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Les grandes religions Le judaïsmejudaïsme Le christianismechristianisme Lislamismeislamisme Lhindouisme Le bouddhismebouddhisme Lessor du rationalisme.

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1 Les grandes religions Le judaïsmejudaïsme Le christianismechristianisme Lislamismeislamisme Lhindouisme Le bouddhismebouddhisme Lessor du rationalisme grec

2 Le judaïsme Abraham de Michelangelo Caravaggio Le roi David _

3 Le judaïsme Définitions -Alliance: pacte symbolique conclu entre Yahvé et le peuple juif, et renouvelé à plusieurs reprises (Adam, Noé, Abraham). -Antisémitisme: fait dêtre contre les juifs. Au Moyen Âge, lantisémitisme est basé sur la religion, alors quau vingtième siècle, il est basé sur la race. -Ashkénaze-Séfarade: noms donnés à deux grandes communautés juives. Les Ashkénazes viennent principalement dEurope centrale et dEurope de lEst. Les Séfarades viennent principalement dEurope méridionale et dAfrique du Nord. -Babel: récit où on raconte que les descendants de Noé voulurent construire une tour appelée «tour de Babel» pour atteindre le ciel à cause de leur orgueil. Récit étiologique de lorigine des langues.

4 Le judaïsme Définitions -Canaan: ancien nom de la Palestine. -Croisades: entreprises de guerre sétendant du onzième au treizième siècle, période au cours de laquelle les Européens de religion chrétienne tentèrent de semparer de la Palestine et des lieux saints en luttant contre les Turcs musulmans. -Décalogue: les dix commandements que Yahvé aurait donnés à Moïse sur le mont Sinaï. Il sagit de règles de solidarité tribale. -Diaspora: dispersion du peuple juif. -Exode: sortie dÉgypte du peuple juif sous la conduite de Moïse. -Hassidisme: mouvement mystique juif apparu au milieu du dix- huitième siècle et qui laisse une place prépondérante à la prière et à la joie quelle procure.

5 Le judaïsme Définitions -Holocauste ou Shoah: termes qui désignent le génocide des juifs durant la Deuxième Guerre mondiale. Six millions de juifs trouvèrent la mort dans ces tueries qui constituent un des crimes les plus graves de lhistoire de lhumanité. -Hébreux: nom donné au peuple juif durant les deux premiers millénaires avant notre ère. -Yahvé: nom donné à Dieu dans la tradition juive. Il signifie «Celui qui est». -Israël: nom que porte le peuple de Yahvé, et, par extension, le pays habité par ce peuple. Terme qui désigne également, depuis 1948, lÉtat dIsraël moderne.

6 Le judaïsme Définitions -Messianisme: croyance à lavènement du Messie, cest-à-dire dun rédempteur promis au peuple juif dispersé durant lAntiquité. Terme qui finit par désigner la fin des temps où le peuple juif réalisera son unité fusionnelle avec Yahvé. -Mysticisme: doctrine philosophique et religieuse selon laquelle la connaissance serait une communion directe avec labsolu sans le secours de la raison. -Négationnistes: terme qui désigne ceux qui refusent de reconnaître le génocide des juifs durant la Deuxième Guerre mondiale. -Orthodoxes: dans le contexte de la tradition juive, désigne les juifs originaires dEurope de lEst qui respectent méticuleusement les prescriptions de la Torah conformément à la tradition.

7 Le judaïsme Définitions -Palestine: région du Proche-Orient sétendant du Sud-Liban à lÉgypte et de la Côte-Est de la Méditerranée à la Jordanie. -Pogrom: persécution des juifs en Europe de lEst durant le dix-neuvième siècle. -Rabbin: responsable religieux de la tradition juive. -Sabbat: journée daction de grâce consacrée à Yahvé chaque samedi. On doit sabstenir de tout travail pendant 24 heures à partir du vendredi au coucher du soleil jusquau samedi au coucher du soleil. -Shema: profession de foi dans le judaïsme.

8 Le judaïsme Définitions -Sionisme: mouvement initié au dix-neuvième siècle par Théodor Herlz dont le but était de reconstruire le pays des juifs en Palestine. Terme qui désigne également le mouvement de ceux qui veulent étendre les frontières de lÉtat dIsraël moderne. -Synagogue: lieu de culte pour les personnes qui pratiquent le judaïsme. Traditionnellement, la synagogue sert aussi de salle de réunion, décole et de tribunal. Elle constitue le cœur de la vie communautaire. -Temple: édifice construit par les juifs à la gloire de Yahvé. Détruit une première fois par les Babyloniens, il fut reconstruit pour être de nouveau détruit par les Romains.

9 Les textes sacrés La Torah et les autres écrits -La Bible hébraïque: ou Tanak comprend 24 livres. Elle contient la Torah ou «Pentateuque» (qui veut dire en grec: cinq livres), les livres des prophètes (huit livres), les Psaumes (1 livre) et dautres écrits. Pour lensemble de ces écrits, on parlera de la Torah écrite. Sa rédaction a duré un millénaire et représente une œuvre très diversifiée tant par les auteurs que par les genres littéraires. Pour la tradition juive, la Torah est avant tout un enseignement divin et énonce une direction à suivre pour guider lhomme dans ses rapports avec son prochain et avec Yahvé. Elle est la charte de lAlliance entre Dieu et son peuple et en tout premier lieu une manifestation de grâce.

10 Les textes sacrés La Torah et les autres écrits -La Torah orale: accompagnant la Torah écrite, la Torah orale se veut une adaptation permanente aux exigences de la vie concrète, sous forme de commentaires de lécrit. Cette adaptation doit tenir compte de la diversité des domaines de vie et des variations dans les conditions de vie. Dans la tradition juive, la «répétition» de la parole divine doit toujours saccompagner dinterprétation. De cette manière, la Torah orale apparaît comme linterprétation première, indispensable de la Torah écrite. Tandis que la Torah écrite a été donnée une fois pour toute, la Torah parlée nest jamais close. Son interprétation et son actualisation restent pour chaque génération la tâche des maîtres de lenseignement traditionnel.

11 Les textes sacrés La Torah et les autres écrits -Le Pentateuque: cest le cœur de la Torah écrite puisquil rapporte la mémoire des origines en reprenant les grands récits fondateurs. Il comprend lExode (shemot), le Lévitique (Vayikra), les Nombres (Be-Midmar) et le Deutéronome (Devarim). La tradition attribue à Moïse lorigine de ces écrits. À chaque sabbat, un passage du Pentateuque est proclamé à partir du rouleau où il a été retranscrit de génération en génération. Ces rouleaux sont lobjet dune grande vénération, et joie de la Torah au cours de laquelle on danse avec la Torah.

12 Les textes sacrés La Torah et les autres écrits -Les prophètes: le terme «prophète» est à prendre au sens large: il sagit de personnes parlant ou agissant au nom de Yahvé. Cet ensemble réunit des livres à caractères narratif et historique et couvre la période allant de la conquête de la Terre promise au retour de lexil à Babylone en passant par létablissement de la royauté ainsi que par la chute de Jérusalem et la destruction du temple par les Babyloniens au VI e siècle av. J.-C. Il comprend: juges, Samuel, Rois, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Amos et Osée.

13 Les textes sacrés La Torah et les autres écrits -Les écrits «hagiographiques»: ce dernier mot dorigine grecque, signifie: «écrits sacrés». Cette section comprend, entre autres, des écrits majeurs de la sagesse juive tels que: le livre des prophètes, le livre de job (qui questionne le fait que Yahvé tolère lexistence du mal), le Cantique des Cantiques (poèmes damour) et les Psaumes (qui sont des poèmes et des prières attribués traditionnellement au roi David).

14 Les grands rites de la tradition juive -Circoncision: elle consiste à lablation du prépuce du jeune garçon. Cette opération ne laisse pas de séquelles importantes. Nous retrouvons cette pratique chez de nombreux peuples à travers toute lhistoire de lhumanité. Nous la retrouvons dans lislam. Elle marque le tournant de la puberté. La pratique de la circoncision chez les juifs revêt un sens spécifique. Les juifs auraient imité les Égyptiens. Dans le récit de la Genèse la circoncision a été commandée par Yahvé à Abraham pour marquer dans la chair de ses descendants lAlliance conclue entre eux deux. La loi religieuse stipule que tout enfant mâle doit être circoncis huit jours après la naissance. Cette obligation est la responsabilité du père. Cette opération est effectuée par le Mohel. La signification de la cérémonie est de marquer lentrée du jeune garçon dans la communauté juive. Elle est également exigée pour ladmission dun non-juif.

15 Les grands rites de la tradition juive -Bar-mitzvah: chez bien des peuples primitifs (des amérindiens aux aborigènes australiens, en passant par les peuples de lAfrique traditionnelle), il existe un rituel de linitiation. Cette cérémonie marque le passage du jeune garçon à la vie adulte et laccession aux responsabilités. Dans le judaïsme, les garçons sont les seuls à devoir subir ce passage. Le mot bar signifie «fils» et mitzvah signifie «commandement». En référence à la Torah, le jeune initié devient donc «fils du commandement». Âgé de 13 ans, le jeune garçon doit lire en hébreux un texte de la Torah à la synagogue et répondre aux questions que lui adresseront la communauté des hommes sur ce passage de la Loi. Il doit méditer sur le sens du texte de façon à répondre aux questions.

16 Les grands rites de la tradition juive -La prière: elle revêt quatre formes différentes: 1-La prière individuelle: la prière du matin (chaharit), la prière de laprès-midi (minha) et la prière du soir (maariv), lesquelles se récitent à la maison ou à la synagogue. 2-La prière collective: elle se récite quotidiennement en présence dau moins dix hommes juifs âgés dau moins treize ans. Elle peut être récitée nimporte où. 3-Les bénédictions (bracha): dans les rituels ces prières sont récitées pour presque tous les événements quotidiens ou exceptionnels. Les juifs peuvent ainsi célébrer à tout moment la présence et la bonté de Yahvé. 4-Prière quand ils mangent du pain, quand ils mettent des vêtements neufs, quand ils font quelque chose pour la première fois.

17 Les grands rites de la tradition juive -Le mariage: en général, chez les juifs orthodoxes, les filles peuvent se marier autour de 18 ans et les garçons autour de 21 ans. Le célibat nest pas encouragé, car le mariage et les enfants sont essentiels. Le premier commandement de la Torah est «Être fécond et se multiplier». La cérémonie du mariage comporte plusieurs étapes: un bain rituel, la signature du contrat (pour la protection de la femme), le don de lépoux à la mariée dun objet de valeur, la lecture des sept bénédictions. Le divorce par consentement mutuel est admis, mais selon des procédures du tribunal rabbinique. Ce rite reconnaît légalité fondamentale des deux réunis et insiste sur la complémentarité des rôles. Les hommes sont par tradition les chefs de famille tandis que les femmes sont par tradition la gardienne du foyer et doit élever ses enfants dans les valeurs de la tradition. Est juif, un enfant né dune mère juive.

18 Les grands rites de la tradition juive -Les rites de la mort: les juifs regardent la mort avec lassurance et le réconfort que procurent les rites de leur foi. La tradition donne beaucoup dimportance aux soins, aux mourants et à lenterrement. Il y a cette croyance à la résurrection des morts et la tenue dun jugement dernier par Yahvé. Un jour, les corps des morts surgiront de leurs tombes. La cérémonie funéraire est habituellement dirigée par un rabbin. Lenterrement se fait aussi vite que possible en terre consacrée. Sept jours de deuil suivent les funérailles. Jusquau onzième mois, une prière pour le défunt est récitée tous les jours à la synagogue et, par la suite, lanniversaire de la mort est commémoré chaque année.

19 Les grands rites de la tradition juive -Le sabbat: de lhébreu shabbat qui signifie «relâche» ou «repos». Le sabbat est linstitution la plus importante de la tradition juive. Le principe de base de lobservance du sabbat est labstention de tout travail. De façon générale, le travail est considéré comme lapplication dune idée à un objet dans le but de produire cet objet ou de le transformer. Il est donc interdit de travailler à la construction dune habitation, de réparer des vêtements, de faire du feu ou de préparer de la nourriture, de monter à cheval, de faire du commerce, de répondre au téléphone, dactionner un commutateur électrique, découter la radio, de regarder la télévision, de conduire un automobile. Cependant, les interdictions sont suspendues si une vie humaine est en danger.

20 Les grands rites de la tradition juive -Fêtes: composé de douze mois de 29 à 30 jours, lannée juive comporte 354 jours. 1-Roch Hachana ou la fête du nouvel An: célèbre la création du monde et de lhomme par Yahvé ainsi que le jour du jugement dernier. 2-Yom Kippour: la demande de pardon pour les péchés envers Yahvé et envers le prochain. Les relations sexuelles sont interdites et le jeûne obligatoire. 3-Soukkoth: protection accordée au peuple juif par Yahvé durant ses déplacements dans le désert suite à la fuite dÉgypte. 4-Pourim: commémorer lintervention dune jeune juive, Esther, auprès du roi des Perses qui sauva le peuple juif de lanéantissement au V e siècle av. J.-C. 5-Pessah ou la fête de Pâque: on sacrifiait le premier né dun troupeau de mouton afin que son esprit permette une reproduction abondante.

21 Les grands rites de la tradition juive -Décalogue: Les commandements verticaux 1-Adorer le seul vrai dieu: Yahvé. 2-Ne point adorer didoles. 3-Ne pas invoquer le nom de Yahvé en vain. 4-Consacrer le septième jour de la semaine pour Yahvé. Les commandements horizontaux 5-Honorer ses parents. 6-Ne pas commettre de meurtre. 7-Proscrire ladultère. 8-Ne pas voler. 9-Ne pas mentir. 10-Ne pas convoiter la maison ni la femme du prochain.

22 Les grands rites de la tradition juive -Règles alimentaires: le mot hébreu casher signifie «aliment conforme, apte à la consommation». Il faut les comprendre comme des habitudes culturelles. Certaines viandes sont interdites: seules sont casher les viandes comme le bœuf et le mouton. Les viandes de cheval, de porc et de lapin sont interdites. Parmi les oiseaux sont autorisés les poulets, les oies, les canards. La viande des oiseaux de proie est interdite. La chair des crevettes, des anguilles et des reptiles est interdite. Il est obligatoire de saigner complètement les animaux, car le sang est interdit à la consommation. Selon la tradition, le sang est considéré comme le support du principe vital. Les animaux sont égorgés et doivent être trouvés sans défaut ni maladie.

23 Le judaïsme -Lhistoire du judaïsme est lhistoire dun peuple. Le judaïsme est une religion familiale et tribale qui se transmet de génération en génération par la mère, bien quil soit possible à un non-juif de se convertir au judaïsme. De nos jours, on trouve des communautés juives partout dans le monde, les plus importantes étant aux États-Unis dAmérique et en Israël. En dépit de racines culturelles diverses et de pratiques religieuses différentes, la majorité des juifs croient quils sont les descendant dAbraham, de son fils Isaac et de son petit-fils Jacob, dont les exploits sont relatés dans les écritures saintes hébraïques. Depuis le début de leur longue et souvent malheureuse histoire, les juifs se sont considérés comme le peuple de Dieu, dont la mission est dapporter au monde la révélation dun Dieu unique.

24 Le judaïsme La Torah -La religion juive repose sur la Torah («loi» ou «enseignement»), le livre de la loi de Dieu. Les juifs orthodoxes croient que Dieu a donné lui-même ce livre à son prophète Moïse. Il leur faut donc strictement obéir à ses 613 commandements qui couvrent tous les domaines de la vie, en particulier ses aspects rituels et moraux. La Torah elle-même comprend les cinq premiers livres de la Bible: la Genèse, lExode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Chaque semaine, un extrait du rouleau de la Torah est lu à la synagogue, lieu du culte juif, et les lectures sont organisées de sorte quelle soit lue en entier une fois par an. Toute conduite sera jugée en fonction du respect de son enseignement.

25 Le judaïsme Lhistoire ancienne -La Bible raconte quAbraham fut appelé à quitter son propre pays et à errer dans le désert. Dieu lui promit quil serait le père dune grande nation et que ses descendants seraient aussi nombreux que les étoiles du ciel. Bien que déjà fort âgé et sans descendance, il obéit à la voix de Dieu et, quelque temps après, un fils lui fut donné. Plus tard, la tribu sinstalla en Égypte où elle fut réduite en esclavage. Ce fut le prophète Moïse (vers le XIII e siècle av. J.-C.) qui la conduisit vers la liberté et la Terre promise, qui est aujourdhui la terre dIsraël. Ce fut au cours de ce long voyage que Dieu révéla ses commandements, non seulement les dix commandements, mais la totalité de la Torah…

26 Le judaïsme Lhistoire ancienne …À lorigine, les Israélites néprouvèrent pas le besoin de se donner un roi, puisque leur seul souverain était Dieu. Toutefois, lorsquils se sentirent menacés par des ennemis, des chefs locaux, connus sous le nom de «juges», apparurent et, finalement, une monarchie fut instaurée; Saül et David suivi de Salomon régnèrent sur le peuple juif (XI e -X e siècle avant J.-C.). Le roi Salomon est demeuré célèbre dans les mémoires pour avoir construit à Jérusalem un magnifique temple dédié à Dieu, qui devint le centre religieux du peuple juif. Cependant, après sa mort, le royaume fut partagé en deux. Les dix tribus du Nord formèrent le «Royaume dIsraël» qui fut détruit par les Assyriens en 722 av. J.-C., tandis que les deux tribus du Sud restèrent fidèles à David et sont connues comme le «Royaume de Juda», qui fut conquis par les Babyloniens en 586, le temple de Jérusalem fut détruit et les juifs exilés à Babylone.

27 Le judaïsme La dispersion -Ce fut le début de la grande dispersion juive. Bien que les juifs aient été autorisés à retourner en Terre promise à la fin du VI e siècle av. J.-C., beaucoup choisirent de demeurer à Babylone et, peu à peu, des colonies juives furent fondées dans tout le bassin méditerranéen. Le temple de Jérusalem fut reconstruit et les juifs connurent une brève période dindépendance avant dêtre intégrés à lempire romain. En 70 avant J.-C., ils se soulevèrent contre Rome. Lune des conséquences fut la destruction du Temple dont il ne subsiste que le Mur occidental, dit des lamentations. Pendant ce temps, le christianisme, issu du judaïsme, était devenu, au IV e siècle, la religion officielle de lOccident, tandis que lislam allait se déployer en Asie Mineure, en Afrique du Nord et jusquen Espagne au VII e siècle.

28 Le judaïsme Les descendants dAbraham -Selon le livre de la Genèse, Abraham fut le père du peuple juif, et Dieu lui enjoignit de quitter son pays dorigine (la Mésopotamie) en lui promettant: «À toi et à ta race je donnerai le pays où tu séjournes, tout le pays de Canaan, en possession en perpétuité.» Abraham connut de nombreuses aventures et son fils Isaac hérita à son tour de cette promesse. Isaac eut deux fils, Esaü et Jacob. Le livre de la Genèse raconte de quelle manières Jacob, son plus jeune fils, sempara du droit dAînesse et de la bénédiction de son frère et fut contraint de fuir sa colère. Pendant son voyage, à Béthel, il fit un rêve qui renouvela la promesse faite à Abraham. De nouveau, Dieu promit que la terre serait donné à Jacob et à ses descendants.

29 Le judaïsme Les douze tribus -Jacob fut le père de douze fils: Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Dan, Nephtali, Gad, Aser, Issachar, Zabulon, Joseph et Benjamin. Ils seraient les douze ancêtres des douze tribus dIsraël. Plus tard, lorsque les israélites furent installés en Terre promise, le territoire fut réparti entre les tribus. Joseph, fils aîné de lépouse préférée de Jacob, hérita, selon la coutume, dune double part; ses tribus portèrent donc le nom de ses deux fils: Éphraïm et Manassé. La tribu de Lévi était une tribu de prêtres, dont les descendants officièrent au temple de Jérusalem où ils assuraient un cycle régulier de culte. De ce fait, ils étaient entretenus par un système de dîmes et ne possédaient donc pas de terres tribales.

30 Le judaïsme LExode et la remise de la Loi -Pour échapper à la famine, Jacob et ses douze fils partirent vers le sud. Ils sinstallèrent en Égypte mais, après plusieurs générations, la hiérarchie pharaonique se retourna contre eux. Selon le livre de lExode, ils furent réduits en esclavage et contraints de construire les ville de Pitom et de Ramsès. Mais Dieu noublia pas son peuple et Moïse, un jeune israélite élevé à la cour dÉgypte, appela sur le peuple égyptien une série de désastres, ou plaies. Il fut alors autorisé à conduire son peuple vers la liberté. Ils sétablirent un campement, près du mont Sinaï. Cest là que Dieu donna à Moïse les 613 commandements qui demeurent la pierre angulaire de la vie juive.

31 Le judaïsme Royaumes dIsraël et de Juda -Les Israélites sont censés avoir erré quarante ans dans le désert. Lorsquils sétablirent enfin dans leurs territoires tribaux, ils voulurent alors être gouvernés par Dieu seul. Toutefois, lorsque les nations environnantes se firent menaçantes, ils éprouvèrent le besoin dêtre protégés par un roi. Le premier roi des Israélites fut Saül, de la tribu des Benjamin. David lui succéda, puis Salomon, le fils de David, qui construisit le temple de Jérusalem. Ces trois premiers rois étaient originaires du Sud, du royaume de Juda et, donc, les tribus du Nord, qui occupaient le territoire connu sous le nom dIsraël, sérigèrent en un royaume distinct qui, bien que plus grand, plus riche et plus puissant que celui de Juda, fut politiquement moins stable…

32 Le judaïsme Royaumes dIsraël et de Juda …Entre-temps, les puissants empires égyptien et assyrien sétaient établis à lest et au sud des terres juives, qui prirent une grande importance stratégique. Dans un premier temps, les Israélites écartèrent toute menace belliqueuse par le versement régulier de tributs. Ceci nempêcha pas le royaume du Nord dêtre envahi en 722 av. J.-C. par les Assyriens, qui y implantèrent dautres populations. Il y eut des mariages mixtes et les tribus du Nord furent perdues pour lhistoire. Néanmoins, lidée des douze tribus demeura importante, car la promesse faite par Dieu aux patriarches valait pour toutes les tribus et plusieurs groupes affirment être les descendants dune de ces «tribus perdues».

33 Le judaïsme Exil et retour -Pendant ce temps, le royaume du Sud, toujours gouverné par la dynastie de David, poursuivait son existence et entretenait sa vie religieuse dans le temple de Jérusalem. Jérusalem fut assiégée par les Babyloniens en 586. Ce fut un désastre: le temple de Salomon fut détruit par le feu et les tribus restantes furent emmenées en exil à Babylone, où elles tentèrent dorganiser leur vie religieuse en créant des synagogues. Beaucoup sy établirent en permanence. Lorsque les Babyloniens furent à leur tour conquis par les Perses en 538, de nombreux juifs décidèrent de revenir, mais ce fut la déception: les terres étaient à labandon et le Temple en ruines. Ils reconstruisirent tout et sy installèrent. Les quelques siècles qui suivirent, le pays fut dabord intégré dans lempire dAlexandre le Grand, puis disputé par les dynasties ptolémaïque et séleucide.

34 Le judaïsme Judaïsme dans lempire romain -Vers lan 1 après J.-C., lempire romain contrôlait lensemble du bassin méditerranéen, depuis lEspagne à louest jusquà la Mésopotamie. Les juifs bénéficièrent dune courte période dindépendance sous les Maccabées, mais la Terre promise tomba rapidement sous domination romaine. Bien que juif croyant, le roi Hérode était un allié des Romains et, de ce fait, son peuple le détestait après sa mort en lan 4 av. J.-C., son territoire fut partagé entre ses trois fils. Dix ans plus tard, Hérode Archélaos fut chassé par les romains et la Judée placée sous lautorité dun procurateur. Hérode Antipas continua de régner en Galilée au nord, tandis que son troisième fils, Philippe, détenait des terres à lest du lac de Tibériade.

35 Le judaïsme À lépoque de Jésus -On dispose de nombreuses informations sur le judaïsme au 1 er siècle ap. J.-C., en partie parce que lhistorien juif Flavius Josèphe en donna une description très complète. À lépoque romaine, le royaume dHérode le Grand était immense. Il comprenait, entre autre, la Judée et la Galilée. Tous les habitants nétaient pas juifs. De nombreux Samaritains descendaient des juifs alliée à des tribus environnantes. Ils pratiquaient un culte différent. Le centre de la vie juive restait axé sur le temple de Jérusalem, où les prêtres héréditaires entretenaient les rites et les sacrifices séculaires. Dans tout le pays se trouvaient des synagogues où les juifs pouvaient se réunir pour lire et débattre de la Loi.

36 Le judaïsme La révolte juive -Un mécontentement profond régnait parmi les juifs qui aspiraient à lindépendance et se sentaient outragés par les coutumes idolâtres des Romains. Les «zélotes», membres du parti extrémiste, estimaient que Dieu avait donné la Terre à son Peuple élu et que la présence des Romains était un sacrilège. En 66 ap. J.-C., une légion romaine et un groupe de juifs pro-romains furent tués lors dun soulèvement zélote. Les rebelles renversèrent le gouvernement de Jérusalem. Titus, le fils de lempereur romain, fut chargé de la campagne et, compte tenu de la supériorité des forces romaines, lissu était inéluctable. En 70 ap. J.-C., les Romains assiégèrent Jérusalem et la ville tomba entre leurs mains. Le temple tout entier disparu dans les flammes, hormis le mur des lamentations…

37 Le judaïsme La révolte juive …Pendant ce temps, les zélotes sétaient enfuis vers le sud et sétaient emparés de Massada, lancienne forteresse dHérode. Les rebelles préférèrent se suicider plutôt que de se livrer aux Romains. En 132 ap. J.-C., se déroula une autre révolte juive, menée par Siméon Bar Kokhba que Rabbi Akiba, le chef religieux le plus éminent de lépoque, reconnut comme le messie tant attendu. Elle réussit initialement, mais sacheva dès la fin de 135 ap. J.-C. avec la mort de Siméon et dAkiba. Il fut dès lors interdit aux juifs de résider dans les ruines de la Ville sainte de Jérusalem et une nouvelle cité romaine, Élia Capitolina, fut construite sur son site. Les principaux responsables juifs se montrèrent alors plus conciliants à légard des Romains et se consacrèrent au développement dune vie religieuse distincte de lancien système sacrificiel du Temple.

38 Le judaïsme Judaïsme médiéval -Au Moyen Âge, des communautés juives sont recensées dans toutes les villes importantes du bassin méditerranéen, depuis lEspagne à louest jusquau fin fond de la Perse à lest. Partout, les juifs constituaient une minorité distinctive, ils étaient séparés de leurs voisins par leur religion. Après la destruction, en 70 ap. J.-C., du temple de Jérusalem bâti par Hérode, Rabbi Johanan ben Zakkaï fonda une académie où les érudits se réunissaient pour débattre de la signification de la Loi. La Mishna, sorte de synthèse de linterprétation, devint la base de tous les débats ultérieurs. Cest un vaste ouvrage qui est resté le fondement principal du savoir juif.

39 Le judaïsme Les juifs en terre dislam -Au VII e siècle, le prophète Mahomet commença sa prédication contre le paganisme de ses compatriotes en Arabie. Son message se propagea à une vitesse fulgurante. Dès 644, la Syrie, lÉgypte, lIrak et la Perse étaient passés sous obédience islamique et, dès le début du VIII e siècle, lislam était solidement implanté dans toute lAfrique du Nord. Dune façon générale, les musulmans tolérèrent les communautés juives. Bien que les juifs aient souffert de certaines restrictions, tels les paiements dune capitation supplémentaire ou lobligation de porter un costume distinctif, ils étaient exonérés du service militaire et bénéficiaient de lautonomie judiciaire et de la tolérance religieuse. En outre, il existait, dans tout le monde islamique, de nombreux et importants foyers de culture juive, et un grand nombre de juifs accédèrent à des positions très importantes.

40 Le judaïsme LEurope chrétienne -La situation des juifs na pas été aussi florissante au sein de lEurope chrétienne. Le christianisme a de tout temps perçu les juifs de façon négative. Bien que Jésus lui- même ait été juif, les Évangiles le montrent très critique à légard des autorités religieuses de son temps et lon a traditionnellement rendu les juifs responsables de la crucifixion. Même si les communautés juives étaient nombreuses, leur existence était précaire. Après la prédication de la première croisade en 1095, des juifs furent attaqués et massacrés dans plusieurs villes de Rhénanie. Dès 1144, on les accusa dutiliser le sang denfants chrétiens pour fabriquer le pain de la Pâque. Il leur fut interdit, à peu près partout, de posséder des terres et ils furent contraints par les guildes chrétiennes de renoncer au commerce…

41 Le judaïsme LEurope chrétienne …Afin de gagner leur vie, ils devinrent donc souvent prêteur dargent. De ce fait, ils furent non seulement considérés comme les assassins du Christ, mais également comme des usuriers sans cœur. En 1182, tous les juifs résidant sur les domaines du roi de France furent expulsés. En 1290, la communauté tout entière fut expulsée dAngleterre. Au siècle suivant, à lépoque de la peste noire, les juifs furent fréquemment accusés dempoisonner les puits. Enfin, en 1492, la riche et puissante communauté espagnole fut expulsée de la péninsule Ibérique. Dans les villes où les juifs avaient été autorisés à demeurer, ils étaient souvent contraints de résider dans certains quartiers, les ghettos, où il était facile de les contrôler. La Pologne, où les juifs furent accueillis et protégé dès le XIII e siècle, est lexception.

42 Le judaïsme Les juifs de lEurope moderne -Les juifs dont les origines remontent à des ancêtres établis dans lEurope médiéval chrétienne sont appelés ashkénazes ou ashkenazim. Après les expulsions médiévales, ces juifs partirent en Autriche, en Prusse, en Hongrie, en Pologne et en Russie, emportant avec eux leur liturgie et leur mode de vie. En revanche, les juifs des communautés dEspagne, dAfrique du Nord et du monde islamique sont des séfarades ou sefardim. Après que lEspagne, unifiée par une monarchie catholique, les eut expulsés, en 1492, tous les juifs sétablirent dans dautres pays du monde islamique. Les séfarades nutilisaient pas le même livre de prières que les ashkénazes et des pratiques religieuses différentes se développèrent. Les ashkénazes parlaient le yiddish, et les séfarades le ladino.

43 Le judaïsme La kabbale -Il existe, au sein du judaïsme, une longue tradition de mystique spéculative, la kabbale, que lon avait tendance à considérer comme une science ésotérique. On pensait que les idées mystiques ne devaient être transmises quà un homme modeste et humble, dâge moyen, de caractère égal et exempt de toute idée de vengeance. Les séfarades développèrent dimportantes écoles kabbalistiques. Par le biais des traductions arabes, les mystiques connaissaient les œuvres des philosophes antiques et ils sinspirèrent des idées néoplatoniciennes pour expliquer les rapports entre Dieu et lunivers. Ils enseignèrent que Dieu était «linfini divin», que le monde avait été créé à lissue dune série démanations divines et que le but de la contemplation était de transcender ces émanations, dêtre uni avec le divin.

44 Le judaïsme hassidim et mitnaggedim -Au Moyen Âge, le gouvernement polonais, contrairement à ceux de la plupart des pays chrétiens, avait accueilli les réfugiés juifs. Dès le XVI e siècle, la communauté comptait peut-être déjà personnes. Toutefois, en 1648, les juifs polonais furent décimés par une révolte contre la noblesse. En effet, de nombreux juifs, alors employés pour gérer les domaines des familles nobles, furent identifiés à ces classes privilégiées et firent les frais de la violence. On estime que près dun quart de la population juive a péri dans cette révolte. Par la suite, la sécurité des juifs demeura incertaine et la montée du hassidisme, «le mouvement des justes», fut fondée par Israël ben Éliézer. Il constitua un cercle de disciples dans les Carpates et enseigna que la vraie dévotion à Dieu devait être préférée au savoir rabbinique traditionnel…

45 Le judaïsme hassidim et mitnaggedim …Un élément essentiel de la doctrine hassidique est la notion de Tsaddiq «lhomme de Dieu», le chef spirituel. Le Tsaddiq est considéré comme le médiateur par lequel la grâce divine coule vers les fidèles. La position de Tsaddiq devint héréditaire et les divers groupes hassidiques organisèrent leur vie autour de la cour de leur propre chef. Toutefois, les nombreux chefs juifs sopposèrent à ce nouveau mouvement. Ces traditionalistes furent appelés les mitnaggedim, «les opposants». Leur représentant le plus éminent fut Éliyah ben Salomon Zalman ( ). Il alla jusquà excommunier des membres des groupes hassidiques. Le conflit senvenima à un point tel que des parents mitnaggedim nhésitèrent pas à rejeter leurs enfants membres dun groupe hassidique.

46 Le judaïsme Lémancipation des juifs dEurope -Pendant que hassidim et mitnaggedim sopposaient en Europe de lEst, le climat politique se modifiait à louest avec leffondrement du féodalisme. Au cours des années 1770, lécrivain chrétien Wilhelm Christian Dohm rédigea un pamphlet intitulé De la réforme politique des juifs. Il soutenait que les juifs pourraient être de précieux citoyens si toutes les professions et les institutions éducatives leur étaient ouvertes. En 1781, lempereur Joseph II promulgea un édit de tolérance. En France, lassemblée nationale révolutionnaire déclara en 1789 quaucune opinion religieuse ne devrait être persécutée. Lempereur Napoléon 1 er alla même jusquà convoquer en 1806 une Assemblée de notables juifs.

47 Le judaïsme Les Lumières et la Réforme -Les racines du mouvement juif des Lumières, la Haskala, remontent à la Hollande du XVII e siècle, où un certain nombre dintellectuels juifs tentèrent dinterpréter leur tradition religieuse à la lumière des idées scientifiques et philosophiques de lépoque. Le plus célèbre des philosophes des Lumières fut Moïse Mendelsshon ( ). Il pensait que les juifs devaient se sentir à laise dans le monde moderne. Il traduisit les Écritures saintes en allemand et rédigea un commentaire biblique qui proposait une explication rationnelle de la Loi. Il encouragea louverture dune école juive où furent enseignées des matières laïques et religieuses. En dépit dune violente opposition de la part des orthodoxes, le nouveau mouvement se répandit. De nombreux rabbins allemands sengagèrent dans une étude scientifique du judaïsme, qui constituait une tentative pour comprendre la tradition en dehors de toute présupposition religieuse. Le fait que Dieu ait donné directement à Moïse, sur le mont Sinaï, lensemble de la Loi, ne fut plus considéré comme une vérité immuable.

48 Le judaïsme Le sionisme -En Russie éclata, en 1882, le premier pogrom véritablement grave dirigé contre les juifs. À cette époque, lémigration vers les États-Unis était devenu possible. Néanmoins, plusieurs miliers de membres de la communauté juive préférèrent sinstaller en Palestine, où ils travaillaient comme commerçants, artisans, fermiers et ouvriers. Beaucoup étaient marxistes par conviction politique et donc athées. Ils nen conservaient pas moins un sentiment puissant de nationalisme juifs et encouragèrent la création en Russie, en Pologne et en Roumanie de sociétés destinées à récolter des fonds pour lacquisition de terres nouvelles en vue dimplantations juives. Toutefois, le véritable fondateur du sionisme politique fut Theodor Herzl ( )…

49 Le judaïsme Le sionisme …À lorigine, il penchait pour lassimilation et croyait que lantisémitisme disparaîtrait si les juifs se fondaient dans les cultures nationales. Laffaire Dreyfus, qui éclata en France en 1894, lui ôta toutes ses illusions. Le capitaine Dreyfus fut accusé de haute trahison par les autorités militaires françaises. Laffaire Dreyfus convainquit Herzl que les juifs ne seraient jamais pleinement reconnus en tant que citoyens européens. Il publia son «État des juifs» dans lequel il soutenait que le seul antidote à lantisémitisme était la création dun État juif en Palestine. Il fut combattu par les «assimilationnistes» qui soulignèrent limportance dune loyauté totale envers le pays hôte. Néanmoins, de nombreux jeunes juifs furent convaincus.

50 Le judaïsme Le sionisme …Herlz convoqua le premier congrès sioniste à Bâle en 1897 et consacra le reste de sa courte vie à rechercher un soutien international pour son projet. Dès le début du XX e siècle, un nombre considérable de juifs avaient émigré. La majorité dentre eux vivaient dans les villes palestiniennes. Dautres émigrants arrivèrent après 1904, à la suite de nouveaux pogrom russes. Ce fut également lépoque de la grande dispersion juive vers les États-Unis. À la fin de la Première Guerre mondiale, la communauté juive de Palestine comptait environ personnes. La Première Guerre mondiale modifia lensemble de lordre social en Europe. Les juifs étaient de plus en plus vulnérables et perçus comme des étrangers. On estime que plus de juifs ont été assassinés en Russie après la révolution. Lémigration vers les É-U étant devenus difficiles, la communauté se tourna vers la Palestine. Dès 1929, la Palestine comptait environ personnes et en

51 Le judaïsme Lholocauste -Entre 1941 et 1945, environ six millions de juifs furent délibérément assassinés dans les camps de concentration en Europe. Dès 1933, date de larrivée au pouvoir des nazis en Allemagne, la communauté juive allemande fut persécutée et beaucoup de juifs senfuirent à létranger. Toutefois, en raison de la grande dépression, la plupart des pays nétaient pas en mesure daccueillir des groupes importants de réfugiés. De ce fait, un trop grand nombre de juifs fut contraint de rester en Europe, où ils furent exterminés. Cet événement capital persuada la jeune organisation des nations unies que les juifs devaient disposer dune patrie qui leur serait propre. En 1948, lÉtat dIsraël, lÉtat juif, fut fondé dans la Terre promise historique.

52 Le judaïsme Lholocauste -Cest à la suite dune série de crises économiques et en raison dun sentiment collectif dinjustice à légard des termes du traité de paix européen de 1918 quAdolf Hitler et les nationaux-socialistes, ou nazis, arrivèrent au pouvoir en Allemagne. Hitler était convaincu que si lAllemagne avait perdu la Première Guerre mondiale, cétait à cause de la trahison des juifs socialistes, libéraux et pacifistes. Il pensait aussi que la révolution bolchevique en Russie était la conséquence dun complot juif mondial. Son objectif était délargir lempire allemand à lest et déliminer toute influence juive du nouvel ordre. Après quil eut été élu chancelier en 1933, une série de législations antijuives fut promulguée. Toutes relations sexuelles entre juifs et non-juifs furent interdites, et les juifs furent obligés de déclarer tous leurs biens.

53 Le judaïsme Lholocauste -La tristement célèbre Nuit de cristal de 1938 vit la destruction systématique des entreprises et des magasins juifs et tous les organismes juifs communautaires furent placés sous le contrôle direct de la police nazie. Après linvasion de la Pologne par larmée allemande en 1939, dans chaque ville conquise les juifs furent contraint au «travail forcé». On appelait cela «lanéantissement par le travail». Puis, après linvasion de la Russie, les nazis mirent en place des troupes spéciales, les Einsatzgruppen. Dans un premier temps, elles rassemblaient les populations juives, les conduisaient en dehors de la ville, les obligeaient à creuser leur propre tombe, puis les fusillaient. Cette méthode dextermination nétant pas suffisante pour les dirigeants allemands, les chefs nazis mirent au point en 1942, lors dune conférence secrète, la «solution finale».

54 Le judaïsme Lholocauste -Lensemble de la population juive fut alors rassemblé dans des ghettos prisons dans des villes. Parallèlement, six camps de la mort avaient été installés à Chelmno, Auschwitz, Sobibor, Majdanek, Treblinka et Belzec. Les juifs furent transportés jusquaux camps par chemin de fer dans des wagons à bestiaux. Il ny avait ni place assise, ni équipement sanitaire, ni chauffage, et souvent le voyage à travers lEurope durait plusieurs jours. Une fois arrivés, les plus jeunes et les vaillants étaient prélevés pour le travail forcé. Ils survécurent aussi longtemps quils purent contribuer à léconomie du III e Reich. Lorsquils devenaient trop faibles, ils rejoignaient les vieux et les infirmes pour entrer dans des chambres à gaz où ils étaient exterminés.

55 Le judaïsme Lholocauste -Le nombre de mort fut considérable. Auschwitz, le plus important des camps, pouvait recevoir personnes que lon faisait travailler jusquà leur mort. Ses cinq fours crématoires pouvaient éliminer cadavres par jour. On a estimé quenviron deux millions de personnes y ont péri entre 1942 et Bien que les juifs aient été quasiment impuissants, une certaine résistance sorganisa. À Varsovie, la population juive avait été entassée dans un ghetto mais, à larrivée des nazis pour la destruction finale, ils furent attaqués de toutes parts avec des armes volées ou de fabrication artisanale. Pendant plusieurs semaines, les juifs résistèrent à larmée allemande. Lorsquarriva la fin inéluctable, de nombreux juifs choisirent de se suicider plutôt que de se rendre.

56 Le christianisme _

57 Jésus: portrait dun messie définitions -La Bible: ensemble des livres considérés comme révélés par les religions juive et chrétienne. Les chrétiens distinguent lAncien Testament qui correspond à la bible hébraïque (la Torat=la Loi) et le Nouveau Testament qui correspond aux quatre évangiles (Matthieu, Marc, Luc et Jean). -La Septante: traduction grecque de lAncien Testament hébreux. -La Vulgate: version latine de la Bible. Synthèse des traductions existantes. Utilisée pour la traduction française de la Bible. _

58 Jésus: portrait dun messie définitions -Les Evangiles: lannonce du salut apporté au monde par le christ et prêché par les apôtres. -Apocryphes: textes qui se rattachent au Nouveau Testament, puisquils parlent de Jésus et des apôtres, mais que lÉglise a jugé dune authenticité douteuse et exclus de la Bible. -Canoniques: textes conformes au «canon», cest- à-dire la règle, la norme. Ils font partie de la Bible et peuvent être lus dans les synagogues ou dans les églises. -Gnosticisme: tradition religieuse et spirituelle du monde antique qui a eu une grande influence dans les premiers siècles de lère chrétienne.

59 Jésus: portrait dun messie définitions -Midrash: dans le judaïsme, ce terme désigne lexégèse et le commentaire biblique qui fait appel aux paraboles, aux allégories, aux métaphores et aux jeux de mots afin de faire jaillir le sens. -Livres sibyllins: recueil doracles de prophétesses, les sibylles. Ils étaient consultés à chaque fois que se manifestait la colère des dieux: une naissance monstrueuse, un prodige météorologique, une épidémie, et cest dans leur page quon cherchait les rituels appropriés.

60 Jésus: portrait dun messie définitions -École johannique: école composée de théologiens et de prédicateurs, tous disciples de Jean, a pu recueillir la tradition de lapôtre afin de donner, par la suite, la composition de lEvangile que nous connaissons. Le terme «johannique» se réfère donc au texte évangélique, et non à lapôtre. -Sanhédrin: assemblée législative et tribunal suprême du peuple juif doté dun grand pouvoir politique puisquil exerce un contrôle légal sur le roi ainsi que sur le grand prêtre en charge des activités du temple.

61 Jésus: portrait dun messie définitions -Docétisme: hérésie des II e et III e siècle, qui affirme que Jésus na vécu sur terre quen apparence. -Halakha: guide officiel de la vie religieuse et civile. Décrétée par les rabbins, elle a force de loi. Elle concerne les relations personnelles, sociales, mais aussi nationales et internationales. -Denier du culte: destiné au temple de Jérusalem. Chaque juif doit le verser tous les ans, quil réside ou non en terre dIsraël, léquivalent dun jour de salaire. -Dîme: les paysans doivent donner un dixième de leur récolte, plus une bête sur dix de leur élevage domestique.

62 Jésus: portrait dun messie La naissance -Jésus est un personnage historique. Comme tel, il doit être replacé dans son contexte historique. Mais ce principe, bien connu des historiens, est difficile, voire impossible à appliquer dès lors quil sagit dun homme reconnu par les chrétiens comme le Fils unique de Dieu envoyé sur la terre pour sauver lhumanité pécheresse. À la dimension habituelle du temps qui marque lexpérience humaine sajoute, dans son cas, léternité. -Deux évangiles seulement, selon Matthieu et selon Luc, racontent lhistoire de sa naissance et, bien que Luc nous apprenne dans le prologue de son évangile quil fait œuvre dhistorien, il est évident que mythe et réalité sy mêlent.

63 Jésus: portrait dun messie La naissance -Attesté comme fils de Dieu, Jésus ne peut être le fils de Joseph. Mais dun autre côté, il faut le rattacher à la filiation davidique, devenant ainsi un prétendant légitime au sens messianique. -En préalable, il faut souligner que cette conception mythologique du monde, présente dans les Evangiles, bien éloignée de notre esprit rationnel et scientifique, correspond à celle de lhomme du monde antique; les évangélistes nont pas innové. -Au temps de Jésus, lattente eschatologique est très présente dans le judaïsme palestinien. Beaucoup attendent le Messie annoncé par les prophètes, et les évangélistes nous font savoir que Jésus est bien le Messie promis par Dieu.

64 Jésus: portrait dun messie La naissance -Jésus est né à Bethléem, ville de Judée, comme la annoncé le prophète Michée. -À cause dun recensement, les voyageurs abondent dans la région. Joseph et Marie ne trouvent pas de place dans lauberge et, sa grossesse étant venue à son terme, Marie accouche dans une étable et dépose lenfant emmailloté dans une mangeoire. -Il ny a pas de mages dans le récit de Luc. Leur histoire nous est conté par Matthieu. Les mages – du grec magos, terme qui est employé pour désigner les prêtres perses aussi bien que les magiciens. Tout porte à croire quil sagit ici dastrologues venus de la Mésopotamie.

65 Jésus: portrait dun messie La naissance -Dans lorient lointain, raconte Mathieu, une étoile nouvelle apparaît un soir. En ce temps-là, létoile était le signe des rois et des dieux. Sagit-il de la comète de Haley, qui fît sa première apparition dans le ciel à peu près à cette époque? -Parce quils savent lire dans le ciel, les mages comprennent que le roi des juifs vient de naître et ils vont se laisser guider par cet astre mystérieux jusquen Judée afin de lui rendre hommage. -La rumeur parvient aux oreilles du roi Hérode. Hérode veut mettre à mort lenfant quil perçoit comme un dangereux rival.

66 Jésus: portrait dun messie La naissance -Le miracle de la virginité: deux sages-femmes, dont une certaine Salomé, constatent la virginité de Marie après la naissance. -Les rois mages se prosternent devant lenfant, ouvrent leurs coffres, et lui offrent lor, la myrrhe et lencens quils avaient apportés. -Un ange du Seigneur avertit Joseph et lui ordonne de fuir en Égypte et dy rester jusquà la mort dHérode. -La suite, cest le massacre de tous les enfants de Bethléem, de deux ans et moins, ordonné par Hérode. Ce massacre des enfants de Bethléem nest attesté nulle-part, et on ne saurait le considérer comme une réalité historique.

67 Jésus: portrait dun messie La naissance -Lhistoire de lenfant qui se tient debout sitôt sorti du ventre de la mère est propre aux légendes concernant la naissance des héros dans la mythologie et même dans lhistoire: ainsi Héraclès, Bouddha et Alexandre le Grand. -La fiction a souvent la vie plus dure que la réalité, et quand des artistes, parmi les plus grands, représentent ces événements et ces personnages, ils donnent par la force de limage une légitimité à ce qui appartient à la légende.

68 Jésus: portrait dun messie Frères et sœurs -Lévangéliste Marc, lorsquil parle de la famille de Jésus, cite une liste dau moins six enfants: quatre frères et au moins deux sœurs. De cette famille nombreuse, Jésus fut peut-être laîné. -Mais Jésus peut-il avoir des frères? Au II e siècle, la chrétienté est divisée à ce sujet. Le protévangile de Jacques, un «roman» apocryphe consacré à la vie de Marie et à lenfance de Jésus, défend la virginité perpétuelle de la mère de Jésus. En revanche, il mentionne des enfants de Joseph nés dun premier mariage, ce qui ferait deux les demi-frères et demi- sœurs de Jésus. -Jérôme, le traducteur de la Vulgate (IV e siècle) a soutenu que les frères de Jésus étaient en réalité des cousins.

69 Jésus: portrait dun messie Frères et sœurs -La famille antique ne saurait, bien évidemment, se réduire au modèle de la très moderne famille nucléaire. Dans la Palestine du 1 er siècle, et plus généralement dans lAntiquité, lindividu ne se comprend pas comme un être autonome et socialement indépendant. La communauté, le village, le clan, constituent le tissu social qui protège et fournit sa légitimité à lindividu. -Devant la performance à la synagogue, Jésus sort du rôle qui lui est attribué, à lui et à sa famille. Il transgresse laccord qui régit les pouvoirs au sein du groupe. -Si ses frères sont mentionnés dans les Evangiles, ce nest pas pour conforter le lecteur dans lidée dune tribu soudée. Au contraire, les membres de la famille sont exclus du cercle des fidèles, puisquils sont incapables de comprendre Jésus.

70 Jésus: portrait dun messie Une jeunesse mouvementée -Les récits apocryphes, nourris de traditions populaires, décrivent un gamin pour le moins insupportable. Insubordination, violence mais aussi miracles. -Des quatre évangélistes, Matthieu est le seul à évoquer la fuite en Égypte, entre la visite des mages et le massacre des Innocents orchestré par le roi Hérode. -Mais quel crédit accorder à cet épisode qui a priori est purement légendaire? -Il est certain que les mouvements messianiques agitent alors périodiquement le peuple juif, ce qui inquiète le pouvoir en place. En évoquant un climat de persécution, Matthieu brosse un tableau vraisemblable du contexte historique sous le règne dHérode.

71 Jésus: portrait dun messie Une jeunesse mouvementée -Ainsi se justifient, dans ces quelques versets, les citations des prophètes sur le thème de lenfance exilé, pourchassée, tuée. Elles raniment des images célèbres: Pharaon sacharnant sur les nouveau-nés des Hébreux, Moïse sauvé de justesse par la princesse égyptienne. -Jésus devient le nouveau Moïse, libérateur de son peuple. -Dans lhistoire du peuple Hébreux, lÉgypte joue un double rôle, à la fois positif et négatif: elle peut, comme tout lieu dexil, devenir tour à tour refuge ou prison, éden ou désert. -Selon Matthieu, la Sainte-Famille quitte lÉgypte à la mort dHérode, mais évite de retourner en Judée, où règne désormais sont fils Archélaüs, tout aussi tyrannique.

72 Jésus: portrait dun messie Une jeunesse mouvementée -Aussi va-t-on assister, dans les premiers siècles de lère chrétienne, à une extraordinaire floraison de textes consacrés à lenfance de Jésus, quasiment absente des Evangiles. -Une arrivée remarquée en Égypte: lorsque la famille arrive à Sohennen (inconnue des historiens), les 365 idoles du temple (une pour chaque jour de lannée) sécroulent devant Jésus. Informé, le gouverneur de la ville, Aphrodisius, se porte à sa rencontre avec son escorte et se prosterne devant lenfant. -LEvangile du Pseudo-Matthieu, qui date de la fin du VI e ou VII e siècle, est un des textes qui parlent le plus de la jeunesse de Jésus, en développant lépisode égyptien qui relate en détail les incidents miraculeux du parcours.

73 Jésus: portrait dun messie Une jeunesse mouvementée -La longue marche dabord, dans une mise en scène élaborée: au centre, portant lenfant, la Vierge sur sa monture, lâne, trois serviteurs, une servante, et Joseph conduisant le cortège. -Sur la route, des apparitions exotiques: dragons jaillis dune grotte et que Jésus apaise, bêtes sauvages, lions et léopards, adorant Jésus et lescortant, nouvel Orphée, dans le désert. Une sorte de procession triomphale et paradisiaque: «personne ne craignait personne et personne ne faisait de mal à personne.»

74 Jésus: portrait dun messie Une jeunesse mouvementée -Parmi tous les miracles, celui de la source et du palmier reste sans doute lun des plus beaux: «Deux jours après leur départ, il advint que Marie, dans le désert, souffrit de lexcessive chaleur du soleil, et, voyant un palmier, elle désira se reposer un peu à son ombre. Et après que Marie se fut assise, levant les yeux vers le feuillage du palmier, elle vit quil était chargé de fruits, et elle dit: «oh, sil était possible que je puisse goûter des fruits de ce palmier!» Joseph répondit: «Toi, tu songes aux fruits du palmier, mais moi je songe à leau qui manque dans nos outres, et nous navons pas de quoi les remplir et nous désaltérer.» Alors le petit enfant, assis sur les genoux de sa mère, la Vierge, sécria et dit au palmier: «arbre, incline-toi et restaure ma mère de tes fruits.»

75 Jésus: portrait dun messie Une jeunesse mouvementée -Ce texte, comme la plupart des apocryphes, fait une large place au merveilleux dont lintention est dexalter le rôle salvateur de Jésus dont la nature divine commande à la création tout entière. Cette mise en scène, à la fois vivante et grandiose, donne à Jésus, par des gestes et surtout des paroles, le rôle de premier plan quil navait pas chez lévangéliste Matthieu. -Jésus navait pas encore deux ans et il disait à ses parents: «Ne me regardez pas comme un enfant, car jai toujours été un homme mûr.» (science infuse) lorthodoxie théologique souffre dune invraisemblance historique: cest suggérer que Jésus naurait pas connu les faiblesses de la petite enfance.

76 Jésus: portrait dun messie Une jeunesse mouvementée -Lenfance est ici un espace ouvert, où sexerce librement limagination créatrice du conteur, centrée sur la personnalité ambiguë de Jésus: doté de pouvoirs extraordinaires, celui-ci est capable de façonner des oiseaux dargile et de leur insuffler la vie, comme le créateur. Mais il fait aussi un mauvais usage de ses dons: il tue un camarade qui la bousculé. -Il soccupe ensuite à la tâche de rendre la vue aux aveugles, à guérir les morsures de serpent, ressusciter les morts; bref, préfigure le Jésus rayonnant de la maturité. Jésus bouleverse les conventions sociales. Par sa science infuse, il domine les savants théologiens: preuve de son origine divine.

77 Jésus: portrait dun messie Une jeunesse mouvementée -La sainte famille se déplace de village en village, ce qui donne à lenfant divin loccasion dopérer de multiples miracles: femmes possédées ou hystériques que le simple contact du bambin ou de ses langes suffit à apaiser, lépreux et aveugles guéris par leau de son bain; fiancée rendue sourde et muette et qui retrouve, grâce au parfum de Jésus, lusage de ses sens.

78 Jésus: portrait dun messie Le baptême -En 28, le baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain par Jean, dit le Baptiste, est le seul événement que lon peut précisément dater dans le Nouveau Testament. Ce rituel de purification pratiqué par les juifs prend alors une nouvelle dimension. -La doctrine de lincarnation est essentielle dans la théologie chrétienne, puisque cest elle qui explique Noël (la naissance), le vendredi saint (sa mort) et Pâques (la Résurrection), gage déternité pour les croyants. -Limmersion est, dans la religion dIsraël, un rite de purification et la Loi de Moïse limpose en plusieurs circonstances pour marquer leffacement dune impureté et, par conséquent, le fait de recouvrir une pureté, physique, morale ou religieuse.

79 Jésus: portrait dun messie Le baptême -Cest au-dedans de lui-même que lhomme doit être lavé. Il lui faut vouloir que sa faute, son péché, soit pardonné. -Jésus sest rendu sur les berges du Jourdain, là où Jean baptisait. Les historiens ne contestent pas la réalité du baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain. Rien ne laisse entendre que lévénement nait pas eu lieu, quil ne soit pas historique. Il est probable toutefois, quà partir du souvenir quen ont gardé les disciples de Jésus, le récit ait été amplifié, orné dun certain merveilleux. -Tandis que Jésus remonte hors du fleuve, une voix se fait entendre venant des cieux ouverts, qui atteste sa filiation divine alors que lEsprit apparaît sous la forme dune colombe. Faut-il rechercher dans les religions païennes lorigine de la présence de ce volatile?

80 Jésus: portrait dun messie Le baptême -Sous la caution de lEsprit, vu sous la forme dune colombe, une voix venue den haut affirme que Jésus est le Fils bien-aimé en qui le père a mit toute son affection. -Dans la Bible, Luc est le seul à présenter lapparition de la colombe comme un fait objectif, le Saint-Esprit descendant en effet sur Jésus sous la forme corporelle dune colombe. Matthieu et Marc lenvisagent dune manière plus subjective, quand cest Jésus qui voit lEsprit prendre la forme dune colombe. La colombe devient le sujet dune action. Elle entre en Jésus, qui est pénétré du Saint-Esprit, de telle manière quen cette fusion advient un engendrement divin. «Je tai engendré aujourdhui […] celui-ci est mon fils bien-aimé.»

81 Jésus: portrait dun messie Le baptême -Jésus a-t-il baptisé? Le Nouveau Testament ne rapporte pas de scène de baptême auquel Jésus aurait lui-même procédé. -La puissance de la parole: une fois baptisé, Jésus peut commencer sa mission de prédication en Galilée. Cest dabord à Capharnaüm quil recrute ses disciples. -Un moraliste éliminé: Hérode Antipas fait exécuter Jean après que celui-ci a condamné la liaison adultère du Tétrarque de Galilée avec la femme de son frère. -Le baptême de Jésus scelle le passage de lAncien au Nouveau Testament.

82 Jésus: portrait dun messie Un guérisseur miraculeux -Thaumaturge: du mot grec thaumatourgos qui signifie «faiseur de miracles». -Apollonios de Tyane: philosophe néopythagoricien contemporain du Christ et parfois comparé à lui. La principale source dinformation que lon ait sur lui est Vie dApollonios de Tyane de Philostrate. Elle date du III e siècle de notre ère. Philostrate connaît donc sans doute les Evangiles canoniques ce qui explique les parallèles possibles entre les miracles dApollonios et ceux de Jésus. -Pour le fondamentalisme, les textes bibliques doivent être considérés, sur tous les plans, comme véridiques. Il nexiste aucun écart entre lhistoire de Jésus telle que la raconte les Evangiles. Tout dans les Evangiles est historiquement – au sens factuel – vrai.

83 Jésus: portrait dun messie Un guérisseur miraculeux -La foi se fonde sur la vérité historique au sens de létablissement exact de la façon dont les faits se sont déroulés. -La croyance en linfluence occulte des démons et des esprits mauvais était aussi répandue en milieu juif quen milieu grec ou oriental. Ces convictions avaient des répercussions sur le rapport à la maladie et à la guérison. Cétait auprès des rabbins, des thaumaturges itinérants, des magiciens ou des prêtres officiels quon allait chercher à la fois des recettes pour guérir et des exorcismes pour être délivré des possessions. Dans les sociétés archaïques, les malades sen remettent aux pouvoirs du chaman.

84 Jésus: portrait dun messie Un guérisseur miraculeux -Dans le monde païen, la figure de thaumaturge la plus connue est sans conteste celle dApollonios de Tyane. Il apparaît à la fois comme un sage et comme un guérisseur aux pouvoirs exceptionnels. Par ailleurs, lexistence de thaumaturges itinérants, à la fois philosophes et guérisseurs exorcistes, est largement attestée. Ils étaient perçus comme doués de forces surnaturelles, inaccessible au commun des mortels. Limportance du phénomène miraculeux – quoi que lon pense de sa réalité historique – ainsi que lexistence des thaumaturges sont donc largement attestées au I er siècle. De fait, on le rencontre dans le monde juif et dans le monde païen, en particulier dans lAntiquité.

85 Jésus: portrait dun messie Un guérisseur miraculeux -Les miracles ont pour fonction de réintégrer les malades, quelle que soit leur classe sociale, dans la société. -Dans lAntiquité comme au Moyen Âge, les hommes croient à la menace des forces occultes et des esprits malins. Aussi, dans sa mission, Jésus intervient auprès des supposés possédés pour les délivrer du mal. -Le fait que Jésus ait été reconnu comme thaumaturge est clairement attesté à lintérieur comme à lextérieur du Nouveau Testament. Limpressionnante quantité de récits de miracles rapportés dans les Evangiles confirme le fait que Jésus a eu une activité de guérisseur et dexorciste. «Mais si cest par lEsprit de Dieu que moi jexpulse les démons, alors le Royaume de Dieu est arrivé jusquà vous.»

86 Jésus: portrait dun messie Un guérisseur miraculeux -Dans le Nouveau Testament, les récits de miracles de Jésus peuvent être classés en plusieurs catégories. Cette classification, évidemment contestable et contestée, est utilisée parce quelle permet de rendre compte, de façon cohérente et relativement pertinente, de lensemble des faits. On recense donc: récits dexorcismes (expulsions de démons ou desprits impurs); récits de guérisons (relatives aux aveugles, aux sourds-muets et aux paralytiques); récits de résurrection; miracles dits de la nature (tempête sur les eaux, marche sur les eaux, multiplication des pains…) Ces derniers sont vraisemblablement des constructions de la communauté primitive pour exprimer la christologie (lidentité de Jésus comme Christ, fils de Dieu).

87 Jésus: portrait dun messie Un guérisseur miraculeux -Reste à sinterroger: quel sens Jésus donnait-il à cette activité? Concernant la pratique exorciste de Jésus, elle peut être éclairée par différents documents émanant du judaïsme de son temps. Ils confirment la signification religieuse que revêtent les expulsions des démons: lexorcisme manifeste lirruption du règne de Dieu à la fin des temps. -Le propre des exorcismes de Jésus est donc leur prétention à attester que, en lui, le Royaume de Dieu se fait présent parmi les hommes, ce que les miracles de guérisons attestent aussi. Il sagit là dactes libérateurs qui témoignent de la rencontre avec le Dieu que proclame Jésus, un Dieu qui change la compréhension de soi et du monde.

88 Jésus: portrait dun messie Un guérisseur miraculeux -Les miracles de Jésus expriment une nouvelle vision du monde définie par lopposition du monde ancien et dun monde nouveau où lespérance de changer le cours réel des déterminismes de sa vie devient possible dans la rencontre avec Jésus. -La guérison quil prétend opérer passe certes par des gestes mais aussi et surtout par une parole dautorité: tous les textes insistent sur limportance de la parole de Jésus. -Les récits évangéliques, par-delà un certain grossissement légendaire possible, témoignent à lévidence quaux yeux des siens comme à ses propres yeux aussi, Jésus sest réellement présenté comme un guérisseur, dans une action de salut en accord avec sa parole de libération.

89 Jésus: portrait dun messie Un guérisseur miraculeux -Lénigme de la multiplication des pains: un tel prodige est inconcevable pour les rationalistes. Le récit de la multiplication des pains, le plus attesté de tous dans le Nouveau Testament, est un phénomène prodigieux par lequel Jésus a produit une quantité impressionnante de pain à partir de cinq pains. Le rationalisme postule que nest vrai que ce qui est historiquement exact. Ainsi, la scène de la multiplication des pains fait écho sans doute à un récit au cours duquel une foule partagea sa nourriture sous limpulsion de la parole généreuse de Jésus. Sous leffet de la foi des premiers chrétiens, cet événement est, par la suite, devenu un récit de miracle attribué à Jésus.

90 Jésus: portrait dun messie Un homme à femmes -La première élue de Jésus: Marie-Madeleine. Une relation «conjugale» normale à lépoque, choquante aujourdhui pour lÉglise. Au-delà, la place prééminente que Jésus accorde aux femmes. Un scandale il y a 2000 ans, un fait désormais établi pour notre société. -Outre la mère du Christ, trois Marie sont présentes dans les Evangiles canoniques: celle quon dit issue de Béthanie: la pécheresse anonyme mentionnée par Luc; enfin, une certaine Myriam du village de Migdel (Magdala) que lon retrouve au pied de la croix puis devant le tombeau, au matin de la Résurrection. -Une certaine Myriam se tenait constamment ou presque dans lintimité de Jésus. De cette intimité, on retrouve sans peine la trace dans deux évangiles apocryphes bien connu des exégète: celui de Marie-Madeleine et celui de Philippe.

91 Jésus: portrait dun messie Un homme à femmes -On y trouve la relation des fréquents baisers sur la bouche, de Jésus à Marie-Madeleine, le fait que celle-ci ait été préférée aux autres disciples et quelle ait reçu un enseignement privé. Ces manuscrits appartiennent au courant de pensée du gnosticisme, qui accorde, entre autres, une grande place au féminin en tant que sensibilité initiatique et en fait le réceptacle divin. Ne lit-on pas dans lEvangile de Marie-Madeleine: «Cest des femmes que viennent les naissances. Pour quelle raison la Naissance ne viendrait-elle pas de la femme?

92 Jésus: portrait dun messie Un homme à femmes - Pourquoi est-il logique daccorder quelque intérêt à de tels textes? Justement parce quils dérangent le «dogmatiquement correct» et que cest la seule raison valable pour laquelle, considérés comme hérétiques, ils ont été écartés quels que soient les arguments théologiques invoqués. La croyance veut que le christianisme se soit bâti autour dune pensée unique qui a désigné le sexe masculin pour transmettre la loi salvatrice. -Ainsi sest-il très vite dessiné, un courant de type masculin – celui dont Simon-Pierre sest fait le porte- parole – et un courant féminin dont lapôtre Jean et Marie-Madeleine sont les personnalités les plus représentatives de ce qui deviendra lÉcole johannique et le gnosticisme.

93 Jésus: portrait dun messie Un homme à femmes - Si on prend la peine danalyser les récits gnostiques en les estimant aussi respectables que les autres sources, il apparaît nettement que si Jésus sest attiré les inimitiés que lon sait et qui vont le conduire à la mort, cest en grande partie à cause de la place quil accordait à la femme dans son enseignement. Chacun reconnaît son caractère révolutionnaire dans la société juive de lépoque, mais rares sont ceux qui prennent conscience du fait que le féminin joua un tel rôle. Une réalité théologique que lon a préféré taire. Ne faut-il pas attendre le pape Grégoire 1 er au VI e siècle, pour que Marie-Madeleine soit qualifiée de pécheresse?

94 Jésus: portrait dun messie Un homme à femmes -Au temps de Jésus, les femmes nont pas dexistence juridique et elles nont pas non plus voix au chapitre dans le domaine spirituel. -Or, sur la scène publique, Jésus, non seulement, admet des femmes dans son entourage immédiat, mais il accorde ostensiblement à lune delles la primauté sur ses autres disciples. Ce qui dérange nest pas la présence dune femme à ses côtés, lui quon appel Rabbi, car les rabbins sont censés être mariés: cest une obligation sociale. -Ce qui nest pas acceptable, cest quil lui manifeste en public des marques affectives, faisant fi du devoir de discrétion, et surtout quil invite à entrer dans le débat spirituel puis la convie à un enseignement privé.

95 Jésus: portrait dun messie Un homme à femmes -Ainsi, non seulement Jésus nécarte pas la femme mais il lui accorde la première place. -Néanmoins, si la majorité des chrétiens admet la valeur du discours dune femme en matière religieuse, ils ont, en revanche, toujours beaucoup de difficulté à admettre que Jésus ait pu avoir une «bien-aimée». -Du socialement obligatoire dil y a deux mille ans, on a fait le blasphématoire et lhérétique daujourdhui. Blasphématoire car on estime incompatible la voie spirituelle à un degré avancé et une vie sexuelle. Hérétique parce que lidée que Marie-Madeleine ait pu recevoir un enseignement privilégié présuppose que Jésus ait tenu deux discours: lun exotérique enseigné en public, lautre ésotérique, dispensé en particulier à celle que les gnostiques appellent koinonos, cest-à-dire sa compagne.

96 Jésus: portrait dun messie Un homme à femmes -Il est évident que Jésus tient en haute estime les femmes et la Femme, au caractère intuitif et sensible quil sefforce de mettre en valeur dans le cadre de ce quil enseigne, au caractère bien plus spirituel que religieux, laissant davantage de place à lexpérience intérieure quau respect des dogmes. -Au 1 er siècle, les femmes adultères sont lapidés. Jésus soppose à la Loi de Moïse. -Tantrisme: seule la philosophie tantrique pourrait réconcilier les deux positions: elle se repose sur le principe selon lequel, dans des conditions précises, lunion des deux sexes peut générer chez lhomme et la femme une importante modification énergétique et initier ainsi lascension de leur nature spirituelle.

97 Jésus: portrait dun messie Un homme à femmes -Si le Christ a plaidé pour la réhabilitation de la femme au sein du débat spirituel, ce nétait certes pas pour lui faire prendre une revanche sur le machisme de lépoque, mais pour lui restituer son rôle. Que Marie- Madeleine – perçue comme lépouse officielle, la compagne tantrique ou encore les deux à la fois – lait soutenu en ce sens et soit devenue sa disciple aimée et préférée est désormais presque indubitable. -Il ny avait certainement pas deux catégories damour, lun divin et lautre humain, mais plutôt un amour global sexprimant de différentes façons, toutes complémentaires. Quoi quil en soit, au-delà de la réalité historique, le couple Jésus-Marie-Madeleine apparaît donc incontestablement de nature architecturale.

98 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges -Pour les autorités judéennes, cest un perturbateur et un usurpateur. Les Romains, eux ne voient en lui quun «leader» nationaliste à éliminer. Qui porte la responsabilité de la condamnation et de la mort de Jésus? -Les quatre évangiles canoniques rapportent, en la saluant différemment dans leurs récits, une altercation de Jésus au Temple durant son dernier séjour à Jérusalem. Il sagit de son action visant à chasser les changeurs et les vendeurs qui opèrent dans lenceinte sacrée. Ce scandale, dont lhistoricité est discuté, ne semble pas avoir été discutée, ne semble pas avoir été denvergure car il na pas provoqué lintervention de la police du sanctuaire, même sil paraît avoir suscité linquiétude des prêtres et des scribes qui, en lapprenant, ont cherché «comment ils le feraient périr?»

99 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges -Si les autorités, comme le peuple, se sont dressées contre lui, cest probablement que son geste a été considéré comme un véritable attentat contre le temple. En effet, dans le judaïsme ancien, le sanctuaire joue un rôle symbolique déterminant puisquil concrétise lattachement du peuple à sa divinité et représente, dans le même temps, lemblème de la cohésion nationale, donc son identité. Par cette action, il est possible que Jésus ait voulu rétablir la pureté du temple, à lencontre du mercantilisme, de la corruption et du paiement des taxes avec une monnaie idolâtre. En chassant les marchands du temple, son geste devient controversé.

100 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges -Dans les évangiles canoniques, le récit sur larrestation de Jésus présente une bonne convergence densemble, par-delà quelques différences. Elle peut être décrite avec une certaine précision, mais les raisons qui lont provoquée sont difficiles à déterminer, car elles touchent au cœur de laction de Jésus et à son statut aux yeux de ses disciples. -La scène se déroule dans «un jardin, au-dessus du torrent du Cédron», sur le mont des Oliviers. Il sagit dun grand domaine qui, durant les fêtes religieuses, abrite la foule des pèlerins originaires de toute la Palestine comme de la diaspora. Une bande «munie dépées et de bâtons» vient arrêter Jésus durant la nuit. Il est précisé dailleurs, que cette troupe a été envoyée par «les grands prêtres, les scribes et les anciens.»

101 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges -Jésus refuse dêtre assimilé à un «hors-la-loi». Ainsi, sinterdisant duser de la force, il dit à son disciple: «Remet ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent lépée périront par lépée.» (Mt, 26-52) -Il est rapporté dans les Evangiles que Judas a trahi Jésus lors de son arrestation, conduisant la troupe durant la nuit et lui désignant la personne à arrêter. Quel est par conséquent le rôle de Judas dans les traditions chrétiennes de la Passion de Jésus? Il faut reconnaître que sil y a eu focalisation sur ce personnage, cest à des fins très précises. Cette question trouve peut-être sa formule souvent reprise dans les Evangiles pour désigner Judas comme «lun des Douze». Ce groupe des Douze, daprès …

102 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges …les diverses traditions, est le signe des douze tribus: il symbolise lannonce dun nouvel Israël alors en construction. Or, lévénement de la mort de Jésus, qui dément en quelque sorte cette annonce, est ainsi attribué à la trahison de Judas, un des Douze. De la sorte, ce personnage représente symboliquement lensemble des Judéens qui ont refusé de reconnaître en Jésus le Messie attendu par Israël. -Les récits sur le jugement de Jésus posent de nombreux problèmes dont certains ne peuvent pas être résolus faute dinsuffisance documentaire. Là encore, les quatre évangiles canoniques présentent de notables différences sur les événements qui suivent larrestation. Elles portent sur la comparution devant les autorités judéennes.

103 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges -On peut admettre le fait que Jésus a été interrogé deux fois: dabord chez le grand prêtre Hanne, lun des instigateurs de larrestation; ensuite chez Caïphe, lancien grand prêtre, où il est de nouveau questionné en présence de quelques membres du Sanhédrin – il est fort peu vraisemblable que ses 71 membres aient été présents durant cette nuit. À la suite de quoi, au petit matin, Jésus sera conduit chez Pilate, dans lancien palais dHérode le Grand, servant désormais de prétoire. -Selon les récits évangéliques, la comparution de Jésus devant les «officiels» judéens est présentée de façon variable. Les évangiles selon Marc et Matthieu accordent une réelle importance à une sorte de procès, en mentionnant une instruction, une confrontation et une sanction – contrairement à lévangile de Luc – où il ny a pas de procès.

104 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges -Identité messianique: «Es-tu le Messie, le Fils du Dieu Béni?» «Je le suis, et vous verrez le Fils de lHomme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant avec les nuées du ciel.» -Lui faire reconnaître quil est le Messie leur fournirait un excellent argument pour prouver aux autorités romaines quil est un homme dangereux. Laccusation de blasphème portée contre Jésus est problématique. On peut considérer que pour échapper aux perspectives trop terrestres que recèle la question du grand prêtre sur sa messianité, Jésus sarroge des prérogatives propres au monde céleste mais quainsi, il tombe sous le coup dune accusation de blasphème. Jésus doit être condamné pour avoir proféré des propos contre le Temple.

105 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges -Et dans un second temps pour avoir blasphémé en revendiquant la puissance de Dieu puisquil prétend pouvoir «détruire le sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours» (Mt 26,61). -Les avis divergent quand il sagit de fixer la compétence juridique du Sanhédrin, et pour savoir sil conserve encore le droit de prononcer des sentences de mort à lépoque de la domination romaine. Limage du procès au Sanhédrin, aboutissant à une sentence de mort pour cause de revendication messianique, telle que rapportée dans lEvangile de Marc, semble bien être une reconstitution marquée par lidéologie chrétienne postérieure – dautant quil est difficile dadmettre que Jésus se soit déclaré le Messie.

106 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges -Condamnation: la comparution de Jésus devant Pilate pose moins de problèmes. On doit observer que Jésus dispose de beaucoup moins de possibilités de défense: il nest pas citoyen romain, et la justice peut se dérouler dans son cas de façon assez expéditive. De fait, le gouverneur romain suit la procédure judiciaire cognitio extra ordinem, habituellement appliquée en province et qui accorde la parole au plaignant et à laccusé. Laccusation messianique est revenue sans doute assez souvent. Cest par ce biais, en effet, que les hauts-dignitaires judéens peuvent faire condamner Jésus par les autorités politiques romaines. À souligner que les récits évangéliques présentent Pilate comme quelquun qui ne désire pas condamner Jésus injustement. Cependant, en voulant sauver Jésus de la condamnation capitale, Pilate ne fait rien dautre que son métier de préfet.

107 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges -Lexécution: dès que Pilate condamne à mort Jésus par cruxifixion, le processus qui conduit à lexécution senclenche. Comme à lordinaire, le supplice commence par une flagellation, car il sagit dinspirer la crainte publique et daffaiblir le sujet. Le lieu de lexécution, se trouvant hors des murs, doit être visible des gens qui entrent et sortent de la ville: dans lesprit des législateurs, de telles exécutions doivent donner à réfléchir. Le condamné doit se rendre sur le lieu de son exécution en portant le bras transversal de la croix. Comme tous les condamnés, Jésus porte autour de son cou un écriteau qui fait savoir le motif de sa condamnation. La condamnation à la crucifixion est une peine romaine, et non pas une peine judéenne.

108 Jésus: portrait dun messie Face à ses juges -Qui sont les responsables? La réponse des historiens comme des exégètes est des plus nuancées. Dun côté, la responsabilité des autorités romaines est évidente. Dun autre côté, la responsabilité judéenne nen est pas moins éclatante. La tendance des premières traditions chrétiennes a même été den accentuer les contours. Cette orientation sexprime dans les Evangiles selon Marc et Matthieu, en donnant limpression dofficialiser lintervention des grands prêtres dans le cadre dun procès judéen en bonne et due forme. La querelle est entre Judéens, entre ceux qui reconnaissent la messianité de Jésus et ceux qui ne la reconnaissent pas. Les traditions chrétiennes, notamment celles représentées dans lEvangile selon Jean, ont élargi et de manière polémique, les responsabilités de la mort de Jésus à tous les Judéens qui refusent de le reconnaître dans sa dimension messianique.

109 Le Christianisme La doctrine chrétienne -La mort et la résurrection du Christ apparaissent comme un événement majeur dans lhistoire de lhumanité. Dieu a créé lhomme et la femme pour quils laiment et lui obéissent, mais ils se sont séparés de lui par le péché originel. En envoyant son fils Jésus, Dieu offre sa rédemption à lhumanité pécheresse. Le sacrifice de la mort du Christ scelle la réconciliation entre Dieu et les hommes. Cette rédemption est donnée à tous ceux qui reconnaissent en Jésus leur Seigneur et Sauveur. Cest par le sacrement du baptême que les convertis se lavent symboliquement de leurs péchés et sengagent à vivre en accord avec le code éthique enseigné par Jésus. À linstar du Judaïsme, le christianisme insiste sur lexistence dun seul Dieu qui comprend le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

110 Le Christianisme La rupture christianisme-judaïsme -À lépoque de la naissance de Jésus, la Palestine, conquise par Rome en 63 av. J.-C. est gouvernée par Hérode le Grand, nommé roi client de Judée en 40. Après sa mort, en lan 4, son royaume est divisé entre ses fils. Ces trois dernières régions sont administrées par Rome qui désigne un procurateur dépendant de la province de Syrie. Ladministration romaine directe de lensemble de la Palestine est instaurée de nouveau en 44 ap. J.- C. et se traduit par des impôts très lourds et des troubles religieux. La population se révolte en 66, mais Titus sempare de Jérusalem en 70 et détruit le Temple. On considère généralement que cet événement marque la rupture définitive entre le judaïsme et le christianisme.

111 Le Christianisme Les trois premières croisades -Les efforts des chevaliers chrétiens pour semparer de la Palestine, prise par les musulmans au VIII e siècle, naboutiront pas à des résultats aussi durables. Dans lidéal des croisades, les motivations pieuses, le désir de partir en pèlerinage côtoient des impératifs plus politiques qui incitent les chrétiens à soutenir lempereur byzantin, menacé par les premiers assauts des envahisseurs turcs. Les lieux saints, qui étaient sous contrôle arabe, sont passés aux mains des Turcs qui font preuve dencore plus de fermeté que leurs prédécesseurs envers les communautés chrétiennes en terre sainte. Cest dans ce contexte que le pape Urbain II, à la fin du concile réuni en France à Clermont, exhorte les chevaliers à arrêter de se battre entre eux pour aller combattre les Turcs.

112 Le Christianisme Les trois premières croisades -Il leur demande daller aider les chrétiens opprimés, en promettant la rémission de tous leurs péchés à ceux qui partiraient pour Jérusalem dans de bonnes dispositions. Cest ainsi que naît lindulgence des croisades. La première croisade est couronnée de succès. Les croisés semparent de Jérusalem en 1099 et établissent des états indépendants dès 1098: la principauté dAntioche ( ) et le comté dÉdesse ( ). Godefroi de Bouillon est placé à la tête du royaume de Jérusalem ( ). Dautres territoires dAsie Mineure conquis par les armées chrétiennes sont restitués à lempereur byzantin. Édesse est reprise par les Turcs en Une nouvelle croisade est lancée, sans grand succès. La prise de Jérusalem par Saladin en 1187 déclenche la troisième croisade. En route vers Jérusalem, Richard Cœur de Lion occupe Chypre et y fonde un mouvement latin, qui se maintient jusquen 1489.

113 Le Christianisme Les dernières croisades -En 1198, le pape Innocent III ordonne la quatrième croisade. Larmée doit sembarquer sur des navires vénitiens pour rejoindre lÉgypte. En 1202, seul un tiers des effectifs prévus est réuni et les Vénitiens, ne pouvant obtenir leur paiement, détournent les croisés sur la côte adriatique pour prendre la ville de Zadar au roi de Hongrie. Les croisés payent ainsi leur passage et promettent daider à restaurer sur le trône byzantin Alexis IV et son père Isaac II Ange, qui vient dêtre détrôné. Après lassaut de Constantinople en 1203, Alexis est à son tour renversé au début de Les croisés pillent la ville et ramènent en Occident la plupart de ses trésors, y compris les reliques. Lempire latin de Constantinople est fondé et se maintiendra jusquen 1261.

114 Le Christianisme Les dernières croisades -Lune des dernières croisades est conduite par lempereur Frédéric II en Il négocie un traité avec les Égyptiens qui restitue aux chrétiens certaines parties de la Palestine, dont Jérusalem, mais cet accord ne tiendra que jusquen Malgré le fervent esprit de croisade qui anime Saint Louis, sa première croisades ( ) se solde par lhumiliante défaite de Damiette, en Égypte. Le roi de France sera emporté par la maladie au cours dune seconde croisade (1270) contre Muhammed 1 er de Tunis. Dautres croisades ont été organisées au XIII e siècle, comme la «croisade des enfants» (1212), qui a été désastreuse. Mais elles ne parviendront pas à grand chose, si ce nest à provoquer un durcissement de la politique musulmane à légard des chrétiens.

115 LIslamisme Mahomet, ses premiers disciples et lange Gabriel _

116 Mahomet Fin de lépoque païenne Repères chronologiques: -570: naissance de Mahomet à La Mecque. -610: début de la révélation – première apparition de lange Gabriel. -622: Hégire, départ pour Médine. -624: bataille de Badr. -625: bataille dUhud. -630: entrée victorieuse à La Mecque. -632: mort de Mahomet à Médine : conquête de la Syrie, la Palestine, la Perse et lÉgypte. 636: victoire à Yarmouk sur Byzance. 637: victoire à Qadisiya. 638: prise de Damas et Jérusalem. 657: bataille perdue par Ali à Cîffin : prise de Kaboul, Boukhara. 680: défaite à Kerbala, Califat omeyyade. 691: prise dAlexandrie, sac de Carthage. 711: arrivée sur lIndus et à Gibraltar. _

117 Mahomet Fin de lépoque païenne -En professant sa religion dun Dieu unique à des populations fortement polythéistes et idolâtres, Mahomet remet surtout en cause le pouvoir des puissants chefs de clans ou de tribus. À commencer par ceux de sa ville natale, La Mecque. -Sa prédication sétant déroulée dans une société de tradition orale, les témoignages écrits dont on dispose pour faire son portrait sont de deux ordres. Il y a dune part le Coran, qui comporte nombre de versets le concernant. Il nous fournit sur différents événements de sa vie des informations fiables. Mais éparses et lapidaires. Et, dautre part, les hadiths – les propos du prophète -, et la Sîra – les témoignages de ses compagnons sur ses faits et gestes.

118 Mahomet Fin de lépoque païenne -Il y a un avant et un après dans la vie de Muahammad. Avant et après la Révélation. Avant, Muhammad est un homme sans histoire. Sur le plan social, il vit en accord avec le monde tribal qui lentoure. Né à La Mecque, en lan 570, il appartient au clan des Banû Adb al-Muttalib, mais la fortune de ce clan est déclinante. Sur le plan personnel, il se distingue par des dispositions spirituelles qui linclinent en certaines saisons à des retraites solitaires. Aux environs de lan 610, il reçoit la Révélation. Dieu lui annonce quil la choisi comme son dernier messager. Sa vie bascule alors dans une phase radicalement nouvelle, où il lance un défi frontal à certains des fondements de la société tribale dont il est issu.

119 Mahomet Fin de lépoque païenne -La Révélation se manifeste maintes fois par la suite, pour le guider en lui révélant la parole de Dieu, sous forme de versets réunis après sa mort en un livre, le Coran. Muhammad vit la Révélation comme une manifestation extérieure à sa conscience et qui simpose à elle avec la force dune évidence irrépressible. La Révélation lui inspire tout dabord une peur panique. Il craint dêtre devenu fou et pense à se suicider. Une fois quil a admis la véracité de sa mission prophétique, les versets qui lui sont révélés sont si dérangeants pour les siens quil refuse à les répéter tout haut et se contente de les réciter à un tout petit cercle dintimes. Au bout dun long moment qui aurait duré jusquà trois ans, cest la Révélation qui le force à proclamer publiquement la religion nouvelle.

120 Mahomet Fin de lépoque païenne -Car cette religion va à lencontre des croyances et des traditions les mieux ancrées dans la société de son temps. Les Arabes sont alors pour la plupart païens. Ils vouent un culte sommaire à une multitude didoles. La solidarité clanique lemporte chez eux sur lautonomie individuelle et leur mémoire collective sarrête à larbre généalogique de leur tribu. Il leur apprend que le monde est la création dun Dieu unique, tout-puissant et miséricordieux, maître de la terre et du ciel. Les humains sont appelés à nadorer que Lui, à suivre Ses commandements et à se détourner de Ses interdits. Ils auront à lui rendre individuellement compte de leurs actes, au cours dun jugement dernier, annoncé pour imminent, où chacun sera sanctionné par une place au paradis ou en enfer, pour léternité.

121 Mahomet Fin de lépoque païenne -LIslam – qui signifie soumission à Dieu lUnique – ouvre ainsi aux arabes un espace de conscience nouveau qui les situe dans le prolongement spirituel du judaïsme et du christianisme et élargit leur horizon mental aux dimensions de lhistoire. Dans le même temps, il appelle chacun (homme et femme à égalité) à se forger un jugement propre, une subjectivité autonome, pour pouvoir assumer les responsabilités qui, devant Dieu, lui incombent à titre individuel. Cet appel sera ignoré, puis moqué et enfin combattu par les principales tribus mecquoises. En effet, non seulement il insulte au culte de leurs idoles et au respect de leurs ancêtres, mais de plus, en plaçant le devoir de piété personnelle au- dessus des allégeances claniques, il dépossède les grands seigneurs de leurs privilèges traditionnels.

122 Mahomet Fin de lépoque païenne -Muhammad passe environ une décennie dans sa ville natale à tenter de convertir les siens. Il ne réussit à toucher quune centaine dindividus, qui seront soumis à de multiples vexations de la part de leurs clans. Le périple au bout duquel Muhammad fait son entrée à Yathrib, en lan 622, est désormais connu sous le nom dHégire («migration»), qui marque le début du calendrier musulman. Cest à Yathrib, plus tard rebaptisée Médine, que la première cité musulmane voit le jour, où la Loi de Dieu prend le pas sur les valeurs de lancestralité tribale. Muhammad affronte, chez les tribus arabes, deux foyers dopposition. Dune part, ceux quon appelle les hypocrites, convertis à lIslam en apparence. Dautre part, les trois tribus juives installées dans la ville, qui refusent de le reconnaître comme messager.

123 Mahomet Fin de lépoque païenne -Ils finiront, chacune à son tour, par le défier. Il les attaquera et les vaincra séparément. Mais les principaux ennemis de la communauté musulmane se trouvent à lextérieur de Médine. Ce sont les grandes tribus polythéistes qui rejettent la religion de Dieu lUnique et que La Mecque sefforcera de mobiliser contre le pouvoir de Muhammad. Dans lArabie préislamique, les conflits entre communautés y étaient continus et nétaient résolus que par le compromis ou la guerre. Le conflit entre le monothéisme et le polythéisme ne pouvant faire lobjet de compromis, la guerre était inévitable. En 624, en multipliant les actes de bravoures, les musulmans remportent à Badr une première victoire contre les Mecquois.

124 Mahomet Fin de lépoque païenne -En 625, ces derniers prennent leur revanche à Uhud. La Mecque croit pouvoir donner le coup de grâce à Médine en lencerclant. Mais les musulmans ont eu le temps de creuser des tranchées, à labri desquels ils repoussent les assauts de leurs ennemis. Ces derniers finissent par lever le siège, donnant au prophète une grande victoire morale. Il marche sur La Mecque à la tête de plus de dix mille hommes venus de toutes les grandes tribus dArabie. La Mecque lui ouvre ses portes sans combattre. Il y entre, détruit de sa main les idoles qui entourent la Kaba, instaure à leur place le culte exclusif de Dieu. Il nimpose à personne de se convertir, mais les grands seigneurs viennent, les uns après les autres, faire acte dallégence et embrasser lislam entre ses mains. Muhammad, bien que lislam se soit implanté, doit cependant se heurter contre dautres irréductibles.

125 Mahomet Fin de lépoque païenne -Il les invitent à tout instant, y compris avant une bataille ou après une défaite, à prononcer les mots qui délivrent: «Il ny a de dieu que Dieu et Muhammad est son prophète.» Même prisonnier ou condamné à mort, un homme sauve sa vie, sa liberté et surtout, son âme. Il devient un homme neuf, que la communauté accueille fraternellement en son sein. Muhammad, tel que nous le révèlent les chroniqueurs, combine une maîtrise intuitive des ressorts de la société tribale dont il est issu et une maturité psychologique, une cohérence intérieure, doù il surplombe de très haut ses contemporains. Il est à la fois le porteur dune Parole à lui seul révélée, le guide spirituel des croyants et le chef politique et militaire de la communauté musulmane. Il dispose dune autorité que personne ne lui conteste.

126 Mahomet Fin de lépoque païenne -Contrairement aux usages dalors, il na jamais frappé une femme ou humilié un esclave. Dans le cadre dune société patriarcale, où ni linfériorité de statut des femmes ni la traite des esclaves ne peuvent être abolies, il améliore néanmoins le sort des uns et des autres. Il prend le temps dhonorer ses épouses et il exige de ses compagnons de se détourner de tout excès de zèle religieux et dascétisme intempestif. Sa mort, le 8 juin 632, ne sera que le dernier de ces instants. Il laccueille avec une limpide sérénité. Mahomet désigne Ali, lépoux de sa fille Fatîma, comme son successeur. Mais le gendre ne deviendra le quatrième calife «bien guidé» quen 656. Renversé par les Omeyyades, cinq ans plus tard, il sera assassiné.

127 Mahomet Du raid tribal à la conquête -Après avoir pris La Mecque, les partisans du Prophète se lancent dans de nouvelles batailles et imposent leur religion. Au VII e siècle, dans les sociétés arabes, tout homme capable de porter les armes combat. Les troupes se constituent selon les clivages entre tribus et clans. La razzia assure la redistribution des richesses. Les détachements de soldats ou les guerriers pratiquent le grand raid grâce à leur monture (chameaux, chevaux) et leurs armes (lance, larc et lépée): stratégie de menace lointaine à travers le désert; surprise tactique: corps à corps brutal dans le combat rapproché. Les historiens sinterrogent sur comment sest effectué le passage entre raids tribaux et guerres de conquête qui aboutissent, en un siècle, à un empire sétendant du sud de lEurope à lAsie centrale?

128 Mahomet Du raid tribal à la conquête -Confronté aux controverses théologiques et à larrogance des grandes familles, Muhammad affirme délivrer la dernière révélation prophétique quAllah donnera à lhumanité pour proclamer le monothéisme et la sauver le jour du jugement dernier. Devenu chef dune «communauté-cité», il recourt aux raids, reconquiert La Mecque par un subtil mélange de guerre et de diplomatie, lance les premières expéditions contre deux empires voisins (Byzance et la Perse) dont certaines provinces sont en conflit avec eux. Après sa mort, les quatre califes légitimes continuent cette politique mais les guerres «étrangères» se doublent de luttes intestines pour le califat: les Omeyyades lemportent sur les partisans dAli, le quatrième calife, germe de lopposition entre sunnites et chiites.

129 Mahomet Du raid tribal à la conquête -Dans quelle mesure lexpansion arabe na-t-elle pas été autant de nature démographique que militaire? Ainsi, larabisation (extension dune langue dans un but commercial) et lislamisation (conversion pour échapper au tribut) favorisent lépanouissement des civilisations du vieil orient mésopotamien en un vaste réseau maritime et caravanier, monétaire et culturel, sur la région des isthmes à la charnière de trois continents – Afrique nilotique, Asie centrale et maghreb méditerranéen. Alors se forge après la défaite de la Perse (633) lespoir de la prise de Byzance. Le renouvellement des dynasties transforme le guerrier volontaire en soldat mercenaire et marque la fin de la démocratie militaire originelle fondée sur une cohésion sociale ancestrale.

130 Mahomet Du raid tribal à la conquête -Parallèlement, naît lidée que le djihad saccomplit aussi par des initiatives personnelles et par la recherche du profit, donc lenrichissement de la communauté. Le djihad connote, au-delà de la notion deffort, le sens dune résistance constante. Il apparaît dans le Coran en trois grandes acceptions: dépassement de lêtre, entreprise guerrière et ascension spirituelle. Il joint les deux grands pôles de laction humaine: la mystique et la politique. Ainsi apparaît une hiérarchie «militaire». En bas, le contempteur de la foi musulmane qui préconise le crime de sang à lencontre de ceux quil estime apostats, rebelles à lordre établi; puis le soldat, noble dépée ou chef corsaire, chargé de faire respecter cet ordre. Enfin, tout en haut de léchelle, le ghâzi, le volontaire qui sarme pour le djihad et devient martyr lorsquil est tué au combat.

131 Mahomet Les premiers droits de la femme -Deux siècles séparent la mort de Muhammad, en 632, des premiers récits écrits que nous ayons sur sa vie. La plus ancienne biographie qui nous soit parvenue intégralement date du premier tiers du IX e siècle. Les sources littéraires étrangères, syriaques, arméniennes, coptes ou grecques, contemporaines des premières vagues de conquêtes arabo-musulmanes, relatent linvasion de leur pays par de nouveaux groupes darabes armés, mais elles ignorent tout de son action en Arabie. Comment peut-on, alors, se hasarder à parler de ses épouses? Cest le problème de la tradition orale, la Sunna, recueil des actes et des paroles de Muhammad (hadiths), une sorte de complément du Coran.

132 Mahomet Les premiers droits de la femme -Khadîja, la tendre autorité maternelle: à 20 ans, Muhammad a déjà acquis une telle réputation de savoir-faire et de probité quil retient lattention dune riche et noble marchande de La Mecque, Khadîja. Vers 595, Muhammad lépouse et lui donne en guise de dot vingt jeunes mamelles, bien quil soit moins riche quelle. Ce sera sa première femme, la mère de tous ses enfants (deux garçons morts en bas âge, et quatre filles). Mâriya la Copte, sa concubine offerte par le vice-roi dÉgypte, vers 628, lui donnera un autre fils, Ibrâhîm, qui mourra très jeune lui aussi. Du vivant de Khadîja, Muhammad népouse aucune autre femme, cest- à-dire quil reste monogame jusquen 619.

133 Mahomet Les premiers droits de la femme -Aïcha, le rayon de soleil: conseiller et soutien financier des premiers musulmans, Abû Bakr donne en mariage à son ami Muhammad sa toute jeune fille Aïcha; elle a à peine sept ans. Il lépouse en 623, quand elle atteint sa puberté, peut-être vers ses dix ans. Elle laccompagne dans ses campagnes militaires. Elle na que dix-huit ans quand le prophète la laisse veuve. Muhammad ayant interdit dépouser ses femmes après son décès, Aïcha restera veuve jusquà sa mort, à 64 ans. Dans sa retraite à Médine, elle raconte ses souvenirs (plus de 1200 hadiths) et participe même, en 656, à la bataille du Chameau contre le calife Ali.

134 Mahomet Les premiers droits de la femme -Épouses et concubines: entre les critiques des Occidentaux au sujet de la polygamie de Muhammad et les justifications des savants musulmans, émerge lavis dAïcha Adb al- Rahman, professeur égyptienne duniversité: elle accuse ces apologistes zélés de navoir rien compris à la psychologie du prophète ni à celle des femmes, et davoir ainsi desservi «la personnalité exceptionnelle de cet homme, pleinement homme, et de ce prophète, pleinement prophète.» Pour elle, Muhammad a connu la passion de lamour, ses tribulations et ses plaisirs. Il a dû se complaire dans les intrigues de ces femmes qui se disputaient son amour et ses faveurs.

135 Mahomet Les premiers droits de la femme -Le voile nest pas un signe de foi: juives, chrétiennes et musulmanes, toutes les femmes sémites devaient, depuis des millénaires, avoir les cheveux couverts en public. Saint-Paul, élevé dans la foi hébraïque, rappela cette obligation aux chrétiennes de Corinthe. La conquête des pays voisins amena les musulmanes des villes à vivre entre elles quasiment cloîtrées et à ne sortir en public quentièrement voilées. La tradition du voile se perpétua, selon des modes propres aux divers pays. Cétait le symbole de leur sujétion aux hommes. La libération progressive de la femme fit tomber ce tabou: dès la fin du XIX e siècle, des réformateurs et des théologiens égyptiens affirment que le voile nest pas un signe de la foi islamique.

136 Mahomet Les premiers droits de la femme -La polygamie dans le monde arabe: lislam est né en Arabie, dans un milieu païen, dont on ne sait pas grand chose, en dehors de quelques vagues évocations transmises par la poésie préislamique et par quelques allusions du Coran et des hadiths. Quels ont été les usages propres au paganisme arabe? On ne le sait pas avec précision. On sait que linstitution du mariage existait. Quelques auteurs modernes affirment que la polygamie était en usage dans toute lArabie et que Muhammad la limita à quatre épouses en même temps. En réalité, on ignore pourquoi le Coran limite à quatre le nombre dépouses en même temps. Alors que selon les sources, le prophète aurait eu entre onze et quinze femmes, dont neuf simultanément, loin des quatre autorisées par le Coran.

137 Mahomet Les premiers droits de la femme -Lapport de la nouvelle religion pour les femmes: la tradition islamique se plaît aussi à souligner lamélioration du sort de la femme. En effet, le Coran proclame que les croyants et croyantes sont égaux devant Dieu, quils sont liés les uns aux autres et quils demeureront éternellement au paradis (Coran 9,71-72). Quant à la «capacité juridique» de lépouse musulmane, elle existait avant lislam sous la forme dun droit coutumier. Le Coran a le mérite de lavoir fixée par écrit, en y greffant quelques dispositions qui protègent davantage les droits de la femme. Mais du même coup le texte révélé sacralise son infériorité et sa soumission à lhomme.

138 Mahomet Le salut: Labolition de lesclave -Le Prophète sest clairement prononcé contre lasservissement, une pratique courante dans lArabie du VII e siècle. Il semble ne pas avoir été entendu. En effet, une enquête récente tend à montrer quil y aurait eu de 21 à 22 millions desclaves dans la région durant quatorze siècles. Le Coran est le premier document sérieux traitant de cette question. Toutefois, son étude doit rester critique. Il sagit dune lecture adaptée au contexte social et culturel qui a vu naître le Coran. Lapparition de lesclavage dans la péninsule arabique précède bien évidemment lavènement de Muhammad. Dès les temps bibliques, la région a été habitée par des esclaves et leurs maîtres. Pour la période ultérieure au VIII e siècle, on ne peut faire que des suppositions.

139 Mahomet Le salut: Labolition de lesclave -Les sources concernant précisément cette époque sont rares et sont constituées pour lessentiel de récits dépopées guerrières. On peut néanmoins affirmer que lesclavage était déjà pratiqué en Egypte, ainsi que dans les territoires gréco-romains, ou encore à Byzance et en Perse. On ne voit donc pas pourquoi la péninsule arabique aurait échappé à la contagion de la servitude. Le système esclavagiste tel quil existait avant Muhammad était à la fois domestique, agraire et pastoral. Cet esclavage traditionnel résultait le plus souvent des guerres tribales: les prisonniers devenaient esclaves. Le troc était lune des monnaies déchange du commerce de lépoque. Lorsque le Prophète commence sa prédication, lesclavage est ancré dans les mentalités.

140 Mahomet Le salut: Labolition de lesclave -Muhammad est originaire du milieu bédouin de La Mecque. Enfant puis adolescent, il vit dans un environnement où les esclaves sont légion. Le Coran va codifier la pratique de lesclavage. On dénombre 27 versets qui abordent ce thème dans le Livre, qui prêche lémancipation des esclaves et leur libération. En les affranchissant, le croyant gagne une partie du paradis. On peut donc penser que Muhammad nétait pas favorable à lasservissement. A-t-il pour autant fait preuve de fermeté pour labolition? Difficile de laffirmer puisquil sagit là dune interprétation. Il aurait racheté la liberté dun certain nombre desclaves. Il a même fait de Bilal, Abyssinien racheté par Abu Bakr (premier calife de ), le premier muezzin de Médine, où fut construite la première mosquée.

141 Mahomet Le salut: Labolition de lesclave -Toutefois, rares sont les esclavagistes qui ont abandonné cette pratique. Laffranchissement devait répondre à certaines conditions: notamment la conversion à lislam, laquelle était un facteur favorable mais pas suffisant. Il existe en effet les esclaves «impurs» qui achètent leur liberté tout en restant païens et les «purs» qui demeurent dans létat de servitude même après être devenus musulmans. Propriété de leur maître, ils ne peuvent prétendre à la liberté quen la payant. Avec lavènement de lislam, les grands maîtres vont procéder à une vague daffranchissement de leurs esclaves. Ces derniers, devenus croyants, vont constituer le premier noyau de larmée musulmane de lépoque.

142 Mahomet Le salut: Labolition de lesclave -Pourtant, au cours des deux siècles qui vont suivre la diffusion du message prophétique, lesclavage va continuer à se développer. Ainsi à Damas, sous les Omeyyades ( ), les effectifs serviles ne font quaugmenter. En 750, les Omeyyades sont battus par les Abbassides, une dynastie rivale qui va faire de Bagdad le centre de son rayonnement. Or lesclavage est lun des fondements de la société abbasside. La traite orientale apparaît véritablement avec la formation des cités, à lexemple du Caire, de Kairouan ou de Bagdad. A linverse du commerce triangulaire occidental qui va répondre aux besoins des plantations: les esclaves seront utilisés en Amérique du Nord et au Brésil pour travailler dans les exploitations de canne à sucre, de coton et de café, ceux de la péninsule arabique sont destinés à la domesticité des palais et aux travaux des champs.

143 Mahomet Le salut: Labolition de lesclave -Comment alors expliquer le paradoxe entre la prise de position de Muhammad contre lasservissement et linstauration dun système organisé? La raison principale tient au fait que le Coran na pas été assez contraignant dans son combat pour laffranchissement des esclaves ainsi quen matière dabolition. Cest la même logique concernant la polygamie: les grands seigneurs pouvaient avoir autant de femmes quils le voulaient avant que le Coran nen limite leur nombre à quatre. En fin de compte, le seul sujet sur lequel le Coran sest montré radical est le passage du polythéisme au monothéisme, cest lidée quAllah soit lunique Dieu. Parce que le Coran nexigeait pas leur affranchissement de manière totale et définitive, les grandes familles se sont senties autorisées à utiliser des esclaves sans aucune culpabilité.

144 Mahomet Le salut: Labolition de lesclave -La structure de lArabie ancienne na pas changé du tout au tout après la mort de Muhammad; lislam est, en quelque sorte, resté en sommeil. Aujourdhui, dans le monde musulman, le sujet est tabou. Personne nose réellement soulever le problème. Cest une omission gravissime, condamnable et déshonorante. La condition des hommes na pas changé, même si le champ sémantique fait allusion: on ne parle plus desclaves mais de domestiques, douvriers, demployés. La Mauritanie est, de nos jours, le pays où lon recense le plus grand nombre desclaves reconnus: Les autres Etats les plus touchés par ce phénomène sont le Maroc, le sud de la Tunisie, le sud de la Libye, le sud de lEgypte, tous les pays du Golfe et du Proche-Orient et lInde (environs 2.5 millions desclaves dans le monde arabo-musulman)

145 Mahomet Lhéritage de Moïse et de Jésus -Lhistoire des religions du Proche-Orient, dans lAntiquité tardive, nous renseigne plus ou moins précisément sur toutes ces confessions parmi lesquelles il faut dailleurs placer lIslam à ses débuts. Vers lan 600, cette mosaïque religieuse se décline ainsi: le vieux paganisme arabe en Arabie centrale, le paganisme de la ville dHarran en Syrie du Nord (sud de la Turquie), le christianisme, le judaïsme, des restes possibles de judéo-christianisme, le manichéisme et autres religions teintées de gnosticisme, dont peut-être celle des mystérieux Sabéens du Coran, le zoroastrisme. Peu de temps avant la naissance de Muhammad, le Yémen avait été officiellement chrétien, probablement dobédience monophysite, grâce à un roi nommé Abraha, allié de lEthiopie et de Byzance.

146 Mahomet Lhéritage de Moïse et de Jésus -Or, à lépoque de Muhammad, la dynastie régnante est chassée du pouvoir par les Perses, qui installent leur gouverneur. On ignore jusquà quel point la population yéménite était christianisée, mais à la frontière entre le Yémen et lArabie centrale, la ville de Najrân était peuplé de chrétiens, eux aussi monophysites et de tendance julianiste, avec à leur tête un évêque. Le christiannisme était également largement répandu chez les Arabes vivant au nord de lArabie, en Syrie et jusquen haute Mésopotamie: là, des tribus nomades comme les Tannoukh et les Taghlib demeurèrent chrétiennes même sous lislam. Deux royaumes arabes chrétiens existaient aussi avant la conquête arabo-islamique: le premier était celui des Arabes ghassanides et vénéraient particulièrement les saints Serge et Bacchus, soldats arabes martyrs à lépoque romaine.

147 Mahomet Lhéritage de Moïse et de Jésus -Le second, le royaume des Lakhmides, dont les chrétiens étaient de confession nestorienne, était son rival, vassal de lempire perse gouverné par la dynastie sassanide ( ). Si le dogme central du christianisme, la divinité du christ, est rejetée, un rang éminent lui est cependant reconnu, ainsi que sa qualité de thaumaturge. Tout ceci montre que Muhammad a été principalement en contact avec des formes populaires du christianisme. Avant le monothéisme, les Arabes croyaient en plusieurs divinités: Al-Lat (la déesse), Al-Ozza (la Forte) et Manat. Le judaïsme était présent non seulement en Palestine et en Irak, en particulier à Babylone, alors sous domination de la Perse sassanide, mais aussi en Arabie même.

148 Mahomet Lhéritage de Moïse et de Jésus -Il y avait des juifs au Yémen, lesquels avaient détenu un temps le pouvoir avec le roi Youssof ibn Asar. Le Coran ferait allusion à un massacre de chrétiens de Nadjrân ordonné par ce roi aux versets 4 à 8 de la sourate 85. Du temps même de Muhammad, trois tribus juives forment une grosse partie des habitants de Yathrib (future Médine) où Muhammad sinstalle après lHégire, sa «migration» depuis La Mecque, qui lui était devenue trop hostile. A Yathrib, la fréquentation des juifs est quotidienne. Muhammad croit au début pouvoir les rallier à sa cause, mais il semble que les juifs se sont moqués de lincohérence de ses références bibliques. Pendant les guerres avec les Mecquois, leur comportement peu fiable entraîne une rupture tant religieuse que politique.

149 Mahomet Lhéritage de Moïse et de Jésus -La tonalité générale du Coran, vis-à-vis des juifs, est plus critique quenvers les chrétiens. Pourtant, le matériel dorigine biblique ou parabiblique (apocryphes, Talmud, Michna, etc.) abonde dans le Coran, que ce soit sous forme de citation, parfois littérale, ou de sorte de paraphrase ou dallusion. Ce matériel dorigine juive, tout comme ce qui vient de sources chrétiennes dailleurs, est toutefois repris dans une perspective propre qui se veut une confirmation de lauthenticité de la mission de Muhammad. Pour ce qui est des divergences entre les sources bibliques et la prédication coranique, elles sont expliquées par laccusation daltérations des Ecritures commises par les juifs et chrétiens.

150 Mahomet Lhéritage de Moïse et de Jésus -Les zoroastriens, désignés par leurs Mages, sont cités une seule fois dans le Coran à côté des juifs, des chrétiens et des çabéens. Le zoroastrisme, appelé aussi mazdéisme, était à lépoque de Muhammad la religion de lempire iranien des Sassanides qui sétendait jusquau sud de lIrak. Le manichéisme, fondé par Mani au III e siècle dans lempire perse sassanide, est présent, quoique discret par nécessité, dans le Proche-Orient des VI e -VII e siècle. Des recherches récentes montrent que des manichéens se sont sans doute retrouvés à Al- Hîra et ailleurs dans la péninsule Arabique quand les persécutions les ont chassés hors de lempire romain dOrient et de lempire Perse.

151 Mahomet Lhéritage de Moïse et de Jésus -Le Coran ne mentionne pas le manichéisme, mais on y trouve appliquée à Muhammad lexpression «sceau des prophètes» que Mani sétait attribuée avant lui. En outre, même si les références ne sont pas explicites, on repère dans le Coran des thèmes venus du manichéisme, par exemple la notion selon laquelle Jésus aurait annoncé la venue après lui dun «messager» lui-même identifié à un «paraclet» (le Saint-Esprit) aussi bien par Mani, qui sapplique cette prédiction et ce titre à lui-même, que par la tradition musulmane, qui le fait pour Muhammad. Enfin, il va sans dire que Muhammad connaît la religion majoritaire des Mecquois, le vieux paganisme arabe dont il combat le polythéisme, mais aussi le culte et nombre de pratiques qui lui sont liées, comme la divination par les flèches ou lexposition des bébés filles.

152 Le Coran Livre sacré des musulmans -Le caractère oral et auditif des révélations: le Coran se présente à nous aujourdhui sous la forme dun livre dont la longueur est le tiers de celle de la Bible. Il comporte 114 chapitres quon appelle «sourates» (en arabe révélation). Les sourates se divisent en versets appelés aya («signe», «prodige»). Le livre est la consignation écrite des révélations reçues et transmises par Mahomet tout au long de sa mission en tant que messager dAllah. Alors quil était en état de révélation, Mahomet entendait de la bouche de lange Gabriel des paroles en arabe quil était chargé de réciter, de répéter fidèlement à ses compatriotes. La réception saccompagnait de phénomènes qui affectaient son corps et son esprit. Les paroles coraniques sont faites pour être récitées à haute voix.

153 Le Coran Livre sacré des musulmans -Le passage de loral à lécrit: les paroles que le prophète récitait au nom dAllah ont dabord été confiées à la mémoire des croyants. Elles étaient transmises de bouche à oreille. Après la venue du prophète à Médine, on a commencé à mettre certains passages par écrit. Après la mort du prophète, on commença à se préoccuper du sort des versets du Coran. Ceux quon appelait les «récitants» étaient aussi les «mémorisateurs» des révélations coraniques. Mais plusieurs dentre eux perdaient leur vie dans les batailles. Cest alors que le calife Abou Bakr, le successeur du prophète comme chef des musulmans prit linitiative de regrouper les fragments écrits qui lui étaient accessibles. Plus tard, le calife Othman ajouta à la collection dAbou Bakr de nouveaux fragments dispersés quon avait pu recueillir.

154 Le Coran Livre sacré des musulmans -Le caractère sacré du Coran: Allah a révélé aux humains les éléments de ce livre quils ont besoin de connaître pour se conformer à sa volonté et mériter le paradis. Le Coran est, mot à mot, la parole de Dieu lui-même, telle quelle a été communiquée au prophète Mahomet en langue arabe par lintermédiaire de lange Gabriel. Allah est le seul et unique auteur du Coran; Mahomet nen est que le transmetteur. Le caractère inimitable du Coran est considéré comme un prodige dAllah. Cest la dimension cruciale de la foi religieuse: son côté gratuit et indémontrable qui choisit de comprendre la destinée humaine en fonction dun au-delà régi par un Être supérieur tout-puissant.

155 Le Coran Livre sacré des musulmans -Le Coran au cœur de la vie musulmane: létude du Coran a amené les spécialistes musulmans a produire des lexiques et des grammaires de la langue arabe. Pour faciliter la compréhension du Coran et en exploiter toute la richesse, les spécialistes ont également produit de volumineux commentaires du Coran. Le Coran, tout comme la Bible, est sujet à plusieurs interprétations. La présence la plus marquante du Coran dans la vie quotidienne des musulmans est la place quil occupe dans la prière quotidienne. Certaines sourates comme l«ouverture» sont récitées dans les cinq prières qui ponctuent la journée des croyants. Dautres sourates sont récitées à des moments comme la naissance et la mort. Dans certains pays musulmans, les enfants apprennent le Coran à lécole en le répétant de façon rythmée.

156 Le Coran Les grandes questions de la vie -Allah le créateur: dans le Coran, celui qui crée lunivers, cest Allah le Dieu unique et tout-puissant. Aucun être à part lui nest digne de recevoir la soumission et ladoration des humains. Allah est un dieu bon, compatissant, qui sait pardonner. Mais il devient intransigeant envers ceux qui lui «associent» un être créé comme une statue ou une image. Allah est mystérieux, il est celui qui demeure caché, celui que les regards des hommes natteignent pas; mais, en même temps, il est proche de lhomme et sa présence entoure les humains. Même sil est proche et quil sest fait connaître aux humains, Allah demeure insaisissable. Certains musulmans récitent les nombreux noms dAllah à laide dun chapelet, tout en étant bien conscients que les mots humains ne suffisent pas pour décrire toute la richesse, tout lintensité dêtre dAllah.

157 Le Coran Les grandes questions de la vie -La création de lunivers: pour le Coran, la puissance dAllah se manifeste de façon éclatante dans la création de lunivers. Allah crée volontairement, mais sans effort, par la seule force de sa parole toute-puissante: il lui suffit de dire à une chose «soit!» et elle est. Cest de cette façon quil a créé le ciel et la terre en six jours; il a fait descendre du ciel leau qui fait pousser les arbres et les jardins, il a fait courir les rivières et placé les montagnes sur la terre. En contemplant lunivers créé et les divers phénomènes de la nature, les humains sont invités à y voir lœuvre quAllah, le créateur de tout, est à la fois unique, tout-puissant et très généreux. «Dans la création des cieux et de la terre, dans lalternance de la nuit et du jour, dans le navire qui vogue sur la mer portant ce qui sert aux hommes, dans leau quAllah fait descendre du ciel, faisant ainsi revivre la terre après sa mort et la peuplant de toutes sortes danimaux, dans la variation des vents, dans les nuages assignés entre le ciel et la terre il y a vraiment des signes pour un peuple qui comprend» (ch.2, )

158 Le Coran Les grandes questions de la vie -La création des anges: créés par Allah à partir du feu, les anges apparaissent dans le Coran comme des êtres immatériels qui célèbrent les louanges dAllah et défendent le ciel contre lincursion des démons. Les anges peuvent aussi prendre une forme matérielle, car ils sont les messagers dAllah auprès des humains: ils sont envoyés auprès dAbraham, de Lot, de zacharie et de Marie, mère de Jésus. Pour sa part, lange Gabriel est lintermédiaire qui transmet au prophète Mahomet les paroles du Coran. Au moment où il a créé Adam, Allah a ordonné aux anges de se prosterner devant le premier homme pour reconnaître la suprématie des humains par rapport aux anges. Tous les anges lont fait, sauf Iblis, aussi appelé Satan. Ayant subi la malédiction dAllah, pour se venger il essaie de tromper les humains, de leur montrer le chemin du mal.

159 Le Coran Les grandes questions de la vie -La création de lhomme et de la femme: Allah a créé les humains à partir dun seul être, Adam, et à partir de celui-ci, il a créé sa compagne. Après avoir façonné harmonieusement le corps dAdam à partir de la terre, Allah a insufflé en lui son Esprit. Au moment où il crée un être, Allah lui donne un «ordre», cest-à-dire un commandement et en même temps une place quil lui assigne pour la bonne marche de lunivers. Au jour du jugement dernier, chaque être créé aura à rendre compte de lordre quil a reçu. Dans le cas des humains, au sommet des êtres créés, «lordre» est clair et exigeant: sils veulent se présenter devant Allah en méritant de recevoir la récompense du paradis, ils doivent rester en état de soumission et dobéissance à Allah.

160 Le Coran Les grandes questions de la vie -Le cycle de la prophétie: lêtre humain a été créé faible, inconstant et imprudent, mais Allah est un dieu juste et bon. Laissés à eux-mêmes, les humains ne savent pas très bien comment se soumettre et orienter leur vie pour plaire à Allah. Cest pourquoi Allah choisit parmi eux des messagers spéciaux, les prophètes, chargés de dire aux humains comment ils doivent agir. Malgré le pacte conclu avec Allah, les humains finissent par oublier comment se comporter et ils séloignent du chemin tracé par Allah. Cest alors que samorce une séquence qui se répétera plusieurs fois dans lhistoire de lhumanité. Dans sa grande bonté, Allah envoie à nouveau un messager pour rappeler les humains à lordre. Répétée plusieurs fois, cette séquence forme ce quon peut appeler le cycle de la prophétie.

161 Le Coran Les grandes questions de la vie -Le jugement et la vie future: si les prophètes risquent leur vie pour interpeller les humains et les réveiller, cest pour les avertir que quelque chose de sérieux les attend: ils auront à rendre compte de leur conduite au Jour du jugement. En effet, à la fin du monde, il y aura des bouleversements, des cataclysmes, qui accompagneront la résurrection des morts. Les humains seront rassemblés pour être jugés et recevoir la récompense du paradis ou le châtiment de lenfer. Parler de résurrection dans le contexte de La Mecque au temps de Mahomet, semblait aller à lencontre du bon sens. Cest pourquoi le Coran a dû se faire insistant et recourir à des comparaisons tirées de la nature pour faire comprendre que rien nétait impossible à Allah le tout-puissant.

162 Les cinq piliers de lIslam devoirs fondamentaux -Premier: profession de foi qui consiste à dire qu«il ny a pas dautre Dieu quAllah, et Mahomet est son messager.» Cela implique ladhésion au message, cest-à-dire le Coran et son contenu. -Deuxième: réciter la prière rituelle qui est un acte dhommage et de louange à la toute-puissance dAllah. La prière se fait cinq fois par jour: à laube, au milieu du jour, dans laprès-midi, au coucher du soleil et le soir. Le croyant étend le tapis de prière dans la direction de La Mecque. La prière proprement dite comporte de deux à quatre séquences, et chaque séquence inclut des gestes et des paroles. Le vendredi à midi, la prière se fait à la mosquée et elle est suivie dun sermon; cest lassemblée communautaire de la semaine.

163 Les cinq piliers de lIslam devoirs fondamentaux -Troisième: concerne le jeûne du mois du ramadan. Pendant ce mois, entre le lever et le coucher du soleil, le croyant adulte doit sabstenir de manger, de boire, de fumer et davoir des relations sexuelles. Ce jeûne vise à combattre les passions et à purifier lâme. Dans certains cas, le croyant peut être dispensé du jeûne durant le mois prescrit, mais il doit sen acquitter plus tard. -Quatrième: concerne laumône. On distingue deux sortes daumône: laumône légale obligatoire (zakat) et laumône spontanée (sadaqa). Dans bon nombre de pays musulmans, on considère que lobligation de laumône légale est satisfaite par le paiement de limpôt à lÉtat.

164 Les cinq piliers de lIslam devoirs fondamentaux -Cinquième: concerne le pèlerinage à La Mecque. Le croyant qui en a la capacité et les moyens est tenu de se rendre à La Mecque au moins une fois dans sa vie pour y accomplir les rites du pèlerinage. Ces rites sont imprégnés de la mémoire dAbraham. Par exemple, on fait sept fois le tour de la Ka ba, édifice qui contient la pierre noire considérée comme un gage du pacte entre Allah et la race humaine, pacte renouvelée par Abraham. On boit de leau du puits Zemzem où Abraham sest abreuvé. Le dixième jour du mois du pèlerinage, les pèlerins immolent en sacrifice un agneau, en souvenir de l,agneau immolé par Abraham pour remplacer le sacrifice de son fils. Avec les nombreux rites quil comporte, le pèlerinage, tout comme la prière, remplit une fonction de médiation gestuelle: à travers lactivité corporelle, le croyant exprime sa soumission et son hommage à Allah.

165 Lessor du rationalisme grec Démocrite de Léon-Alexandre Delhomme Hermès romain dÉpicure _

166 Lessor du rationalisme grec Socrate -Les Nuées dAristophane: dans cette comédie, «Socrate» est un «philosophe de la nature», que sa pseudo-science conduit à nier lexistence des divinités communément reconnues et à rendre un culte privé à de nouveaux dieux quil met à la place des anciens. Il gagne sa vie de façon louche en dispensant un enseignement plus ou moins honnête, à la demande de son client. -Si nous ajoutions foi à la version dAristophane, il nous faudrait juger Socrate coupable des trois chefs daccusation portés contre lui: 1-«Ne pas croire aux dieux de la cité» 2-«introduire des divinités nouvelles» et 3-«corrompre la jeunesse». _

167 Lessor du rationalisme grec Socrate -Dans lApologie de Platon, Socrate ny donne quune seule preuve de sa piété, son obéissance à un dieu qui, durant tout le discours, nest pas nommé: il a vécu, dit-il, dans une profonde pauvreté parce quil était au service du «dieu»; il a «passé sa vie à philosopher en faisant lexamen de soi-même et dautrui» parce que «le dieu la ordonné» ainsi; il a été «un présent fait par dieu à la cité». Mais il ne dit jamais que ce dieu est le dieu de la cité. -Lindividu est toujours le même: toujours laid, impudent, amusant, exaspérant, interminablement bavard, cest toujours le même intellectuel infatiguable qui domine tous ses interlocuteurs par la force de sa personnalité et par son énergie spirituelle. Il philosophe sans relâche.

168 Lessor du rationalisme grec Socrate -Les deux socrate: dans le champs de leur réflexion philosophique, la philosophie de Socrate 1 sintéresse principalement à la philosophie morale. Il a des opinions sur de nombreux sujets. Mais les seules propositions quil examine sont des thèses morales. La philosophie de Socrate 2 est une philosophie morale, mais il est aussi un ontologiste, un métaphysicien, un épistémologue, un philosophe de la science, un philosophe du langage, ainsi quun philosophe de la religion et de lart, et un philosophe politique. Ses intérêts couvrent le registre complet de la philosophie considérée comme science. Jusquau Gorgias compris, Socrate 1 ne manifeste aucun intérêt pour la science mathématique…

169 Lessor du rationalisme grec Socrate …Socrate 2 est un mathématicien accompli et considère les mathématiques comme la voie daccès à la philosophie. Le plan détudes quil prescrit pour les futurs philosophes dans le livre VII de la République repose entièrement sur les mathématiques. Dans leur pratique de la philosophie, Socrate 1 a la mission de «vivre en philosophant, en faisant lexamen de soi-même et dautrui», «autrui» pouvant être, dit-il, «qui que ce soit dentre vous que je viens à rencontrer, jeune ou vieux, citoyen ou étranger.» Il croit que «la vie sans examen ne vaut pas la peine dêtre vécue par un homme.» Socrate 2 croit que la société la meilleure naccordera le droit de sinterroger et de discuter sur le bien et le mal quà une élite dhommes exceptionnellement doués et rigoureusement formés.

170 Lessor du rationalisme grec Socrate -Théorie métaphysique de lâme: Socrate 2 enchaîne toutes une série darguments en faveur de limmortalité de lâme dans le Phédon, en ajoute un autre dans le livre X de la République, et un autre encore dans un développement complètement neuf du Phèdre. Le but de cette argumentation nest pas de démontrer la vérité de la croyance traditionnelle dans la survie de lâme après la mort, mais celle dun dogme bien plus fort, celui dune préexistence prénatale et primordiale de lâme. Ce dogme a pour corollaire la doctrine épistémologique la plus audacieuse qui ait jamais été proposée dans la philosophie occidentale, la théorie de la «réminiscence»: quel que soit lobjet de connaissance auquel un homme, quel quil soit, accède durant sa vie, son âme en a déjà pris connaissance avant sa naissance (Ménon, 81 c)

171 Lessor du rationalisme grec Socrate -Théorie métaphysique de la Forme: pour Socrate 2 lexistence des Formes est une «hypothèse». Il nous assène tout un ensemble de propriétés que possèdent conjointement toutes les Formes et seulement les Formes, définissant un type de réalité: elles sont inaccessibles aux sens, elles sont absolument immuables, elles sont strictement immatérielles, elles existent elles-mêmes par elles-mêmes, ou, de façon équivalente, elles existent séparément; elles existeraient quand bien même rien dautre nexisterait, alors que si elles nexistaient pas, rien dautre ne pourrait exister. Enfin, elles sont divines, ou plutôt, elles sont le fondement de la nature divine des dieux eux- mêmes. Le philosophe tel quil est à présent, exilé, emprisonné, coincé à lintérieur dun animal, peut communier avec cet ailleurs.

172 Lessor du rationalisme grec Socrate -La dimension religieuse: Socrate 2 ne dit jamais nettement que le philosophe peut parvenir à une union avec la nature divine de la Forme. Il se contente de lévoquer par les métaphore puissantes de la nutrition et de la procréation. En sunissant à lêtre réel le philosophe donnera naissance à la compréhension et à la vérité. La relation de Socrate 1 avec le monde divin est rigoureusement pratique – éthique et non mystique. Ses dieux sont des entités surnaturelles de la religion grecque, avec une seule différence: ils sont ce que seraient les dieux de la cité sils étaient moralement transformés de façon à devenir constamment justes, parfaitement bienfaisants, capables de causer seulement du bien, jamais de mal, de quelque façon quon les provoque.

173 Lessor du rationalisme grec Socrate -Théorie politique: on ne trouve, dans toute lantiquité classique, aucun projet de changement de la société plus audacieux, ni plus structuré que celui de Socrate 2. Ce projet implique la restructuration de toutes les institutions sociales – non seulement celle du gouvernement, mais celle de la famille, de la vie économique, de la guerre, de léducation, de lart, du pouvoir religieux – et il demande que toute activité au sein de la poliq soit soumise à lautorité de la raison de son élite. Il caricature férocement la démocratie athénienne, en la classant parmi les formes de gouvernement dégénérées, il la juge clairement inférieure aux deux types de gouvernement qui lui étaient opposés à lépoque, la timocratie et loligarchie, et considère quelle est préférable seulement à une tyrannie dépourvue de loi.

174 Lessor du rationalisme grec Socrate -Psychologie morale: Socrate 2 grâce à son modèle tripartite de la psuchè dans lequel la passion et lappétit peuvent être des mobiles autonomes, chacun deux étant doté dun pouvoir indépendant pour déterminer si la raison prévaudra ou non. Il sensuit une conception nouvelle de la motivation des actes vertueux et de la nature de la vertu elle- même. Ainsi, le courage est comme un effet de lémotion, une prouesse de lâme passionnée. -Connaissance morale: Socrate 2 accorde une autorité absolue à ses philosophes afin de modeler les actions et les dispositions des hommes dans sa cité idéale; cette autorité repose sur la capacité quils ont datteindre une connaissance infaillible du bien.

175 Lessor du rationalisme grec Socrate -Le Socrate platonicien: les dialogues de Platon témoignent de lévolution intellectuelle de Platon et non celle de Socrate. Au début, Platon est encore sous linfluence de Socrate après sa mort, il est encore convaincu de la vérité absolue de son enseignement. Désireux dapprofondir cet enseignement et de le diffuser, il commence à écrire les dialogues socratiques. Platon, encore tout jeune, rencontre Socrate alors quil est toujours sous le coup dune rencontre antérieure avec Cratyle, un héraclitéen qui lui a fait douter que rien au monde ne demeure identique, à aucun moment, sous aucun rapport. Socrate le dispense de ses soucis philosophiques et lamène à se jeter corps et âme dans une activité plus urgente: …

176 Lessor du rationalisme grec Socrate …la recherche de la façon correcte de vivre, recherche quil mène en compagnie de Socrate lui-même, en partageant ses convictions. A dater de la mort de Socrate, il poursuit cette recherche en inventant des dialogues socratiques jusquà sa nouvelle évolution. Ses contacts avec les philosophes pythagoriciens de lItalie du sud infléchissent de nouveau sa trajectoire intellectuelle par rapport à son passé socratique: il accepte la doctrine pythagoricienne de la transmigration et de limmortalité de lâme. Il simmerge dans des études mathématiques; il élabore une nouvelle philosophie, en utilisant un savoir de nature mathématique, ainsi quune nouvelle méthode dinvestigation philosophique que lui ont enseigné les mathématiciens.

177 Lessor du rationalisme grec Platon -LAntiquité tardive, la pensée byzantine, la philosophie de la Renaissance, lidéalisme romantique et même le réalisme métaphysique contemporain sont imprégnés de platonisme. Certaines philosophies ont pu ainsi se réclamer dun Platon mystique et religieux, dautres dun Platon dialecticien. Platon naît à Athènes en av. Jésus-Christ, dans lune des plus prestigieuses lignées athéniennes. La famille de son père, Ariston, prétendait descendre du dernier roi dAthènes, tandis que sa mère était la petite-fille dun certain Critias dont les ancêtres remontaient jusquà un proche de Solon. De leur mariage naît trois autres enfants: Glaucon et Adimante, les deux frères aînés de Platon, et une sœur Potoné, qui fut la mère de Speusippe, successeur de Platon à lAcadémie.

178 Lessor du rationalisme grec Platon -La politique dexpansion athénienne sétait heurtée, dans les années qui précédèrent la naissance de Platon, aux ambitions rivales de Sparte, cité au gouvernement oligarchique. La guerre du Péloponnèse éclata en 431. Le conflit nopposait pas seulement la ligue athénienne à Sparte et ses alliés. Il suscitait aussi, dans presque toutes les cités de lalliance, une forme de guerre civile plus ou moins déclarée entre oligarques et démocrates. Tandis que les démocrates réclamaient le soutien de lAthènes démocratique et encourageaient ainsi limpérialisme athénien, les oligarques, qui se retrouvaient à être les défenseurs un peu inattendus de lindépendance des cités, recherchaient la protection de Sparte.

179 Lessor du rationalisme grec Platon -La dialectique, réfutation et maïeutique: les dialogues platoniciens présentent une démarche danalyse et de critique. Une question est mise au programme, et le protagoniste du dialogue, le plus souvent Socrate, mène la discussion en suscitant des réponses chez son interlocuteur et en soumettant celle-ci à une analyse critique. Un tel type dexamen est après tout une activité philosophique commune, mais Platon la rendu particulièrement efficace en la concrétisant dans un dialogue avec un partenaire réel, dans des circonstances souvent bien spécifiées, et en faisant un échange de questions et de réponses loccasion dune analyse abstraite. La maîtrise dune telle méthode pour analyser, rechercher, critiquer et même apprendre, Platon la appelé dialectique: «Le dialecticien connaît lart dinterroger et de répondre», conduire méthodiquement une discussion.

180 Lessor du rationalisme grec Platon -Réminiscence et connaissance: un paradoxe est proposé par Ménon, visant à montrer limpossibilité de toute recherche. En effet, soit on ne sait pas ce quon cherche et lon ne peut ni chercher ni savoir quon la trouvé, soit on sait ce quon cherche et le chercher naurait plus aucun sens. Socrate propose comme la seule réponse qui vaille, lhypothèse dune remémoration par lâme de vérités antérieurement connues. «Comme lâme est immortelle, et quelle renaît plusieurs fois, quelle a vu à la fois les choses dici et celles de lHadès, cest-à-dire toutes les réalités, il ny a rien quelle nait appris. En sorte quil nest pas étonnant, à propos de la vertu comme à propos dautres choses, de se remémorer ces choses dont elle avait dans un temps antérieur, la connaissance.»

181 Lessor du rationalisme grec Platon -La sensation, lopinion vrai et la connaissance: le Ménon, le Phédon et la République montrent Platon soucieux de distinguer entre les deux formes distinctes de vérité que sont lopinion vraie et la connaissance. On peut en effet être dans le vrai à propos de telle ou telle chose tout en nayant quune opinion ou croyance vraie. On est alors incapable de justifier cette vérité, de la constituer à proprement parler en connaissance ou de la rapporter à dautres certitudes. La critique de la première définition de la connaissance, la connaissance est sensation, est dans le Théétète. Dabord, lidentité de la sensation et de la représentation mentale fait que toutes les opinions se vaudront et que la connaissance ne durera pas plus longtemps que dure limpression subjective…

182 Lessor du rationalisme grec Platon …Lorsque nous percevons un objet, les nombreuses sensations que nous éprouvons ne sont pas «assises en nous comme dans un cheval de bois», mais elles convergent toutes ensemble «vers une sorte dâme, par laquelle, se servant des sensations comme dinstruments, nous percevons tous les sensibles.». «Ce nest point dans les impressions que réside la connaissance, résume Socrate, mais dans le raisonnement sur les impressions; car lêtre et la vérité, ici, se peuvent atteindre, et là, ne le peuvent.» La seconde définition proposée par Théétète consiste à dire que la connaissance est une opinion vraie. Mais les prétentions de lopinion vraie à être connaissance sont rapidement écartées par lexemple de la «preuve judiciaire»…

183 Lessor du rationalisme grec Platon …Supposons quun jury parvienne à se faire une opinion vraie sur un crime quil doit juger en se fondant sur les témoignages. Dans un tel cas, il est clair que lopinion à laquelle ce jury parvient, aussi vraie et raisonnée soit-elle, ne saurait être confondue avec la «connaissance» que ce jury aurait acquise sil avait été témoin du crime en question. Lopinion vraie, soit-elle, nest pas une connaissance. La troisième proposition de Théétète définit la science comme une opinion vraie accompagnée de raison. Platon expose une forme de «songe» épistémologique selon lequel toutes les choses seraient faites déléments premiers, inanalysables, connaissables seulement par les sens et qui ne peuvent être nommés…

184 Lessor du rationalisme grec Platon …tandis que leurs composés, quand ils sont reconnus et identifiés, seraient «objets de jugements pour lopinion vraie». Ladjonction dune raison transformerait une telle opinion vraie en connaissance, et celui qui la posséderait serait capable «de donner et recevoir la raison de lobjet». Au terme dun examen fastidieux des différents sens de logoq, il apparaît quaucune acception du terme «raison» (au sens de donner ou rendre raison) ne permet de passer de lopinion vraie à la connaissance. Il ne suffit pas dassortir lopinion vraie de procédures de justification, que celles-ci consistent en énumération déléments pour que lopinion devienne connaissance. Le seul savoir que Platon semble reconnaître est celui qui satisfait lexigence selon laquelle la connaissance doit être acquise de façon directe, sans intermédiaire.

185 Lessor du rationalisme grec Platon -Les Formes intelligibles: les dialogues de Platon écrits lors de sa maturité ou de sa vieillesse font de moins en moins de cas de cette forme de «connaissance» empirique pour ne traiter que de la seule véritable connaissance, à savoir la connaissance par lintellect des vérités intelligibles, dont le modèle est la connaissance retrouvée à lintérieur de soi-même, au terme dun processus de remémorations. La thèse sous laquelle on résume le plus communément le platonisme est quil existe des réalités intelligibles, les Formes, séparées dun monde sensible en lequel on reconnaît quune pâle imitation du monde intelligible. Ce quon appelle au sens strict la théorie des Formes, cest-à-dire la position de réalités intelligibles comme seules susceptibles dêtre connues, appartient à la période de maturité...

186 Lessor du rationalisme grec Platon …Une telle volonté de détachement à légard du sensible est caractéristique de lattitude philosophique de Platon dans les dialogue de maturité. Le doute placé sur la valeur de la sensation individuelle, la critique du relativisme sophistique, lobstination mise à présenter le monde sensible comme le lieu des apparences changeantes et contradictoires se rencontrent dès les premiers ouvrages de Platon. Mais cest dans le Phédon que la dissociation entre linvisible, dont lâme est parente, et le visible, lieu du corps, est le plus nettement affirmé comme la condition de la recherche philosophique: «Lâme est traînée par le corps dans la direction de ce qui jamais ne garde son identité», mais quand elle est par elle-même «cest là-bas quelle sélance, dans la direction de ce qui est pur, qui possède toujours lexistence, qui ne meurt point, qui se comporte toujours de la même façon.»

187 Lessor du rationalisme grec Platon -Les Formes et les sensibles: les Formes sont des réalités stables et permanentes; elles sont exemptes de la diversité et de la contradiction inhérentes au monde empirique, qui est dépourvu de vraie réalité. De plus, les Formes sont séparées. Comment comprendre cette séparation? Il sagit dune relation symétrique (la Forme est séparée du sensible et le sensible est séparé de la Forme), qui exprime la non-identité entre Forme et sensible, mais indique surtout que la Forme séparée est une réalité individuelle ayant une existence indépendante. Lexistence dune Forme permet de nommer ou de qualifier de façon stable toutes les choses qui y participent, selon une relation de dénomination selon la Forme qui consiste à donner le nom propre de la Forme à des réalités sensibles.

188 Lessor du rationalisme grec Platon -Le monde, lâme et le mythe: dans le Timée, Platon décrit lorigine du monde et de lâme. Si notre monde est la copie fabriquée par le démiurge, dun monde éternel et parfait, les logoi qui se rapportent au monde-copie ne peuvent avoir la même fixité ou la même assurance que ceux qui se rapportent au monde réel. Intermédiaire entre le monde sensible et lintelligible, lâme est une réalité qui ne peut être décrite quà laide dun mythe. Le mythe sert à transposer dans une dimension historique la genèse dune réalité et de représenter, parfois sous une forme personnifiée, les éléments qui composent cette réalité et les facteurs qui jouent un rôle dans sa constitution. Ainsi, dans le Timée, la mise en ordre du monde est rapportée à une temporalité réelle, et le démiurge, force créatrice du monde, est comparé à un artisan…

189 Lessor du rationalisme grec Platon …Le mythe entreprend ainsi dinscrire dans une structure narrative, de transposer dans lespace et dans le temps des relations abstraites quon ne peut présenter autrement. La cosmologie ou représentation cohérente et ordonnée de cette totalité organisée et vivante quest le monde, du Timée inclut lexposé de la constitution de lâme du monde. Lâme du monde est à la fois principe de tous les changements qui adviennent dans lunivers et la source de toute connaissance. Lâme du monde est la condition, dans lordre de lêtre et dans celui de connaître, de lâme humaine, car elle ne se conçoit quà partir de lâme du monde.

190 Lessor du rationalisme grec Platon -Limmortalité de lâme: largument en faveur de limmortalité de lâme est le suivant. Les réalités qui tiennent leur mouvement delle-mêmes, ou réalités automotrices, sont impérissables et sont des principes. Puisquun principe est ce à partir de quoi une existence commence, un principe ne peut être lui-même engendré. Une réalité qui se meut elle- même est donc inengendrée; mais elle est aussi indestructible. «Ce qui est principe de mouvement, cest ce qui se meut soi-même; or cela, il nest possible ni quil sanéantisse, ni quil commence dexister; autrement, le ciel entier, la génération entière venant à saffaisser, tout cela sarrêterait et jamais ne trouverait à nouveau, une fois mis en mouvement, un point de départ pour son existence.» Or lâme est bien le principe interne, automoteur, de ce qui se meut. En conséquence, «ce qui se meut soi-même est lâme, à la fois inengendrée et immortelle.»

191 Lessor du rationalisme grec Platon -Platon et Homère: à lépoque de Platon, le statut de fonds culturel et pédagogique, auquel puisaient tous les éducateurs et tous les orateurs, tous ceux qui, dans la cité, devaient faire un usage pédagogique trouvaient, dans le poème homérique, des exemples, des personnages caractérisés par une disposition desprit ou de mœurs, et des modèles de conduite. Homère avait ainsi acquis, comme Platon le déplore, le statut déducateur des Grecs. Platon croit quHomère dépeint de manière déplorable les dieux et les héros, quil en fait des êtres immoraux, jaloux et querelleurs, et quil na jamais su rendre personne réellement vertueux. Les Grecs tiennent Homère pour leur éducateur, mais que lui doivent-ils au juste, demande Platon?…

192 Lessor du rationalisme grec Platon …A-t-il fondé une cité en la dotant de bonnes lois, a-t-il inventé un objet ou conçu un savoir dutilité publique, a-t-il formé des jeunes gens pour les rendre vertueux? Non, rien de tout cela. Homère a simplement imité des modes de vie et des simulacres de vertus, et il sest mal acquitté de son métier. Cette condamnation dHomère et les ambiguïtés qui lui sont attachées, resteront importantes dans la tradition platonicienne. Pour autant, Platon ne dispute pas aux poètes le rôle mimétique qui est la leur. Ces imitations, parce quelles sont adressées à la cité tout entière et quelles servent à léducation comme à lédification des citoyens dès leur plus jeune âge, doivent être fondées sur une connaissance droite de ce que sont les vertus qui doivent être représentées. Or, cette connaissance fait défaut au poète. _

193 Lessor du rationalisme grec Démocrite -Démocrite est originaire dAbdère et eut sa période daccomplissement et de maturité dans la deuxième moitié du V e siècle. Sur la théorie de latomisme, nous devons nous contenter de comptes rendus – et des critiques – dAristote et dautres auteurs plus tardifs. Cest le maître de Démocrite, Leucippe, qui a inventé latomisme, mais de son œuvre nous ne lisons aujourdhui plus quune seule phrase, et les sources ne le mentionnent que très rarement. Les grandes lignes de la théorie atomiste se trouve exprimées dans un fragment dun essai quAristote a consacré à Démocrite. Leucippe aurait été vraiment éclipsé par son illustre élève.

194 Lessor du rationalisme grec Démocrite -Commentaire dAristote: «Selon Démocrite, la nature des choses éternelles consiste en de petites substances, illimités en nombre, auxquelles il assigne un lieu, distinct delles et illimité en grandeur. Au lieu il donne les noms suivants: «vide», «rien», «infini»; et à chacune des substances il donne les noms suivants «chose», «élément compact», «être». Il soutient que ces substances sont si petites quelles échappent à nos sens, et quelles possèdent des variétés de forme et des figure, et des différences de grandeur. Cest à partir de ces substances, qui jouent le rôle déléments, que pour lui se produit la génération et que se composent les choses et les masses visibles. Elles sagitent et se déplacent dans le vide à cause de leur dissimilitude. Et lorsquelles se déplacent elles se heurtent et simbriquent les unes dans les autres quelles finissent par adhérer et se rassembler.»

195 Lessor du rationalisme grec Démocrite -Atomes: une infinité de petites substances, solides et indivisibles, diverses en forme et en grandeur, nagent ici et là dans un vide infini et éternel, leur mouvement étant déterminé par une nécessité tout à fait mécanique. De temps en temps et par hasard elle se bousculent lune lautre, elles se coincent, des conglomérats se forment et les corps visibles de notre monde se sont engendrés. Mais ces corps visibles ne sont pas des «natures», ils ne sont que des conglomérats: la foule des individus quon rencontre dans la rue nest pas une substance en elle-même, elle ne constitue pas une nature à part; au contraire, la foule nest rien en plus des individus qui la composent, individus qui ne sunissent jamais.

196 Lessor du rationalisme grec Démocrite -Théorie atomiste: pourquoi les atomes? Comment le vide? Pourquoi Démocrite na-t-il pas suivi le chemin non atomiste dAnaxagore qui disait que «les phénomènes rendent visible linvisible». On dit que Démocrite a loué cette formule dAnaxagore, ce qui permettrait de supposer que sa propre théorie sappuie sur une base empirique, et que ce sont des observations, des phénomènes, qui ont amené Démocrite aux atomes. En revanche, la théorie à laquelle il a été emmené semblait contredire les phénomènes et tout ce dont les sens nous assurent. Car: «lorsque les atomes sapproche lun à lautre ou se heurtent ou sentrelacent, les composés paraissent sous forme deau ou de feu ou de plantes ou dhommes, mais en vérité les seules choses qui existent sont celles quil appelle les formes indivisibles – il nexiste rien dautre.»

197 Lessor du rationalisme grec Démocrite …Une théorie, pour être fiable, doit être fondée sur la perception, mais quoique fondée sur la perception, la théorie atomiste nous dit que la perception est tout à fait trompeuse. Pourtant, Aristote pensait que «Démocrite semble avoir été convaincu par des arguments appropriés et scientifiques» qui sont les suivantes: «Si un corps est totalement divisible, supposons quil soit divisé: quest-ce qui reste? Une grandeur? – impossible, car il y aurait quelque chose qui naurait pas été divisé alors que le corps est totalement divisible. Or, si le reste ne consiste ni en un corps ni en une grandeur et que pour autant la division existe, ou bien le corps sera formé de points et ses constituants seront dépourvus de grandeur ou bien il ne sera rien du tout et par conséquent il aurait été engendré et se trouverait composé du néant et le tout ne serait rien dautre quun corps fantôme.»

198 Lessor du rationalisme grec Pythagore -Pythagore, héros mystérieux, contemporain dAnaximandre, naquit à Samos. À lâge de trente ans, il émigra vers le sud de lItalie où il pratiqua la philosophie et la politique. «Ce quil disait à ceux venus lécouter, nul ne peut le formuler avec certitude. Toutefois les points admis sont les suivants: dabord que lâme est immortelle; ensuite, quelle passe dans dautres espèces animales; en outre quà des périodes déterminées ce qui a été renaît, que rien nest absolument nouveau; et quil faut reconnaître la même espèce à tous les êtres qui reçoivent la vie.» Lâme est immortelle, et elle sattache à toute une série de corps, humains et non humains. Cette doctrine est la métempsycose ou transmigration de lâme.

199 Lessor du rationalisme grec Pythagore -Métempsycose: pour quelles raisons Pythagore a-t-il adopté la théorie de la métempsycose. Nous ne le savons pas. Mais il la soutenue, et après lui cette théorie devait connaître chez les penseurs grecs une longue et illustre carrière. La théorie selon laquelle les hommes et les bêtes ne constituent quun seul genre se trouvait associée à la métempsycose: si lâme de mon ami mort peut animer le corps dun chien, il semble que les différences entre homme et chien ne soient que superficielles (doù sans doute, les règles diététiques du régime végétarien que la tradition pythagoricienne a adoptées.) La théorie de léternel retour a peut-être laspect dune pure fantaisie sans aucun fondement scientifique. Elle a pourtant été considérée par les philosophes ultérieurs, surtout par les stoïciens.

200 Lessor du rationalisme grec Épicure -Né en – 341, Épicure est chronologiquement le premier véritable fondateur dune école nouvelle à lépoque hellénistique. Loriginalité de sa pensée et son mode denseignement sont pour beaucoup dans lhistoire de la philosophie. Il est très conscient de son originalité: il a étudié sous divers maîtres, mais il proclame quil na rien appris deux, et quil est un autodidacte en philosophie. Après avoir enseigné en divers lieux, où il sest fait amis et ennemis, il sinstalle au cœur du monde grec, et fonde son école au pied des murs dAthènes où il enseignera jusquà sa mort en – 270. Son école est une communauté de vie complète, regroupant des hommes et des femmes, des enfants, des adultes, des jeunes, des vieux…

201 Lessor du rationalisme grec Épicure …La communauté se fonde sur lapprentissage des doctrines du maître, sur une organisation amicale mais hiérarchisées. Timon – et il nest pas le seul – accusait Épicure dêtre «inculte». En ce sens, cest parfaitement vrai: en effet, il rejetait avec violence léducation traditionnelle, la «culture générale», fondée sur la lecture et le commentaire des poètes, la pratique des arts dagrément et des arts de la parole. Il rejetait aussi la culture supérieure autour des sciences mathématiques: tout ce qui est inutile au bonheur est nuisible, en ce quil détourne de ce qui lui est utile. En principe, lépicurisme répond à une demande, urgente et universelle: la demande du bonheur. Sa manière est opposée à celle de Platon. Épicure ne se préoccupe pas du «naturel philosophique». Il ne songe pas à leur imposer les «longs détours» que Platon les invitait à accomplir.

202 Lessor du rationalisme grec Épicure -Structure et division: il ne fait pas de doute que pour Épicure, laspect théorique de la philosophie coïncide avec la «science de la nature». Il ne proposait pas une physique vraiment récente. Sa physique ressemblait fort à latomisme de Démocrite. Léthique constitue également un chapitre à part entière dans la doctrine dÉpicure. Mais elle nest pas autonome par rapport à la physique. La recherche physique est orientée vers un objectif éthique, la conquête et la conservation du bonheur. La science de la nature permet de combattre les peurs qui rendent malheureux, la peur des dieux. Par là, elle est capable précisément quelle est notre fin naturelle et quels sont les moyens naturels que nous avons de la réaliser.

203 Lessor du rationalisme grec Épicure -La canonique épicurienne: «Épicure disant que «les sensations (aisuhseiq) et anticipation (prolhcseiq) et les affects (pauh) sont les critères de la vérité». Lexpérience la plus ordinaire nous conduit à penser que si nos sensations nous renseignent généralement sur lexistence et les propriétés des objets extérieurs dune façon qui nous permet de nous comporter envers eux de façon relativement adaptées, il serait bien imprudent de croire quelles ne sont jamais fausses. «Toute sensation est sans parole (alogoq) et incapable de la moindre mémoire; elle nest pas mise en mouvement par elle-même, et quand elle est mise en mouvement par quelque chose dautre, elle ne peut rien lui ajouter ni rien lui retirer.» (Diogène Laërce, X, 31)

204 Lessor du rationalisme grec Épicure -La physique épicurienne: Épicure adopte le même expédient que Démocrite pour sauver ces aspects essentiels et visibles de lunivers physique. Le monde est fait de corps, ayant longueur, largeur et profondeur, capables dagir les uns sur les autres et de pâtir les uns des autres parce quils offrent contact et résistance. Les atomes sont les corps minuscules, mais non privée de grandeur, absolument pleins, inaltérables, indéformables et indestructibles, donc éternels qui sont assemblés en nombre élevé, mais non infini, dans la texture des corps dont nous avons lexpérience, associés à des poches de vide qui font que ces corps ne sont pas, eux, insécables et éternels. Épicure nattribue aux atomes quun petit nombre de propriétés fondamentales, la taille, la forme et le poids, liées à lexistence physique; les qualités sensibles des corps composés sont des effets propre au niveau macroscopique.

205 Lessor du rationalisme grec Épicure -Léthique épicurienne: cette théorie de la mortalité de lâme, qui évacue les espoirs de paradis et les craintes de châtiments infernaux, et sur laquelle Épicure compte pour nous délivrer de la peur de la mort elle-même, est léthique épicurienne, qui est avant tout une éthique de la vie et du bonheur de vivre; le plaisir étant la réponse spécifique à la question du «souverain bien». La mort est ce qui est le plus capable dinspirer la crainte, si lon peut démontrer quelle nest pas à craindre, rien nest à craindre. Son argumentation repose sur la démonstration de la mortalité complète et immédiate de lâme. La mort supprime toute sensation, toute conscience, toute persistance de lidentité personnelle: elle nest «rien pour nous», rien qui soit en rapport avec nous, rien qui nous concerne. Ou bien nous sommes et elle nest pas ou bien elle est, et nous ne sommes pas. _

206 Le bouddhisme Bouddha de lîle de Lantau moines Shaolin _

207 Le bouddhisme Définitions -Agrégat: lêtre est composé de cinq agrégats, soit la matière, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. -Ambroisie: la nourriture des dieux, elle procure limmortalité. -Arhat: dans le bouddhisme du Petit Véhicule, létat dArhat est lidéal à atteindre. Larhat est un saint qui a accédé au plus haut niveau de connaissance et qui sest affranchi du cycle des renaissances. -Atman: dans la pensée hindoue, lAtman ou Soi est lâme. -Ascétisme: mode de vie rigoureux et discipliné en vue dun perfectionnement spirituel. -Bodhisattva: être qui est dans la possibilité datteindre le nirvana, mais qui y renonce afin de venir en aide à ceux qui sont encore prisonniers du cycle des renaissances. Les Bodhisattvas sont ainsi des êtres incarnant la pure compassion. Idéal à atteindre dans le bouddhisme du Grand Véhicule.

208 Le bouddhisme Définitions -Confucianistes: adeptes du confucianisme, tradition philosophique de la Chine datant du 6 e siècle avant Jésus-Christ. -Dalaï-lama: titre signifiant «océan de sagesse» et qui est décerné au chef spirituel du Tibet. -Dharma: dans le bouddhisme, le terme fait référence à lenseignement du Bouddha, soit à sa doctrine quil énonça lors de son premier discours. -Dukkha: le terme fait référence à celui de souffrance. La souffrance est inhérente à lexistence humaine et le Bouddha a proposé une méthode pour sy soustraire. -Gange: fleuve très populaire en Inde, puisquil est considéré comme sacré. Les Hindous le vénèrent et sy baigne afin de se purifier.

209 Le bouddhisme Définitions -Grand Véhicule: ou Mahayana est une des deux écoles principales du bouddhisme avec le Petit Véhicule. Il met laccent sur lattitude de compassion et sur la dévotion à Bouddha et aux bodhisattvas. -Gourou: maître spirituel qui offre son enseignement à ses disciples. -Hédonisme: philosophie qui est basée sur la recherche du plaisir. -Idolâtrie: adoration, vénération dune idole. -Karma: principe fondamental, hérité de lhindouisme, où toute action, bonne ou mauvaise, produit sur celui qui laccomplit un effet de même nature. Le karma détermine donc la nature de la prochaine renaissance. -Ksatriyas: la société indienne est divisée en quatre castes: les brahmanes (prêtres), les ksatriyas (princes et guerriers), les vaisyas (commerçants et agriculteurs) et les shudras (serviteurs).

210 Le bouddhisme Définitions -Laïcs: dans le contexte bouddhiste, ceux qui ne font pas le vœu de devenir moines. -Mandala: représentation de lunivers cosmique peinte sur une toile ou faite de grains de sable coloré. En son centre, il est la demeure de Bouddhas qui sert de support à la méditation. -Mantra: formule sacré que le fidèle répète. -Maya: qui signifie «illusion». Dans la pensée hindoue, la maya est lillusion qui empêche de voir la vraie réalité. -Mortification: souffrances ou privations quune personne sinflige à elle-même pour l,aider à atteindre la vérité spirituelle. -Mudra: gestuelle symbolique des mains. -Nirvana: les bouddhistes aspirent à cet état qui les libérera de la souffrance et du cycle des renaissances. Cet état est un éveil, une illumination ou une libération.

211 Le bouddhisme Définitions -Noble Sentier Octuple: il sagit de la quatrième noble vérité, soit la méthode pour parvenir à léveil. Il est composé de huit principes qui conduiront le fidèle au nirvana. -Pèlerinage: déplacement de fidèle vers des lieux saints et qui saccomplit dans un esprit de piété. -Petit Véhicule: aussi appelé Theravada. Une des deux principales branches du bouddhisme, caractérisée par sa fidélité à lenseignement originel du Bouddha consigné dans le Tripitaka. Un accent est mis sur la vie monastique et le renoncement. -Renonçant: il est le moine qui décide de tout abandonner pour consacrer sa vie entière à une quête spirituelle. -Sadhu: homme qui se retire de la société pour se consacrer à sa vie spirituelle. -Samsara: cycle des renaissances qui est soumis à la loi du karma.

212 Le bouddhisme Définitions -Sangha: monument commémoratif érigé sur de hauts lieux du bouddhisme et qui peut contenir des reliques, des textes sacrés ou des objets de culte. -Syncrétisme: processus qui joint ensemble deux doctrines différentes. -Tapas: entraînement spirituel rigoureux que réalisent les moines cherchant à atteindre la libération. -Transcendant: caractère de ce qui est au-dessus de la nature, et particulièrement de la nature humaine. Les dieux et les déesses ont un caractère transcendant. -Yogi: personne qui pratique la technique spirituelle des postures du yoga.

213 Le bouddhisme Le soutra des quatre vérités des Aryas Les soutras du canon bouddhique dont nous disposons maintenant viennent des discours tenus par le Bouddha lui-même. Cest seulement après son départ en parinirvana que ses nombreux disciples se rassemblèrent pour essayer de préserver ses enseignements. Puis, les soutras ont été mémorisés par les disciples et transmis ainsi oralement en une lignée. Ce nest que plusieurs siècles plus tard quils furent retranscrits par écrit. Le premier discours du bouddha fut: «Il est deux extrêmes qui doivent être évités par un moine. Quels sont-ils? Sattacher aux plaisirs des sens, ce qui est bas, vulgaire, terrestre, ignoble et engendre de mauvaises conséquences, et sadonner aux mortifications, ce qui est pénible, ignoble et engendre de mauvaises conséquences…

214 Le bouddhisme Le soutra des quatre vérités des Aryas …Evitant ces deux extrêmes, le Bouddha a découvert le Chemin du Milieu qui donne la vision, la connaissance qui conduit à la paix, à la sagesse et à léveil. Quel est ce Chemin du Milieu? Cest le Noble Octuple Sentier, à savoir: la vue juste, la pensée juste, la parole juste, laction juste, le moyen dexistence juste, leffort juste, lattention juste, la concentration juste […] cest cette «soif» qui produit la re-existence et le re-devenir, qui est liée à une avidité passionnée et qui trouve une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, cest-à-dire la soif des plaisirs des sens, la soif de lexistence et du devenir, et la soif de la non-existence. Cest la cessation complète de cette soif, la délaisser, y renoncer, sen libérer, sen détacher.»

215 Le bouddhisme Les quatre vérités Il y a ans, le Bouddha historique, Shakyamouni, donna son tout premier enseignement, qui plus tard fut porté par écrit. Les quatre vérités réalisées par les êtres nobles en constituent lessence. Immédiatement après avoir atteint lÉveil complet, le Bouddha demeura en silence durant quarante-neuf jours, puis se rendit de Bodhgaya à Sarnath, une petite ville proche de la cité sacrée de Varanasi. Là il rencontra les cinq ascètes: Ajnanata, Kaundinga, Asvajit, Vaspa, Mahanama et Bhadrika, qui avaient été ses anciens compagnons. Inspirés par son rayonnement, ils délaissèrent leurs soupçons et le prièrent denseigner. Le Bouddha leur expliqua alors le soutra des quatre vérités des aryas, et ces cinq ascètes devinrent ses premiers disciples.

216 Le bouddhisme Les quatre vérités Les quatre vérités sont: 1-La vérité de la souffrance, 2-La vérité de lorigine de la souffrance, 3-La vérité de la cessation de la souffrance et de lorigine de la souffrance, 4-La vérité du chemin qui mène à la cessation de la souffrance et de lorigine de la souffrance.

217 Le bouddhisme Les quatre vérités La vérité de la souffrance fait référence à la douleur, la détresse, la souffrance, langoisse et linsatisfaction qui coexistent en nous au niveau physique et particulièrement au niveau mental. La deuxième noble vérité est lexplication de la cause de la souffrance, qui est le désir et lattachement. Avec la troisième noble vérité, le Bouddha montre quil y a un moyen par lequel la souffrance peut être définitivement éradiquée par le biais de la quatrième noble vérité où il expose la manière de procéder. Nous éprouvons tous un sentiment instinctif de vouloir le bonheur et déviter la souffrance. Ce type de sentiment nest pas le résultat dun apprentissage, dune éducation ou dune culture: cest un désir inné. Cet enseignement présente une approche bien spécifique pour parvenir à cette fin.

218 Le bouddhisme Les quatre vérités Le bonheur auquel nous aspirons tous ne surgit pas de nulle-part, mais provient de ses propres causes et conditions. Le bonheur n,a rien à voir avec nos plaisirs sensoriels temporaires mais fait référence aux niveaux de bonheur les plus élevés – un bonheur qui nest pas affecté par le changement des circonstances extérieures. Le Bouddha dit que nous devons comprendre la vérité de la souffrance. Nous dépasserons la souffrance que lorsque nous serons en mesure de comprendre ce quest la souffrance. Comprendre la vérité de la souffrance est la chose la plus primordiale que nous puissions faire et cela nécessite une claire reconnaissance de son importance ainsi quune étude systématique des étapes que nous devons parcourir pour achever notre tâche.


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