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Conséquences inattendues des controverses de Cambridge pour léconométrie du chômage déquilibre Ou les lois néoclassiques de la production existent-elles?

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1 Conséquences inattendues des controverses de Cambridge pour léconométrie du chômage déquilibre Ou les lois néoclassiques de la production existent-elles?

2 Plan Remise en contexte des controverses de Cambridge Les équations qui permettraient de vérifier la validité de la théorie néoclassique de la production et de lemploi sont les mêmes que celles de la comptabilité nationale Théorie de lemploi Lavoie 2000 Godley & Anadyke-Danes 1989 Fonction de production McCombie 2000 Shaikh 1974, 2005

3 Les controverses de Cambridge Remise en cause des concepts néoclassiques de Rareté Substitution Marginalisme Capital facteur primaire et mesure du progrès technique Sur la base de modèles à coefficients fixes mais avec plusieurs techniques, ou même une infinité de techniques (Modèles statiques, avec maximisation du taux de profit) Par des exemples de Retours de technique (technique optimale à taux dintérêt élevé, et optimale à nouveau à taux dintérêt faible) Renversement du capital (ou effet-réel Wicksell: la baisse du taux dintérêt mène à ladoption dune technique moins mécanisée (K/L plus faible)), sans retour de technique Un infinitésimal changement du taux dintérêt peut entraîner un énorme changement de K/L (discontinuité, rejet du postulat discret).

4 L/K w/p LDLD NéoclassiqueGaregnani 1970 Garegnani 1992 LSLS

5 Les réponses des auteurs néoclassiques Minimiser les paradoxes des controverses: analogie au bien Giffen en micro Trouver les conditions qui conservent des fonctions de production bien élevées Invoquer la Théorie de léquilibre général La Foi, feindre lignorance Lempirisme (Ça marche, donc cest bon !)

6 Lempirisme de lépoque « Le postulat néoclassique est lui-même une proposition qui peut être testée empiriquement en principe sous la forme dune estimation de la fonction de production de type C.E.S. ou de dautres types. Ceci nous permet daller au-delà de considérations purement spéculatives » (Sato 1974) « Il est dimportance cruciale de souligner que la validité de la théorie néoclassique est une question empirique et non une question théorique »(Ferguson 1978) « La raison pour laquelle la fonction de Cobb et Douglas saccorde de façon si heureuse avec lanalyse fondée sur la productivité marginale nest pas dans la forme donnée à la fonction ni dans la magie de ses constantes: des preuves en résident dans les applications qui en ont été faites de façon à interpréter les faits observés de manière concluante » (Bronfenbrenner 1971)

7 Lempirisme actuel « Les estimations des élasticités qui semblent confirmer la prédiction centrale de la théorie de la demande de travail ne sont pas vraiment des artefacts …. La fonction Cobb-Douglas est très proche de la réalité quand il sagit de décrire des relations de production » (Hamermesh 1986). « La fonction de production néoclassique est la clé de voûte de la théorie néoclassique de la croissance et est utilisée dans virtuellement toutes les analyses agrégées appliquées » (Prescott 1998).

8 Mesure du TCIS Le modèle WS-PS de Layard, Nickell et Jackman (1991) revu par Cotis, Méary et Sobczak (1998). Ces études tendent à démontrer que la hausse tendancielle du taux de chômage dans les pays européens est essentiellement due à la persistance de salaires réels trop élevés par rapport aux hausses que permettrait l'accroissement de la productivité. WS : w – p = a 1 U + a 4 wedge + γt PS : w – p = b 1 U + b 2 (y – n) + b 5 t Les développements du modèle théorique (conditions de premier ordre de maximisation des profits dune fonction de production néoclassique, bien élevée, avec rendements décroissants, etc.) requièrent que: b 1 = b 2 = 1 w, p, y, n, valeurs logarithmiques y = output; n = population active; U = taux de chômage

9 Mais léquation PS peut se dériver très précisément par les équations de la comptabilité nationale PQ = WL + RPK Prenons la dérivée logarithmique X = (dX/dt)\X taux de croissance P + Q = α (W + L) +(1-α)(R + P + K) W – P = (Q – L) +{(1-α)/α}(Y – K – R) Layard utilise deux approximations, que nous reproduisons: U = (N – L)/L = x et x = log(1+x), quand x proche de zéro 1+x = 1+(N – L)/L = N/L Donc U = log (N/L) = log N – log L dU/dt = N – L ou encore L = N – dU/dt

10 PS : w – p = U + (q – n) + b 5 t Donc en partant des comptes nationaux: W – P = (Q – L) +{(1 – α)/α}(Q- K – R) L = N – dU/dt W – P = dU/dt + (Q – N) +{(1 – α)/α}(Q – K – R) En prenant lintégrale, et en omettant la constante, les comptes nationaux se ramènent à: w – p = U + (q – n) + {(1 – α)/α}h. t Avec: h = Q – K – R La relation PS peut être tirée des relations de la comptabilité nationale! Il nest donc pas surprenant que CMS concluent que leur « modèle nest pas rejeté par les données » ! Et il nest pas surprenant que les régressions de Layard et consorts permettent de vérifier quen effet, b 1 = b 2 = 1.

11 Conséquences Les résultats empiriques WS-PS ne dépendent pas (nécessairement) de relations de comportement fondées sur la maximisation du profit dans le cadre de fonctions de production "bien élevées", avec progrès technique neutre et rendements décroissants. Au contraire, les corrélations et les signes obtenus dans ces études reposent sans doute sur les identités de la comptabilité nationale, et à ce titre, elles n'ont aucune valeur explicative. Les estimations de fonctions de demande de travail traditionnelles ne sont que des artefacts. Elles nont aucune validité pratique.

12 Autrement dit, les économistes qui emploient les modèles PS-WS-FPF ne peuvent que procéder à des estimations de ce que seraient les déterminants du taux de chômage d'équilibre (le TCIS) si la théorie néoclassique de l'emploi fondée sur des fonctions de production agrégée avec rendements décroissants était valide. Ces estimations ne peuvent apporter quelque support que ce soit à la théorie du chômage d'équilibre. Comme le disait déjà Nicholas Kaldor (1972: 1239) dans un contexte similaire, les résultats obtenus à partir des équations de type PS ne font que «décorer ou illustrer» la théorie néoclassique de l'emploi fondée sur la maximisation des profits, les rendements décroissants et l'existence d'un chômage d'équilibre. Ils ne peuvent en aucun cas la valider.

13 Une démonstration par labsurde: celle de Godley et Anadyke-Danes (1989) Ces deux auteurs veulent montrer que, même quand le monde décrit est non- néoclassique, dénué par construction dune relation entre lemploi et le salaire réel, léconométrie semblera vérifier une relation négative entre salaire réel et emploi.

14 Une théorie du markup Godley imagine la plus simple des formulations de prix, celle du markup sur coûts historiques. PQ = (1+θ)WL P = (1+ θ)WL/Q En log, on a: p = φ(w – q + l) + (1-φ)(w -1 – y -1 + l -1 ) φ est la proportion des ventes produite dans la période courante. Si φ = 1, p = (w – q + l) l = – (w – p) + q Déjà on voit quon aura une relation négative entre emploi et salaire réel, pour un output donné, si les prix sont fixés par markup. Mais cette relation négative ne fait que refléter le fait que, à markup donné, le salaire réel sera plus faible si la productivité du travail est plus faible! Avec les approximations de Layard, U = n – l, on aurait: (w – p) = U + (q – n)La courbe WP!

15 Expérience de Godley Godley suppose que salaire nominal, output et emploi croissent de façon tout à fait indépendantes, par construction, avec les prix fixés par markup retardé ( φ =.75) w = ( random) + w -1 q = ( random) + q -1 l = ( random) + l -1 Godley obtient: l = 1.3 – 0.94 (w – p) – 0.12l q +.01t (7.4) (1.0) (1.0) (4.2)

16 l = 1.3 – 0.94 (w – p) – 0.12l y +.01t (7.4) (1.0) (1.0) (4.2) Lemploi semble bien dépendre négativement du salaire réel et dune tendance à la hausse, comme le voudraient Layard et consorts, mais pas vraiment de lemploi de la période précédente. Pourtant, par construction, lemploi est une variable qui est totalement indépendante du salaire réel, et lemploi dépend explicitement de lemploi de la période antérieure. Les études de demande de travail néoclassiques parviennent donc à confirmer la validité de la théorie néoclassique de lemploi même là où nous savons que, par construction, la théorie néoclassique ne sapplique pas (salaire réel et emploi indépendants, et fixation des prix par un markup constant).

17 Mais il est possible de généraliser encore davantage… Les fonctions de production agrégées néoclassiques nont absolument aucune validité; Lorsquelles sont correctement spécifiées, elles sont nécessairement vérifiées, autrement dit, elles ne peuvent être infirmées; Les coefficients des fonctions de type Cob- Douglas obtenus par lanalyse économétrique ne mesurent aucunement lélasticité des facteurs de production: ils mesurent uniquement la part des salaires et des profits dans le revenu national.

18 Divers auteurs ont rejeté lutilisation de la Cobb- Douglas agrégée parce quelle ne faisait que reproduire les identités de la comptabilité nationale Phelps-Brown 1957 H.A. Simon et Levy 1963 Shaikh 1974, 1980, 2005 Simon 1979 Samuelson 1979 McCombie et Dixon 1991 McCombie 1987, 1998, 2000, 2001 Felipe et McCombie 2000, 2002, 2005 (Lavoie 1987, 1992, 2000) Fisher 1971(travaux sur lagrégation)

19 Des expériences éclairantes … Fisher (1971) a montré que même si les conditions dagrégation ne tenaient pas, la fonction Cobb-Douglas agrégée semblait bien fonctionner pourvu que la part des salaires soit relativement constante au sein des observations. Fisher en a conclu quil fallait inverser le raisonnement traditionnel. Plutôt que dire que la part des salaires dans le revenu national est constante parce que la technologie est de type Cobb-Douglas, « il faut dire que le succès apparent des fonctions de production Cobb-Douglas est dû au fait que la part des salaires est relativement constante ».

20 Mais plus dévastateur encore pour la théorie néoclassique … McCombie (2000) prend deux entreprises i produisant selon la fonction Cobb-Douglas Q it = A 0 L α it K 1- α it avec α = 0,25 (élasticité de loutput par rapport au travail) Les inputs et outputs sont identiques, il ny a pas de problème dagrégation (donc les problèmes identifiés par Fisher 1971 sont évacués). Si L et K croissent à travers le temps, sans progrès technique, avec quelques fluctuations, la régression va donner un coefficient α voisin de 0,25 comme on sy attendait. Dans ce cas, où lestimation se fait sur la base de données directement tirées des quantités, il ny a pas de problème.

21 Mais par contre …. En partant des deux entreprises précédentes, sans progrès technique, si on tente destimer la fonction de production agrégée à partir des valeurs, comme on le fait (presque) toujours, en supposant un markup de 1,33 ( θ = 0,33) avec P = (1+ θ)WL/Q, ce qui signifie une part des salaires de 75%, le coefficient α estimé par la régression sera de 0,75. Donc, on est parti de fonctions de production microéconomiques qui nous disent, par construction, que lélasticité du travail est 0,25 et pourtant la fonction de production agrégée estimée prétend que cette élasticité est de 0,75. Autrement dit, les fonctions de production agrégées estiment les parts des profits ou des salaires, et non les élasticités des facteurs de production. Elles ne sont daucune utilité pour tirer des enseignements sur le type de technologie utilisée ou sur les coefficients délasticité.

22 Pourquoi? Parce que les fonctions de production, si elles sont correctement estimées, ne font que reproduire les relations de la comptabilité nationale. Si la part des salaires est approximativement constante, et si le progrès technique est correctement estimé, on obtiendra toujours une relation de type Cobb-Douglas. Si la part des salaires nest pas constante, une fonction de production CES ou translog donnera de meilleurs résultats. Si le progrès technique est mal estimé (par exemple, par une fonction linéaire du temps plutôt quune relation non- linéaire, les coefficients obtenus ne correspondront pas à la part des profits, et pourront même être négatifs!

23 Cobb-Douglas vs comptes nationaux Avec rendements déchelle constants: α + β=1 Avec rémunération des facteurs selon la productivité marginale (w/p = dQ/dL) Avec les données par tête, y = Q/L et k = K/L, avec β lélasticité de loutput par rapport au capital, la Cobb-Douglas donne: log y = μt + log k ou en croissance, en prenant la différence du log, Δlog: y = μ + βk La dérivée logarithmique des comptes nationaux va donner essentiellement la même chose: y = τ + πk avec τ = α(w/p) + πr ou encore en log log y = τt + πlog k Avec π la part des profits, α la part des salaires, et r le taux de profit Il nest donc pas surprenant, comme laffirme Jorgenson (1974), que les meilleures estimations des fonctions de production agrégées vérifient que α + β=1.

24 FUMISTERIE HUMBUG Shaikh 1974 (capital par tête en abscisses, output par tête en ordonnées) Même une relation capital-output de ce type semblera être adéquatement représentée par une Cobb-Douglas, en suivant la méthode préconisée par Solow (1957).

25 Autre démonstration par labsurde Shaikh (2005) montre que des variables générées par un modèle cyclique à la Goodwin, avec des relations input-output à la Leontieff (à coefficients fixes, à productivité marginale indéfinie) et des prix fixés par markup constant, peuvent vérifier une fonction de production Cobb-Douglas, avec les élasticités estimées égales à la part des salaires et des profits, comme le voudrait la théorie néoclassique de la concurrence parfaite

26 Table 1: Cobb-Douglas production functions fitted to actual and simulated aggregate data (OLS) With constant time trend: log y = cste + μt + βlog k Dependent Variableln(y t ) ln(y t ) en taux de croissance Data A Goodwin Data B USA Data AData B Constant-3.442* (-9.768) * (-4.561) * (6.871) 0.015* (6.340) Time0.020* (9.705) 0.009* (4.488) ln(k t )0.022 (0.219) 0.395* (2.929) ln(k t ) (-0.280) (0.636) Adj. R D.W Implied Wage Share [Actual Wage Share] [0.840] [0.810] [0.840] [0.810] Implied Profit Share β [Actual Profit Share π] [0.160] [0.190] [0.160] [0.190] Source: Anwar Shaikh, Eastern Economic Journal (2005)

27 Une Cobb-Douglas toujours validée Pourtant la Cobb-Douglas ne semblent pas toujours fonctionner, comme on peut le vérifier soi-même facilement ou comme observé par Lucas, Romer, et Shaikh au tableau précédent. Le truc, cest de ne pas imposer une tendance linéaire de progrès technique, mais plutôt une tendance non-linéaire (sinusoïdale, ou une série Fournier), puisque ce progrès technique est très variable. Solow, lui, en 1957, dans léquation y = μ + βk, fixe un progrès technique exactement égal à μ = α(w/p) + πr, tiré de la comptabilité nationale. Autrement dit, il teste une identité en prétendant vérifier la théorie néoclassique de la répartition. De fait, aujourdhui, pour faire fonctionner la Cobb-Douglas, les auteurs néoclassiques se livrent le plus souvent à des corrections au stock de capital, en tenant compte du taux dutilisation de la capacité, taux qui est très étroitement lié au taux de progrès technique, ce qui permet dobtenir un bon fit.

28 Source: Shaikh 2005

29 Table 2: Constant returns Cobb-Douglas functions with variable time trends for technical change (OLS) log y = cste + log A t + βlog k Dependent Variableln(y t ) Data A Goodwin Data B USA Data AData B Constant-2.932* ( ) * ( ) * (-2.093) * (1.198) ln(A t )1.021* (244.31) 1.007* (544.43) ln(k t )0.156* (45.321) 0.201* ( ) ln(A t ) 1.027* ( ) 1.012* ( ) ln(k t ) 0.158* (81.209) 0.193* ( ) Adj. R D.W Implied Wage Share [Actual Wage Share] [0.840] [0.810] [0.840] [0.810] Implied Profit Share β [Actual Profit Share π] [0.160] [0.190] [0.160] [0.190]

30 Conclusions Ces études critiques de la fonction de production agrégée néoclassique rendent tout à fait imaginaires (artefacts) un grand nombre de travaux empiriques néoclassiques qui reposent sur des données en valeur (industries et macro): Les fonctions de demande de travail Les mesures de productivité multifactorielle (le résidu de Solow, le progrès technique) Les estimés de croissance endogène, les théories du développement La théorie de la répartition agrégée Les mesures agrégées délasticités des facteurs de production Les mesures doutput potentiel La théorie des cycles réels (real business cycles)

31 Linstrumentalisme exacerbé Autrement dit, il ne reste littéralement plus rien de la macroéconomie appliquée néoclassique. Les néoclassiques pratiquent linstrumentalisme poussé à son degré ultime: ce qui compte cest de pouvoir prédire, même si ces prédictions ne veulent rigoureusement rien dire !


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