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Croissance et environnement Le développement durable.

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1 Croissance et environnement Le développement durable

2 1 - Les limites de la croissance

3 Solow, Dasgupta, Heal, Stiglitz et Hartwick. Boulding, en 1966, écrit un papier important,The Economics of the Coming Spaceship Earth Les modèles de croissance et la réflexion des sciences physiques et en biologie inspire les travaux de Forrester (dans World Dynamics en 1971) et le rapport Meadows du club de Rome, de 1972 (The Limits of Growth ou Halte à la croissance !)

4 Le rapport étudie 5 tendances majeures de la croissance de 1900 à 1970 : 1.lindustrialisation, 2.la croissance de la population, 3.la malnutrition, 4.lépuisement des ressources non-renouvelables 5.la détérioration de lenvironnement.

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6 Le rapport insiste sur le fait que la diminution des ressources provoquera une décroissance de la production industrielle qui a son tour et avec du retard limitera la hausse de la population (problèmes sanitaires, augmentation du taux de mortalité). Les auteurs du rapport estiment quaprès 2000 la production par tête retombera à son niveau du début du siècle ! La croissance économique doit donc être stoppée si lon souhaite que léconomie demeure à son niveau initial.

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8 Les présupposés de la simulation qui est faite dans le rapport sont : – la croissance économique saccompagne dune consommation plus que proportionnelle des matières premières ; – pas de création ou dinnovation ; – pas de substitution possible entre les inputs. Le rapport Meadows paraît tout de même modéré à côté de louvrage, The Entropy Law and Economic Process (1971), de Goergescu- Rogen.

9 Beaucoup, comme Beckerman (1972) y voit le retour de Malthus. Alfred Sauvy en 1973 (Halte à la croissance ?) conteste lidée de la croissance zéro du point de vue démographique. Solow (1974), The Economics of Ressources or the Ressources of Economics, AER. En 1973, Nordhaus, introduit le concept de backstop technology ou technologie limite. Barnett et Morse, Scarcity and Growth, 1963; Barnett (1979).

10 Bladwin (93); et Krueger (1993, 1995), Selden et Song (1994). Le développement durable comme « sixième étape » de la croissance ? (cf. Rostow 1960) Lexistence dune telle relation est donc aujourdhui largement remise en cause (Harbaugh W.T., Levinson A. et Wilson G.M. (2002). Reexamining the empirical evidence for an Environemental Kuznets Curve, The Review of Economics and Statistics 84(3), )

11 2 - Le concept de développement durable

12 Rapport de la Commission mondiale sur lenvironnement et le développement, Our Common Future (1987), aussi dénommé Rapport Brundtland. Le développement durable est défini comme un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. Dès 1989, Pezzey recensait plus dune soixantaine de définition dans la littérature. En 1996, Dobson en relève plus de 300. Le concept de développement durable est souvent utilisé comme une boîte noire. Cest dailleurs plus une notion floue quun concept.

13 3 - La soutenabilité faible

14 La définition courante du développement soutenable se traduit dans la plupart des modèles néo-classiques par le maintien ou la croissance dun potentiel de bien-être (Pezzey, 1989). Elle insiste sur la non décroissance de long terme de lutilité, du revenu par tête ou de la consommation réelle. La question de la soutenabilité est alors appréciée grâce à des modèles de croissance soutenable. Dasgupta et Heal (1974); Solow (1974) Stiglitz (1974)

15 3.1 Les enseignements des modèles de croissance a.Les conditions technologiques nécessaires à la durabilité Soit R la ressource, elle est nécessaire si F(K; L;R) = 0 quand R = 0. Une ressource est non essentielle sil est toujours possible dobtenir un niveau perpétuel de consommation strictement positive quel que soit le niveau de ressource utilisé. La condition pour quune ressources soit non essentielle est que productivité moyenne non bornée asymptotiquement. Le maintien dun niveau positif de production, donc de consommation, i.e. la durabilité de la croissance, nest possible que si, la ressource nécessaire est non essentielle et si la sensibilité de la production à laccumulation du capital est suffisante relativement à sa sensibilité à lépuisement progressif de la ressource.

16 Dans le cas dune fonction Cobb-Douglas : Y = K α R (1- α), la ressource est nécessaire à la production mais non essentielle, Solow en 1974 montre que la condition nécessaire et suffisante pour sassurer de lexistence dun sentier de croissance avec une consommation uniformément strictement positive est une élasticité du produit par rapport au capital supérieure à celle du produit par rapport à la ressource épuisable, soit α > 1/2.

17 Dans le cas dune fonction de production Cobb- Douglas toujours, Solow (1974) et Stiglitz (1974) montrent que lexistence dun taux de progrès technique exogène positif permet de lever la contrainte de rareté de la ressource sans quil soit nécessaire de poser dautres conditions : la consommation par tête nest pas contrainte au déclin si le progrès technique économe en ressource est supérieur au taux de croissance de la population.

18 Léconomie sur le long terme peut donc tendre vers un sentier de croissance équilibrée où toutes les variables augmentent au taux naturel de croissance. Lutilisation dune ressource épuisable dans la production nempêchera pas latteinte de ce sentier. En effet, même si les ressources épuisables existent en quantité limitée et même si elles sont nécessaires à la production, cette dernière nest pas condamnée à stagner ou à diminuer. Le progrès technique et laccumulation du capital compensent les effets de la raréfaction de la ressource.

19 b- Règle dépuisement de la ressource et règle daccumulation du capital Ces conditions technologiques assurent lexistence de sentiers de croissance avec un niveau de consommation strictement positif. Mais elles ne suffisent pas à garantir lefficience intertemporelle de ces sentiers. Un sentier de croissance est intertemporellement efficient si pour un niveau de consommation présent donné, toutes les consommations futures sont aussi élevées que possible compte tenu des contraintes économiques. Le long dun sentier de croissance efficient intertemporellement, laugmentation de la consommation future ne peut seffectuer quaux dépens de la consommation présente et inversement.

20 règle de Hicks-Hartwick-Solow Hartwick (1977) a fourni une règle dépargne-investissement connue sous le nom de règle de Hicks-Hartwick-Solow qui, si elle est adoptée par la société, la conduit sous certaines conditions à maintenir une consommation constante. La règle indique que la société doit réinvestir à chaque date toute la rente issue de lextraction de la ressource épuisable en capital manufacturé. Si la société adopte cette règle et exige en outre que le stock de ressource soit consommé selon la règle dHotelling dépuisement optimal, elle sera juste capable de maintenir une consommation constante au cours du temps, laccumulation du capital produit par lhomme compensant exactement lépuisement de la ressource. Initialement démontrée dans le cas Cobb-Douglas, Dixit, Hammond et Hoel (1980) montrent que la règle tient dans des cas plus généraux. Solow (1986) discute de son extension au cas avec croissance de la population et progrès technique, et montre que son application conduit alors à une croissance continue de la consommation par tête. Linvestissement, comme le progrès technique, est un moyen datténuer lépuisement de la ressource naturelle.

21 Ainsi, en présence dune ressource épuisable, des sentiers de consommation constants ou croissants efficients intertemporellement existent. Mais un tel sentier de croissance durable efficient intertemporellement est-il optimal au regard du critère du bien-être?

22 c- Croissance optimale avec ressources épuisables le problème du planificateur consiste à maximiser la fonction de bien-être social associée aux flux de consommation Le sentier de croissance optimale, lorsquil existe, vérifie la règle dHotelling et lépuisement asymptotique des ressources.

23 En labsence de croissance de la population et de progrès technique, Dasgupta et Heal (1974) montrent que la croissance est durable si le capital physique K peut être substitué facilement pour des raisons technologiques à la ressource naturelle et si la valeur finie vers laquelle tend la productivité marginale du capital quand la ressource naturelle sépuise est supérieure au taux de préférence pour le présent.

24 Avec un progrès technique exogène et une croissance positive de la population, Stiglitz (1974) et Garg et Sweeney (1978), montrent que la consommation par tête croît à un taux strictement positif si le taux de progrès technique augmentant lefficacité de la ressource est supérieur au taux descompte social Un progrès technique suffisant permet donc dassurer lexistence dun sentier de croissance durable.

25 Dasgupta et Heal (1974) ont examiné les implications de lexistence dune « backstop technology » ou technologie de substitution (Nordhaus, 1973) dans ce type de modèle. Il apparaît que lexistence dun substitut nest pas une condition suffisante à la durabilité du sentier de croissance optimale. Si la technologie de substitution est caractérisée par un faible coût de production physique, alors la durabilité du sentier de croissance optimale est assurée.

26 d- Le ressources naturelles comme aménités Avec des hypothèses similaires à celles de Dasgupta et Heal (1974) et Krautkraemer (1985) examinent limpact de ces aménités sur la croissance optimale. Lintroduction des aménités environnementales ne modifie pas les conclusions générales du modèle de Dasgupta et Heal (1974). Cependant, la présence daménités rend lexistence dune croissance optimale perpétuelle et donc durable plus improbable.

27 Les modèles néoclassiques de croissance optimale traitant des ressources renouvelables sont peu nombreux comparativement à ceux incorporant des ressources épuisables (Beltratti, Chichilnisky et Heal, 1996). En effet, elles nentraînent pas de contrainte physique particulière, dès lors que le taux dextraction est compatible avec leur taux de renouvellement. Cependant, si une mauvaise gestion de celles-ci venait à exister, les dommages causés seraient irréversibles, elles deviendraient de fait épuisables et rentreraient dans le cas précité.

28 e- La pollution Si a priori, la qualité de lenvironnement est de nature comparable à une ressource renouvelable, la problématique de la croissance durable avec stock de pollution est plus proche de celle relative à lépuisement dune ressource épuisable. produit fatal Si les émissions polluantes sont un produit fatal de lactivité économique, la croissance saccompagne inéluctablement dune dégradation continue de la qualité de lenvironnement, laquelle représente une externalité négative pour lutilité des agents. condition de durabilité forte Dans une telle configuration, la condition qui assure la durabilité, toujours dans une perspective utilitariste, est la constance du stock de capital naturel. Cette condition de durabilité forte qui assure une utilité non décroissante résulte de cette absence de substituabilité mais également, à la suite de Pearce (1988), des possibles irréversibilités et incertitudes pesant sur lenvironnement.

29 De la même manière que lapparition dune technologie de substitution ou dun progrès technique économe en ressource peut être une solution au problème de lépuisement dune ressource naturelle, la possibilité dune croissance durable avec polluants produits fatals de la production repose sur les caractéristiques technologiques dune activité de dépollution. Si des substituabilités sont possibles, ce qui correspond formellement à des émissions de polluants considérées comme facteur de production substituable, le caractère non essentiel de ce facteur autorise une durabilité faible. La problématique est alors totalement similaire à celle que soulève une ressource épuisable non essentielle. La condition dune telle durabilité, à la suite de Solow (1986), est alors la constance dun certain stock de capital (naturel et physique), dont lune des variantes est la règle de Solow- Hartwick. Mais si les émissions sont essentielles à la production, avec une substitution difficile, la condition de la durabilité est la condition de durabilité forte de constance du capital naturel. Attention, le choix entre ces deux conditions de la durabilité ne relève pas ici de considérations éthiques (les deux supposent une éthique utilitariste) mais dépend des propriétés de substitution entre la ressource et le capital et de la nature des émissions polluantes.

30 En résumé : Que la contrainte environnementale porte sur les ressources naturelles ou le phénomène de pollution, elle constitue dans tous les cas un frein à la croissance économique, lorsquelle ne conduit pas à leffondrement de léconomie. Lexistence dun sentier de croissance régulière optimale et durable, avec critère utilitariste escompté, relève dans les deux configurations dhypothèses ad hoc fortes dont loccurrence reste à démontrer. En raison de la diversité des possibilités de modélisation, la littérature a produit une variété de résultats assez disparates. Toutefois, on retrouve une condition générale du non déclin de la consommation par tête très proche des résultats issus du modèle de Stiglitz : les effets positifs du progrès technique et /ou de laccumulation du capital doivent être supérieurs aux effets négatifs de la pollution, de la croissance de la population et du taux dactualisation (Toman, 1993).

31 f- Les modèles de croissance endogène La littérature de la croissance endogène a également intégré lenvironnement de différentes manières (Van Merrewijk et al., 1993 ; Gradus et Smulders, 1993 ; Vellinga, 1994 ; Aghion et Howitt, 1998, 2000). On retrouve des conditions similaires à celles évoquées précédemment, qui ne sont donc pas contingentes à la nature de la croissance.

32 g- De la substituabilité à la règle du maintien constant du stock global de capital Lanalyse des modèles de croissance montre que la coïncidence de loptimalité et de la soutenabilité est possible. Il suffit de considérer le capital naturel (K n ) comme une simple composante du capital total (K) :K = K m + K h + K n avec K m le capital manufacturé ou reproductible, K h le capital humain ou stock de connaissance ou savoir faire et K n le capital naturel (ressources épuisables, renouvelables et services environnementaux). Ces différents types de capitaux sont supposés commensurables Cela permet lapplication des concepts de la théorie du capital et conduit à une règle censée réguler la répartition des capitaux entre les générations. Selon cette loi, la soutenabilité sera assurée si le stock de capital total (K) est constant ou saccroît afin dassurer le maintien ou la croissance dun potentiel de bien-être au cours du temps. Soit : Hyp. implicite dune substituabilité quasi illimitée entre le K n et K m. Dans un objectif de soutenabilité, la règle de Solow-Hartwick étendue à lensemble du capital naturel peut ensuite être appliquée pour réguler le transfert de capital entre les générations : les rentes provenant de lusage du capital naturel par la génération présente doivent être réinvesties sous forme de capital reproductible qui sera transmis aux générations futures dans des proportions permettant de maintenir les niveaux de consommation réels au cours du temps.

33 3.2 Les indicateurs de soutenabilité faible a. Lélasticité de substitution La croissance optimale nest durable que si lélasticité de substitution entre le capital naturel et le capital reproductible est 1, avec une part du capital reproductible supérieure à celle du capital naturel dans le revenu. Estimation de Brown et Fields (1979) sur le fer, laluminium, le cuivre, le papier, etc. la quasi totalité des élasticités de substitution sont supérieures à 1. La capacité dabsorption de lenvironnement naturel et loffre de biodiversité donnent davantage de motifs de préoccupation.

34 b. Le progrès technique c. La rente de rareté et son extension à lensemble du capital naturel d. Le revenu national corrigé Pearce et Atkinson (1993) ont estimé empiriquement la valeur du PIB vert pour 22 pays 8 des 22 pays ne remplissent pas la condition de soutenabilité. Un tel indicateur comporte bien sûr des limites, il est statique donc ne tient pas compte du progrès technique ni du commerce international. Des travaux actuels tentent dobtenir un indicateur global de soutenabilité potentielle dune économie par le biais de la construction dun agrégat corrigé de ce type décrit comme un revenu national soutenable. La Banque Mondiale calcule ce type dindicateurs. Plusieurs auteurs (Pearce et Atkinson, 1993 ; Pearce et Warford, 1993 ; Solow, 1992) soutiennent ce type de démarche.

35 3.3 Le problème de léquité intergénérationnelle Ramsey (1928) Bentham (1781) Harrod (1948) Chichilnisky (1993) Rawls (1971) Koopmans (1965) Dasgupta et Heal (1979)

36 4 - La soutenabilité forte

37 4.1 Les apports du paradigme thermodynamique Sadi Carnot (1824) a- Premier et deuxième principes de la thermodynamique b- Lapproche des « bilans matière-énergie » Kneese, Ayres et dArge (Economics and the Environment : a Materials Balance Approach 1970 c- La théorie de la valeur énergétique Odum et Odum 1981 ; Odum 1983

38 d- LEcole de Londres Pearce et Atkinson, 1993; Barbier et Markandya, 1990 e- Les approches de létat stationnaire Daly, Steady State Economics, 1991 Georgescu Roegen, Demain la décroissance ; Entropie-Ecologie-Economie, (1979)

39 4.2. Les apports du paradigme du vivant a- Le paradigme du vivant La théorie de Darwin (1859); La thermodynamique du non-équilibre de Prigogine; Prigogine (1968); Prigogine et Stengers (1979) b- Léconomie écologique Costanza, 1989; Norgaard (1984, 1988) ; Passet (1979); Développement depuis le début des années 90 du courant des institutionnalistes de lenvironnement (Söderbaum, Opschoor, Dietz, Van der Straaten).

40 4.3. Capitaux critiques et indicateurs de développement durable

41 Lester Brown et le développement durable – Agroéconomiste et analyste environnemental américain, un des principaux inspirateurs selon J- L. Borloo des travaux du « Grenelle de l'Environnement » – Eco-Economy: Building an Economy for the Earth (2001) – Plan B: Rescuing a Planet Under Stress and a Civilization in Trouble (2003)

42 Bibliographie du cours Chiroleu-Assouline M., Beaumais O., 2002, Economie de lenvironnement, Breal (Ed.). S. Faucheux et J.F. Noël, 1995, Économie des ressources naturelles et de l'environnement, Armand Colin. Gilles Rotillon2010, Economie des ressources naturelles, Paris, La Découverte, collection Repères. K. Schubert, P. Zagamé, 1998, L'environnement : une nouvelle dimension de l'analyse économique, Vuibert (Ed.). Franck-Dominique Vivien, 2005, Le développement soutenable, Paris, La Découverte, collection Repères.


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