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Lhistorien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France.

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1 Lhistorien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France

2 Questions Mise en œuvre Le patrimoine : lecture historique Une étude au choix parmi les trois suivantes : - Le centre historique de Rome ; - La vieille ville de Jérusalem ; - Le centre historique de Paris. Les mémoires : lecture historique Une étude au choix parmi les deux suivantes : - L'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France ; - L'historien et les mémoires de la guerre d'Algérie. Bulletin officiel spécial n°8 du 13 octobre 2011 Enseignement spécifique d'histoire-géographie des séries économique et sociale et littéraire - classe terminale Histoire - Regards historiques sur le monde actuel Thème 1 - Le rapport des sociétés à leur passé (9-10 heures)

3 Ce que dit le programme Cadrage horaire: « Les mémoires : lecture historique » est lune des deux questions à traiter dans le cadre de la première partie du programme intitulée « Le rapport des sociétés à leur passé ». Le professeur peut donc construire son projet sur la base de 4 à 5 heures. Problématiques: En quoi le contexte délaboration des mémoires étudiées les a-t-il déterminées (construction des mémoires) ? Quelles mémoires de ces conflits peuvent être identifiées au sein de la société française (multiplicité des mémoires) ? Comment, dans quels rythmes et dans quelles perspectives les historiens ont-ils fait de ces mémoires des objets dhistoire (historicisation des mémoires) ? Le cinéma, art des mémoires: Le cinéma est le grand art des mémoires : il en a les vertus et les vices. Il ne renseigne guère sur son sujet déclaré, mais bien plus sur le discours qui est tenu par ses auteurs sur ce sujet, et tout autant lorsquil prend la forme documentaire. Comme tel, il constitue une remarquable source pour identifier les mémoires et parcourir un itinéraire de leur histoire. Ainsi, et pour les mémoires de la Seconde Guerre mondiale, la Bataille du rail (René Clément, 1946), film de commande qui correspond à la période dhéroïsation de la Résistance ; Nuits et brouillards (Alain Resnais, 1955) qui participe à la construction de la mémoire publique de la déportation en limitant son récit à celle des résistants et des politiques ; le Chagrin et la pitié (Marcel Ophuls, 1969), déconstructeur de lhéroïsation et reçu, contre le projet de son auteur, comme révélateur de lindignité générale de la population française devant loccupation ; Shoah (Claude Lanzmann, 1985) qui témoigne de et concoure à larrivée sur la scène publique de la mémoire de la persécution des Juifs et du génocide. La filmographie est très large et bien dautres oeuvres peuvent servir de support à une réflexion historique sur leur place dans lévolution des mémoires : Paris brûle-t-il ? (René Clément, 1966) ; larmée des ombres (Jean-Pierre Melville, 1969) daprès le roman de Joseph Kessel (1943) ; Lacombe Lucien, (Louis Male, 1974) ; Monsieur Batignole (Gérard Jugnot, 2002) ; un Village français (Lucien Triboit, 2009, série télévisée).

4 Présentation générale de la séquence Accroche et introduction: Les notions dhistoire et de mémoire, mémoires plurielles, problématisation sur les mémoires en tant qu objet dhistoire, proposition dun plan chronologique (diapositives 7 à 11) I.De laprès-guerre aux années 60 (diapositives 12 à 22) Temps fort: projection et analyse du film « Nuit et Brouillard » - Etude du discours dAndré Malraux (évaluation en fin de chapitre- la composition serait retenue pour le baccalauréat blanc) II. Des années 70 aux années 90 (diapositives 23 à 29) Temps fort: Comparer les démarches pour montrer une évolution Paxton/Aron, Shoah/Nuit et Brouillard Projection dun extrait de Shoah (le témoin Abraham Bomba) III. Au début du XXIème siècle (diapositives 30 à 33) Temps fort: le débat sur les lois mémorielles (les rapports entre la justice et lhistoire: cf article du Monde du 23 juin 2012, interview du juriste Antoine Garapon, auteur de louvrage Peut-on réparer lhistoire? Colonisation, esclavage, shoah, Odile Jacob, 2008 Conclusion: Le rôle du travail de l historien et les processus de diversification et de globalisation des mémoires de la Seconde Guerre mondiale (diapositive 34)

5 Notions-clés Devoir de mémoire/Travail de mémoire Génocide/Shoah Justes parmi les nations Lieu de mémoire Lois damnistie Lois mémorielles « Malgré-Nous » Négationnisme Résistancialisme « Syndrome de Vichy » Vichysto-résistant

6 Dates-clés 1945: Condamnation à mort du Maréchal Pétain et peine commuée par le général de Gaulle 1945: La bataille du rail de René Clément : Procès de Nuremberg 1951: Loi damnistie 1953: Ouverture du procès dOradour-sur-Glane et loi damnistie (libération des « Malgré-Nous » ayant participé au crime dOradour) 1954: Histoire de Vichy de Robert Aron 1955: Nuit et Brouillard dAlain Resnais 1956: Inauguration du tombeau du martyr juif inconnu 1960: Inauguration du mémorial de la France combattante au Mont-Valérien 1961: Procès Eichmann 1961: Création du Concours national de la Résistance et de la Déportation 1964: Transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon 1964: Loi dimprescriptibilité pour les crimes contre lhumanité 1971: Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls 1973: La France de Vichy de Robert Paxton 1974: Lacombe Lucien de Louis Malle 1985: Shoah de Claude Lanzmann 1987: Procès Barbie 1987: Le syndrome de Vichy dHenry Rousso 1990: Loi Gayssot 1991: Inculpation de René Bousquet 1994: Procès Touvier 1995: Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs 1997: Mise en place de la Mission Mattéoli sur la spoliation des Juifs de France et circulaire sur louverture des archives de la Seconde Guerre mondiale 1997: Ouverture du procès Papon 2001: Procès Aloïs Brunner 2005: Inauguration du Mémorial de la Shoah à Paris 2006: Indigènes de Rachid Bouchareb 2007: Commémoration du souvenir de Guy Môquet 2007: Hommage aux Justes de France 2010: Les « Malgré-Nous » sont officiellement reconnus comme victimes du nazisme

7 Introduction Pierre Nora, historien et directeur dun ouvrage majeur Les lieux de Mémoires (7 volumes de 1984 à 1993) écrit : « Lhistoire rassemble, la mémoire divise ». Comment définir la notion de mémoire ? Quelles sont les différences entre histoire et mémoire?

8 MémoireHistoire - dans lévénement -lien affectif (souvenir sacré, embelli ou oubli si traumatisme) - vulnérable aux manipulations - mémoires plurielles - à lextérieur de lévénement - distance (souvenir à disséquer) - reconstruction qui se veut objective et problématique - reconstruction à vocation universelle

9 La Seconde Guerre mondiale, marquée par la défaite de 1940, loccupation et le régime de Vichy collaborateur, a multiplié une diversité de mémoires. Les mémoires plurielles des résistants, des collaborateurs, des déportés, des victimes de la Shoah, des soldats, des « Malgré-Nous » …. Ces mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France sont un objet détude pour les historiens qui analysent les représentations du passé et leur évolution de 1945 à nos jours. Affiche du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD), réalisée par Renluc, 1945.

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11 Comment les mémoires de la Seconde Guerre mondiale ont-elle évolué de 1945 à nos jours ? Le travail des historiens a-t-il permis de mieux comprendre et dassumer le passé, un « passé qui ne passe pas » comme lécrivait lhistorien Henry Rousso dans Le syndrome de Vichy de 1944 à nos jours (1987)?

12 I. De laprès-guerre aux années 1960 : le refoulement à travers la légende dorée dune France unanimement résistante.

13 1. La volonté doublier - Conjurer le traumatisme de la défaite. La participation des soldats indigènes à la campagne de mai-juin 1940 en France a été longtemps occultée. Oublier dabord la débâcle et la défaite de 1940 : les soldats sont des antis héros (malgré les morts), les prisonniers de guerre (1,8 millions de soldats français en Allemagne) sont condamnés à loubli ainsi que les « Malgré- Nous », les Alsaciens incorporés de force dans larmée allemande.

14 - Occulter le caractère spécifique de la déportation des Juifs.

15 « Nuit et Brouillard nest pas un documentaire, cest une méditation sur le phénomène le plus important du XXème siècle » François Truffaut Les questions de lhistorien: -Les sources et la logique de « la preuve par limage » Images tournées en couleur au musée dAuschwitz, photos fixes tirées des archives nazies, séquences tournées par Sidney Berstein, chef de la section cinéma des armées alliées, à louverture du camp de Bergen-Belsen, extraits dun film de fiction polonais La dernière étape de Wanda Jakubowska. -Lhistoire de la mémoire de la déportation dans les années 50 Laccent est mis sur la déportation politique, le génocide des Juifs est occulté. Le système concentrationnaire est décrit sans opérer la distinction entre camp de concentration et camp dextermination. -Lhistoire du film et la censure La responsabilité de lEtat français est censurée avec le retrait de limage dun gendarme français devant le camp de Pithiviers qui rappelait la collaboration dEtat. -Lenjeu de la mémoire dans les années 50 La chronologie est peu précise et les images sont décontextualisées. Lenjeu est avant tout mémoriel avec une intention politique dans le contexte du début de la guerre dAlgérie.

16 - Oublier la nature du régime de Vichy. Cette photographie dun gendarme français surveillant le camp de Pithiviers date de La commission de censure demande à Resnais de supprimer ce plan pour ne pas troubler limage dune France unanimement résistante et pour ne pas rappeler le rôle de la collaboration dEtat. Alain Resnais consent à mettre une poutre à la gouache sur le képi du gendarme en maintenant la référence orale au camp de Pithiviers dans le commentaire. En échange de cette autocensure, il peut conserver louverture du film sur le présent avec lallusion à la guerre dAlgérie.

17 La thèse du glaive et du bouclier Cette thèse est développée par lhistorien Robert Aron en 1956 selon laquelle un partage des rôles était prévu entre Pétain (le bouclier) et de Gaulle (le glaive) pour aboutir à la victoire. Les archives et les témoignages ont réduit cette thèse à néant. Pétain est reconnu coupable, il est condamné à mort mais sa peine est commuée en détention à vie. Il est gracié par le général de Gaulle (il a 89 ans en 1945) et meurt en prison en 1951.

18 2. La volonté de se réconcilier -Faire de Vichy une parenthèse Extrait du discours de l'Hôtel de Ville de Paris, 25 août 1944 – Charles de Gaulle Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l'émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes, qui sommes ici, chez nous, dans Paris debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains. Non ! nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies. Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle. Eh bien ! puisque l'ennemi qui tenait Paris a capitulé dans nos mains, la France rentre à Paris, chez elle. Elle y rentre sanglante, mais bien résolue. Elle y rentre, éclairée par l'immense leçon, mais plus certaine que jamais, de ses devoirs et de ses droits.

19 3. La glorification du rôle de la résistance Le mythe dune France unanimement résistante est le résistancialisme ou le mythe résistancialiste. La mémoire est héroïque, une mémoire rassurante et positive des Français. Néanmoins, il existe deux mémoires concurrentes: Les gaullistes: ils revendiquent la primauté de lacte de résistance avec lappel du 18 juin Les communistes: ils revendiquent leur participation massive à la résistance. Le PCF se présente comme « le parti des fusillés », un mythe.

20 Le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon en 1964 permet de glorifier le rôle de la résistance. Léloge funèbre est prononcé par André Malraux en présence du général de Gaulle alors président de la République. Extrait du discours prononcé le 19 décembre Monsieur le Président de la République Voici donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit. Sans cette cérémonie, combien d'enfants de France sauraient son nom? Il ne le retrouva lui-même que pour être tué; et depuis, sont nés seize millions d'enfants... Puissent les commémorations des deux guerres s'achever aujourd'hui par la résurrection du peuple d'ombre que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l'organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son accent légendaire, voici comment je l'ai rencontré. Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au Maire de les faire enterrer en secret, à l'aube. Il est d'usage, dans cette région, que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles de haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts français. Ce sentiment qui appelle la légende, sans lequel la Résistance n'eût jamais existé - et qui nous réunit aujourd'hui - c'est peut-être simplement l'accent invincible de la fraternité. Comment organiser cette fraternité pour en faire un combat ? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Résistance, au moment où il partit pour Londres : "Il serait fou et criminel de ne pas utiliser, en cas d'action alliée sur le continent, ces troupes prêtes aux sacrifices les plus grands, éparses et anarchiques aujourd'hui, mais pouvant constituer demain une armée cohérente de parachutistes déjà en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et déterminé leur objectif." C'était bien l'opinion du Général de Gaulle. Néanmoins, lorsque, le 1er janvier 1942, Jean Moulin fut parachuté en France, la Résistance n'était encore qu'un désordre de courage : une presse clandestine, une source d'informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n'existaient pas encore. Or, ces informations étaient destinées à tel ou tel allié, ces troupes se lèveraient lorsque les alliés débarqueraient. Certes, les résistants étaient les combattants fidèles aux Alliés. Mais ils voulaient cesser d'être des Français résistants, et devenir la Résistance française. C'est pourquoi Jean Moulin est allé à Londres….

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22 Transition : La mort du Général de Gaulle en 1970, le déclin du parti communiste et larrivée à lâge adulte dune génération née après la guerre marquent un tournant majeur dans la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

23 II. Des années 1970 aux années 1990 : assumer les crimes de Vichy avec la légende noire dune France collaboratrice

24 1. Le mythe dune France unanimement résistante seffondre. Dans le film documentaire Le chagrin et la pitié de Marcel Ophüls, réalisé en 1969, la parole est donnée à des Français qui ont choisi de sengager aux côtés de lAllemagne : pas de double jeu de leur part ni de passivité. La résistance dans la région de Clermont-Ferrand apparait dans le film comme un phénomène très minoritaire, lantisémitisme est très répandu. Le film ne sera pas diffusé à la télévision avant 1981 mais limage dun pays lâche et collaborateur commence à dominer.

25 Un historien américain, Robert Owen Paxton, publie en 1973 La France de Vichy En sappuyant sur les archives allemandes, il démontre que la collaboration est une proposition française et non une exigence allemande. Vichy na en aucun cas été un bouclier contre le nazisme. Pour Paxton, Vichy nest pas une parenthèse mais a laissé un lourd héritage. Cest la fin du silence entretenu sur lantisémitisme de Vichy.

26 2. La mémoire des déportations et la mémoire de la Shoah Le film Shoah de Claude Lanzmann est diffusé en 1985 et contribue au réveil de la mémoire du génocide des Juifs. Il est dépourvu dimages darchives et composé de témoignages des acteurs du génocide (victimes, bourreaux, témoins) collectés pendant 9 années. Lanzmann refuse la preuve par limage. La Shoah est un évènement invisible: les nazis ont cherché à effacer toutes les traces de lextermination. Lanzmann a voulu la resituer par la parole et le récit. Si Nuit et Brouillard représente le refoulement du génocide des Juifs, Shoah symbolise le retour de ce refoulé. Le cinéma apparaît alors comme un sismographe de la mémoire.

27 3. Le « syndrome de Vichy » 1987: procès Barbie Arrestation en Bolivie, en 1983, de lancien chef de la Gestapo de Lyon qui a tué Jean Moulin et déporté les enfants juifs dYzieu : la question centrale de la déportation des Juifs depuis la France est posée mais laccusé est Allemand et non Français. 1997: procès Papon Condamné à 10 ans de réclusion pour son rôle actif, lorsquil était secrétaire général de la préfecture de la Gironde pendant la guerre, dans larrestation de plus dun millier de Juifs dont une centaine denfants. Caricature de Plantu, Le Monde, octobre 1997

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29 Transition: Le régime de Vichy devient une obsession avec la fin du gaullisme historique et la résurgence de lextrême-droite. Les grands procès pour crime contre lhumanité se multiplient. Les crimes contre lhumanité sont, en effet, imprescriptibles depuis Les musées et mémoriaux se multiplient en France. Ils permettent une diversification des mémoires de la Seconde Guerre mondiale.

30 III. Au début du XXIème siècle : la fin des mythes ?

31 1. La responsabilité de lEtat français de Vichy est reconnue officiellement Commémoration du 53 ème anniversaire de la rafle du Vel dHiv Le 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac a reconnu devant le monument commémoratif la responsabilité de la France dans la rafle et dans la Shoah. « Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français. Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, policiers et gendarmes français, sous l'autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis. Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police. La France, patrie des Lumières et des Droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. » Les 16 et 17 juillet 1942, Juifs dont enfants sont arrêtés par la police française et regroupés au vélodrome dhiver avant dêtre déportés. Ci-dessous, les autobus utilisés à Paris lors de la rafle du Vél d'hiv, les 16 et 17 juillet 1942, stationnés le long du Vélodrome d'Hiver. C'est l'unique photo retrouvée dans les archives de presse.

32 2. Lattitude de la population civile française apparaît complexe. Pierre Laborie étudie la mémoire des années doccupation en France depuis la Libération. Le titre de cet ouvrage fait écho au film de Marcel Ophüls, Le chagrin et la pitié. Pierre Laborie distingue deux grandes séquences, l'avant et l'après-film de Marcel Ophüls Le Chagrin et la Pitié (1969). À la légende rose d'une France résistante, s'est substituée dans le discours dominant la légende noire d'une France collaboratrice et opportuniste. Pierre Laborie propose alors une lecture nuancée des années noires:«s'il paraît abusif d'avancer l'idée d'une société en résistance, il est en revanche possible, avec des décalages dans la chronologie selon les lieux, de parler d'une société de non- consentement».

33 3. Entre Etat et population civile. Les « Justes », des héros ordinaires En 2007, le président jacques Chirac sexprime à loccasion de lhommage national rendu aux « Justes de France » au Panthéon. Ce titre est décerné par le mémorial Yad Vashem au nom de lEtat dIsraël aux personnes ayant contribué à sauver des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Sur Justes reconnus, plus de 3000 sont français. Les lois mémorielles Lois mises en place depuis 1990 dont le rôle est de veiller aux respects des mémoires. Elles font lobjet de polémiques parmi les historiens. « Art. 24 bis. (L. n , 13 juill, 1990, art. 9). - Seront punis des peines prévues par le sixième alinéa de larticle 24 ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à larticle 23, lexistence dun ou plusieurs crimes contre lhumanité tels quils sont définis par larticle 6 du statut du tribunal militaire international annexé à laccord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres dune organisation déclarée criminelle en application de larticle 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale;[...] » « Il faut souligner avant tout que la loi Gayssot punit lopinion négationniste ou même toute expression de cette opinion. Cette expression ne constitue un délit que si elle est faite par lun des moyens énumérés dans la loi, cest-à-dire dans lespace public. En dautres termes, cest seulement la diffusion de cette opinion qui est punie, parce que, plus quune opinion, elle est alors un acte susceptible de produire des effets indésirables. » (Michel Troper, « La loi Gayssot et la constitution », Annales, Histoire, Sciences Sociales, 54(6), novembre- décembre 1999, p. 1253)La loi Gayssot et la constitution

34 Conclusion Lhistorien a pour mission dexpliquer le passé. Lhistoire de la mémoire est donc létude de la représentation du passé de la Seconde Guerre mondiale et de lentretien de son souvenir. Il a fallu un demi-siècle pour que la France (mémoire nationale) et les Français (mémoire collective et individuelles) puissent affronter le passé. Le passé est enfin assumé. Cela est dautant plus important que lère des témoins sachève. Il faut alors transmettre aux jeunes générations une mémoire de la guerre apaisée mais permettant aux Français de tirer les leçons de lhistoire, de se rassembler aujourdhui autour de valeurs communes. Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale nempêchent pas la réconciliation, ciment de lEurope. Le 60 ème anniversaire du débarquement se fait sous le signe de la réconciliation en Pour la première fois, lAllemagne est invitée aux cérémonies de commémoration. La mémoire de la Seconde Guerre mondiale et la mémoire de la Shoah se mondialisent. En 2004, lONU vote pour la première fois, une résolution à visée commémorative : le 27 janvier est la date choisie en référence à la libération du camp dAuschwitz pour célébrer la mémoire de la Shoah et la prévention des crimes contre lhumanité.

35 Sujets du bac Composition Une ou des mémoires de la Seconde Guerre mondiale depuis 1945? (Hatier) Lhistorien confronté aux différentes mémoires de la Seconde Guerre mondiale. (Bordas) Histoire et mémoire de la France de Vichy en France depuis (Magnard) La mémoire de la Shoah en France depuis (Magnard) En vous appuyant sur lexemple de la Seconde Guerre mondiale, vous vous demanderez si le travail de lhistorien doit être indépendant des mémoires. (Nathan) Etude critique de documents Discours dAndré Malraux au Panthéon le 19 décembre 1964 ( Hatier et Magnard) Lois mémorielles et histoire de la Seconde Guerre mondiale (Nathan)

36 Lire et voir Bibliographie Azéma, J.-P., Bedarida, F. La France des années noires, 1993 Delage G., Guigueno, V. Lhistorien et le film, 2004 Fishman, S. (dir.) La France sous Vichy. Autour de Robert Paxton, 2004 Laborie, P. Le Chagrin et le Venin. La France sous loccupation, mémoire et idées reçues, 2011 Nora, P. Les lieux de mémoire, Paxton, R. La France de Vichy , 1973 (nouvelle édition revue et remise à jour en 1997) Ricoeur, P. La mémoire, lhistoire et loubli, 2000 Rioux, J.-P. La France perd la mémoire, 2006 Rousso, H. Le syndrome de Vichy de 1944 à nos jours, 1987 Rousso, H., Conan, E. Vichy, un passé qui ne passe pas, 1996 Sitographie Filmographie Nuit et Brouillard dAlain Resnais (1956) Le chagrin et la pitié de Marcel Ophüls (1971) Lacombe Lucien de Louis Malle (1974) Shoah de Claude Lanzmann (1985) Indigènes de Rachid Bouchareb (2006)


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