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Durée environ 15 minutes. Attendez que la musique de Schubert démarre et cliquez pour avancer Une histoire écrite par Clopine Trouillefou KC920326.

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2 Durée environ 15 minutes. Attendez que la musique de Schubert démarre et cliquez pour avancer Une histoire écrite par Clopine Trouillefou KC920326

3 Clopin-Clopant Je suis né avec des yeux d'ange Et des fossettes au creux des joues J'ai perdu mes joues et mes langes Et j'ai cassé tous mes joujoux. Je m'suis regardé dans un' glace Et j'ai vu que j'avais rêvé Je m'suis dit : faudra bien qu'j'm'y fasse... Tout finira par arriver... {Refrain:} Et je m'en vais clopin-clopant Dans le soleil et dans le vent, De temps en temps le cœur chancelle... Y a des souv'nirs qui s'amoncellent... Et je m'en vais clopin-clopant En promenant mon cœur d'enfant... Comme s'envole une hirondelle... La vie s'enfuit à tire-d'aile... Ça fait si mal au cœur d'enfant Qui s'en va seul, clopin-clopant.. Pierre Dudan.

4 Chapitre 1 La Petite cold_spir

5 Le pré s'étend en pente douce, devant les hlm du quartier du stade, et doit être humide, vu le nombre de cardamines qui y croissent.

6 La Petite ne connaît pas le nom des fleurs, ni la raison de leur abondance.

7 Elle trouve juste cela joli. « C'est joli » dit-elle à voix haute, mais personne ne lui répond. Elle est à portée de regard des fenêtres de l'hlm, mais seule dans le pré. cold_spir

8 La Petite a sept ans, ou sept ans et demi. Elle répète tout bas « c'est joli », mais cela ne semble pas suffire. Elle ne connaît même pas le nom de ces fleurs-là. Pourtant, il lui semble qu'il lui faut faire quelque chose. Comme si les cardamines l'appelaient, elle.

9 La Petite hésite un peu, et puis se met à cueillir les fleurs. Elle en cueille beaucoup, beaucoup, une grande brassée. Et pourtant le pré paraît tout aussi fleuri qu'avant, quand elle s'arrête, un peu rouge de sa cueillette. Elle est contente. Cueillir les fleurs, c'est bien mieux, bien plus satisfaisant que de simplement dire qu'elles sont jolies. BiteTheGothEmo

10 Mais que faire du gros bouquet ? La Petite est embarrassée. Elle se souvient de l'école, de la leçon sur la fête des mères... C'est décidé : elle donnera le bouquet à sa mère. Cela doit être cela, ce qu'il faut faire. noticia

11 La Petite est rentrée à la maison. Elle est devant sa mère, elle tend le bouquet en baissant la tête. Elle n'a pas besoin de regarder le visage de sa mère. Elle en saisit tout de suite le vague étonnement.

12 La mère est debout devant le bouquet de « la Petite », comme devant une énigme.

13 Pourquoi donc a-t-elle cueilli ce bouquet ? Elle n'aurait pas dû. Voilà. Elle a honte. Elle ne sait pas comment réparer. Il ne fallait pas.... Elle tortille un peu ses mains... Elle dit: « on a le droit de les cueillir, celles- là, non ? » pour détourner l'attention de sa mère d'elle, pour cacher leur embarras à toutes deux... Oh !

14 Ouf, sa mère parle : « oui, oui, celles-là, on a le droit », puis se détournant, va chercher le grand vase. Elle met les fleurs dedans, puis, toujours avec cette nuance d'étonnement qui donne à la gamine comme une envie de pleurer, elle ajoute : « Ne t'en fais pas, Sylvie. Ces fleurs-là, tu sais, cela ne tient pas. Ca n'a pas de valeur. Je pourrai les jeter vite ».

15 La Petite est devant sa mère, comme devant une énigme.

16 La Petite sait, confusément, que l'étendue de ses droits et de ses pouvoirs surpasse celles de ses frères et sœurs. Ce n'est pas à elle qu'on fera manger des haricots verts ou de la viande. Elle a droit à l'aristocratique thé, quand les autres avalent leur robuste café au lait. Les jours d' anniversaire, on lui donne à elle aussi un petit quelque chose. Sinon, dit sa mère, ce serait la crise.

17 De l'avis de tous, la Petite est outrageusement gâtée. En tout cas, c'est ce que ses frères et sœurs pensent, et la mère acquiesce, en souriant vaguement. Ils ont du mérite à vivre près d'elle.

18 Elle ne va pas dans la même école qu'eux. Sa chambre est la plus près de celle de sa mère. Seule entre tous, elle l'accompagne à Paris, chez les fournisseurs, et pousse le caddie à ses côtés, le samedi matin, jour de marché. Dans le jardin, là où les autres ont des cerisiers, on a planté pour sa naissance, un poirier. Evidemment, il ne donne aucun fruit. Mais du coup, on parle d'elle.

19 Ses frères et sœurs sont obligés, en maugréant, de lui céder le fruit qu'elle convoite, l'objet qu'elle désire, le joujou dont ils se servaient. Ils se rattrapent en la tabassant de temps en temps, quand ils peuvent la coincer.

20 Au premier hurlement, la mère vient la protéger.

21 Arrêtez de la faire enrager. Vous allez casser ses lunettes. Seule entre tous, la Petite porte des lunettes. motochick

22 Seule entre tous, la Petite a le droit, le soir venu, à un verre d'eau sucrée, apporté par sa mère en personne.

23 Il est convenu que la Petite est une grande nerveuse, mais par-dessus tout, sa place, dans la pléiade familiale, est précisément définie. Elle fait chier.

24 A croire qu'elle est née pour ça. C'est une chieuse, c'est LA chieuse, mais elle en a le Droit.

25 Ses frères et sœurs doivent lui ouvrir la trappe du grenier, quand elle veut aller y jouer, ils doivent faire attention à ses affaires, quand ils vont à la piscine, et lui laisser la place de devant, dans la voiture. Mais elle ne peut les suivre dans leurs jeux.

26 Sa mère la garde près d'elle. Elle la regarde souvent, longuement. Et dit parfois, le soir, à table, en plissant des lèvres soudain devenues minces : « J'ai bien peur que Sylvie ne me reste sur les bras. Avec le caractère qu'elle a ».

27 Chapitre 2 : Sylvie, racontée par Jeanne Frank Masi.

28 Quand la mère, Jeanne, entra dans la chambre, le premier sentiment qu'elle ressentit fut le soulagement. Cela faisait un mois que Sylvie était partie. Enfin.

29 Elle avait emporté avec elle tous ses livres, une petite valise de vêtements et quelques malédictions. La mère s'assit sur le lit-cosy, passa sa main sur le couvre-lit en tuft (achetés par 6 à la Redoute, ils ne différaient, d'une chambre d'enfants à l'autre, que par la couleur). Le chat « Trépied » dormait, en boule au pied du lit.

30 La mère poussa un soupir, se releva et d'un geste, remit d'aplomb un petit miroir, accroché au-dessus du lit, qui pendait lamentablement de côté, son clou déjanté arrachant un morceau de papier peint. Elle alla fermer les portes du placard, laissées ouvertes là, comme à la volée, et se pencha pour attraper la corbeille à papier, inclinée en appui instable contre le mur. Elle semblait pleine de petits morceaux de papier calcinés. En y regardant de plus près, la mère comprit que Sylvie s'était servie de la corbeille pour brûler des photos. Elle en grinça des dents : ce geste ressemblait tellement à tout ce qui venait de se passer, ces dernières années. C'était comme une signature : elle m'en aura fait voir, quand même. Ah ça, elle savait me faire enrager...

31 Elle tourna lentement sur elle- même, dans cette chambre où sa fille, si souvent, l'avait maudite. Par la fenêtre, on voyait les branches du saule pleureur. La pièce n'était pas si vilaine que cela, au fond. Elle pourrait désormais en faire une buanderie, ou une chambre d'amis. Elle s'y mettrait dès le lendemain. Démonter le lit étroit, enlever le bureau, mettre à la place une commode, un grand chiffonnier, la planche à repasser et un divan...

32 En soupirant, la mère ramassa d'un geste efficace et compétent le chat qui dormait sur le lit. Elle l'avait autrefois délivré d'un piège à loups où il avait laissé une patte, l'avait soigné et rebaptisé. C'était à peu près le seul être vivant que Sylvie supportait dans la maison, surtout les derniers temps. Avant de refermer la porte, le Trépied fit mine de vouloir sauter des bras de la mère. Elle le serra un peu plus fort : dis donc, ce n'est pas parce que je t'ai sauvé toi aussi qu'il faut n' en faire qu'à ta tête...

33 Elle se sentait soulagée, certes, mais lasse, si lasse et remonta pesamment l'escalier de la cave, le chat sous le bras et la corbeille noircie à la main. Sur la table de la cuisine, le courrier l'attendait, dont une épaisse enveloppe venant du service d'état civil national de Nantes. Elle ouvrit lentement, et mit du temps à comprendre : c'était une demande officielle de sa fille, qui voulait changer de prénom, et s'appeler désormais Marie. Son assentiment était obligatoire, puisque sa fille était encore mineure, bien qu'émancipée et habitant une chambre de cité universitaire.

34 Le cœur de la mère s'alourdit d'un coup, et d'un geste empli de colère, elle déchira le dossier, et en laissa tomber les morceaux dans la corbeille grillagée. « Marie ». Voyez-vous ça. N'en aurait-elle jamais fini, avec sa rejetonne ? Comment faire, pour fermer complètement son cœur ? Avec quel art, quelle connaissance parfaite de ce qui pouvait lui faire mal, sa fille arrivait-elle à la blesser encore ?

35 Le soir venu, la mère, dans son lit, s'adossa au dossier, remonta les genoux sous le drap, redressa la tête et fixa longuement, longuement, sur le mur en face, le portrait de ses six enfants, qui la regardaient droit dans les yeux.

36 Loin de là, une jeune fille aux épais sourcils froncés, étendant les bras qui touchaient presque les murs de sa minuscule chambre, croyant pouvoir s'accoucher elle-même, prendre l'exacte mesure de son envergure et s'envoler, tordait ses lèvres en un mince sourire. coloriatempera

37 Chapitre 3 : Marie didntXevenXbleed

38 « Marie, assise sur une pierre, sur une pierre, sur une pierre sur une pierre épluchait des pommes de terre, pommes de terre, pommes de terre, pommes de terre »

39 Marie avait pour amants des hommes bons. Pour lui plaire, il fallait lui marquer, non de l'hostilité, mais au moins de l'indifférence. Une ou deux remarques négatives étaient les bienvenues ; si, sans arrogance, on se plaçait à une certaine distance d'elle, comme pour s'en protéger, elle s'en rendait compte immédiatement.

40 Dans les fêtes où, comme souvent, on n'entendait et ne voyait qu'elle, il suffisait qu'un garçon un peu timide et intelligent esquissât un geste de recul et se détourne, pour qu'on puisse parier qu'il la ferait danser avant la fin de la soirée. edwardbemineweb

41 Marie aimait danser, y était légère, ce qu'elle attribuait au coup de hache qu'elle avait donné à ses racines, s'en libérant, croyait-elle, du même coup. De la danse au verre de vin, des rires en questions, elle arrachait l'attention du garçon qui lui avait plu par son indifférence, et qui du coup la recherchait, l'accompagnait...

42 Pourtant, on ne pouvait la taxer de coquetterie. Elle ne pratiquait pas, décriait même les habituelles techniques de séduction féminine. Elle s'intéressait sincèrement à découvrir l'autre, à le connaître, à le faire se raconter. Elle pouvait passer pour une bonne camarade.

43 Sauf qu'on se retrouvait souvent dans son lit. Elle en était d'ailleurs, à chaque fois, étonnée. Très sincèrement, elle proposait à ses amants d' « aller voir ailleurs ». Une telle n'était-elle pas beaucoup plus jolie ? Telle autre beaucoup plus douce ? Que pouvait-on donc lui trouver, à elle ? Sauf qu'on se retrouvait souvent dans son lit. Elle en était d'ailleurs, à chaque fois, étonnée. Très sincèrement, elle proposait à ses amants d' »aller voir ailleurs ». Une telle n'était-elle pas beaucoup plus jolie ? Telle autre beaucoup plus douce ? Que pouvait-on donc lui trouver, à elle ?

44 Elle eut deux ou trois liaisons approfondies, partagea des appartements, acheta des maisons, fut loyale et amoureuse, et apprit à quelques hommes la tenue du linge et le partage des tâches domestiques. Chaque homme lui donnait en retour du sexe, certes, qu'elle avait d'ailleurs robuste et joyeux, mais aussi un univers culturel qu'elle s'appropriait avidement. SexySweb

45 Un des points communs à ses amants était la musique, qu'elle ignorait jusque là superbement, n'ayant eu accès, en matière d'éducation, qu'au fonds commun dispensé par Gilbert et Maritie Carpentier, à la télévision. Ses amants, généreusement, l'initiaient, lui donnaient des clés de compréhension, ouvraient des portes devant elle. fallenrosemedia

46 Mais la bonté, même la plus profonde, a ses limites. Marie était régulièrement quittée, rejetée. Elle ne comprenait pas bien pourquoi. Ou avait peur de comprendre trop. Ses anciens amants ne se détournaient pas complètement, non. On aurait dit qu'ils reprenaient, simplement, la distance initiale, celle du premier soir...

47 Elle devenait de plus en plus étrangère à elle-même, sentait sa vie se déconstruire, s'amenuiser. La légèreté et l'insouciance faisait place à une vie d'adulte où l'on aurait dit qu'elle se cognait à tous les miroirs tendus. Marie, au fur et à mesure, s'enfonçait dans des situations inconfortables, pataugeait dans d'inextricables conflits de sentiment et d'intérêt. Il semblait qu'il lui fallait se mettre sans cesse en danger. Colorizatiow

48 Elle s'exposait. Et derrière son apparente assurance, qui faisait que des hommes fragiles la recherchaient, un abîme de dégoût d'elle-même, de ce bon vieux dégoût adolescent qui ressemble à un parfum de vomi dans la bouche, se creusait de plus en plus. Elle tint bon, longtemps, longtemps, cependant. Pourtant, il lui fallait bien se rendre compte : ce qui l'empêchait d'être aimable, c'est qu'elle ne s'aimait pas. Elle ne pouvait s'aimer. Elle en était incapable. Yuriweb

49 « Donnez-moi la force et le courage de regarder mon cœur et mon corps sans dégoût ». Il lui semblait que ce n'était pas Baudelaire qui avait écrit ces mots, mais elle-même. « V'là son frère qui arrive, qui arrive, qui arrive qui arrive Il lui file trois coups de couteau, coups de couteau, coups de couteau coups de couteau. » madhatterwe

50 Chapitre 4 : La psy madhatterwe

51 « Et pourquoi avez-vous choisi ce prénom-là ? » La question s'attarde un peu dans le cabinet douillet, effleure les lattes des jalousies qui atténuent le jour, survole le bureau où s'alignent, en un ordre impeccable, un cadre photo, un pot à crayons et un petit personnage en plâtre bleu.

52 Marie est interloquée. Elle parlait de tout, sauf de ça. Quel rapport, entre le récit du déchirement de son installation à la campagne et ce prénom adopté il y a si longtemps? Elle hésite, puis explique, un peu gênée : « Marie, c'est l'anagramme d'aimer »

53 « Racontez-moi », demande la psy. « Vous avez 20 ans, vous êtes autonome, vous avez un cercle d'amis, des goûts, des capacités... Vous avez définitivement quitté votre famille. Alors, pourquoi choisir ce prénom-là, à ce moment-là ? »

54 Quelque chose frémit chez Marie, et elle sent sa glotte se durcir. C'était un acte magique, évidemment. L'envie de se plonger dans un bain et d'en ressortir entièrement neuve, immaculée, une autre... Comment expliquer cela, la gorge nouée ? Kweb

55 Marie se penche en avant, mais sans le vouloir, son bras accroche le petit personnage bleu, le renverse, le fait tomber par terre. Le voilà en morceaux. Rouge de confusion, Marie les ramasse un à un, ils tiennent juste dans la paume de sa main, et les repose, délicatement et sans un mot, sur le bureau de la psy. La séance est finie.

56 De telles séances, il y en eut quarante-cinq, cette année-là. Entre deux, Marie avait l'impression qu'elle se tenait devant un miroir, avec l'obligation d'y scruter son reflet. Mais quelqu'un avait fermé les fenêtres, la lumière, la porte, et avait jeté la clé. Marie, courageusement, (mais peut-on parler de courage quand on n'a pas le choix ?), interrogeait pourtant les ombres à peine discernables, sur la surface froide, lisse et bombée de sa conscience. passionGhoweb

57 Petit à petit, des petits faits, des incidents sans importance, lui revinrent en mémoire, et si nombreux qu'elle acheta un petit carnet noir, pour les noter. C'était comme si une lampe torche s'allumait brièvement, éclairait un point, puis un autre, avant de s'éteindre.

58 Il y avait l'incident des Araignées, celui de la Crise de Nerfs, de la robe Rose et du porte-monnaie Volé. Il y avait les récits, et les jours…

59 Les paroles de la mère, et les traits de ce visage, si souvent scrutés comme on consulte un sphinx. Le regard à la fois exaspéré, résigné, indulgent et coupable, qui tombait de la puissance maternelle sur elle...

60 Puis l'adolescence. Le grand désordre, le baccalauréat, la rancune de la mère, le soutien de la grande sœur, qui seul avait permis de fêter l'événement. Le conflit ouvert, cette limite que celle qui ne s'appelait pas encore Marie s'amusait à franchir plusieurs fois par jour, confusément certaine que sa mère ne supportait pas de ne pas la supporter, et jouant avec le pouvoir terrible que cette certitude lui apportait.

61 C'était comme une énigme qu'il lui fallait résoudre, mais elle se rendit compte que quelqu'un l'aidait. Oui, c'était comme si on la prenait par la main. Comme autrefois, à la fête foraine, quand sa mère entrait avec elle dans le « Palais des Glaces », pour lui éviter les bosses que seule, elle s'attirait inévitablement, se cognant dans les jeux de miroirs...

62 Sa mère l'accompagnait encore aujourd'hui, dans ce palais douloureux, sans musique ni rires d'enfant, dans cette obscurité où elle vacillait. Et au fur et à mesure que le carnet se remplissait de détails et de faits insignifiants pour tout autre qu'elle, c'était comme si la voix désormais disparue lui soufflait que oui oui, bien sur bien sur, c'était cela, il suffisait juste d'avancer encore un peu, de ramasser les cailloux qu'elle, la mère, avait mis sur le chemin pour que sa fille les retrouve, un par un.

63 Quand le dernier petit caillou, l'infime morceau, serait à son tour ramassé, la promesse serait tenue, la lumière serait faite et l'image reflétée dans le miroir serait enfin exacte.

64 Et c'est réchauffée par cet espoir que Marie, un jour, pour la dernière fois (mais elle ne le savait pas encore), poussa la porte du cabinet du Docteur P.L., psychiatre conventionnée par la Sécurité Sociale. KateElizabeth

65 Chapitre 5 : Clopine MissMellie

66 La première chose que je vis, sur le bureau de la psy, ce jour-là, ce fut le petit personnage bleu, raccommodé, et qui semblait m'attendre. La psy semblait contente de moi. J'avais complètement cessé la prise de médicaments depuis quinze jours, et arrivais cependant à dormir.

67 La psy me parla littérature. Elle avait lu un livre, dans un train, s'était demandé si je l'avais lu, ce que j'en pensais. Je me demandais ce que je faisais là, à avoir une conversation littéraire, légère, comme avec une amie. La sécurité sociale payait, pourtant. Lorelai82

68 Nous avons bavardé un moment, et puis la psy a dit, voyant mon regard posé sur le bibelot bleu : « mon lutin vous attire, n'est-ce pas ? Voulez-vous que je vous l'offre ? » J'eus d'abord une terrible envie de dire « non, merci », mais en même temps, j'étendais déjà la main, fascinée, pour prendre l'objet, qui tenait juste dans la paume de ma main. Et je l'ai regardé.

69 Et puis j'ai relevé la tête, et j'ai dit à la psy, en lui présentant le petit objet dans ma main ouverte vers elle : « Je sais, voyez-vous. J'ai compris maintenant. Je peux vous répondre. Si j'ai changé de prénom, si j'ai voulu m'inscrire dans l'amour, c'est parce que je n'avais pas vraiment d'identité, comprenez-vous ? Ma mère m'avait appelée Sylvie. S'il vit. Si le bébé vit, comprenez- vous ? Et cela a dû se passer dans les tout premiers mois, avant que ma mère ne fasse contre mauvaise fortune bon cœur et ne se mette à m'attendre. Oui, au tout début. Quand je n'étais pas plus grande que cela »

70 La psy m'a regardée, elle a regardé le bibelot rafistolé, fait de morceaux recollés ensemble, avec des petits creux, comme un petit bout qui manquait encore, et elle m'a dit, très doucement : « C'est vous qui avez fait le chemin, Marie. Vous toute seule... » deathtoll1912

71 Nous avons encore un peu parlé ensemble, elle m'interrogeait sur l'écriture, m'encourageait, me persuadait de son attention. Je lui racontais les nuits, le livre grand ouvert sur les genoux repliés sous la couette, la lampe de chevet placée haut, l'ombre des murs sur la liasse des feuillets refusés par les éditeurs, posée sur le bureau. Je lui parlais de Clopin Trouillefou, ce roi des Gueux chez Victor Hugo, qui me ressemblait comme un frère...

72 Et puis nous avons parlé, enfin, de ma pauvre mère. De ce grand creux dans ma poitrine qui faisait si mal, à sa pensée. Comme elle avait dû souffrir ! Combien de nuits avait- elle passé, elle aussi, les genoux relevés et la tête haute, à penser à la dernière de ses filles ? J'en avais le cœur déchiré de pitié et de remords. Comme j'avais été cruelle ! Le tableau enfin fini, fait de tant de signes qu'elle avait laissé affleurer derrière elle, ressemblait à son visage, et me faisait pleurer...

73 La psy m'a dit chaleureusement « au revoir », m'assurant que je pouvais revenir « quand je le voulais ». Mais ni elle ni moi n'ignorions que je n'en aurais plus besoin. OIEA4

74 La rue m'apparut, après la douceur du cabinet, immense et froide, longue, très longue. Mais j'avais maintenant la force de m'y engager. Oh, bien sûr, je boitais un peu. J'avais comme une patte folle, et je mettais beaucoup plus de temps que les autres, pour un même trajet.. J'étais rafistolée, c'est tout. Mais j'avançais enfin. Et je savais quel était mon nom : je m'appelais Clopine. Clopine Trouillefou. phydeau

75 J'étais née dans la cour des Miracles, ma couronne était faite des feuilles griffonnées de mes manuscrits et sertie des touches de mon clavier azerty. Mais j'étais Reine des Gueuses. J'étais désormais souveraine, couronnée mais dérisoire, née sous l'X des aiguilles à tricoter que ma mère, jadis, employa en vain contre moi. fallenrosemedia

76 FIN

77 Sylvie enfant est représentée avec des photos de lactrice Dakota Fanning Sylvie adulte alias Marie, alias Clopine est représentée avec des photos de lactrice Kate Winslet

78 La mère, Jeanne, est représentée avec des photos de lactrice Robin Wright Penn

79 Musique: Andantino du Quintette en la majeur « La Truite » de Schubert Photos : Internet Daniel Janvier 2008 Ce diaporama numéro 36 est strictement privé. Il est à usage non commercial.


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