populations pour le nombre total de repères cités (NTR). Il y a une différence significative (t (46) = 3,921 ; p = 0,0002) entre les deux populations pour le nombre total de repères avec orientation spatiale cités (NTROS). Les patients schizophrènes dans leur description verbale citent moins d’actions (27,11 NTA pour les contrôles contre 14,80 pour les patients) et de repères (16,07 NTR pour les contrôles contre 7,50 pour les patients et 9,82 NTROS pour les contrôles contre 3,50 pour les patients) que les sujets contrôles sains. * * *

TÂCHES DE RAPPEL LIBRE (I) Description verbale de l’itinéraire Conclusion Descriptions verbales des patients sont plus courtes, moins pertinentes, moins précises et moins détaillées. Généralement riches en commentaires sans intérêt pour la faisabilité du trajet. Généralement non prescriptives mais descriptives. proportion entre les prescriptions et les descriptions est semblable dans les deux populations. Les repères cités sont généralement non utilisables pour refaire le trajet (non liés à une action). Généralement pas utilisables par une autre personne pour refaire le trajet.

TÂCHES DE RAPPEL LIBRE (II) Plan libre de l’itinéraire Principe Dessiner le plan de l’itinéraire parcouru afin qu’ un individu, disposant que de ce plan entre les mains, puisse refaire le trajet (sans demander d’aide). Matériel : Papier, crayon, gomme

TÂCHES DE RAPPEL LIBRE (II) Plan libre de l’itinéraire Méthodes d’analyses Nombre total de repères Repères critiques : repères situés aux changements d’orientations. Ce sont les repères les plus importants du trajet, ils permettent aux sujets de prendre les bonnes directions. Repères non critiques : repères situés le long du trajet. Ces repères permettent aux sujets de vérifier qu’ils sont bien sur le bon chemin. Nombre de changements corrects d’orientations

TÂCHES DE RAPPEL LIBRE (II) Plan libre de l’itinéraire Résultats (I) Il y a une différence significative (F(1,46) = 24,60 ; p = 0,00001) entre les deux populations pour le nombre total de repères inclus dans le plan. Les patients schizophrènes incluent moins de repères dans leur plan que les sujets contrôles sains (15, 86 repères pour les sujets contrôles sains contre 6,30 pour les patients schizophrènes). *

TÂCHES DE RAPPEL LIBRE (II) Plan libre de l’itinéraire Résultats (II) Il y a une différence significative entre les deux populations pour le nombre de repères critiques (RC) (F(1, 46) = 22,21 ; p = 0,00002) et non critiques (RNC) (F(1, 46) = 18,06 ; p = 0,00010) incluent dans les plans. Il y a une différence significative (F(1, 46) = 11,74 ; p = 0,00130) entre les deux populations pour le nombre de changement correct d’orientation (ChOr). Les patients schizophrènes incluent donc moins de repères critiques (7,25 RC pour les sujets contrôles sains versus 3,00 pour les patients schizophrènes) et non critiques (8,61 RNC pour les sujets contrôles sains versus 3,30 pour les patients schizophrènes) que les sujets contrôles sains. Ces patients font plus d’erreurs dans les changements d’orientation que les sujets contrôles sains (6,18 ChOr pour les sujets contrôles sains versus 4,05 chez les patients schizophrènes). * * *

TÂCHES DE RAPPEL LIBRE (II) Plan libre de l’itinéraire Conclusion Les plans des patients sont peu détaillés, peu précis, peu pertinents et pauvres en informations. Les patients schizophrènes font plus d’erreurs que les sujets contrôles sains sur le nombre correct de changements d’orientation: omission de segments. Peu de repères (critiques et non critiques) inclus, prise de repères inattendus et / ou inversion de repères. Plans généralement non utilisables par une autre personne pour refaire le trajet. Les patients schizophrènes semblent avoir une faible représentation mentale de l’environnement.

TÂCHES DE RECONNAISSANCES (I) Tâche de reconnaissance sans effet d’ordre Principe Des photos de lieux de la « cité » (hôpital de la Pitié-Salpêtrière) sont présentées aux sujets. Ceux-ci devaient dire si oui ou non les lieux présentés appartenaient au trajet. Nombre de photos présentées : 32 Test informatique (passation sur ordinateur, traitement par logiciel informatique)

TÂCHES DE RECONNAISSANCES (I) Tâche de reconnaissance sans effet d’ordre (II) Prises de vues (exemple) Ce lieu appartient-il au trajet ?

TÂCHES DE RECONNAISSANCES (I) Tâche de reconnaissance sans effet d’ordre (II) Prises de vues (exemple) Ce lieu appartient-il au trajet ?

TÂCHES DE RECONNAISSANCES (I) Tâche de reconnaissance sans effet d’ordre Méthodes d’analyses Nombre de bonnes réponses Nombre de mauvaises réponses Nombre de non-réponses Les réponses et les temps de réponse étaient enregistrés par un logiciel informatique conçu pour cette tâche

TÂCHES DE RECONNAISSANCE (I) Tâche de reconnaissance sans effet d’ordre Résultats Pas de différence significative entre les deux populations pour le nombre de bonnes et mauvaises réponses données ( 25,06 bonnes réponses pour les sujets contrôles sains contre 24,05 pour les patients schizophrènes et 5,93 réponses fausses pour les sujets contrôles sains contre 7,05 pour les patients schizophrènes) . Pas de différence significative entre les deux populations pour le nombre de non-réponses enregistrées (0,21 chez les contrôles contre 0,90 chez les patients). Les patients schizophrènes ne font donc pas plus d’erreurs que les sujets contrôles sains dans la reconnaissance de succession de vues.

TÂCHES DE RECONNAISSANCE (I) Tâche de reconnaissance sans effet d’ordre Conclusion Les patients schizophrènes sont non déficitaires dans ce type de tâche. Encodage des repères rencontrés le long du trajet. Non déficitaires dans la reconnaissance de scènes appartenant à un environnement préalablement visité et présentées indépendamment les unes des autres. Les patients schizophrènes ne seraient pas déficitaires dans la perception et la reconnaissance de scènes spatiales.

TÂCHES DE RECONNAISSANCE (II) Tâche de reconnaissance avec effet d’ordre Principe Des photos de lieux appartenant toutes au trajet étaient présentées aux participants. Celles-ci étaient présentées par paires. Les participants devaient rétablir l’ordre chronologique des lieux. Nombres de photos présentées : 28 paires Test informatique (passation sur ordinateur et traitement par logiciel informatique)

TÂCHES DE RECONNAISSANCE (II) Tâche de reconnaissance avec effet d’ordre Prises de vues (exemple) Lequel de ces lieux avez-vous rencontré en premier au cours du trajet ?

TÂCHES DE RECONNAISSANCE (II) Tâche de reconnaissance avec effet d’ordre Méthodes d’analyses Nombre de bonnes réponses Nombre de mauvaises réponses Nombre de non-réponses Les réponses et les temps de réponses étaient enregistrés par un logiciel informatique conçu pour cette tâche

TÂCHES DE RECONNAISSANCE (II) Tâche de reconnaissance avec effet d’ordre Résultats Il y a une différence significative entre les deux populations pour le nombre de bonnes (F(1,46) = 12,45 ; p = 0,0010) et mauvaises (F(1,46) = 8,98 ; p = 0,0044) réponses données. Pas de différence significative pour le nombre de non-réponses enregistrées (0,21 pour les contrôles versus 1,70 pour les patients). Les patients schizophrènes font donc plus d’erreurs que les sujets contrôles sains dans la reconnaissance de l’ordre chronologique de succession de vues (24,21 bonnes réponses pour les contrôles sains contre 18,80 pour les patients et 3,6 mauvaises réponses pour les contrôles contre 7,50 pour les patients). * *

TÂCHES DE RECONNAISSANCE (II) Tâche de reconnaissance avec effet d’ordre Conclusion Les patients schizophrènes sont déficitaires dans la reconstitution de l’ordre chronologique des repères rencontrés le long du trajet. Montrent des difficultés dans le rétablissement de l’ordre chronologique des différents sites visités. Semblent déficitaires dans le rappel de l’ordre séquentiel des lieux (difficultés à lier les différents lieux entre eux).

DISCUSSION GENERALE (I) Les patients schizophrènes sont déficitaires dans les épreuves de navigation et de restitution du trajet, quel que soit le type de restitution. Incluent peu de repères dans leur description verbale et dans leur cartographie, or la connaissance des repères est indispensable à une bonne navigation (Denis et al., 1999 ; Pazzaglia et al., 2001). Ces patients ne sont pas déficitaires dans la tâche de simple reconnaissance de succession de vues : processus cognitifs et mnésiques différents. La restitution graphique ou verbale requiert de reconstruire mentalement l’itinéraire : enchaînement d’actions à réaliser, et ordre chronologique des lieux rencontrés = reconstitution de l’ordre séquentiel et temporel des actions et des repères (Mellet et al., 2000 ; Ghaem et al., 1997).

DISCUSSION GENERALE (II) Les patients schizophrènes sont déficitaires dans la reconstruction mentale d’un itinéraire. Réel déficit dans l’établissement de l’enchaînement séquentiel d’actions et donc incapacité à restituer le trajet. Ce déficit a aussi été mesuré grâce à la tâche de reconnaissance de l’ordre chronologique de succession de vues. Les patients schizophrènes sont donc déficitaires dans la représentation mentale égocentrée et allocentrée d’un environnement. Le déficit dans la représentation mentale égocentrée est visible seulement lorsque celle-ci est organisée de manière séquentielle. Les patients ont accès seulement à un « patchwork » de vues locales (Amorim, 2004).

DISCUSSION GENERALE (III) La construction d’une carte cognitive de l’environnement étant dépendante de l’hippocampe, les déficits de construction de cette carte, chez les patients schizophrènes, pourraient s’expliquer par les anomalies hippocampiques (gyrus dentelé et cellules pyramidales). Le déficit d’acquisition de la représentation allocentrée de l’environnement, chez les patients schizophrènes, pourrait venir d’une anomalie de maturation des zones cérébrales concernées au cours du développement (selon Piaget et Inhelder (1947), chez l’enfant l’acquisition des différentes représentations mentales sont dues à la maturation des zones cérébrales).

CONCLUSION GENERALE Les plans et les descriptions verbales des patients schizophrènes ne sont pas de bonnes aides à la navigation. Mémoire spatio-temporelle déficitaire. Peuvent se souvenir de faits ou d’événements indépendants mais montrent des déficits dans l’établissement de liens contextuels. Les anomalies hippocampiques, survenant au cours du développement fœtal et du jeune enfant pourraient provoquer de tels déficits.

LIMITES DE L’ETUDE Faible taille de la population de patients schizophrènes Contrôle de la sévérité de la symptomatologie (PANNS) Contrôle des variables attentionnelles et exécutives (épreuves d’attention et de mémoire de travail). Passation de l’échelle spatiale de Pazzaglia et al. (2000) : connaissance du type de représentation mentale de l’environnement utilisé par les sujets.

PERSPECTIVES Les déficits observés sont ils spécifiques de la maladie schizophrénique ? Utilisation d’autres populations psychiatriques comme contrôle : ex, les états dépressifs. Quelle est l’influence des anomalies neurodéveloppementales ? Différencier le groupe de patients schizophrènes à « diagnostic précoce » de celui de « forme clinique du sujet jeune ». Quelle est l’influence du stress sur les performances ? Echelles de Spielberger Trait et Etat (STAÏ Y-A, Y-B), mesure du cortisol salivaire… Corrélation avec le volume hippocampique? Neuroimagerie : Voxel Based Morphometry Activation des réseaux neuronaux ? Taches de navigation mentale, rappel libre et reconnaissance en IRM fonctionnelle.

REMERCIEMENTS LIMSI CNRS, Université Paris XI IMHR, Ottawa, Canada Michel DENIS, Directeur de recherche au CNRS Marie-Paule DANIEL Luc CARITE IMHR, Ottawa, Canada Pr. Patrice BOYER Centre Emotion CNRS 7593 Pr. Roland JOUVENT Pr. Philippe FOSSATI Dr. Andreï RADTCHENKO Dr. Guillaume LE BASTARD Service de psychiatrie adulte (Pr. Jean-François ALLILAIRE) Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (Pr. David COHEN) Gilles RAUTUREAU

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