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LA VILLE INFORMELLE EMERGENCE ET EVOLUTION DES GECEKONDU Hakan YÜCEL 1.

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1 LA VILLE INFORMELLE EMERGENCE ET EVOLUTION DES GECEKONDU Hakan YÜCEL 1

2 La ville informelle «... La grande réponse des pauvres a été la production de cet habitat précaire qui a proliféré un peu partout dans les années , avec, en complément, un habitat de trottoir et une occupation des taudis. On observe dabord luniversalité de la baraque, dans sa précarité, avec ses planches, ses tôles, ses vieux pneumatiques, ses cartons... et son exiguïté pour loger des familles entières. Tantôt elles sentassent sans ordre apparent, avec un minimum despace de circulation, de ruelles et dimpasses; tantôt elles salignent au long des rues mieux tracées, lorsque linvasion a été planifiée. Elles occupent toujours des terrains qui appartiennent à dautres ». Michel Rochefort, Le défi urbain dans les pays du Sud, LHarmattan, 2000, p 75 2

3 La ville informelle Les quartiers de gecekondu qui englobent désormais plus dun quart de la population urbaine turque ont vécu un processus dintégration urbaine en vue de leur évolution physique et de leur légalisation que nous pouvons résumer en trois étapes : 1)lémergence des habitations construites illégalement, 2) la consolidation de ces zones illégales par la croissance horizontale et la création des quartiers informels, 3) …et enfin la croissance verticale par lémergence des immeubles à plusieurs étages comme figures matérielles de leur intégration urbaine 3

4 3 périodes, 3 perceptions dominantes sur les habitants des quartiers informels 1) Les années de : lémergence des quartiers informels dans le tissu urbain, les habitants considérés comme des paysans dans la ville, linfluence du paradigme évolutionniste dans les recherches. 2) La décennie de 1970: Le développement horizontale des quartiers informel, les habitants exploités, désavantageux, linfluence du paradigme de dépendance dans les recherches. 3) : La verticalisation, les habitants comme classes dangeureses, ségrégation sociale et urbaine… 4

5 gecekondu …un terme turc utilisé pour la première fois juste après la II. Guerre Mondiale, exactement en 1947, où il apparaît dans la presse stambouliote et au sein de la Grande Assemblée Nationale de Turquie pour désigner les bâtiments précaires construits illégalement. Littéralement, gecekondu signifie le bâtiment construit le soir. Voir Jean-François Pérouse, « Les tribulations du terme de gecekondu ( ) : une lente perte de substance. European Journal of Turkish Studies, Thematic Issu No 1 – Gecekondu, URL : 5

6 gecekondu Les premiers gecekondu se sont installés sur des terres proches des centres industriels des villes, en grande partie dans des endroits géographiquement désavantageux comme des pentes difficiles daccès et des lits de rivières, sous formes de baraques précaires. Avec le temps, ces baraques ont formé des quartiers entourant la périphérie des villes sous forme de couches qui se succèdent et marquées par linsuffisance des infrastructures et des services. 6

7 gecekondu la définition proposée en 1953 par Fehmi Yavuz constitue un utile point de départ : "Les gecekondu sont des bâtiments édifiés précipitamment, la plupart du temps dépourvus des conditions de confort les plus élémentaires, et qui contreviennent aux lois sur la construction, sans tenir compte des droits du propriétaire du terrain où ils s'installent". Dans cette perspective, lillégalité est même double : elle porte à la fois sur le sol (approprié) et sur le mode de construction. Déjà en 1948 dans les grandes villes de la Turquie il y avait à gecekondu. Ce nombre a pu atteindre près dun quart de millions dans les dix ans qui ont suivi et consolider sa place dans lespace urbain des métropoles. 7

8 LES GECEKONDU ET LA POPULATION DES GECEKONDU EN TURQUIE Périodenombre de gecekondu pop. des gecekondu % de la pop. urbaine Source : Ruşen Keleş, Kentleşme Politikası, Ankara : Imge Yay., 7e édition, p

9 Le taux de la population urbaine en Turquie 24 % en % en % en

10 Létalement spatial de la ville Croissance urbaine historique dIstanbul depuis lépoque byzantine.. 10

11 La grande transformation des années 50 : Lexode rurale 11

12 DÉVELOPPEMENT DES GECEKONDU APRÈS LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE Limpact de lexode rural Migration interne vers les centres urbains Istanbul Ansiklopedisi, Dünden Bugüne, Ferhunde Özbay, Göç (Migration), Istanbul, 1997, p

13 Exode rurale exode vers les métropoles Sans entrer dans les détails sur limpact du Plan Marshall en Turquie, nous allons insister sur ses retombées dans le secteur agricole : avec la mécanisation du secteur agricole entre 1951 et 1953 due à lentrée de dizaines de milliers de tracteurs en Turquie, environ un million de fermiers ont du quitter leur village. Ainsi pendant le processus de modernisation du secteur agricole, 20% à 25% des petits paysans sont devenus des ouvriers agricoles ou ont émigrés vers les villes. 13

14 ... et le problème de logement Gecekondu : construit en une nuit 14

15 Définition du gecekondu ) Une définition de type juridique Une forme dauto-construction illégale (sans autorisation) sur des terrains possédés ou non par les constructeurs Une définition de type morphologique Un habitat au départ sommaire, et précaire, initialement bas, privé déquipements de base, mais intrinsèquement évolutif 15

16 Gecekondu, un logement évolutif et flexible Drawing of gecekondu, Courtesy of Architect, Aga Khan Award of Architecture,

17 Evolution dun quartier de gecekondu 17

18 Lapproche de modernisation Gecekondu considéré comme un problème éphémère par une perspective basée sur un modèle unilinéaire et eurocentric. gecekondu: une institution intermédiaire, une solution tampon 18

19 Mais… Par contre… Certaines recherches de terrain dans les quartiers de gecekondu toujours dans la décennie 60 attiraient déjà lattention sur la nécessité daccepter les gecekondu comme des composants inhérents aux métropoles. A propos, Charles W.M. Hart insiste sur lenracinement des gecekondu dans le paysage urbain et sur la nécessité dadmettre ces constructions comme une solution des Turcs au problème de logement de la classe laborieuse, tout en insistant sur le fait que cest un type de construction bon marché, et que ni lEtat ni le secteur privé na coopéré dans lélaboration dhabitats destinés aux classes populaires. Il fallait ainsi légaliser ces zones qui englobaient déjà plus de habitants en 1968 et les planifier sur le modèle de ce qui a été fait à Zeytinburnu. Charles W.M. Hart, Zeytiburnu Gecekondu Bölgesi, Istanbul : Istanbul Ticaret Odası yayınları, 1969, pp

20 Les lois damnistie Une certaine tolérance dans les années 50 et 60 Les lois damnistie des années 80 La première amnistie remonte à 1948 La systématisation des amnisties dans les années 80 Mars 1983, la loi no Mars 1984, la loi no Juin 1986, la loi no Mai 1987, la loi no

21 Amnisties de gecekondu Instruments principaux des politiques clientèlistes depuis les années 50. Clientèlisme / Patronnage : titre de propriété pour constituer une fidèle clientèle politique. 21

22 Le mouvement de verticalisation ou lapartkondu 22

23 Les premiers apartkondu A partir des enquêtes de Charles W.M. Hart, nous savons quil existait des constructions à deux-trois étages dans la deuxième moitié des années 1960 sur certaines zones de gecekondu semi-légalisées ou légalisées étant ainsi les pionnières des apartkondu des années Ce phénomène qui induit la déruralisation, lintégration physique des zones de gecekondu dans lespace urbain, doit attendre les décennies suivantes pour sortir de lexception et devenir la règle. 23

24 apartkondu Lapartkondu, immeuble non réglementaire dans ses modalités de construction, mais édifié sur un terrain appartenant au constructeur, témoigne d'une tendance à la densification immédiate du bâti illégal de bas de gamme. Le mode de construction dominant, actuel, est en effet devenu l'auto-construction d'un immeuble -avec recours éventuel à un contremaître (kalfa) pour certaines opérations délicates nécessitant un savoir-faire technique spécial- sur un terrain légalement acquis et avec permis de construction délivré par les autorités compétentes. Donc "auto-construction" ne signifie pas obligatoirement illégalité. Jean-François Pérouse, « Les tribulations du terme de gecekondu ( ) : une lente perte de substance. Pour une clarification terminologique », in European Journal of Turkish Studies, Thematic Issu No 1 – Gecekondu, URL : 24

25 Le processus dévolution des gecekondu classiques en apartkondu continue encore, comme cette photo prise le mai 2003 par moi-même au Gazi le démontre : les gecekondu anciens en avant et les nouveaux apartkondu, signes de la période de commercialisation, en arrière. 25

26 La verticalisation des gecekondu Gaziosmanpaşa (ancien Taşlıtarla) dans les années 1950 et

27 Lévolution des caracteristiques de gecekondu La première génération de gecekondu La deuxième génération (commodification des logements depuis les années 80) 27

28 Tableau synoptique : Lévolution du gecekondu dans le temps Des années 50 aux années 80 Après les années 80 Laspect économique - Modèle de développement basé sur la substitution dimportation - Le secteur privé sous la protection étatique ne sintéresse pas au marché du logement - Les quartiers des gecekondu étant construits à proximité des zones industrielles et commerciales, ses habitants ne payant ni loyer ni frais de transport, représentent non seulement une main-dœuvre à bas prix pour lindustrie naissante, mais aussi une masse consommatrice nécessaire pour le marché interne - Modèle de développement basé sur lexportation - Linfluence de la forte inflation qui incite la spéculation foncière - Le secteur privé en quête de profits soriente vers des secteurs autres que lindustrie, notamment vers le marché du logement - Les habitants de gecekondu ne représentent plus un intérêt pour le secteur industriel en tant qu « armée de réserve » 28

29 après 1980 Laspect foncier - La structure foncière, héritée de lEmpire ottoman dans laquelle lEtat est le plus grand propriétaire, dans laquelle le paysan cultivateur dun terrain en est considéré de facto comme le propriétaire facilite linvasion des terrains urbains appartenant au Trésor public - Plus quun simple habitat de pauvres, le gecekondu devient un instrument de spéculation très profitable, pesant intensément sur les valeurs foncières - La frange urbaine sintéresse désormais non seulement aux migrants aux moyens financiers restreints, mais aussi aux couches moyennes à qui sont destinés les projets de logement à grande échelle 29

30 après 1980 Laspect politique et institutionnel - Le gecekondu représente un moyen informel daccès au logement des migrants pauvres qui ne peuvent acquérir de logements formels et à qui lEtat ne peut offrir des logements sociaux - Le passage au système politique multipartiste a favorisé lapproche populiste des partis politiques vis-à- vis des populations de gecekondu considérés comme des électeurs potentiels - LEtat a dabord fermé les yeux sur la construction des gecekondu ; puis, leur a donné son accord avec la Loi de gecekondu de 1966, puis, a contribué à leur accroissement en leur fournissant des infrastructures et des services urbains - La mise en vigueur de la Loi relative au logement collectif et la fondation de lAgence du logement collectif en 1984 ont incité lentrée des sociétés privées de construction sur le marché du logement - Les municipalités, très impuissantes auparavant, sont renforcées non seulement sur le plan fiscal mais aussi au niveau de la planification urbaine avec le transfert dune partie des fonctions du gouvernement central aux administrations locales - En 1986, les municipalités sont dotées du droit de déclarer un terrain comme étant sous la menace dinvasion de gecekondu et, pour « faire face à cette menace », douvrir ce terrain à la parcellisation à laide des Schémas dAménagement qui permettaient de construire jusquà quatre étages 30

31 après 1980 Laspect social - Le gecekondu, quoique informel, est considéré comme un effort légitime des familles pauvres innocentes nouvellement immigrées du milieu rural pour subvenir à leur besoin de logement - Le fait quon ait pu construire des bâtiments en hauteur dans les zones de gecekondu a donné naissance à des profits faciles et rapides - Les personnes qui ont profité de ces « gains non-mérités » sont considérées comme des saccageurs; limage de gecekondu est devenue celle dun habitat illégal responsable dune urbanisation incontrôlable Laspect physique De conception très souple, le gecekondu évolue dans le temps et selon les besoins/moyens des habitants, variant dune simple baraque à une maison en béton avec plusieurs pièces - Souvent agrémenté dun jardin potager et/ou dun poulailler - Les quartiers de gecekondu les plus proches du centre se voient transformés en zones très denses de bâtiments en hauteur, construits en béton - Les nouvelles zones de gecekondu présentent un aspect toujours très dense, mais plus régulier au niveau de la parcellisation car celle- ci nest plus spontanée mais se fait par des spéculateurs fonciers qui choisissent le terrain, le parcellent et le vendent par la suite dune façon informelle 31

32 après 1980 La valeur du gecekondu - Au début, valeur dusage pour ses propres constructeurs - Les constructeurs- usagers commencent à construire plus que leur besoin et à louer certaines parts de leurs habitats (années 70) - Le gecekondu est désormais plus construit pour sa valeur déchange que pour sa valeur dusage - Des rentes très élevées sont obtenues par son biais 32

33 Limage des habitants de gecekondu ( ): le paysan dans la ville? Limaginaire populaire ou académique les réduisait à des paysans dans la ville provoquant un certain exotisme, ou à des marginaux qui devaient être assimilés. Cette nouvelle « société » montrait une fragilité pareille à leurs habitations qui restaient encore en grande partie précaires et non légalisées. Le problème des gecekondu était considéré comme éphémère pouvant se résoudre par lassimilation de ces nouveaux immigrés, dans lintention de faire de ces paysans des citoyens urbains à part entière. 33

34 Habitant de gecekondu Ainsi, un nouvel acteur urbain, le gecekondulu (habitant du gecekondu) a émergé dans le paysage urbain. Ce nouvel acteur social suscite lintérêt de la société urbaine qui le voit comme un « étranger » dans la ville. Nous pensons que durant cette période, comme il serait expliqué ci-dessous, le statut du gecekondulu était plutôt celui dun « étranger » à découvrir quun acteur marginalisé, car cétait une période de quête de lidentité pour les gecekondulu et de découverte pour les autres. Pour la structuration de la figure de « lAutre » stigmatisé, il faudra attendre lenracinement de ce nouvel acteur dans la ville jusquà devenir un « danger » pour le mode de vie de la classe moyenne urbaine. Car, jusquaux années 1970, les zones de gecekondu restaient minoritaires dans le tissu urbain. En 1960, les habitants des gecekondu ne formaient que 18% de la population urbaine. 34

35 Gecekondu dans la culture populaire Les gecekondu ont très vite trouvé leur place dans la culture populaire. Ils sont devenus des décors et parfois même des sujets dans la littérature, le théâtre et surtout le cinéma et la musique. Déjà en 1959 les gecekondu apparaissent dans le cinéma turc comme décor de lhistoire du film. Le premier film mentionnant le nom de gecekondu, Gecekondu Peşinde [En quête de (construire) le gecekondu], a été projeté en En revanche, le premier film « typique des gecekondu » fut Keşanlı Ali Destanı datant de 1964 qui nétait que ladaptation dune comédie musicale devenue un classique très populaire dans lhistoire du théâtre turc. La pièce et le film qui en est adapté racontent lhistoire dun « mec dur », son amour pour une jeune habitante dun quartier de gecekondu et sa carrière de maire de quartier quil a acquis par la force. Lauteur essayait de former une critique sociale à travers lhistoire dun habitant dun nouveau quartier de gecekondu. Les principaux sujets traités étaient la corruption, le clientélisme, la difficile intégration des nouveaux citadins à la ville, la différenciation culturelle et économique… 35

36 Discours académique: phénomène conjoncturel Quant au discours académique, le gecekondu était perçu par les sociologues turcs comme « un phénomène conjoncturel » apparu pendant le processus de transition de la société traditionnelle à la société moderne et qui allait disparaître par lintégration des immigrés dorigine paysanne au mode de vie citadin. En restant sur ce niveau danalyse, un chercheur décrivait les familles des gecekondu en ces termes : « … La « famille du gecekondu » décrit une famille malheureuse issue dune condition sociale dune période définie et qui va disparaître avec le temps, ayant des caractéristiques authentiques, et si lon considère la longue histoire sociale, a une vie très courte… ». Les chercheurs comparaient les familles de gecekondu aux familles citadines idéalisées et évaluaient leur fréquentation des cinémas, des théâtres, des concerts… Ils décrivaient un idéal-type dhabitant de gecekondu (gecekondulu) homogène, resté au « purgatoire » entre lurbain et le rural et qui devrait être intégré à lurbain. Lhabitant de gecekondu est décrit comme un caractère caricatural, un « autre » arriérée, emmenant avec lui des « goûts ruraux » à la ville. Parler aussi dun certain exotisme dans cet imaginaire comme cela est courant pour les régions rurales ne sera pas très exagéré.. 36

37 cinéma Dans le film et la pièce de théâtre où lhistoire se déroule dans un tel quartier de Sinekli (nom turc faisant référence aux problèmes de moustiques) nous observons tous les clichés de gecekondu des ouvriers, des femmes de ménages, des petits commerçants, des types rusés faisant le commerce des parcelles, des politiciens corrompus, des bourgeois qui font travailler chez eux des habitants des gecekondu comme servants, différents types de paysans ou provinciales de tous les coins dAnatolie et des Balkans mais aussi les problèmes de ces quartiers comme les problèmes dinfrastructures, de pauvreté et la peur de la démolition des bâtiments. Alors que nous faisions notre enquête de terrain en 2002 dans le quartier de Gazi nous avons observé, dans le Centre Social du quartier, certains adolescents qui répétaient cette pièce pour la jouer en public. 37

38 Les années de 1970: Les habitants des gecekondu comme des désavantageux La population des gecekondu est devenue importante quantitativement et qualitativement durant cette décennie. En 1960 les habitants des gecekondu formaient 18% de la population urbaine avec une population de 1,5 millions, tandis quen 1980 ce chiffre va en augmentant jusquà atteindre la moitié de la population urbaine avec plus de 6,5 millions dhabitants. Ainsi, par la force des choses, les interprétations envisageant une population marginale sont rendues impossibles. Lautre changement se situe dans le glissement dune population docile et/ou qui se satisfaisait de chercher une solution pour leurs problèmes au sein dun système clientéliste vers une population qui devient de plus en plus revendicative. 38

39 Les exploités, les désavantageux La société des gecekondu était aussi fonctionnelle dans le système économique. Les années représentent un régime de substitution dimportation en Turquie basé sur une économie nationale elle-même fondée sur un marché intérieur protégé contre la concurrence externe grâce à des tarifs douaniers élevés. Ce système dépendait de lexode rural pour la production et la consommation. Les migrants vers la ville jouaient un rôle primordial: « …en tant quouvriers à bas prix, ils ont diminué les coûts et ont augmenté les marges de profit ; en tant quouvriers mobiles pouvant circuler au sein dun secteur et dun secteur à lautre, ils ont assuré [non seulement] loffre des biens et des services par des méthodes ingénieuses et intensives de main-dœuvre, [mais aussi] par létablissement de moyens de distribution souples et bon marché ; … et en tant que clients, ils ont soutenu un marché domestique sans cesse grandissant et ayant une importance vitale dans le modèle intraverti de substitution dimportation orienté vers la production pour le marché interne ». 39

40 Les immigrés conscients En vue dacquérir ses droits, cette société devenait revendicative. Selon une recherche menée au début des années 1970 dans un quartier de gecekondu à Ankara, les habitants réclamaient plusieurs services tel un parc denfants, des dispensaires et abhorrait être traité de « citoyens de seconde classe ». Le fait dhabiter des gecekondu, cest-à-dire dans des habitations illégales (du moins pendant leurs constructions) mal équipées en système dinfrastructures et précaires par rapport aux constructions légales des classes moyennes, ne causait pas un manque destime de soi chez la plupart des habitants de ces quartiers. Sur quoi nous pouvons conclure à une autolégitimation chez les habitants et même une légitimation de leur situation dans la société que nous allons tenter de traiter ci-dessous à partir des recherches menées dans les années Emre Kongar, «Altındağda kentle bütünleşme », Amme İdaresi Dergisi, N°6, pp

41 image positive dans les recherches A ce propos, une enquête de terrain menée dans trois quartiers de gecekondu entre 1968 et 1974 nous révèle quelques données ; 75% des habitants de ces trois quartiers situés sur les collines du Bosphore ont déclaré navoir aucune honte dhabiter dans des gecekondu, que cela signifiait plutôt une amélioration de leur vie et quils souhaitaient être acceptés tels quils étaient ; % 25 dentre eux liaient leur sentiment au fait dêtre humiliés par les anciens citadins et les autres à leurs échecs dans la vie, à la pauvreté et à leur manque de civilité. Aussi, ont-ils mis beaucoup despérance en la réussite de leurs enfants et ne considéraient en rien leur situation socioéconomique comme un obstacle. Voir Kemal Karpat, Türkiyede Toplumsal Dönüşüm, pp

42 images positives dans les recherches Les habitants des gecekondu formaient une population politisée selon les recherches académiques effectuées pendant cette période. Daprès K. Karpat, ce fait est à chercher essentiellement du côté de la conscience des besoins personnels et de groupe chez les habitants des gecekondu. Il analyse ces besoins en trois catégories : des besoins matériels immédiats issus de la condition du terrain tels les services dinfrastructures, des besoins liés au métier de lhabitant tels léducation dont il a besoin pour apprendre un métier, léducation de leurs enfants, et des besoins liés à lascension sociale et à lintégration de limmigré… Kemal Karpat, op.cit.,

43 La base matériel de bon image une des causes qui expliquerait la faiblesse du discours anti- gecekondu par rapport aux décennies ultérieures serait le consensus implicite entre différents groupes urbains qui a pu fonctionner jusquaux années Le système durbanisation davant 1980 était basé sur laccord des classes sociales sur la redistribution des rentes urbaines. Lessentiel du système se résume par le financement de la redistribution à la société des rentes générées par le développement urbain en vitesse. Le gecekondu a offert des logements faciles daccès et les urbains défavorisés ont pu sadapter à la ville à travers leurs réseaux de solidarités. 43

44 Théorie de dépendance La perception du phénomène de gecekondu et limage de lhabitant du gecekondu ont bien changé dès le début des années 1970 chez les chercheurs en sciences sociales, qui se sont inspirés de la « Théorie de Dépendance ». Ainsi, le fait du gecekondu est perçu comme le produit établi de lurbanisation des pays qui se trouvaient en périphérie du système capitaliste. Désormais, lautre non intégré est devenu lautre exploité/désavantagé. Le phénomène du gecekondu a été assimilé au contexte de la problématique de la non-intégration telle quelle sest formée dans les années 1960, mais, cest la structure économique non égalitaire basée sur lexploitation du système capitaliste qui en est devenue, à la place de la culture traditionnelle rurale, la cause. 44

45 Les beaux quartiers Dans le discours des années 1970, le gecekondu était un espace dentre aide, de solidarité et de proximité « chaude », opposées à lanonymat et à lindividualisme des quartiers de classes moyennes formés de bâtiments en béton à plusieurs étages (apartman). A ce propos, il est très probable de trouver une forte ressemblance de limage des gecekondu turcs avec les quartiers populaires de la France. Le terme de « quartier » désigne en France actuelle, depuis quelques décennies, des populations et territoires en difficulté tandis que la notion de quartier populaire émergeait comme figure spécifique et positive au cours des années Henri Coing dans « Rénovation urbaine et changement social » définit le quartier comme « une communauté auto-suffisante », « un village ». Il sagit dune culture qui sinscrit dans le contexte social et le spatial. Marie-Hélène Bacqué, Yves Sintomer, « Peut-on encore de quartiers populaires ? », in Espaces et Sociétés, no : , 2002/1-2, p. 30. Henri Coing, Rénovation urbaine et changement social, Paris : Les éditions ouvrières,

46 Habitants de gecekondu: un groupe intégré La population des gecekondu a été admise par ces recherches comme un groupe qui a intégré les valeurs urbaines, surtout par leurs attentes dans lavenir. Elle était loin de former un groupe marginal par son espérance en une ascension sociale pour ses enfants et pour elle-même. La source de son attitude optimiste envers lavenir serait cette attente liée à lindustrialisation et au développement du pays. La différence entre les quartiers de classe moyenne formés dimmeubles à plusieurs étages [en turc apartman] et les quartiers de gecekondu ont été analysé. Pour certains chercheurs turcs, la vie dans les immeubles des quartiers de classes moyennes représentait laliénation tandis que les gecekondu, espaces de solidarité, représentaient la chaleur humaine. Ainsi, le discours académique reproduisait le discours politique. 46

47 Dicours populaire: cinéma Pour le discours de la culture populaire lexemple des films du « cinéma de famille » des années 1970 nous révèlent des pistes très riches. Les films populaires des années 1970 décrivent une image positive des quartiers périphériques. Les gecekondu par opposition aux quartiers chics des métropoles étaient des espaces de chaleur humaine, de bon voisinage et de solidarité au point que les caractères riches de ces films aimaient vivre dans ces endroits, affirmant que dans leur milieu les gens savaient vivre de petits bonheurs. Le cinéma est une bonne piste pour analyser la société turque surtout dans la décennie 1970, et déjà en 1966 le pays occupait le 4 e rang dans le monde après le Japon, lInde et Hong Kong avec 229 films produits. Avec 3000 salles recensées en 1960, il sagit dun secteur important dont linfluence sur des dizaines de millions de personnes surtout entre est incontestable, pas seulement avec les dits aile filmleri « films de familles », mais aussi avec des films qualifiés de toplumcu-gerçekçi [réalisme social]. Voir pour plus de détails, S. Büker, « Film Ateşli Bir Öpüşmeyle Bitmiyor », in D. Kandiyoti et A. Saktanber (eds), op.cit., p

48 Cinéma Imitant les clichés hollywoodiens, ces films se basent sur la dichotomie caractères bons et caractères mauvais ; les mauvais habitent généralement en dehors du quartier ou ce sont des caractères opportunistes issus du quartier tels les types qui commencent à senrichir ou maires de quartier. Dans plusieurs exemples, les habitants des gecekondu résistent pour garder leurs maisons auto-construites contre le propriétaire du terrain spéculateur qui essaie de les exploiter, ou les agents de la police municipale, ou narrivent simplement pas à les empêcher et voient la démolition de leurs foyers. Dautres fois, le gouvernement déclare une amnistie avant les élections. Mais dans la plupart des cas, vers la fin du film, un « héros » trouve une solution et sauve les habitants… Depuis le début de la décennie 1960, les caractères des migrants en quête dune vie meilleure apparaissent dans les films turcs classés entre le réalisme social et le populisme. Dans les films de réalisme social, la pauvreté figure comme un problème social à résoudre et les pauvres ne sont pas dévalorisés. Après 1980, il ne sagit plus de voir le drame des pauvres mais de rire de leur pauvreté. 48

49 LA SOCIÉTÉ DE VAROŞ : LAUTRE TURQUIE ? La Turquie a vécu des changements macroéconomiques qui ont impliqué à la fois la structure économique et sociale du pays, par la mise en oeuvre du modèle qui privilégie lexportation, par ladoption de léconomie de libre marché et la privatisation suivant les politiques néolibérales. Cette transformation a provoqué la régression de lEtat Providence et lécart des revenus entre les groupes aisés et pauvres, doù a émergé une relative exclusion des pauvres urbains et le renfermement des riches dans des cités privées. 49

50 Varoş: lAutre Ville, la ville des marginaux, des criminels Ainsi, depuis 1980, la réalité et limage des gecekondu ont subi des transformations décisives. La question du gecekondu sest complexifiée et rendue plus difficile dans les métropoles turques actuelles où les faits comme la ségrégation urbaine, lexclusion sociale, la nouvelle pauvreté urbaine et sa stigmatisation dans les médias, le processus de ghettoïsation, les violences urbaines, lémergence dune jeunesse en crise didentité dans les quartiers populaires, devraient être pris en compte. 50

51 varoş Le terme de Varoş est apparu pour la première fois dans le discours médiatique à la suite des événements de Gazi du mars 1995 et du 1 mai de Il sest ensuite propagé dans les sciences sociales en quête dun nouveau concept pour décrire le gecekondu qui sest transformé et dans la langue courante, dans lusage même des habitants des gecekondu. Depuis plus dune dizaine dannées, les quartiers de gecekondu sont désignés par le nom de varoş ainsi que leurs habitants, varoşlular. Varoş est un mot emprunté à la langue hongroise qui désigne la périphérie des métropoles faisant référence aux quartiers situés en dehors des murs de la ville. Ajusté à ce sens là, varoş ne fait aucune allusion à une connotation négative et reste un terme conçu dans le cadre de la géographie urbaine. Par contre, dans lutilisation actuelle de la langue turque, varoş décrit essentiellement la périphérie urbaine auto-construite, mais également les quartiers habités par les urbains pauvres au centre-ville, tout en excluant les banlieues des classes moyennes et des cités privées ou de la bourgeoisie turque malgré le fait quils soient situés en dehors des centres-villes. Nous voyons clairement que le varoş désigne « le fait dêtre au bord de la ville» essentiellement au sens figuré plus que spatial, contrairement à son sens original. Il sagit ainsi dune multiple territorialité même si le terme définit essentiellement les quartiers auto-construits en périphérie. 51

52 varoş Le discours sur les varoş tend à les identifier à toutes sortes de crimes et de marginalités politiques et/ou non politiques en les stigmatisant comme sources de tout types de problèmes sociaux du pays. Ainsi se forme « lautre Turquie » menaçante par une double stigmatisation. Dune part, ils sont sources de toutes sortes de courants politiques radicaux menaçants lordre, dautre part, les habitants sont plutôt des criminels que des militants politiques. Le varoş, cest donc le gecekondu des exclus, sans avenir, désespérés, enfermés dans une altérité sociale quasi irréductible, menaçante même pour ceux qui recourent à ce terme, sur fonds de crise économique et de désaffiliation sociale. On est là aux limites de la définition, loin des considérations dordre juridique ou architectural. 52

53 «Turcs Blancs » versus «Turcs Noirs » : la ségrégation territoriale et la stigmatisation des habitants des gecekondu La perception des gecekondu dans la littérature scientifique a radicalement changé dans les décennies Ce changement est dû a deux raisons : la transformation des quartiers de gecekondu avec lémergence des occasions de rentes urbaines importantes dans ces espaces, provoquant aussi une opposition contre cette économie illégale ; et la formation dun discours stigmatisant les habitants de gecekondu et des immigrés récents qui prend sa source, dune part, de la commercialisation des gecekondu qui provoquent limage dhabitant de gecekondu tricheur, et dautre part, du changement idéologique en Turquie vécu par la régression de la gauche. Ainsi, lempathie de la classe moyenne envers les couches populaires vivant dans la périphérie urbaine a laissé place à une hostilité quelques fois. 53

54 Des victimes des problèmes urbains aux auteurs de la dégénérescence urbaine Le changement du discours de certains chercheurs est éclairant pour comprendre cette nouvelle situation, à ne citer, parmi tant dexemples, que celui de Kongar dont le ton a radicalement changé en deux décennies : « Lurbanisation de la Turquie sest effectuée par les forces de groupes illégaux. Ce processus a abouti en conséquence à la dégénérescence des valeurs. Les réseaux de solidarité nés de la violence physique, de lorigine commune et des liens de parenté sont essentiels dans ces régions. Ce pillage illégal apparu avec limmigration, a embarqué tout le pays par son infiltration dans la politique ». 54

55 Médias contre les quartiers informels Les médias ont joué un rôle important pendant le processus de formation de limage de varoş et sont partiellement les inventeurs mêmes de ce concept. Selon Erder, la relation des médias avec les quartiers périphériques est important surtout dans deux situations : en premier lieu, son impact sur la formation de limage en égrenant des informations aux différents groupes sur eux-mêmes et sur les autres et en participant à lémergence du local, et deuxièmement, son pouvoir grandissant dans le fait de faire intervenir des institutions supra- locales. Le fait que les lecteurs principaux des journaux se trouvent essentiellement dans des quartiers centraux, les journaux nationaux se conforment à leur perception vis à vis des habitants de varoş. 55

56 Médias… Les médias pouvaient même nier la pauvreté urbaine quelques fois par son discours anti-gecekondu tel cet exemple paru dans Sabah : « Dans les gecekondu il ne sagit pas de pauvreté mais de pillage… 65% des gecekondu sont habités par des locataires ». Ainsi le journal nie lexistence de 65 % des habitants de gecekondu qui nont même pas le moyen de construire leur propre gecekondu et qui vivent avec ces petits rentiers exclus du monde des « Turcs Blancs ». Sabah, le 14 février Cité par Can Kozanoğlu, op.cit., p

57 Un exemple significatif dune publicité pour un pull de marque montrant la dichotomie Turc Blanc/Turc Noir dans ces deux dimensions essentielles que sont la consommation (la différence entre ceux qui ont les pulls chics entourés par les autres qui nen ont pas) et les traits physiques de lhomme et de la femme ayant des corps sains et les traits de physiques à loccidentale et ceux qui ont des traits physiques vulgaires. Source: Express, 15 octobre 1994, p.2. Voir « Bir Reklamın Toplumsal Anatomisi » [LAnatomie sociale dune publicité], Express, 15 octobre 1994, pp.2-3 pour une analyse de cette publicité et les catégories de Turc Blanc/Turc Noir. 57

58 Ségrégation sociale, ségrégation physique Les différences sont devenues plus aiguës. Dans la décennie des années 1990, cest le tour de la ségrégation territoriale. La vie classique des classes moyennes est la vie dans les immeubles à plusieurs appartements. La différence au sein de la classe moyenne est essentiellement la distance entre la mer et lappartement et lexistence ou la non-existence dune vue sur la mer. Depuis lEmpire ottoman, cest la première fois que la classe moyenne sort hors dIstanbul. Il y a plein de grands projets de cités privées en dehors de la ville. Ce processus provoque la formation des groupes qui ne se connaissent pas, qui ne se voient pas et qui ne se comprennent pas les uns les autres. Cest cela la Ville Globale. Les villes globales sont toujours des villes fragmentées ». 58

59 LA POPULATİON DISTANBUL SELON LE LİEU DE NAİSSANCE ( ) Sources : Colonnes de 1950 à 1990 : Etude inédite dÖzbay reproduite par Baydar (1994 : 407). Colonne de 2000 : Calculée à partir du recensement de 2000 (DİE, 2002b : 98). Lieu de naissance Marmara7,869,348,517,947,056,014,98 Egée2,32,442,191,831,661,631,49 Anatolie centrale5,878,0410,3911,0511,0711,1210,43 Mer Noire12,4515,6819,3819,3321,1322,4222,22 Méditerranée1,61,92,272,142,04 2,56 Anatolie de lest4,235,533,669,9410,4812,112,97 Anatolie du sud-est0,951,382,052,262,332,94,26 Total Turquie35,2644,3148,4554,4955,7658,2258,91 Etrangers11,8312,371,235,514,824,513,36 Total en dehors d'Istanbul 47,0956,6849,686060,5862,7362,27 Total Istanbul52,9143,3250,324039,4237,2737,73 TOTAL100 59

60 Jeunesse des varoş: la classe dangereuse Cette lettre, que nous retranscrivons dans son intégralité, dun jeune de varoş (du quartier de Gazi) résume bien comment ces jeunes se situent dans leur perception face à la ville centrale : Je suis un jeune habitant du quartier de Gazi dIstanbul. « Un jeune de varoş » selon lexpression en vogue. Je contribue au budget familial en travaillant dans des ateliers de textile. Jai décidé décrire cette lettre après la promenade sur lAvenue dIstiklal [Quartier Latin dIstanbul !]. Car, lécart énorme entre cette Avenue et mon quartier mérite dêtre exprimé. Dun côté, il sagit dune avenue où se trouve à chaque coin un théâtre, un cinéma, un endroit de divertissement. De lautre côté, un quartier gigantesque qui baigne dans la pauvreté, là où il ny a presque aucune activité culturelle, où les gens sont considérés comme des criminels potentiels pour vivre là-bas. On ne peut pas imaginer que ces deux endroits se trouvent au sein dune même ville. Sur lAvenue dİstiklal, les gens tout différents de nous mangent, boivent et se divertissent comme ils le veulent, [et] nous, nous navons rien dans notre quartier à part les quelques cafés traditionnels pour samuser en rentrant du boulot. Quand je vois lécart entre nous, cest-à-dire la vie des « Jeunes de Varoş » et celle de là-bas, je pense à nos manques. Jai travaillé depuis mon enfance jusquà lobtention de mon bac. Jai passé tout mon temps extrascolaire en travaillant, faisant des différents boulots. Ainsi, je nai même pas essayé les concours pour les universités. Même si je réussis, je ne pourrais pas continuer mes études car mon père ne gagne pas assez pour payer les dépenses dun étudiant». Lettre publiée au journal Radikal, le 7 juin

61 61

62 Tu es doù mon compatriote ? 64% de la population dIstanbul est né ailleurs, selon le recensement de Les villes dorigines les plus fréquentes à Istanbul Sivas: 375 milles Kastamonu: 263 milles Giresun. 245 milles Ordu: 244 milles Trabzon: 214 milles Samsun: 212 milles Tokat: 203 milles Malatya: 195 milles Sinop: 179 milles Erzurum: 186 milles 62

63 Impact sur la politique En 2002, Suite aux élections nationales, il ny avait que 14 députés originaire dIstanbul parmi les 69 représentants dIstanbul 6 députés étaient originaire de Rize, 5 de Trabzon, 4 de Sivas, 3 de Tokat, et 2 de Malatya, Tunceli, Kastamonu, Kayseri, Ankara... European Journal of Turkish Studies : numéro spécial sur hometown organisations in Turkey 63

64 BIBLIOGRAPHIE ERDER Sema, Where do you hail from in Istanbul between the global and the Local, (Ed.) Ç. Keyder, Rowman and Littlefield, ERMAN Tahire et EKEN Aslyhan: The other of the other and unregulated territories in the urban periphery: gecekondu violence in the 2000s with a focus on th Esenler case, Istanbul, Cities, Vol 21, N°1, p54-68, KARPAT H. Kemal, The Gecekondu, Rural Migration and Urbanization, Cambridge University Press, LE RAY Marie, Stigmate politique et usages de la ressource publique : le gecekondu comme espace de mobilisation, European Journal of Turkish Studies, Thematic Issue N°1, PEROUSE Jean François, Les tribulations du terme gecekondu ( ) : une lente perte de substance. Pour une clarification terminologique, European Journal of Turkish Studies, Thematic Issue N°1,


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