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Quest-ce quune langue créole ? Marie-Christine Hazaël-Massieux Université de Provence

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Présentation au sujet: "Quest-ce quune langue créole ? Marie-Christine Hazaël-Massieux Université de Provence"— Transcription de la présentation:

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2 Quest-ce quune langue créole ? Marie-Christine Hazaël-Massieux Université de Provence

3 Antilles Océan Indien

4 Les principaux créoles français dans le monde (ZAC puis OI) Louisiane habitants (mais peu de créolophones) Haïti habitants Guadeloupe habitants La Dominique habitants Martinique habitants Sainte-Lucie habitants Guyane habitants Réunion habitants Maurice habitants Seychelles habitants

5 1) Définition socio-historique On appelle « créoles » des langues nées au cours des siècles de la colonisation française (européenne), dans le contact de langues entre maîtres (de lOuest français, pratiquant un français régional et populaire) et esclaves (le plus souvent dorigine africaine) ; ces contacts de langues étaient exclusivement oraux, sexerçaient hors de toute pression normative, dans le contexte dune domination socio-culturelle des maîtres français.

6 Mais ces langues à lorigine ne sappellent pas créoles : Exemple dun texte : Moreau de Saint-Méry, 1797, Description typographique, physique, civile, politique et hist. de la partie française de lIsle St-Domingue « Jai à parler maintenant du langage qui sert à tous les nègres qui habitent la colonie française de Saint-Domingue. Cest un français corrompu, auquel on a mêlé plusieurs mots espagnols francisés, et où les termes marins ont aussi trouvé leur place. On concevra aisément que ce langage, qui nest quun vrai jargon, est souvent inintelligible dans la bouche dun vieil Africain, et quon le parle dautant mieux, quon la appris plus jeune. Ce jargon est extrêmement mignard, et tel que linflexion fait la plus grande partie de lexpression. Il a aussi son génie, (quon passe ce mot à un Créol qui croit ne le pas profaner), et un fait très sûr, cest quun Européen, quelque habitude quil en ait, quelque longue quait été sa résidence aux Isles, nen possède jamais les finesses. »

7 Le terme « créole » < « criollo » désigne les populations nées aux îles de parents venus dailleurs : cf. vaches créoles, etc. Créoles, pour les populations humaines, désigne les descendants des arrivants, quils soient blancs ou noirs. Les premières attestations du terme de « créole » appliqué aux langues (langues des Créoles) sont tardives : fin du XVIIIe siècle, alors quon a des phrases en créole ou des textes dans les premières décennies du XVIIIe siècle. Toutes les langues que les créolistes appellent créoles, ne sappellent pas créoles : cf. le papiamento, le palenquero, le tagalog, le sranan…

8 Aujourdhui « créoles » est souvent synonyme de « mélange de langues » (idée largement répandue dans le grand public) idée qui entraîne dailleurs une certaine dévalorisation : langues bâtardes ? mais aussi idée qui peut-être nuisible à une plus juste conception de leur développement ? – car les créoles évoluent comme toutes les langues

9 Les créoles, qui ont beaucoup évolué depuis leur origine, sont des langues bien distinctes du français. Ce qui caractérise les créoles, ce nest pas tant le lexique que la grammaire. Un exemple simple : 2° Des exemples dans divers créoles français La bête la mangea Ou pé ké manjé-moin La bête la tua Ou pé ké kué-moin

10 Dans les créoles on peut trouver des traces de leurs origines multiples. Mais ces recherches étymologiques, surtout significatives pour le lexique (cf. Dictionnaire étymologique des créoles de lOcéan Indien, par Annegret Bollée), risquent de faire oublier quil sagit de langues originales et nouvelles (peut- être que beaucoup de langues sont nées ainsi (cf. les langues romanes ???) Noirs et blancs au cours des colonisations ont forgé de nouvelles langues, qui ont leurs propres « systèmes », différents des langues dorigine : systèmes originaux et complexes, avec leurs paradigmes, leurs modes de structuration, leurs significations organisées différemment des langues souches.

11 Un exemple : le verbe (comparaison des structures de base guadeloupéen / haïtien) GuadeloupeHaïti Mwen ka manjé / an ka manjé Map manjé Mwen manjéM manjé Mwen té manjéM té manjé Mwen ké manjéM a manjé Mwen té ké manjéM t av manjé Mwen té ka manjéM t ap manjé

12 Tab-la Zozyo-laZozyo-(l)aZwazo-(l)a Fanm-laFanm-lanFanm-nan Pon-laPon-(l)an Tè-ya Fimen-yan Le déterminant défini en gpéen, mquais, haïtien Cela ne vient en droite ligne de rien ! Déstructuration / restructuration ? Et que dire de la nouvelle évolution du créole haïtien : tab-lan / zwazo-lan / fanm lan / pon – lan ? GuaMarHaï

13 Pour comparer les pronoms dans les différents créoles français : Pour une petite découverte du créole martiniquais :

14 An grin té dri asou redout I té an ba-y san parapli Man té ni yonn volé an wout E pétèt menm kay an zanmi Man vansé bò-y près a la kous Pou mwen té ba-y tibwen labri Chivé-y té ja bwè dlo kon mous I pa fè pwèl sak pou-y di wi. An ti kwen parapli Pou an kwen paradi Si an non té fèt pou-y sé anj An ti kwen paradi Pou an kwen parapli Es ti ni pli bel chanj jodi ?

15 3) Recherche dune définition typologique ? Depuis quelques années, on sefforce de voir sil ny a pas un « type » créole : des traits toujours présents qui caractériseraient les langues créoles quelles que soient leurs bases : française, anglaise, portugaise… …qui caractériseraient des langues, quelles que soient leur date de naissance, le contexte de leur genèse… on sinterroge sur lexistence de créoles africains (cf. le kituba), sur des créoles naissant dans les grandes villes africaines (le « français de Moussa » en Côte-dIvoire), de « créoles » partout où il y a des contacts ou apprentissage difficile (cf. le gullah : Black English), les véhiculaires (le lingala, le bhodjpouri…) et cf. « le joual cé-tu un créole ? »

16 Parmi les a-prioris qui faussent souvent la démarche : Rapprocher des langues dabord parce quelles portent le même nom (créoles) ! Mais quest-ce quun créole ? Oublier que les langues évoluent. Si les créoles se ressemblaient beaucoup à lorigine quand la communication était principalement lexicale et la base française encore très perceptible, la structuration grammaticale progressive, propre à chaque langue, rend de moins en moins possible lappartenance à un même type. On glisse vite de ressemblances formelles ou structurelles à lidée quil y a là trace dune langue dorigine.

17 Comment certaines ressemblances superficielles poussent à chercher sil existe un « type créole ». Ex. le verbe copule ; antéposition ou postposition du déterminant. Les premières études ( ) soulignent rapidement des difficultés ; cf. S. Mufwene (de fait les ressemblances ne sont-elles pas liées à la « parenté » ? cf. Meillet) : « [Les créoles] se sont développés dans une situation de contact où aucune langue ne pouvait être transmise intégralement dune génération ou dun groupe de locuteurs à lautre ; ils sont caractérisés par une restructuration linguistique » (in Etudes créoles, vol. IX, n° 1, 1986, pp : « Les langues créoles peuvent-elles être définies sans allusion à leur histoire ? »

18 Méditer sur Meillet : « … La parenté nimplique aucune ressemblance actuelle des langues considérées, ni surtout du système général des langues considérées ; et inversement il y a beaucoup de ressemblances, soit de structure générale, soit de vocabulaire, qui nimpliquent pas parenté. » (in Linguistique historique et linguistique générale, 1982, p. 92 Par là Meillet sépare clairement parenté et type.

19 Un schéma pour expliquer les développements des créoles dans la Caraïbe : vers une nouvelle définition des créoles ? Des contacts entre populations déportées Une histoire mouvementée et diverse La nécessité de communiquer Des rapports sociolinguistiques particuliers (colonisation, esclavage) Des textes de différentes époques à interpréter

20 Français Langues africaines 1ère rupture : du français au créole 2e rupture : du « créole » marqué par la variation aux langues diverses Forces qui sexercent sur le créole visible (écrit) des colons : les esclaves, libérés, les mulâtres, les engagés libres…arrivés dAfrique, de lInde… qui parlent un créole (différent du créole des maîtres) se mettent à écrire ou à influencer lécrit) … 1820… Époque du « créole » Se dégagent paradigmes caractéristiques de chaque nouvelle langue Cr. parlé par les maîtres : témoi- gnages écrits Cr. parlés par les esclaves gua hai mar

21 Dès lors quappelle-t-on « créole » ? Une langue : quand la « créolisation » est en cours ? quand elle est achevée ? Si on a des « créoles » à lorigine, on nen a plus après quelques siècles ! On a de « vraies langues » (cf. Parkvall) NB : Des systèmes proches (quand ils étaient élémentaires) se séparent de plus en plus.

22 Peut-on continuer à appeler « créoles » ces langues indéfiniment ? Na-t-on pas des systèmes originaux qui constituent le guadeloupéen, le martiniquais, lhaïtien… ? Dans ces conditions (démontrées par létude historique) ne faudrait-il pas dire quau bout dun certain temps historique on naurait plus de « créoles » ? « Créoles » pourrait par là maintenant désigner certaines langues au moment de leur naissance, et « créolisation » un certain type de « genèse » : conditions de contacts de langues très diverses, obligation de communiquer, domination de lune des langues sur les autres, transmission orale, etc.

23 Conclusions Pour une nouvelle définition des langues créoles: est-ce que toutes les langues qui émergent dans des situations de contacts, avec rupture de transmission, ne sont pas pour un temps des « créoles » ? La créolisation serait un certain type de genèse pour les langues… peut-être pas réservée aux seuls langues appelées « créoles », mais pour autant à ne pas transposer sur toutes les genèses. Intérêt de létude des « créoles » pour la linguistique générale

24 Quelles sont les types de genèses des langues? Sans doute de nombreux types : en établir linventaire. Tous les « créoles » historiques ne sont pas nés dans les mêmes conditions – peut-être pas tous par « créolisation » ! Il est sans doute nécessaire de mieux caractériser le temps de la genèse proprement dite (cf. notions de pidgins, créoles…), puis lévolution continuée de toute langue… Il sagit bien sûr de « modèles » dont il faut évaluer la fécondité. Urgence de travailler sur les langues « émergentes » !!!

25 Pour mécrire : Cours de linguistique créole :


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