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La nostalgie: inventer le passé

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Présentation au sujet: "La nostalgie: inventer le passé"— Transcription de la présentation:

1 La nostalgie: inventer le passé
Guy Lanoue, Université de Montréal,

2 Du héros nostalgique à la nostalgie comique d’aujourd’hui
Comment est-ce possible que la nostalgie s’est transformée du mal du pays d’Ulysse, qui pendant 10 ans subit des épreuves d’héros pour retrouver sa femme et son royaume (ici, il tue les prétendants qui ont voulu marier la présumée veuve Pénélope pour saisir le trône d’Ithaque) …. … en désir de jouer avec les poupées de caractères de bandes dessinées de son enfance? Ici, après le succès l’émission Seinfeld ( ), que la critique déclare ‘révolutionnaire’, American Express tourne deux petits films qui jouent sur le rapport de Jerry à son passé qui est devenu sa marque de commerce : il fait continuellement référence non seulement à sa jeunesse, mais à la culture pop de sa jeunesse.

3 Will nostalgia destroy pop culture?
La nostalgie est une condition particulière qui cherche à tracer un lien au passé; par contre, la culture pop existe dans un espace atemporel. Est-ce possible que les deux soient liés? Le passé, dans un régime traditionnel, est un domaine où les technologies de gouvernance véhiculent le pouvoir sur les individus en métaphorisant le temps et l’espace pour créer un lien entre l’espace du quotidien et le temps étatique. Ce n’est pas l’histoire sous forme d’un récit monolithique, mais la réglementation de l’espace qui oblige l’individu de contrôler son utilisation du temps mène à des formes de rationalité tout à fait cohérentes avec les dynamiques du marché et de la politique formelle. Will nostalgia destroy pop culture? From "Mad Men" to Adele, pop culture is increasingly obsessed with the past. An expert explains why that's bad L’illustration qui accompagne l’article: Simon Le Bon (pas identifié dans l’article), Duran Duran “This endless regurgitation of the familiar is dulling and vaguely depressing. It’s nice to think there’s a future for music, for example, and that people will do things that later generations can work with and take somewhere. I think if the preponderance of the music scene is based around recycling and revivalism, then it’s like bad farming. Basic common sense in farming is that you sow as well as reap. If you’re just reaping from the past, you’re not really giving anything back. Of course, music and culture don’t necessarily work in the way farming does, and ideas don’t get exhausted in the same way natural resources do, but I think it’s important for the ongoing project of music to at least try to come up with things that have never been done before. Young musicians, in particular, seem to be way more fascinated by the past than the future. That’s my main worry: Where is it going? Is this a practice that is infinitely sustainable? At this point, we’re well into the ’90s revival, and then it will be time for the naughties revival. It just seems a bit boring that that’s just how it’s going to proceed.” - Simon Reynolds, , consulté l

4 L’invention de l’histoire
Système bilatéral de l’Europe occidentale (typique des tribus et États de la région): deux parentèles égocentriques qui se chevauchent partiellement; elles sont définies en utilisant les grands-parents comme point de départ pour tracer la filiation. L’ambigüité (les doubles identités) qui en résulte est une faiblesse qui est contournée en mettant en scène la fiction qu’il existe deux temps, le passé «bilatéral» et le futur «linéaire»; chaque mariage est censé, selon cette logique, fonder un lignage exclusif dont l’identité est transmise par l’homme.

5 La nostalgie et le passé
La nostalgie est une instance particulière du passé. Normalement, on est nostalgique pour un passé assez récent, soit un passé vécu personnellement ou par une personne avec laquelle nous partageons un lien. Donc, il est possible qu’une personne ait la nostalgie pour la Belle Époque, traçant un lien à sa grand-mère qui, à son tour, a passé sa jeunesse en écoutant les histoires de sa grand-mère. Cependant, on ne peut ressentir de la nostalgie pour l’Empire romain; on ne peut établir aucun lien personnel avec cette époque. La nostalgie, donc, est un rapport au passé qui est personnalisé. Dans un contexte où les États occidentaux utilisent le contrôle de la dimension temporelle pour imposer leur hégémonie sur leurs citoyens, cette personnalisation est un indice puissant que les personnes veulent contester le contrôle de cette dimension. Le passé consiste de représentations: il faut donc comprendre les règles de composition esthétique. ebuilderpictures/web_C217_LaBelleEpoque.jpg

6 Le temps et l’espace 1a) établir des usages prescrits de l’espace («zonage»); ceci oblige les personnes à faire une navette liant les zones résidentielles, de travail, et de loisir; 1b) le zonage localise les magasins alimentaires et réglemente le temps nécessaire pour les emplettes; 1c) ) règlementer les horaires des magasins et donc définir les habitudes d’achat; 2a) établir, initialement en collaboration avec les propriétaires d’usines et, aujourd’hui, règlementer la «tradition» qui fixe les horaires de travail et des écoles; 2b) ceci va déterminer les horaires de l’intimité – quand les personnes mangent ensemble, etc.; 3) établir le nombre de jours ou même les périodes de vacances (ce qui oblige les personnes à prendre des décisions de «rester à la maison» ou de voyager); 4) standardiser les unités utilisées pour établir le temps; les fuseaux horaires standards ont émergé uniquement au 19e siècle; ceci en partie contribue à définir les frontières du «Nous» en sabotant les temps «locaux» 5) au 19e siècle, définir des standards d’hygiène qui obligeaient les personnes à établir certaines habitudes règlementées selon un horaire (se laver, s’habiller, etc.); 6) établir, par un système de musées, ce qui constitue «le passé» et donc limiter le matériel symbolique avec lequel les personnes construisent le passé; 7) règlementer les moyens de transport public (nombre, fréquence, parcours) et donc les horaires de déplacement 8) les régimes postmodernes et néolibéraux, qui oeuvrent à déraciner l’individu de la communauté et de la tradition, mettent l’emphase sur le présent en organisant la vie culturelle autour de festivals, qui, par leur nature, sont épisodiques. Festival du Jazz, Montréal

7 Bien entendu, la nostalgie ne se limite pas à une lutte entre le citoyen et l’État pour établir le contrôle du passé. Le passé a dominé et même déplacé les autres qualités de la nostalgie seulement vers la fin du 19e siècle quand les États-nations principaux de l’Occident (Angleterre, La France et l’Allemagne) ont réorienté leurs technologies de gouvernance vers l’hégémonie (dans le sens gramscien; voir le PPT Introduction pour la discussion de ce concept), poussant leurs citoyens, peut-être involontairement, vers la danse complexe de complicité et de résistance qui a défini l’équilibre politique de la classe moyenne pendant un siècle et demi. Avant, la nostalgie est connue sous la forme de mal du pays, une manifestation médicale (en fait, psychique ou psychologique, on dirait aujourd’hui) de la mélancolie dominée par les sentiments qui entouraient l’enfance de l’individu, et qui sont donc projetés sur les lieux liés aux souvenirs. s.com/2010/03/nostalgia1.gif René Magritte, Le mal du pays, 1941 .fr/wp-content/uploads/20 10/02/Le-mal-du-pays.jpg

8 Mélancolie, la «bile noire», liée au concept grec des humeurs censées contrôler les conditions biopsychiques des êtres humains. Notez que la bile noire est déjà associée à la terre, selon Hippocrate. La nostalgie du «pays» typique de la modernité occidentale était donc déjà métaphoriquement projetée sur le lieu par une théorie du corps et de la psyché totalement différente des interprétations ultérieures qui appuyait l’idée du mal du pays. La nostalgie est donc une attitude complexe et un engagement vers le lieu qui, comme un caméléon, s’adapte à et se manifeste selon les conditions politico-sociologiques locales. La nostalgie est donc une réponse individuelle aux tentatives étatiques de contrôler le passé. Il n’y a pas de lutte pour le passé, il s’agit plutôt d’une invention d’un passé parallèle. wikipedia/commons/c/c4/Four_elements_french.png

9 Le passé et la perspective
La culture populaire ne semble pas avoir un passé historique; ses éléments ne se réfèrent pas à une tradition, mais plutôt à la mémoire, ce qui suggère que la culture populaire a un passé d’une trentaine d’années – des souvenirs et des mémoires. Souvent, ces mémoires et souvenirs prennent une forme hautement ritualisée qui les identifie immédiatement comme des souvenirs individualisés faisant partie du domaine intime et non public. Ces souvenirs sont donc isolés des forces et dynamiques propres à la «grande» histoire officielle de la communauté. Les partager est un geste d’intimité. Ici, on voit une photo typique qui évoque des souvenirs, le passé individualisé; l’effet nostalgie fonctionne en personnalisant de scènes « officielles ». Ici, l’effet nostalgique se produit en annulant les traits reconnaissables des personnes, en créant une mise en scène où elles sont dominées par l’arrière-plan qui sert de contexte.

10 Le pyramide de Caius Cestus, Rome, érigé en 12 a. J. -C
Le pyramide de Caius Cestus, Rome, érigé en 12 a.J.-C. Voici le texte qui accompagne la photo sur le site WEB:  « It’s a wonderful place, with extra interest granted by the fact that it’s loomed over by Caius Cestius’s pyramid, built after his death in 12BC. He had a thing for Egypt. His slaves built it in 330 days, apparently. He freed them on his death; whether they built it when still ‘under contract’ I don’t know (and can’t be bothered to Google just yet). Beside the pyramid is a little cat sanctuary, and a couple of little feline charmers accompanied us on part of our stroll. » Den%26sa%3DN%26rls%3Dcom.microsoft:fr-ca:IE-SearchBox%26rlz%3D1I7ADRA_fr%26tbm%3Disch&um=1&itbs=1 ( )

11 Departments/General% 20Overseer/Misc%20Photos/ Articles/Snapshots/Snapshots-1.jpg 0Girl%20with%20a%20Pearl%20Earring%20(1665).jpg Comme dans la photo du couple devant le château, l’effet nostalgie peut être crée par l’élimination des traces de l’individualité. Ou, paradoxalement, comme dans l’instantané en haut, par l’élimination de toute l’information de l’arrière-plan. La nostalgie est donc une condition existentielle fortement ritualisée et signalée par l’adoption d’une composition visuelle où le sujet est débalancé vis-à-vis de son contexte (soit il n’y en a pas, soit il y en a trop). La jeune fille à la perle, Vermeer, 1667; l’arrière-plan traditionnel est éliminé, ou plutôt projeté sur le visage de la jeune fille. Ceci transforme cette image en objet esthétique pure; sans le dialogue traditionnel arrière-plan avant plan (contexte-texte), on ne peut projeter de l’information pour transformer l’image en véhicule de la nostalgie. En tout cas, l’âge de cette image est trop bien connu pour qu’elle fasse partie d’un engagement nostalgique.

12 Puisque l’espace nostalgique est évocateur du passé récent et donc, métaphoriquement, de la mémoire individuelle (un effet renforcé par les règles de composition de l’image nostalgique, qui réaménagent le rapport proche-loin), l’image métaphore du passé individuel peut devenir facilement une métonymie de toutes les émotions qui soulignent l’individualité: c’est une autre manifestation de nostalgie, la sentimentalité. À droite, une image qui brouille le dialogue normale entre arrière et avant plan. Autrement dit, le déséquilibre entre sujet et contexte permet au spectateur de définir le rapport du sujet à son contexte comme il le souhaite. La nostalgie est une opération hautement personnalisée et active. C’est une intervention temporelle de la part de l’individu, qui affirme son agir dans le temps-souvenir contre le pouvoir temporel monolithique (le temps-histoire) de l’État.

13 La géométrie visuelle et privilégier l’agir
Comment agit l’espace pour évoquer un temps particulier? Pour comprendre, il faut connaitre les règles de perspective et de la composition des images. Depuis 500 ans les cultures occidentales utilisent un régime visuel à la quasi-exclusion de toutes autres géométries du visuel. Ce système est désormais normalisé et somatisé. La perspective centrale (ou «linéaire») expérimentée et perfectionnée par Filippo Brunelleschi en c.1425, pour la première fois transforme les images définies par les 4 bords des deux dimensions principales (X, Y) en un simulacre de cube ayant trois dimensions et six faces; l’utilisation d’un point de convergence centrale situé à la face antérieure du cube imaginaire en effet met en relief la face qui représente l’avant-scène et donc privilégie la position spatiale et sémiotique-existentielle du spectateur vis-à-vis de l’image. À la Renaissance, l’utilisation d’édifices et d’autres éléments architecturaux devient rapidement la marque de commerce de la nouvelle perspective, comme si l’artiste voulait à tout prix proclamer son adhésion aux nouvelles règles esthétiques des proportions naturelles. Les raisons pour cette invention sont complexes (voir le PPT La Perspective et la leçon Les origines du Romantisme et la grande famine de 1315); ce qui est pertinent est que organisation géométrique des composants d’une image déclenche un dialogue silencieux entre l’arrière-plan et l’avant-plan, entre les composants d’apparence «petite» et les composants grands, entre le loin et le proche: c’est le spectateur le vrai sujet des images qui adoptent cette géométrie désormais standardisée et somatisée, mais son agir rehaussé converge avec l’idéologie de la souveraineté étatique, qui se légitime par son contrôle du territoire. Ceci déclenche une lutte sémiotique autour de la question de l’espace.

14 L’agir nostalgique Donc, la géométrie traditionnelle des composants d’une image dans ce régime déclenche un dialogue entre « proche » et « loin », qui met le spectateur au vrai point central de l’image. Le spectateur apparemment joue un rôle primordial, mais doit adhérer à la géométrie rigide de cette forme de perspective, qui le mène à la même rationalité de la distance que le zonage: l’individu est prétendument central, mais c’est la géométrie rigide de la perspective centrale qui l’amène à cette position. Par contre, l’image nostalgique exagère soit l’avant-plan, soit l’arrière-plan, brisant ainsi les rapports spatiaux normalisés. Le spectateur ne peut interpréter l’image sinon avec l’information fournie par la personne qui la présente. En fait, l’image nostalgique passe du visuel au verbal. En plaçant le sujet hors contexte (ou en faisant dominer le contexte [un arrière-plan pour un écran, à droite], qui annule le sujet humain, soit en l’éliminant par le gros plan), ce genre d’image devient nostalgique parce qu’elle oblige la personne qui la visionne à réintroduire, inconsciemment, l’équilibre entre e contexte et sujet. Les photos nostalgiques déclenchent la construction du texte, contexte et sous-texte; c’est une forme de sémiopouvoir individuel.

15 Le discours « nostalgique »
«Nineteen-eleven,» she said, « Wait until you see the snow …» She kept talking. It was the worst kind of snapshot monologue, giving the background of each blurred person and each indistinct object; and describing, in minute detail, things that weren’t shown in the pictures. p.103, My Secret History, Paul Theroux, 1989 Dans ce cas, la torture psychologique du monologue ennuyeux est pire, car le protagoniste le subit involontairement, de la part de la propriétaire de l’appartement de sa copine lors qu’il est caché dans le garde-robe de celle-ci (dans le roman, nous sommes au début des années 1960s). Le même effet peut se produire sans la nostalgie (sans la dimension temporelle):

16 Bref, la nostalgie a son propre régime visuel, basé sur le déracinement du sujet: soit en élargissant le sujet humain, soit, le réduisant à tel point qu’il est méconnaissable. Dans les deux cas, le dialogue normal du proche ou du loin est interrompu, et donc permet au raconteur de projeter le contenu qu’il veut et donc devenir, dans son imaginaire, le maitre du temps. Il existe également la «nostalgie structurale», c.-à-d., la nostalgie collective et non individuelle, telle que définie par Michael Herzfeld (Cultural Intimacy, 1996), où les communautés tentent de résoudre la tension sémiotique (et sémantique) entre la présentation idéalisée du Nous et le non-dit collectif (par exemple, aux États-Unis, entre la fierté nationale de la «conquête» mythique de l’Ouest et le génocide collectif des peuples autochtones qui la rendu possible). Selon Herzfeld, quelques ploads/2008/07/buffalobillwildwest-lrg.jpg 1/226207/cowboy-wild-west-rodeo.jpg métaphores de l’individu et du social, telles que le corps, la famille, de la communauté, sont manipulées pour les transformer de métaphores simples en métonymies polysémiques de l’imaginaire, où se forge l’identité collective.

17 La nostalgie du jeu Cette collection de jouets (du site 4chan, sous la rubrique «nostalgie») des années 1980 représente la nostalgie postmoderne, car les jouets sont une des catégories qui peut déclencher le voyage nostalgique postmoderne; on les touche, on les manipule, on les utilise pour créer un petit univers individuel. Notez qu’aucun jeu collectif n’a cet effet. Par exemple, les jouets avaient précisément cet effet sur Jerry Seinfeld (voir l’épisode no. 162), qui était également un maniaque du BD Superman). nimations/superman/supermanseinfeld.jpg Ici, ce meme est exploité par la compagnie American Express, qui a basé sa campagne publicitaire des années 1990 sur Seinfeld, grand admirateur de bandes dessinées.

18 «Unfinished Business»*
Pour plusieurs émigrants, le Canada et les États-Unis représentent un genre de paradis où les individus sont à l'abri des pires offenses à la personne imaginable, et même certaines moins graves: l’esclavage sexuel, la discrimination raciale, la marginalisation sociale, des institutions publiques qui ne fournissent aucun service sans le pot de vin, impossibilité d’avancement social, restrictions géographiques sur la résidence, etc. Selon Statistique Canada, un tiers des hommes arrivés au Canada entre ans quittent le pays dans les 20 ans qui suivent leur arrivée (http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/060301/dq060301b-eng.htm [cliquez], ). Au Québec, 51,000+ immigrants sont arrivés entre et , et 3,600+ ont quitté la province (http://www40.statcan.gc.ca/l01/cst01/demo33b-eng.htm, [cliquez]) dans la même période. Quand les personnes immigrent, ils laissent derrière eux du «unfinished business»: des engagements, des parties de leur psyché, de leurs émotions. Les émigrants qui arrivent de pays où les institutions publiques fonctionnent mal ou menacent la qualité de vie ont tendance à s’investir dans l’amitié et dans l’intime comme tampon protecteur. Souvent, ils ne peuvent recréer ces sentiments dans le pays d’accueil «efficace». /wallpapers/pink-floyd-the-wall.jpg images/fans/drapeau_old.jpg [cliquez] Ce drapeau n’est pas une blague: il se trouve sur le site: [cliquez] * Merci à Angelica Higuera (doctorand, U. de Montréal), qui m’a rappelé cette tournure de phrase utilisée dans de plusieurs titres de livres et de films.

19 Ceci déclenche une forme de nostalgie («nostalgia narratives»), dont la distance géographique permet la mythification du passé. Ceci est un processus bien connu. Ce qui n’est souvent pas précisé dans ce modèle d’«intégration» est l’effet sur les enfants d’émigrants. Fréquemment, ces jeunes ne partagent pas la vision de la soi-disant «tradition» de leurs parents, ce qui peut créer de difficultés et de tensions au sein de la famille, qui devient un lieu de lutte et de tensions, car, selon la «tradition» (soit de la culture de source, soit de l’idéologie dominante de la culture d’accueil qui veut orientaliser l’Autre), elle est censée d’agir de tampon contre les pressions qui entourent l’«intégration». La nostalgie nourrit les clivages générationnels indicibles, qui sont mises en place par la nostalgie des parents. t.com/_QfVWU-2pVL4/S oc2ewBnawI/AAAAAAAA HzU/Y5I6BegwFZw/s160 0/070201picoftheday.jpg Avec ceci, je ne veux suggérer que les enfants s’adaptent et les parents non. Souvent, les enfants aux prises avec les clivages et les tensions au sein de la famille vont se réfugier dans une version mythifiée et hyperpolitisée de la nostalgie des parents. Les deux réponses, des parents et des enfants, sont souvent mal interprétées par les membres de la société d’accueil.

20 La condition postmoderne et le temps: Quelques traits souvent cités pour «expliquer» la condition postmoderne: Des visages postmodernes Frontières poreuses? (disparition de centres traditionnels qui définissent le cœur d'une culture). Sans centre, moins de contrôle des frontières culturelles et plus de pénétration par «d’autres» cultures Rapidité des échanges? (les technologies de communication offrent la possibilité de créer de réseaux étendus). L’établissement d’un nouveau système mondial basé sur le libre-échange, ajouté à la simplification du contenu des productions culturelles, mène à une augmentation considérable de la fréquence des échanges. Élargissement de la gamme des produits échangés (de la marchandise à l'image)? Aujourd’hui, ce n’est pas uniquement les marchandises traditionnelles qui sont échangées, mais aussi des «productions culturelles» -- images, films, modes, etc. AAAAAAAADs4/90jmLF1C0ek/s400/postmodern+faces.jpg

21 Les personnes vs. les objets
Les souvenirs classiques du passé captés par des photographies montrent des personnes, certes, mais de façon particulière, comme j’ai dit: soit elles sont à peine reconnaissables, soit elles dominent l’arrière-plan informatif au point de l’éliminer. L’accès au passé dans le contexte postmoderne est beaucoup plus complexe, et ce n’est pas surprenant que les personnes qui vivent sous des régimes dominés par une orientation néolibérale vont accéder le passé plus facilement par le biais des objets et des personnages imaginaires, tels qu’incarnés par les BD. La nostalgie postmoderne peut s’exprimer surtout par des objets et non par l’image de personnes. images/NostalgicNewOrleans.JPG La nostalgie et les objets: acatalog/portebello_nostalgic_03.jpg Trois moments dans l’évolution de la nostalgie (gauche à droit): classique (personnes dominées par l’arrière-plan); postindustrielle, mais néanmoins moderne (dominée par des signes d’objets, mais ni par les objets ni par les personnes); postmoderne (véhiculée par les signes d’un monde imaginaire et même ironique; ici, par des personnes transformées en incarnations des styles emo et scene, qui sont des commentaires ironiques sur les années 1980 et 1960, respectivement). À différence du voyage nostalgique de la modernité à la recherche du Nous projeté sur l’Autre , la nostalgie postmoderne tente d’établir le Nous en faisant des commentaires autoréférentiels.

22 La nouvelle gouvernance et le temps
Changement à la gouvernance: nouvelles formes du capital, nouveau rapport aux classes marginales, nouvelle rationalité (qui contribue à la plus-value de l‘État pour soulager sa crise financière). 1) Le résultat est un abandon réciproque des identités appuyées par l'idéologie étatique et standardisées par la normalisation. 2) Émergence de la postmodernité parmi la classe moyenne des banlieues américaines. 3 phases à l’individualisation: a) par la consommation de marchandises – années 1950 b) par la corporalité et la sexualité – années 1965+ c) par la consommation de produits culturels – années Cette dernière phase est isolée du temps étatique car elle ne dépend aucunement sur les marchandises, qui, implicitement, portent toujours de traces du contrôle hégémonique du temps; p.e., les prix de marchandises chinoises. Harold Lloyd, Safety Last, 1923

23 La gouvernance et le temps: trois régimes
Passé Présent Futur Pré-moderne + (valorisation, idéalisation et mythification) - (changeant, incertain) (futur incertain) Moderne (dévalorisation et diabolisation; primitivisme et orientalisme) (progrès, stabilité) (utopisme) Postmoderne - (passé non pertinent) + (transformation infinie du Soi [liquid selves de Baumant; swift selves de McCrackern]; voir Espace et Temps) (futur négatif)

24 Le temps de la culture populaire
Les éléments qui composent ce que nous appelons la culture populaire sont dégarnis de leur dimension temporelle, ceci pour les simplifier afin qu’ils puissent être plus facilement combinés en des ensembles nouveaux et novateurs (créant l’impression que nous sommes tous de petits génies, maitres de nos domaines). Sans passé, ces éléments deviennent autoréférentiels, permettant de fusionner le texte et le sous-texte, créant un lieu dominé par le contexte, qui est une projection du sémiopouvoir individuel. Le résultat est que ces composants de la culture populaire, comme les éléments qui définissent le passé individualisé des souvenirs, se prêtent facilement à une opération nostalgique.

25 Les composants atemporels de la culture populaire
Étant donné que le contrôle du temps est un des moyens principaux utilisés par les États pour établir l’hégémonie sur leurs citoyens (voir le dossier Mode et pouvoir), contester ce contrôle devient une question urgente pour les individus déracinés des contextes locaux par la mondialisation. Le contrôle individuel du temps devient une façon de renforcer l’agir vis-à-vis l’hégémonie étatique et néolibérale. Quand les personnes insistent que les composants de la «culture» (populaire) n’ont pas de dimension temporelle, en contraste aux composants de l’histoire «officielle» et traditionnelle qui son imbibés d’une linéarité étroite par les politiques culturelles de l’État, elles s’engagent dans une tentative de diminuer le pouvoir de l’État et d’augmenter leur propre pouvoir. (Malheureusement, ceci ne fait que renforcer le néolibéralisme étatique, qui veut transformer chaque citoyen en entité totalement autonome pour le soumettre aux dynamiques du marché). Ces tentatives sont en fait à l’origine de la culture postmoderne (voir le PPT Le design moderne).

26 L’espace atemporel et l’innovation: le recyclage
«You have just entered the very heart, soul, and life force of the internet. this is a place beyond sanity, wild and untamed. there is nothing new here. "new" content on 4chan is not found; it is created from old material. every interesting, offensive, shocking, or debate inspiring topic youve seen elsewhere has been posted here ad infinitum. we are the reason for "not safe for work".» Mon emphase. (http://www.urbandictionary.com/define.php?term=4chan; ) The Jetsons, le futur (2062) imaginé en Notez que le chien Astro est le pont entre Maynard G. Krebs (voir PPT Ironie) des années 1950 et Scooby-Doo des années 1970 L’émission est toujours disponible sur certaines chaines. Comme The Flintstones de la même époque présentait la banlieue avec une technologie de l’Age de Pierre, le « futur » des Jetsons présente la même image avec une technologie futuriste (mais avec rien de nouveau: la technologie de 1960 est améliorée, pas transformée. La bonne Rosie the Robot (basée sur un caractère de l’émission Hazel des années 1950 et sur le personnage Rosie de Riveter de la 2e Guerre mondiale) apparait en Robot Chicken (2007, dans un épisode basé sur I, Robot) et Futurama (2006).

27 Les I-Pod comme machines temporelles
La pratique de télécharger la musique en format MP-3 permet aux personnes de vivre dans un monde instantané, dont les paramètres sont continuellement reformulés pour définir un présent éternel: on change nos sélections fréquemment et, donc, en accélérant la fréquence avec laquelle on est présenté avec de nouveaux menus, on se distance du passé; c’est le simulacre de la maitrise de la dimension temporelle. Cette fréquence souligne l’aspect de consommer ce produit culturel et donc le transforme en marchandise. C’est l’acte de changer et non l’appréciation des qualités esthétiques de la composition ou de la performance qui comptent. La musique, donc, comme d’autres composants typiques de la culture populaire, se démocratise. Ceci favorise le pouvoir individuel, l’agir, qui devient le sémiopouvoir.

28 L’étrange histoire de Dancing Matt
2005 323trueneutralBlogDancingMatt.jpg 2008 Dancing Matt est un ensemble de vidéos virales présenté sur YouTube. Matthew Harding, jeune informaticien américain, part en voyage autour du monde en 2005 et crée un Blogue pour rester en contact avec ses proches. À chaque lieu visité, il se fait photographié interprétant une petite danse naïve. Ces vidéos deviennent rapidement un objet de culte, avec des dizaines de millions de spectateurs. Avec une commandite du fabricant de la gomme à mastiquer Stride, il part en 2e voyage l’année suivante et, enfin, un 3e voyage en La danse universelle transforme chaque scène en nostalgie instantanée: c’est une nouvelle forme de tourisme, où le sujet et le contexte interprétatif sont construits. /thumbs/s-DANCING-MATT-large.jpg 2008

29 Image nostalgique, image esthétique
Lors de son 3e voyage, en 2008, il visite 42 pays en 14 mois, mais cette fois, il se fait reprendre entouré de personnes qui ont voulu se joindre à son projet. Le tout est organisé avec précision avant son départ. Les participants signent des feuilles de consentement, sauf en Afrique et d’autres zones tierces mondiales; pour contourner les problèmes potentiels, l’équipe le reprend entouré d’enfants dans ces zones (il explique tout ceci à l’occasion d’une conférence placée sur YouTube). Le vidéo de 2008 apparait (comme les autres, sous le nom «Where the Hell is Matt?», une référence au jeu vidéo «Where in the World is Carmen Sandiego», et aux livres devenus meme sur l’internet, «Where’s Waldo?»), avec une chanson composée pour l’occasion. La lyrique est d’une poésie bengalie chantée par Palbasha Siddique, une jeune Bengalie immigrée aux États-Unis. Notez la différence d’encadrement et de perspective quand on compare les voyages de 2006 et de Seul, l’expérience du voyage était un engin pour la production de la nostalgie; on voit Matt dominé par l’environnement. Dans ses voyages ultérieurs, entourées de personnes, les images orientent le spectateur vers la connexion, le lien, le présent. L’image nostalgique classique du premier voyage exige qu’on y injecte de la signification supplémentaire pour construire la dimension du souvenir; l’énergie des danseurs transforme l’image postmoderne de 2008 en ensemble hermétique: le présent éternel. 2006 -3ead /TRAVEL%20HARDING243.jpg

30 Le lieu et le romantisme
La nostalgie commence à se faire notée comme une condition psychique et existentielle au 18e et surtout au 19e siècle, le moment où le romantisme domine et politise plusieurs manifestations de l’attachement au lieu. Autrement dit, il est avant tout un désir pour un lieu lointain, quand le destin a séparé une personne de son lieu d’origine ou de résidence. C’est seulement plus tard que la condition acquiert sa signification d’un attachement à un temps idéalisé. my-train-journeys-part-iv-nostalgic-deccan-queen-dq003.jpg La nostalgie est donc liée au concept du voyage, dans l’espace et puis dans le temps. Le train souvent symbolise ce voyage nostalgique, car il est aussi signe du passé et du voyage aux rythmes lents, pour savourer les images qui nous séparent de notre destination. l

31 Le voyage «initiatique»
Le voyage, dans un régime moderne, évoque la découverte et l’initiation. Le passage à un autre lieu symbolise le passage à une autre condition de vie, à un autre temps. Évidemment, ces deux dimensions peuvent être combinées pour définir le voyage initiatique, un voyage de découvert du Soi (semblable au bildungsroman, dont Les souffrances du jeune Werther [1774] de Goethe devient le prototype) à travers la rencontre avec l’autre (qui, pour Goethe, n’était pas l’Autre anthropologique et exotique). La culture de l’Autre sous les régimes modernes propose un lien entre la distance et le temps: plus le voyageur se distance du cœur symbolique de sa civilisation, plus il recule dans le temps. Le sauvage éloigné est censé être ancestral, une représentation figée du passé. Voir, p.e., Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad (1899), inspiration pour le film culte Apocalyse Now. En fait, l’illustration est de Goethe en Italie, par Tischbein (1787), et ne représente pas le jeune Werther. Mais, pour le poète, son voyage en Campagne était une découverte spirituelle qui inspira le mouvement romantique. society/images/2007/07/23/tin_tin_in_congo1.jpg

32 Le temps nostalgique est peu profond
La nostalgie est signalée par le désir du voyage et de son appareil sémiotique, mais toujours à l’intérieur du cadre dont les frontières sont tracées par la temporalité des souvenirs personnalisés et non par l’histoire; l’effet nostalgie généralement ne s’étend pas au-delà d’une génération. Il faut avoir un contact avec l’objet, même de façon indirecte (la nostalgie peut cibler quelque objet de la génération de nos (vos!) parents). Ce contact rapproché avec l’objet facilite la domination et l’appropriation de l’objet, en contraste avec la qualité impersonnelle de l’histoire officielle, dont le but est de tracer les contours de l’hégémonie censée intégrer les personnes. _original_550_413_jpeg_ _bb8e7fa9d4663ea5cd13b17d24e78d9e.jpg La sémiotique du voyage est l’équivalent, dans la géographie de l’imaginaire, de la taille réduite des images de personnes protagonistes des photos nostalgiques. Le voyage nostalgique d’aujourd’hui se distingue du voyage initiatique typique de la modernité.

33 Le passé photographié Pellicule classique: Digitale:
Batteries - CR2 Lithium Batteries $7 ea) - $28 Film - ISO exposure (52 $2 ea) - $104 Developing - developing 4x6 prints (52 $2 ea) - $104 Total cost - $236 com/photos/35mm-film.jpg Digitale: Developing - 4x6 prints (1,248 $.10 ea) - $125 Total cost - $125 ¸/wp-content/uploads/2009/08/digital-camera -memory-cards.jpg Pour comparer, les données tiennent pour acquis que les photos seront imprimées, mais la majorité des utilisateurs laissent leurs photos en format digital sur l’ordinateur. Les personnes ont donc tendance à faire des milliers de photos pour les conserver en format digital sans les imprimer, comparé aux photos sur pellicule, qui doivent être imprimées. Cela signifie que les personnes souvent prennent des douzaines ou même des centaines de cliches de chaque évènement, comparé aux quelques photos souvenirs typiques de la vieille technologie. Cette hypermultiplication des images du moment présent dans un sens augmente le moment présent pour éclipser le passé. Ces images ne sont plus un souvenir; en fait, les personnes, surtout les jeunes, typiquement les consultent immédiatement après l’occasion et jamais plus. «Again, this weekend, she goes up to see him for the whole weekend without telling me. I found out after pics of her were uploaded to facebook by the ex boyfriends friend.» - d’un blogue consulté le

34 La fin de la nostalgie? Le nouveau système mondial, qui prétend avoir redéfini autant les frontières du Soi que les frontières géographiques, a redimensionné le voyage initiatique, car l’Autre est aujourd’hui fusionné avec le Nous par un ensemble de liens complexes et surtout par la nouvelle culture pop mondialisée, qui ignore les frontières nationales. Les polarités public-privé, proche-loin, état-citoyen, qui dominaient la modernité n’ont plus de points de repère dans la culture postmoderne. La nostalgie et l’ironie: Paradoxalement, l’élimination du passé comme catégorie définitoire du présent et l’omniprésence géographique de la culture pop contemporaine ont transformé la nostalgie. Jadis, une personne se recréait un passé « anti-étatique » grâce à la nostalgie. Mais aujourd’hui le passé n’est plus une catégorie active pour construire le Soi social. La nostalgie qui cherchait d’individualiser le temps s’est renversée: aujourd’hui, ce désir se manifeste par la création de réseaux sociaux hyperfournis de photos de fêtes et de lieux visités ensembles. La nostalgie semble vouée à disparaitre, remplacé par le recyclage, où les objets du passé vivent dans un imaginaire sans temps.

35 Sommes-nous dans un régime totalement nouveau?
Plusieurs chercheurs parlent de «rupture» en comparant la postmodernité et la modernité classique. Il y a-t-il vraiment eu une rupture entre ces deux régimes? Pas vraiment. Les personnes ont toujours utilisé le passé pour s’intégrer ou pour se distancier des centres du pouvoir; généralement, elles adoptent les deux stratégies, qui ne rentrent pas en conflit, car le capital acquis par la maitrise du passé est mis-en-scène en des espaces différents. La différence est que les luttes pour le passé se sont personnalisées avec l’affaiblissement des narrations-maitre (Lyotard). La nostalgie humanise le passé et le redéfinit envers agir individuel. À différence d’idéalisation officielle du passé de la part des États, la nostalgie offre la possibilité de construire un passé individualisé, avec des éléments tirés de l’espace intime. Souvent, ces récits personnalisés ne sont pas forcément flatteurs; leur puissance n’est pas liée à leur contenu doré, mais au fait qu’ils sont construits par l’individu et non par l’État. scrit2/l/a/_/la_rupture_haut.jpg PopularScience/9-1950/lrg_rupture.jpg La vraie rupture existe uniquement dans les théories des anthropologues désireux d’établir leurs nouvelles théories postmodernistes de la postmodernité. Jadis, ils étaient aveuglés à l’appropriation du temps de la part des individus, car ils étaient plus préoccupés par la question de stabilité sociale et donc la façon dont une structure clé se reproduisait intacte d’une génération à l’autre. Ils se contraient sur les idéologies de leurs sujets, des modèles assainis et cohérents projetés dans l’imaginaire, parce que ceux-ci, étant plus cohérents, se conjuguaient plus facilement avec l’idée de la stabilité et de sa reproduction. Dans la «vraie» vie, les personnes ont toujours contesté le contrôle du temps. La question est: quel temps, le présent/futur (postmoderne) ou le passé (moderne)?


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