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État, nouvelles gouvernances, communautés, fondations privées Rencontre FAFMRQ, ROCFM, Partenariat Familles Montréal, 27 mai 2008 Frédéric Lesemann, INRS-UCS.

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1 État, nouvelles gouvernances, communautés, fondations privées Rencontre FAFMRQ, ROCFM, Partenariat Familles Montréal, 27 mai 2008 Frédéric Lesemann, INRS-UCS Groupe de recherche sur les transformations du travail, des âges et des politiques sociales (www.TRANSPOL.org)

2 État, nouvelles gouvernances, communautés, fondations privées CONTEXTE : Les questions et problèmes globaux que je vais brièvement évoquer pour contextualiser les questions que nous nous posons se posent à léchelle internationale, avec plus ou moins dacuité. NI BON, NI MAUVAIS : les idées que je vais énoncer, les commentaires que je vais formuler NE PORTENT PAS UN JUGEMENT de valeur sur la situation. Je pense quil est impossible aujourdhui de porter un tel jugement. Il ny a aucun système de valeur qui permette de le faire, moral ou politique. Par contre, il y a un ensemble de valeurs qui peuvent servir de critères pour orienter des choix collectifs, des évaluations de risques, des stratégies : démocratie, liberté, justice, solidarité, intégration sociale, droits humains, etc…

3 UN CONTEXTE INSTITUTIONNEL ET CULTUREL NOUVEAU 3 évolutions majeures contribuent actuellement à transformer le fonctionnement de la société et de lÉtat: Démographique et économique: le vieillissement, les finances publiques, la dette; Culturelle : une population de plus en plus scolarisée, autonome de jugement, de comportement, donc imprévisible : les grandes institutions ne parviennent plus à donner le sens et donc à orienter, à contrôler la vie en société Spatiale : lÉtat agit et est agi dans de nouveaux espaces: supranationaux (OCDE, OMS…) et infranationaux: régions, local, communautés. Ex: les risques. Prévoir et prévenir: le rôle de la connaissance, anticiper les crises et non pas les gérer qui entraîne pour lÉtat la nécessité de territorialiser et de cibler son action: gestion des groupes à risque et action locale, rôle des communautés

4 UN SYSTÈME ADMINISTRATIF ÉTATIQUE EN DÉFICIT DE FONCTIONNEMENT: 4 PROBLÈMES POUR LÉTAT a) un épuisement de lobjectif duniversalité qui jusquici a fondé la légitimité de laction de lÉtat; source dinégalités ! b) un dysfonctionnement externe de lapproche et du fonctionnement des administrations publiques : les silos : doù lapproche territoriale intégrée, la recherche de partenariats; c) un dysfonctionnement interne de lapproche et du fonctionnement des administrations publiques : relative inefficacité, coûts des services professionnels, perte de sens du travail professionnel (burnout) : doù le recours à un contrôle interne accru de lactivité (qui augmente les problèmes), dincessantes restructurations administratives, mais aussi, recours à la sous-traitance, privée ou communautaire; d) une incapacité à réorienter les missions (par ex : de léducation à la santé) à cause des pressions internes (corporatismes) et externes (clientélisme). Solutions : recours à la sous-taitance et/ou à des fondations privées (Chagnon, Centraide, Habitat, etc.) pour des thèmes et objets spécifiques : santé préventive, pauvreté, enfance, logement, etc. Ce recours nest pas dabord financier, mais stratégique pour implanter une nouvelle gouvernance

5 UNE NOUVELLE GOUVERNANCE Tout cela fait quun monde plus ou moins hiérarchisé dans son fonctionnement, dans son organisation est devenu caduc. Le rôle de lÉtatdoit absolument être redéfini dans sa raison dêtre, son fonctionnement, sa source de légitimité, son organisation. Vers plus dhorizontalité, de partage des rôles et des responsabilités, tant pour des raisons financières que politiques ? On est obligé de redéfinir les relations entre lÉtat, le marché, les communautés, les familles. Les partenariats, les fondations trouvent leur place. LATI: Approche territoriale intégrée; la RUI Revitalisation urbaine, les «Vibrant Communities» lANC: «Action for Neighbourhood Change»; «It takes a Village!» (Hillary Clinton). Cest la version «démocrate»(US), «libérale» (UK, Canada), différente de la version conservatrice

6 UNE GOUVERNANCE SUPRANATIONALE qui définit une gouvernance infranationale La conception de cette nouvelle gouvernance est le fruit de think tanks inter- ou supranationaux, une technocratie dintellectuels et de hauts fonctionnaires qui se définit comme libérale (partageant les valeurs que jai identifiées au début: démocratie, solidarités, droits…) Re: Blair, Giddens Elle est présente à lOCDE, à la BM, dans des ONG, à United Way – Centraide, CCDS, Caledon, DRHC, Santé Canada, StatCan, INSPQ, ISQ, Fondations Clinton, Habitat for Humanity, Chagnon, etc. Elle définit une stratégie «progressiste» pour promouvoir: OBJECTIFS: a) en direction de la population: la prévention, les bons comportements, la lutte contre la pauvreté, à partir dune approche scientifique (indicateurs) b) en direction des programmes publics: lanticipation de la croissance des coûts, la «sustainability» du système (développement durable) Comment ? MOYENS: a) en direction de la population: –en renforçant les communautés; -en rénovant les logements, les quartiers; -en mobilisant les populations; b) en direction des programmes publics: -en territorialisant, en «localisant», en «voisinant», en «communautarisant» laction;-en favorisant les partenariats; --en coopérant avec les fondations; -en ciblant les groupes à risque

7 Fondation Traditionnelle Nouvelle MécènesInvestisseurs sociaux Soutiennent des causes, comblent des manques Ont objectifs précis, ciblent, choisissent. Culture de recherche Donnent de façon désintéressée Exigent des résultats. Évaluation Démonstration. Limité dans le temps Donnent aux institutions de leur collectivité: musées, églises… Donnent en référence à des enjeux de société: pauvreté, envir. Sinscrivent dans un ordre établi, le consolident, le complémentent Prennent linitiative de nouvelles problématiques, programmations Confortent lordre établi: culture officielle, délite, charité Agents de changement politique: «faire la différence». Mobiliser Hors ÉtatAvec lÉtat pour le changer Ne simpliquent pas dans la société Interviennent dans les priorités de la société

8 UN EXEMPLE: LA FONDATION CHAGNON ET «QUÉBEC EN FORME» Début: 2000; 1.4 Ma $; la plus importante du Canada La famille: point dancrage; enfance; prévention; santé préventive Importance de la recherche: chaires et centres denseignement et de recherche: CPE, pauvreté, Ste-Justine Partenariat public-privé: 2002: développement dune vision commune: action durable, vie saine, enfants 4-12 ans, défavorisés. 2007: extension 0-17 OBJECTIFS: influencer les décideurs, créer localement des environnements favorables, agir ensemble, création de Québec en forme (cadre partenarial: autonomie de gestion: 200Mo$ gouvernement; 200Mo$ Chagnon), plan stratégique : Comités daction locaux (CAL): représentants du milieu. Pour activité physique comme levier de soutien aux communautés locales, dans perspective de saines habitudes de vie et contribution à persévérance scolaire (décrochage) Encadrement de recherche: connaissances statistiques, évaluation. Projets de démonstration Mobilisation des communautés:… «à la condition que celles-ci se mobilisent et que celles-ci respectent les balises énoncées dans lentente de partenariat (p.9)» «Lindividu, quelle que soit sa condition, est lartisan de sa propre santé, de celle de sa famille et par extension de celle de sa communauté»

9 UNE VISION TECHNOCRATIQUE TOP-DOWN: LA COMMUNAUTÉ IMAGINAIRE Un schéma global supranational: une «représentation» imaginaire de la «communauté locale, lieu privilégié dintervention», et le raisonnement dun enchaînement de causalité (p.8-9, QeF, plan stratégique) Mobilisation des communautés: «à la condition que celles-ci se mobilisent» et des gouvernements locaux («passer des silos aux réseaux») «…pousser la concertation jusquau partenariat en conjuguant les contributions…» «…sappuyer sur une compréhension commune de la réalité locale par les partenaires, sur ladhésion à une mission, à une vision commune, sur le choix dobjectifs, de moyens, ainsi que sur le suivi des interventions» «… les structures existantes ne sont pas remplacées, mais enrichies…» «…les communautés locales sont mises à contribution pour atteindre les objectifs de QeF… selon un modèle qui ne suit pas le modèle habituel des programmes gouvernementaux…» Les argents «sont disponibles à la condition que les communautés respectent les balises énoncées dans lentente de partenariat» Les ministères «sengagent à mettre à contribution leurs réseaux et leurs ressources… ils sont appelés à travailler en appui à des projets qui échappent à leur domaine de compétence spécifique» Répondre à lefficacité de linvestissement en intégrant plusieurs modes dévaluation Guide délaboration dune demande, critères dadmissibilité, vision conforme…

10 CONCLUSIONS Par rapport aux clientèles: opportunités certaines, bénéfices potentiels Par rapport aux politiques et actions gouvernementales: objectif de démonstration, de performance: compétition privé-public Le privé se donne le droit de définir le terrain, laction, de la limiter dans le temps, de se donner les conditions de réussite, le tout dans un contexte de critique (fondée) de laction publique Nouveaux modes de gouvernance, partenariats Gestion des groupes à risque vs. traitement des inégalités et des injustices. Affaiblissement de luniversalité de laction publique Par rapport aux «mobilisations» sociales et communautaires: Approche technocratique, top-down Tensions quant à la conception de la «communauté», du «local», du «territoire»: imaginaire technocratique vs. fondés sur lidentité, le sens, l«expérience» partagée. Capacité des groupes existants de négocier le rapport de collaboration, sachant que lancrage territorial, bottom-up, lapprentissage à partir des leaders territoriaux qui savent dire lhistoire, la petite et la grande, de leur territoire est la source de lefficacité des actions, parce quils seront en mesure de définir en partenariat, de sapproprier les initiatives et contributions extérieures et de les rendre pertinentes pour le territoire, bref, de co-produire laction.


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