INFECTIONS CUTANEES COURANTES Dr Pascal MUSSON Service des maladies infectieuses et tropicales dermatologie CHU Pointe-à-Pitre
Peau ET MUQUEUSES Colonisées naturellement par des flores bactériennes non pathogènes qui contribuent au rôle de barrière protectrice. A respecter en évitant les lavages antiseptiques non justifiés.
ETIOLOGIES DES INFECTIONS CUTANEES -Microbiennes -Fungiques -Virales -parasitaires
Sémiologie dermatologique Erythème : lésion rouge disparaissant à la vitropression Purpura : lésion rouge ne disparaissant pas à la vitropression, +/- infiltrée Inflammation : Rougeur Chaleur Douleur Œdème
Macule: petite tache < 1 cm, sans aucun relief Papule: petite tache en relief < 1 cm Plaque: tache en relief de 1 cm à plusieurs cm
Vésicule: soulèvement limité épidermique contenant un liquide clair (1-2 mm de diamètre) Bulle: soulèvement épidermique contenant un liquide clair (1-2 cm de diamètre minimum) Pustule: petite tache en relief contenant du pus(liquide trouble)
Croûte:élément correspondant à la coagulation d ’un exsudat (pus, sang, sérosité) Erosion: plaie superficielle, limitée à l ’épiderme
Infections cutanées bactériennes Effraction de la barrière cutanée Pénétration, multiplication et diffusion du germe infection locale infection loco-régionale Ex: ostéarthrite infection disséminée : septis, endocardite, ostéite … Action des toxines bactériennes FdR: malnutrition, OH, diabète, déficit immunitaire hygiène Diagnostic clinique
Impétigo
Impétigo : généralités Infection superficielle Fréquent, enfant +++ Staphylocoque doré Streptocoque pyogenes (= strepto A) Contagieux, auto-infestations Impétiginisation : évolution en impétigo d’une dermatose préexistante (souvent prurigineuse)
Impétigo
Diagnostic clinique Vésico-bulles sur peau inflammatoire Érosion suintante Lésion croûteuse à extension centrifuge, jaunâtre (= croûtes mélicériques) Regroupement de plusieurs lésions en placard polycycliques à contours circinés Localisation variables Souvent péri-orificiel (bouche,nez) chez l’enfant Pas de signes généraux croûtes mélicériques = aspect de miel
Traitement Hygiène +++ Ongles coupés court Éviter la macération (couches…) Traitement local ++ Application pluri-quotidienne d’antiseptique +/- ATB en topique : mupirocine, acide fusidique Pas de corticoïdes locaux Antibiothérapie générale : peu d’indication, sauf lésions très étendues (péni M, amoxicilline + acide clavulanique, C1G, C2G, pristinamycine) Éviction scolaire ou de la crèche Chlorhexidine, Dakin
Érysipèle
Érysipèle : généralités = dermohypodermite bactérienne aiguë non nécrosante Streptocoque pyogenes ß (= strepto A) Terrain Adulte > 40 ans Surpoids Diabète Insuffisance veineuse, lympoedème chronique Localisation : membres inférieurs +++ Visage, membre supérieur : rare
Dermo-hypodermite bactérienne aigüe
Diagnostic clinique Début brutal Signes généraux Fièvre 39-40°C frissons Signes locaux Placard inflammatoire = érythémateux, oedémateux, douloureux, chaud Délimiter les contours (évolution) Absence d’écoulement purulent Adénopathies satellites +/- lymphangite Rechercher la porte d’entrée cutanée +++ : plaie traumatique, ulcère, intertrigo
Signes biologiques Hyperleucocyose à PNN Sd inflammatoire Augmentation de la CRP Hémocultures rarement positives
Traitement Repos +++ Jambes surélevées ATB générale ß lactamines : amoxicilline, péni G pristinamycine Antalgiques Contre-indication : AINS, corticoïdes Traitement de la porte d’entrée Traitement des facteurs favorisants Equilibre du diabète Bas de contention si insuffisance veineuse
Complications Dermohypodermite bactérienne nécrosante Fasciite nécrosante Abcédation Récidive
Dermohypodermite nécrosante Fasciite nécrosante
DHD / fasciite nécrosante : généralités Streptocoque pyogenes ( = strepto A) ++ Autres germes en fonction de la localisation Infection rare mais grave +++ Décès 30% Séquelles fonctionnelles majeures Terrain > 50 ans Diabète ++, immunodépression, hémopathie, cancer… Toxicomanie Alcoolisme Prise d’AINS
Nécrose limité à l’hypoderme = DHD nécrosante Nécrose atteignant le fasciia = fasciite nécrosante Fasciite nécrosante peau fasciia muscle
Diagnostic clinique Idem dermo-hypodermite bactérienne non nécrosante Mais douleurs très intenses + sepsis sévère : tachycardie, polypnée, hypotension Agitation, confusion Défaillance d’organes… + nécrose ( = zones indolores) +/- bulles, phlyctènes
Signes biologiques et prélèvements bactériologiques Biologie Sd inflammatoire: HLPNN, augmentation de la CRP Défaillance viscérale : insuffisance rénale, CIVD… Augmentation des CPK si atteinte musculaire Prélèvements bactériologiques Hémocultures Ponction des bulles Prélèvements per-opératoires
Traitement URGENCE ! Urgence CHIRURGICALE chirurgie délabrante Urgence médicale Antibiothérapie adaptée à la localisation Traitement des défaillances d’organes +/- hospitalisation en réanimation
« Jambe rouge aigue fébrile » : érysipèle ou DHD / fasciite nécrosante ? Si pas de nécrose évidente initialement : suivre l’évolution +++ Attention si : Extension de la lésion (délimiter les contours ++) Douleur croissante Œdème induré diffus Caractère purpurique et/ou bulleux Hypoesthésie Aspect livedoïde
FURONCLES Infection profonde du follicule pilo-sébacé par un staphylocoque doré Portage manuel à partir de gîtes F favorisants: diabète, immunosuppression, atopie, carence martiale, manque d’hygiène, obésité, occlusion, friction
FURONCLES Papule inflammatoire puis pustule puis nécrose suppuration Dos, fesses, cuisses, épaules Risque de passage à la chronicité
Furoncles
Infections cutanées fongiques
Intertrigo
Intertrigo : inflammation d’un ou plusieurs plis cutanés. Grands plis : axillaires, sous-mammaires, inguinaux, interfessier Petits plis : inter-digitaux, inter-orteils Souvent Infection cutanée fongique (Dermatophytes ou Candida) Autre étiologies possibles (eczéma, psoriasis, érythrasma…) Facteurs favorisants obésité diabète mauvaise hygiène macération
Diagnostic clinique Plaque érythémateuse Débute au fond du pli puis s’étend de façon centrifuge Prurigineuse allongée dans le sens du pli Intertrigo des grands plis Plaque érythémateuse suintante Bordure nette, inflammatoire, parfois pustules en périphérie
Intertrigo inter-orteil érosion linéaire bordée de squames décollées +/- onyxis porte d’entrée d’une surinfection bactérienne (= érysipèle)
Traitement Antifongique local Imidazolés en poudre ou pommade Application 2/jour Long = 1 à 3 semaines Traitement d’un onyxis associé Local +/- général (si atteinte matricielle) > 6 mois Hygiène = éviter la macération
TEIGNES Cuir chevelu des enfants. Rares chez l’adulte. Fréquentes en milieu tropical ou chez migrants Transmission par animal ou inter-humaine (importance pour l’éviction scolaire) Provoque des alopécies circonscrites généralement transitoires sauf Favus Plusieurs variétés: Teignes tondantes , Teignes inflammatoires ou suppurées Tt systémique
TEIGNES inflammatoires
Teignes microsporique
Infections cutanées parasitaires
Gale
Gale : généralités Ectoparasitose : Sarcoptes scabiei hominis Endémie mondiale Homme = seul réservoir Transmission inter-humaine contact cutané direct Linges, literie, vêtements survie dans l’environnement 2-4 jours Facteurs favorisants promiscuité : milieu familiale, crèche, maison de retraite manque d’hygiène
Salive du sarcopte femelle réaction urticarienne prurit
Diagnostic clinique Durée d’incubation = 3 semaines Prurit +++ Début progressif, intensité variable Recrudescence nocturne Lésions cutanées Sillons = fins trajets sinueux 5-15mm Vésicules perlées (faces internes des doigts) Nodules scabieux = papules, nodules Lésions de grattage associées Risque de surinfection bactérienne
Espaces interdigitaux Faces antérieures des poignets + avant-bras Plis des coudes, aisselles Ceinture Organes génitaux, face interne des cuisses Respect du visage et du dos
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Diagnostic Clinique ++ Dermatoscopie Confirmation par recherche du parasite Grattage d’un sillon Effondrement d’une vésicule perlée Microscope : adultes, œufs, larves
Traitement topique Benzoate de benzyle Ascabiol® +/- répéter à 2 ou 7 jours Protection du visage Laisser en contact pendant 24h puis savonnage + douche Espadepallethrine Sprégal® Protection Yeux Voies respiratoires CI : asthme Laisser en contact pendant 12h puis savonnage + douche
Traitement topique Crème à la permethrine 5% TOPISCAB ++ 2 applications à 1 semaine d’intervalle Possible à partir de 2 ans et femme enceinte.
Traitement (suite) Traitement orale : ivermectine en PU Inactif sur les œufs à renouveler à 7 jours +/- traitement local Traiter tous les membres de la famille ou de la collectivités en même temps Traiter vêtements, linge, literie Machine à laver à 60°c Congélateur 24h Dans un sac fermé pendant 1 semaine Apar® + sac fermé 24h Éviction scolaire Déclaration et enquête épidémiologique dans les collectivités
Infections cutanées virales
HERPES Oral HSV1 Génital HSV2 Homme seul réservoir Possibles réactivations (soleil, stress, grossesse, infection…) Incubation lors primo-infection: 2-12jours
HSV1 Primo-infection: Récurrences Kératite herpétique Enfance Asymptomatique (70%) ou gingivo-stomatite Odynophagie +++ Alimentation difficile voire impossible Ulcérations buccales diffuses pouvant déborder sur lèvres ou menton Surinfection bactérienne possible Guérison spontanée 11j-3semaines Récurrences Classique bouton de fièvre Kératite herpétique Évaluation ophtalmo
Herpès labial
Récurrences génitales HSV2 IST Primo-infection Incubation 2-7j Bruyante, multiples vésicules sur fond érythémateux, évoluant vers ulcérations Gland, pénis, vulve, périnée, fesses, col utérus, vagin Parfois accompagné de signes généraux Récurrences génitales Moindre intensité Prodromes (brûlure, prurit, paresthésie,…) Vésicules en bouquet s’ulcérant 6-7j
traitement Primo-infections: Valaciclovir 500mgx2/j pdt 10j Aciclovir 5 mg/kg/8h iv si po impossible +/- hydratation Récurrences pas systématique Valaciclovir 500mgx2/j 5 jours Traitement prophylactique possible si récurrences fréquentes Dans tous les cas penser prévention: préservatif…
VARICELLE Infection virale secondaire à VZV Incubation 2 sem Éruption maculeuse puis vésiculeuse Vésicules évoluant vers croûtes Plusieurs poussées, polymorphisme Complication cutanée (surinfections), pneumonie, neurologiques Varicelle congénitale Très sévère chez l’immunodéprimé Pas de poudres ni d’aspirine
ZONA Récurrence du virus de la varicelle VZV Vésicules sur Territoire d’un ganglion nerveux avec névralgie Auto résolutif Grave si atteinte ophtalmique Douleurs persistantes parfois Vaccin possible après 50 ans
ZONA THORACIQUE
Maladies éruptives de l’enfant
Sémiologie dermatologique Erythème : lésion rouge disparaissant à la vitropression Exanthème : lésions érythémateuses diffuses cutanées Morbiliforme : macules/papules érythémateuses lenticulaires +/– confluentes en plaques irrégulières avec intervalles de peau saine, non prurigineuses Scarlatiniforme : vastes placards rouges vifs confluents sans intervalle de peau saine, aspect granité, cuisants, desquamation Rubéoliforme : discrètes macules roses pâles de petites taille commençant au visage Roséoliforme : macules roses pâles non confluentes Enanthème : lésions érythémateuses des muqueuses
ROUGEOLE Morbilliforme descendante plaques plus ou moins conflunates
Maladie à prévention vaccinale Très contagieuse Éruption 14jours après contage Complications bactériennes et neurologiques parfois fatales
MEGALERYTHEME EPIDEMIQUE 5ème maladie Grande plaque rouge a c ontours dechiqueté benignes arthralgies anemie hemoytique
Épidémies scolaires Éruption débutant u visage puis descendante Arthrite Complications chez le patient immunodéprimé et la femme enceinte
SCARALATINE Exantheme ans intervalle de peua saine desquamation
Angine à streptocoque avec exanthème et énanthème Éruption évoluant vers la desquamation TT antibiotique (péni A)
RUBEOLE Morbilli a scarlani 3 jours complications neuro parfois atteinte muqueuse
Infection virale à prévention vaccinale Éruption morbilliforme Arthrite , arthralgies, thrombopénie Complications neurologiques Rubéole congénitale
Messages généraux de prévention Attention hygiène des mains+++ Penser aux isolements+++ Vaccination :