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09/11/2013 Peut-on juger quune culture est supérieure à une autre ? Bob Connolly, Robin Anderson, First Contact, (1983)

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1 09/11/2013 Peut-on juger quune culture est supérieure à une autre ? Bob Connolly, Robin Anderson, First Contact, (1983)

2 Peut-on juger quune culture est supérieure à une autre ? Analyse : peut-on : équivoque - on le peut : on le fait (possibilité, de fait) … -Mais est-ce que cest « permis » (moralement) ? supérieur : de quel point de vue ? - en général ? - sous tel ou tel aspect? une culture : -lensemble des habitudes dune société, donc lidentité propre à cette société ? antiracisme, anticolonialisme, éthique démocratique … vont dans le sens dune égalité des cultures. - Certaines habitudes : certaines pratiques culturelles ? des pratiques culturelles qui nous semblent intolérables = Nos opinions sont paradoxales. Problème philosophique à résoudre.

3 09/11/2013 Q uelle attitude adopter face à la différence ?

4 09/11/2013 I. Nier lautre et sa différence : lattitude ethnocentrique 1. Deux manières de juger : Jgt de fait et jgt de valeur Les jugements de fait : -énoncent ce qui est - sappuient sur une observation neutre et objective. On constate des différences entre les cultures Les jugements de valeur : -énoncent ce que valent les choses - sappuient sur lévaluation, lappréciation dune réalité. Les différences sont pensées en termes dinégalités de valeurs.

5 Test : jugement de fait ou jugement de valeur ? - « la musique indienne est de la grande musique » - « les critiques musicales considèrent que la musique indienne est du grand art » - « pas de doute, cest un homme » - « cette technique agricole est très efficace »

6 Problème : y a-t-il des jugements de valeur objectif ? Ou sont-ils tous subjectifs ? On a cru pendant des siècles que nos évaluations des cultures étrangères étaient objectives : cétait largement une erreur.

7 09/11/2013 [lethnocentrisme] est le terme technique pour cette vue des choses selon laquelle notre propre groupe est le centre de toutes choses, tous les autres groupes étant mesurés et évalués par rapport à lui […]. Chaque groupe nourrit sa propre fierté et vanité, se targue dêtre supérieur, exalte ses propres divinités et considère avec mépris les étrangers. Chaque groupe pense que ses propres coutumes sont les seules bonnes et sil observe que dautres groupes ont dautres coutumes, celles-ci provoquent son dédain 2. Définition de lethnocentrisme William G. Sumner, anthropologue

8 L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles, morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions

9 09/11/2013 a-« Lopposition du grec (puis romain) et du barbare » 3. Les formes historiques de lethnocentrisme Les grecs considèrent que seuls les grecs sont la forme la plus élevée de lhumanité. En raison de leur avancée politique, intellectuelle, artistique … Prétendent incarner la civilisation (forme de vie et de pensé la plus élevée, incarnée par la vie de la Cité) Létranger est dit non civilisés, ou Barbares (origine : qui ne parle pas ou mal grec). Forme dHumanité inférieure.

10 Les « barbares » qui envahissent lEurope et qui provoquent la chute de lempire romain : des peuples nomades venant dEurope orientale et dAsie centrale (ex : les Huns)

11 barbare devient un terme générique pour désigner un guerrier étranger, capable dactes de « barbarie » : massacre, pillage, …

12 09/11/2013 b-« Lopposition du sauvage et du civilisé : la rencontre de lAutre, le parfait étranger

13 Théodore De Bry, Le massacre de Cholula

14 09/11/2013 Théodore De Bry, Le Supplice du Roi Bogota Théodore De Bry, Le Massacre de Mexico

15 1550, controverse de Valladolid : quelle créature a une âme (=est un homme) ? -tous ne reconnaissent pas lhumanité (morale) dans tout homme (biologique). -Remarque : Aucun ne remet en cause la distinction sauvage / civilisé Sepulveda, Théologien catholique défendant la conception issue dAristote : les indiens ne sont pas des hommes véritables. Las Casas, moine dominicain qui défend une conception humaniste : les indiens sont des hommes.

16 09/11/2013 c-« Lopposition du civilisé et du primitif » Lopposition primitif/civilisé : développée par les premiers ethnologues au XIXème siècle, qui sinscrivent dans une perspective dite « évolutionniste ». L. H. Morgan Edward Burnett Tylor Sir James Frazer Herbert Spencer

17 09/11/2013 S E N S D E L H I S T O I R E ENFANCE de lhumanité ADOLESCE NCE ÂGE ADULTE MATURITÉ Analogie histoire de lhumanité / histoire de lindividu

18 09/11/2013 Lévolutionnisme anthropologique a servi de fondement idéologique à la colonisation

19 Les colonisations françaises et anglaises : mission civilisatrice plus quexploitation économique.

20 09/11/2013 Les Zoos humains

21 Plusieurs critères dévaluation - valeurs religieuses (depuis le 16 ème ) - modes de vie (idem) - puissance scientifique, technique et industrielle (surtout depuis le 19 ème ) - puissance économique (encore aujourdhui) Le choix de ces critères La manière de les appliquer, mesurer … … sont déterminés par notre culture. Une telle hiérarchie des cultures est donc ethnocentrique : sans valeur objective.

22 09/11/2013 II. Reconnaître lautre dans sa différence : le relativisme culturel 1. Il faut apprendre à décentrer son regard Michel de Montaigne Or je trouve, pour en revenir à mon propos, quil ny a rien de barbare et de sauvage en ce peuple, (…) sinon que chacun appelle barbarie ce qui nest pas conforme à ses usages; à vrai dire, il semble que nous nayons dautre critère de la vérité et de la raison que lexemple et lidée des opinions et des usages du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, le parfait gouvernement, la façon parfaite et accomplie de se comporter en toutes choses

23 09/11/2013 Texte n°2 : Montaigne, Essais, Livre I, chap. 31, « Des cannibales » Hans Staden (1557) François Dubois, Le Massacre de la Saint- Barthélemy, (1576)

24 Montaigne étudie les Tupinamba (Brésil), peuple cannibal. ces peuples ne suivent pas leurs pulsions violentes, mais -des règles précises, bien humaines. -leur actes ont un sens symbolique. cherchent par lingestion du corps de leur adversaire à assimiler la force de ceux-ci, tout comme nos armées sappropriaient les biens matériels des pays conquis (loi de la guerre).

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28 Respect des règles sociales Transgression des règles Cannibalisme rituel Cannibalisme pathologique (folie) (objet détude de lethnologie) (de psychologie)

29 Respect des règles sociales suspension des règles (ordinaires dans circonstances extraordinaires) Cannibalisme rituel Cannibalisme de subsistance

30 09/11/2013 Les limites de la thèse de Montaigne: Lidéalisation du sauvage » « ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que la nature, delle-même et de son propre mouvement, a produits : tandis quà la vérité ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de lordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. » Montaigne est victime à son tour dethnocentrisme : ne reconnaît pas lAutre en tant quétranger, mais projette sur lui des représentations occidentales (mythe de linnocence originelle, de lêtre naturel…)

31 09/11/ La critique de lévolutionnisme anthropologique présupposé de lévolutionnisme anthropologique : Toutes les civilisations se situeraient à des étapes différentes dun seul et même processus de développement, dont la civilisation occidentale serait la forme la plus accomplie. Pour retrouver une position dobjectivité, nous devons nous abstenir de jugement de ce type. Il faudra admettre que, dans la gamme des possibilités ouvertes aux sociétés humaines, chacune a fait un certain choix et que ces choix sont incomparables entre eux : ils se valent objection de L-S : - les diverses civilisations suivent des chemins différentes, parce quelles ont fait des choix différents, et ne poursuivent pas les mêmes buts. - La hiérarchie variera suivant le critère retenu et la manière de lappliquer.

32 09/11/2013 Critère de la capacité d'adaptation à un milieu géographique hostile Culture eskimos et culture touareg sont supérieures.

33 Degré de complexité des structures familiales et structures sociales La culture aborigènes (Australie) est supérieure. des règles de mariage très sophistiquées assurent l'unité de tout l'édifice social.

34 09/11/2013 le développement na pas qu'une seule figure, celle de la croissance énergétique et de la consommation. Chaque culture invente des formes de vie particulières en fonction de - son milieu - son histoire - les échanges avec dautres cultures cette diversité, dans la manière de répondre aux mêmes besoins et de hiérarchiser ces besoins, fait la richesse de lhumanité

35 09/11/ La disparition de certaines cultures marque aussi celle dune partie de ce qui fait la richesse de lhumanité

36 09/11/ Le relativisme culturel La thèse du relativisme culturel : Des cultures différentes ont des valeurs et des principes différents, et même incommensurables : sans une mesure (critère) commune qui permette de les hiérarchiser. si lon veut juger une pratique étrangère, alors on ne doit sappuyer que sur les principes de la communauté en question (principe de décentration)

37 III. Reconnaître lhumanité en lautre par delà les différences La compréhension de lAutre est essentielle … pour la connaissance … pour la tolérance Mais comprendre lAutre, est-ce justifier ses pratiques ? Limites du relativisme culturel : -justification de toutes pratiques culturelles, aussi violentes ou immorales quelles puissent paraitre. -nihilisme 1. Les dangers dun relativisme culturel absolu

38 09/11/2013 Texte de Jacques Bouveresse Une contradiction interne au relativisme culturel : Ce principe vise au départ à promouvoir le respect de chaque culture et de ses différences mais il peut conduire paradoxalement à défendre labsence de respect dont certaines cultures font preuve avec dautres. Jacques Bouveresse (1940-)

39 Lexcision (Afrique de lOuest) : une pratique culturelle barbare ? Barbare a ici un sens surtout moral, qui peut qualifier autant un acte dans notre société quune pratique étrangère.

40 La condition de la femme dans de nombreuses cultures (ex: méditerranéenne) : le cas des crimes dhonneurs

41 09/11/ Ya-t-il des valeurs universelles, des « droits naturels » ?

42 a-Au nom de quoi condamner les pratiques précédemment citées ? toute personne humaine a droit au respect de lintégrité de son corps Toute personne, homme ou femme, -a droit à la vie -à des droits égaux

43 b-La notion de droits de lhomme La personne humaine aurait des droits que ni la société ni lEtat ne pourraient violer. Droit au respect de la dignité de la personne humaine : - Dignité : valeur absolue de la personne humaine valeur relative des choses (valeur dusage ou valeur marchande) - Csqce : valeur absolue de sa vie, son corps, ses choix spirituels, moraux …

44 droits naturels / droits positifs - Un paradoxe - Solution : distinguer deux sens du mot droit Droits positifs : droits attribués à lindividu par lEtat, notamment par les lois (positif : posé, décidé par lEtat) Droits naturels : qui appartiendraient à lindividu du seul fait quil est un être humain (a une certaine nature humaine. : une certaine essence humaine).

45 nature humaine -idée que tous les hommes ont une nature commune. -peut-être assimilé à une nature biologique -mais peut signifier une essence commune, pas nécessairement biologique. une nature commune : la raison.

46 principes ou valeurs universels : universel En quel sens les DH peuvent- Ils être universels ? Universels de fait: dans les faits, ils ne sont pas reconnus et respectés par tous les Etats Universels de droit : par nature, ils concerneraient tout le monde.

47 Frères, en Jésus-Christ, vous êtes tous fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ, il ny a plus ni juif ni païen, il ny a plus ni esclave ni homme libre, il ny a plus lhomme et la femme, car tous, vous ne faîtes plus quun dans le Christ Jésus c-objection : relativité culturelle des DH. origine historique particulière : christianisme, philo stoïcienne (Cicéron) et Lumières - Saint Paul défend une conception humaniste (contre la conception grecque de lhumain) : lhumanité est une. Lettre aux Galates, 3, 26-38

48 -les Lumières (18 ème ) … contre le pouvoir tyrannique : les droits des sujets … idée que les individus sont le principe et la finalité de la société … 1789 : Ppe fdmtal de notre République : égalité juridique des citoyens. pas de différence de nature (de sang) noble / roturier. DDH 1789 art. 1 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur lutilité commune ».

49 conséquence : les DH seraient relatifs à la culture occidentale, contenu particulier et relatif ? Exemple : la liberté individuelle de ne pas être soumis aux choix de la communauté : cela ne vaut que pour le sociétés Individualistes, pas pour les sociétés holistes ?

50 une idéologie défendant ladoption dun modèle occidental? -Critique marxiste des Déclarations des DHC. - Critiques contemporaines plus générale

51 d-composer valeurs universelles et respect de la diversité. Préambule de la Charte des droits fondamentaux de lUE : « Lunion se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, dégalité et de solidarité », et elle « contribue à la préservation des valeurs communes dans le respect de la diversité des cultures et des traditions des peuples de lEurope, ainsi que de lidentité nationale des Etats membres et de lorganisation de leur pouvoirs publics au niveau national, régional et local »

52 09/11/2013 Conclusion -on ne peut juger une culture que suivant certains critères objectifs, auxquels elles pourraient elles-mêmes adhérer (au moins en principe) -La condamnation de pratiques culturelles ne peut se faire que selon certains principes dont il faut pouvoir justifier de manière rationnelle, neutre, objective, quils sont universels. -Si lon échoue dans une telle justification, alors on doit considérer que les principes éthiques ou juridiques dits absolus et universels sont en fait relatifs et particuliers. - voir cours sur le Droit, la Justice et la morale -Index.


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