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Pr. Jean-Marc Dutrénit Les paradigmes sociologiques, analyses de la société -III – Lethnométhodologie Octobre 2009.

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1 Pr. Jean-Marc Dutrénit Les paradigmes sociologiques, analyses de la société -III – Lethnométhodologie Octobre 2009

2 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ce diaporama est la troisième partie du cours intitulé Les paradigmes sociologiques, analyses de la société Plan du cours Introduction I – Le Fonctionnalisme II – LHabitus Culturel III – LEthnométhodologie (dans le présent diaporama) IV – Lindividualisme Méthodologique Conclusion N.B. En raison de leur taille les parties font lobjet de fichiers Speechi différents

3 Pr. Jean-Marc Dutrénit Avertissement Ce cours a été conçu pour servir le programme du DUT « Carrières Sociales » module « M229 & MOp 229 Analyse de la société ». Mais il peut aussi servir à tout enseignement de Sociologie

4 Pr. Jean-Marc Dutrénit III – Lethnométhodologie A - Définition, devoir B – La société dun point de vue ethnométhodologique Les interactions sont décisives Les hommes régulent leurs interactions au moyen de la réciprocité Les acteurs construisent des règles implicites Les interactions produisent des valeurs faisant système Les degrés de liberté des acteurs dans leur vie sont de mieux en mieux mesurés. Cinq exemples C - La Personne dun point de vue ethnométhodologique Définition La construction de la personne chez G.H. Mead et J. Habermas Construction de soi et opportunités. Trois exemples La socialisation secondaire Une théorie interactive de la déviance Apport des Neurosciences D – Le travail social dun point de vue ethnométhodologique Définition Trois exemples de descriptions ethnométhodologiques de travail social Exemples de constrution de de soi par interactions organisées par le travail social La compétence sociale au cœur du travail social Létude américaine « Chicago Longitudinal Study » Conclusions

5 Pr. Jean-Marc Dutrénit A - Définition (Garfinkel 1967, Schutz 1987) Toute société est produite localement, naturellement organisée, réflexivement descriptible. Elle est un accomplissement continu et pratique, avec indexation lexicale (mémorisation des fréquences dévènements divers par chacun) En agissant, avec ou contre autrui, je construis une facette de la société ET de moi-même. A tout moment, jarbitre, je choisis Nous sommes tous des sociologues à létat pratique

6 Pr. Jean-Marc Dutrénit Face logico-mathématique du paradigme EM Il y a tant de variables (notamment les actes de millions de personnes et de décideurs) dans une société quil est impossible de faire des prédictions à long terme (10 ans et +). Autant au niveau individuel que collectif N.B. En sciences de la nature, le hasard se définit par la présence dune infinité de variable.

7 Pr. Jean-Marc Dutrénit Corollaire On peut prévoir à court terme (1 à 2 ans) On peut agir sur des situations comportant un petit nombre de variables Lethnométhodologie est un paradigme de la liberté

8 Pr. Jean-Marc Dutrénit Enoncé du devoir sur lEthnométhodologie Sur le sujet choisi en accord avec lenseignant, (un seul sujet pour les 4 devoirs) Définir lEthnométhodologie Présenter 3 tab statistiques mentionnant la source, la date, lintitulé du tab., la taille de léchantillon,, ou à défaut 3 schémas de décisions dacteurs sociaux et construire un commentaire pour chaque sous la forme : Enoncer les décisions effectives des acteurs daprès le tab. (oppositions, particularités, etc..) Reconstruction des interactions, des « bonnes raisons » probablement présentes dans les esprits des acteurs au moment de leurs choix de métier, pratique sociale, etc. Critique du paradigme (comparaison avec les précédents par ex) 2 p. obligatoirement dactylographiées maxi + tab. A remettre le : 12 / 12 / 2007

9 Pr. Jean-Marc Dutrénit Pour vos devoirs, vous trouverez un grand nombre de sondages sur le site gratuit de lorganisme BVA

10 Pr. Jean-Marc Dutrénit B - La Société dun point de vue ethnométhodologique Les interactions sont décisives Les hommes régulent leurs interactions au moyen de la réciprocité Les acteurs construisent des règles implicites Les interactions produisent des valeurs faisant système Les degrés de liberté des acteurs dans leur vie sont de mieux en mieux mesurés. Cinq exemples

11 Pr. Jean-Marc Dutrénit 1 - Les interactions sont décisives (M. Dobry, 1986) Une crise politique est un exemple très complet de la construction sociale par les interactions humaines 1 – Lente maturation. Les responsables se croient coincés dans le jeu. Ex. XVIIIe : La Cour Royale, XXe : Pays socialistes, etc. 2 – Un événement bouscule les logiques organisationnelles : multiplication des interactions Ex prise de la Bastille. Glanost (transparence) et Perestroïska (réforme) de lURSS de Gorbatchev 3 – Décisif : la visibilité de lengagement des autres 4 – Début de stabilisation des incertitudes autour de chefs charismatiques (Danton, Robespierre, Napoléon, etc..)

12 Pr. Jean-Marc Dutrénit NB Quest-ce quune interaction ? Toute forme de transmission de message impliquant au moins deux protagonistes. Le message peut prendre une forme et un sens quelconques : Regard Parole (tel, internet, etc..) Lettre Contact physique (pacifique ou violent)

13 Pr. Jean-Marc Dutrénit 2 – Les hommes régulent leurs interactions au moyen de la réciprocité (Mauss 1925, Lévi-Strauss 1955, J-M. Dutrénit, 2002 chap 2) La réciprocité est létalon implicite dévaluation des interactions Chaque individu lutilise implicitement, comme chaque responsable de groupe ou de nation Quand un individu ou un groupe sécarte trop de la réciprocité positive (nazisme, dictatures, criminels, délinquants, parents ou conjoints abusifs, etc.), il est combattu jusquà rétablissement de relations équilibrées. Le schéma suivant décrit le processus

14 Réciprocité (Mauss, Lévi-Strauss, Shalins, Temple…)

15 3 - Construction de règles implicites à côté des règles officielles 3 - Construction de règles implicites à côté des règles officielles

16 Pr. Jean-Marc Dutrénit Deux exemples de règles implicites mettant en œuvre une certaine réciprocité Les ouvriers dentretien (minoritaires en nombre) disent à ceux de la production : élisez-nous comme délégués en échange dun bon entretien des machines, sinon … les pannes seront longues et variées (Crozier dans un monopole industriel français en 1955) La base du service social dunité territoriale dit aux cadres : vous aurez de bonnes informations pour le rapport annuel en échange de notre autonomie technique dintervention, sinon… les infos seront « difficiles » à collecter (JMD fonction publique territoriale 1983) NB. Réciprocité nest pas égalité.

17 Pr. Jean-Marc Dutrénit 4 – Les interactions produisent des valeurs faisant système Ce système est évolutif M. Crozier en donne une description imagée dans un livre récent, Nouveau regard sur la société française O. Jacob 2006 En voici une présentation personnelle dans la douzaine de diapositives suivantes N.B. Michel Crozier, Fondateur du Centre de Sociologie des organisations (CNRS),, a été Pr Paris X-Nanterre, a reçu le Prix Tocqueville 1998, est Membre de lInstitut

18 Pr. Jean-Marc Dutrénit Présentation choisie Après 40 ans denquêtes et de travaux sociologiques, Michel Crozier offre son regard instruit sur les valeurs concurrentes qui en France se disputent la première place Pour les principaux phénomènes décrits, nous (JMD) avons regroupé les résultats en quelques points essentiels pour la société Française : –Forces –Faiblesses –Paradoxes & malaises –Remèdes

19 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ecole Forces Obéir Etre bon élève Etre chahuteur Etre les deux Etre capable de juger le monde Faiblesses Coopérer, créer, Innover Paradoxes & malaises Esprit de contradiction (copie négative de lobéissance) Non préparation à vivre dans un monde de liberté Remède Apprendre à coopérer, créer, innover (progr. 4H, Cf Jean-Marc Dutrénit La compétence sociale)

20 Pr. Jean-Marc Dutrénit Liberté Forces Nous avons une grande liberté s/ contrainte génétique Héritage chrétien : droit & devoir de sextraire des contraintes du groupe pour répondre de soi devant Dieu On peut renverser les valeurs de son milieu dorigine Faiblesse Manque de discipline, manque de conscience morale Incapacité à construire progressivement un consensus durable Paradoxes & malaises Syndrome de légalité (apothéose avec le goulag soviétique) Deux types idéaux : les soumis; les rebelles Peur panique de la liberté => Installation de contraintes a priori à la clé de toute nouveauté => stagnation (OGM, précaution, etc…) Remède Faire dabord en liberté, puis évaluer et réguler

21 Pr. Jean-Marc Dutrénit Responsabilité Forces La responsabilité penche vers le collectif et atténue le pouvoir de la liberté. Elle remplace peu à peu et partout lobéissance Elle est plus efficace et répond mieux au désir dindividuation des personnes Les multiples « liens faibles » (organisation, contrats, Etat de droit) étayent fortement liberté et responsabilité (Cf. J. Rawls Une Théorie de la justice) Faiblesses Croyance erronée et répandue : « le pouvoir appartient à quelques uns ». [NON, il circule et se conquiert. Je nai de pouvoir que dans la mesure où dautres ont intérêt à men reconnaître.] Paradoxes & malaises On adopte une responsabilité morale globale, divine ou de raison, mais on magouille dans les affaires quotidienne (« les grands principes / les grands sentiments » Guy Béart) On proclame le peuple souverain (1789) mais misère, escrocs politiques et guerres sanglantes Remèdes Faire ce que lon dit, dire ce que lon fait est le début de la morale (qualité ISO, Churchill, de Gaulle, etc…) Développer la responsabilité juridique des chargés de pouvoir (accountability, Eva Joly Dans quel monde voulons nous vivre ?)) WARNING On nest pas totalement maître du jeu

22 Pr. Jean-Marc Dutrénit Connaissance Forces Un désir de connaissance vieux comme le monde anime la France. Nous avons dexcellents scientifiques (médecine, Airbus, Ariane, TGV, Dassault, etc…). La scolarisation des ans a progressé de 58% entre 1990 et 1999, etc… Faiblesses En Sciences humaines et en politique, tout le monde discute de tout sans se soumettre à la rigueur de la preuve - en Sociologie notamment Paradoxes & malaises Le principe de précaution, linterdit sur le clonage (unique au monde ! ) nous retardent dans la connaissance Remèdes Seule la connaissance peut nous éviter les écueils quelle crée (OGM, Clonage) Un devoir connaissance doit accompagner liberté et responsabilité (Neurosciences et apprentissages lecture, mémoire, intelligence, coopération, etc…) Une presse plus informative, plus exacte (par ex sur les régimes spéciaux de retraite) permettrait de discuter avant de prendre parti pour telle ou telle solution) WARNING Je suis moralement coupable de ne pas essayer de savoir

23 Pr. Jean-Marc Dutrénit Démocratie (= exercice du pouvoir par le peuple) Forces Liberté dentreprendre. Les entreprises du CAC 40, avec ingénieurs français de premier plan ont pu construire un secteur privé produisant une richesse exceptionnelle partout dans le monde Faiblesses Le parlement et lEtat presque régalien font lois et décrets dapplication « top down » (coupés de la base) Lois normatives détaillées universalistes MAIS inapplicables à tous les cas PME bloquées par la bureaucratie tatillonne Paradoxes & malaises Comme la décision nest pas construite « bottom up » chacun se bat contre des mesures dont il se sent exclu Donc on « sarrange » en contournant la loi, selon le vieil adage français : « la théorie et la pratique sont des univers différents… » (confusion entre théorie scientifique et doctrine) Contradictions dune société « entrouverte » Remèdes Faire des lois cadre peu nombreuses, et laisser les juges interpréter Aller vers une démocratie tempérée comme celle de nos voisins européens Parvenir à libérer les énergies individuelles

24 Pr. Jean-Marc Dutrénit Travail « Energie physique ou intellectuelle de la personnalité vivante dépensée à loccasion de la fabrication de choses utiles » (Marx 1860) Forces Les Français sont attachés aux œuvres depuis homo faber Ils aiment le travail bien organisé Générosité enthousiaste Les jeunes diplômés trouvent du travail aisément Faiblesses La bureaucratie gâche lorganisation (disent les salariés dans les enquêtes) jeunes sortent du système scolaire sans diplôme chaque année La formation permanente est insuffisante Préjugés sur la relation âge de la retraite, temps de travail et chômage Paradoxes & malaises Les 35 heures nont pas servi à la formation Linactivité des ans (63%) entraîne fortes charges sociales et par conséquent des freins à lembauche, notamment des jeunes Remèdes Flexsécurité : un immense chantier de formation pour tous (Ex. Norvège loi 2003 tout adulte peut reprendre ses études gratis jusquau Baccalauréat)

25 Pr. Jean-Marc Dutrénit Institutions Mais dabord, quest-ce quune institution ? Ex. Assemblées, conseils, journaux, Définition : tous lieux où lon fabrique, ajoute, transforme, annule de la règle Deux théorèmes fondamentaux : « Plus il y a dinstitutions plus le peuple est libre » (St Just Œuvres 1790) La liberté ne vient pas de moins dorganisation mais de plus dorganisation Crozier et Friedbergh Lacteur et le système

26 Pr. Jean-Marc Dutrénit Institutions en France Forces Les institutions françaises ont produit de grandes chose (X, Sc Po, Les Mines, Normale Sup, etc… Les grandes institutions se sont étendues et complexifiées (Ex lArmée, lEnseignement, la Protection sociale, etc..) Des institutions mineures mais essentielles au développement se sont émancipées et multipliées en France (Protection Sociale, Loisirs, Radio libres, etc..) Faiblesses La fascination du pouvoir central « qui peut tout » est une infirmité et une paresse de la pensée politique française De ce fait la France est le pays des doctrines radicales « top down », du prétendu déterminisme social (Ex. lHabitus culturel) et des révolutions. On construit à côté au lieu de transformer ce qui existe

27 Pr. Jean-Marc Dutrénit Institutions en France suite Paradoxes & malaises Le radicalisme des critiques invite au centralisme sous dautres apparences (1789) La décentralisation départementale (petites forces divisées) a renforcé le pouvoir central en refusant de le confier aux Régions (force de taille significative) à lopposé de lEspagne Remèdes Développer lesprit de Réforme progressif et « Bottom up » Rechercher les points sensibles à réformer pour modifier un ensemble (Ex. la réforme de Sciences Po réussie par des quota détudiants de banlieue) Espoir : les réformes en cours (La transparence des comptes des syndicats, du MEDEF et de lEtat) Cogestion dans lentreprise comme au Pays Bas, Prêts étudiants à remboursement de 5% du futur salaire, pédagogie de la compétence sociale à lEcole

28 Pr. Jean-Marc Dutrénit Exemple dinstitution intelligente : le Centre des Jeunes Dirigeants ( CJD ) Limite dâge pour être membre = 45 ans Toute responsabilité est non cumulable, non renouvelable et dure 2 ans Durée maximum possible en mandats : –Président de Section 2 ans –Président de Région 2 ans –Président National 2 ans Total = 6 ans De ce fait la démagogie pour durer au pouvoir est impossible. Au contraire, chaque dirigeant est tenté de proposer des réformes intelligentes pour « laisser sa marque » Appliquer ce genre de règles à la plupart des institutions serait sage Cf. Le Magazine du CJD

29 Pr. Jean-Marc Dutrénit La confusion des valeurs Forces La liberté du débat sur tout La volonté de liberté La lente ascension du spectateur impartial dAdam Smith. Cf. Boudon dans la partie Individualisme Méthodologique Faiblesses Un grand tabou : on croit que les valeurs républicaines –liberté, égalité, fraternité, monarque républicain, parlement loin des acteurs, étatisme universaliste - sont supérieures aux valeurs démocratiques de TOUT AUTRE REGIME ou PAYS Ecart entre valeurs professées et pratique : responsables de gauche mettant leurs enfants en école privée, Patrons prêchant la modération salariale / Stock options La jonglerie avec les valeurs les dévalorise, les multiplie, les rend confuses Démocratie se mêlant de science (OGM) comme la Théologie au Moyen Age Lexpression des communautarismes (alors que lexpérience de Lagan College ouvre les esprits)

30 Pr. Jean-Marc Dutrénit La confusion des valeurs suite Paradoxes & malaises Les pays émergents, Chine, Inde, Islam, superposent valeurs capitalistes à autoritarisme ancien allant jusquau sacrifice personnel pour la communauté (Cf. Les croisades du Moyen Age, & Inglehart, Enquête sur les valeurs du monde ). Guerre civile algérienne & montée du communautarisme en France résultent du conflit entre ces valeurs Remèdes Mieux répondre au besoin dintégration des immigrés Remplacer le simplisme de luniversalisme républicain par une démocratie participative (Pays Scandinaves) mieux adaptée à la complexité moderne. Les 35 h nont pas satisfait ceux qui voulaient travailler plus Revenir au principe de réalité, càd celui de la connaissance scientifique des phénomènes pour proposer des modalités de gestion cohérentes

31 Pr. Jean-Marc Dutrénit 5 - Les degrés de liberté des acteurs dans leur vie sont de mieux en mieux mesurés. Ils sont importants Cinq exemples

32 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ex. n°1 - La proportion de diplômés = ou > bac a augmenté en 25 ans Champ de létude : Français ayant terminé études initiales Enquête FQP 1993 INSEE Age25-39 ans40-49 ans50-59 ans Hommes Femmes Père agric Père artis/ co Père cadre Père prof inter Père employé Père ouvrier Ensemble

33 Pr. Jean-Marc Dutrénit Interprétation ethnométhodologique de ce tableau FQP 1993 Dans toutes les CSP il y a une part de diplômés Bac ou +. Cela signifie que des choix sont opérés par les intéressés Les proportions de diplômés Bac ou + varient dune génération à lautre, dans toutes les CSP. Cela signifie que les intéressés varient leurs choix selon la conjoncture. –En 1965 les enfants douvriers trouvaient plus intéressant de devenir ouvrier –En 2007, ils trouvent plus intéressant de devenir technicien ou ingénieur. …/…

34 Pr. Jean-Marc Dutrénit Interprétation EM suite Conclusion : La compréhension complète de ces données repose sur la motivation des acteurs et non sur leur origine car : 1/ dans chaque CSP certains font « comme papa » et dautres font « autrement ». 2/ dans chaque CSP ces % changent avec le temps Cependant laccès à Polytechnique était de 25% du recrutement en 1965 pour les enfants de CSP ouvrière, et de 1% en 2005 : la révolte gronde. Ce qui est une autre preuve de labsence de déterminisme social.

35 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ex n° 2 - Structural Equation Model Showing the Relationship Between Family Processes, Child Characteristics, and Achievement for Children Aged 6 to 11 Years ( Ryan & Adams 1998)

36 Pr. Jean-Marc Dutrénit Commentaire du graphique La seule variable vraiment corrélée à la réussite est la motivation scolaire de lélève Les autres variables présentent des liaisons faibles. Le SES des parents que lhabitus culturel présente comme déterminant, influence en réalité très faiblement la réussite. Les degrés de liberté de lélève sont donc très importants. Mais on peut attendre des neurosciences des découvertes de plus en plus précises pour rendre compte de la motivation et du QI dont on sait quils déterminent très fortement la réussite

37 Pr. Jean-Marc Dutrénit Pour comprendre le sens des coefficients de ce modèle R² = 0,54 signifie que ce modèle ne rend compte que de 54 % des éléments influençant la réussite des élèves de 11 ans Chaque coefficient est une mesure de linfluence dune variable sur une autre, compte tenu des autres influences Wonnacott & Wonnacott Statistique, Economica, 4e ed (Cf. chap « La régression multiple ») est LE livre utile à la compréhension des stat. Depuis le niveau débutant jqau top

38 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ex. n° 3 - La transmission des pratiques sociales par la famille est faible Le coefficient Beta de transmission inter générations = (.30) pour : Sport, lecture, pratiques musicales (Enquête Pratiques culturelles des Français, 2000) Divorce, sexualité avant le mariage, rôles féminins et masculins (Thornton 1989)

39 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ex. n° 4 - Effets dune augmentation de revenu familial passant de $ à $ …(S. Mayer 1997) Grossesses dadolescentes (38%=>22%) Quitter lécole avant 18 ans 30%=>18%) Nombre années scolarité 12 => 12.5 Revenu des fils => + 20 % Chômage des fils => - 13 % Mères célibataires =44 % => 26 % …/…

40 Pr. Jean-Marc Dutrénit Effets dune augmentation de revenu (suite) (Beta coefficients) Ambition parentale Efficience parentale.364 Attitude de confiance.189 Attitudes de colère.008

41 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ex. n° 5 - Effets du style parental éducatif (Baumrind, 1991; Weiss & Schwarz, 1996; Miller et al., 1993). Summarised by Nancy DarlingBaumrind, 1991Weiss & Schwarz, 1996Miller et al., 1993 ont fait plusieurs enquête par interviews de parents, souvenirs denfant et observations de parents. En voici les principaux résultats : …/…

42 Pr. Jean-Marc Dutrénit Il y a 4 principaux styles parentaux présentant des effets sur les enfants (continuation) Parents légitimistes (authoritative) (exigeants et répondants) Equivalent du modèle JMD de Travail Social Exigences+++ et Aide +++ => enfants socialement compétents et réussite professionnelle plus que les autres types Parents non impliqués (ni exigeants et ni répondants) Equivalent du modèle JMD de Travail Social Exigences--- et Aide --- => enfants à faibles performances en tous domaines

43 Pr. Jean-Marc Dutrénit style parental et ses effets (continuation) Parents autoritaires (très exigeants mais peu répondants) Equivalent du modèle JMD de Travail Social Exigences+++ et Aide - -- => enfants à réussite scolaire modérée sans déviance mais faible compétence sociale, faible estime de soi, et davantage de dépression Parents indulgents (très peu exigeants mais très répondants) Equivalent du modèle JMD de Travail Social Exigences--- et Aide +++ => enfants à problèmes de comportement, moins performant en classe, mais plus grande estime de soi, meilleure compétence sociale, et moins de dépression.

44 Pr. Jean-Marc Dutrénit Conclusion EM sur la société La société résulte finalement des actes choisis par les individus qui la composent, dans un dialogue permanent dinfluences offertes, reçues ou refusées « après examen ».

45 Pr. Jean-Marc Dutrénit C - La personne dun point de vue ethnométhodologique Définition La construction de la personne chez G.H. Mead et J. Habermas Construction de soi et opportunités. Trois exemples La socialisation secondaire Une théorie interactive de la déviance Apport des Neurosciences

46 Pr. Jean-Marc Dutrénit Définition de la personne pour lethnométhodologie La personne résulte de sa participation à la construction de la réalité en coopération/opposition avec les autres personnes En posant un acte social, je me définis et me construis moi- même, à travers des degrés de liberté et de résistance variés Max Weber (1900) soulignait laccroissement de la liberté individuelle à laube du XXe siècle. Lidentité sociétaire (nation) dépasse de + en + lidentité communautaire du village de naissance. On ajoutera (JMD) que la mondialisation amplifie encore le phénomène

47 Pr. Jean-Marc Dutrénit 1 - La construction de la personne daprès G.H. Mead (1930) L'esprit, le soi et la société, PUF toujours par des interactions entraînant ladaptation réciproque des conduites au cours de lélaboration dun processus social

48 Pr. Jean-Marc Dutrénit Les étapes Les étapes (G.H. Mead ) 0-6 ans : construction de lautonomie. A travers les rôles joués, les enfants testent les réactions des adultes 7-11 ans : apprentissage par les jeux aux semi-règles construites (indiens, gend/vol, terminator, etc…) ans : jeux réglés (foot, etc…) ans : reconnaissance de lindividu par les autres. Le moi pour autrui entre en concurrence avec le je. Je veux être considéré pour ce que je suis, je sélectionne ce que je serai. (étape de reconstruction des 40% de synapses perdues à la puberté) : kaïd, fort en thème, amical, hostile… Conclusion : Plus de contacts => plus de choix => plus de liberté

49 Pr. Jean-Marc Dutrénit 2 - Trois fondements de la construction de la personne daprès J. Habermas ( Morale et communication: 1986 ) 1.Linteraction réciproque : chacun est le même que lautre dans ce en quoi il est opposé à lui (conflit interpersonnel) 2.Les représentations symboliques : communication didées (scolarité univ) + prises de pouvoir (luttes pol & soc) + création/destruction de normes (lois, règles) + refus-libération (Roméo et Juliette) + réciprocité comme outils de co-construction des egos (bandes, assoc. entreprises) 3.Processus de travail : règles scientif, techn, juridiques. Conclusion : les 3 font irruption sans prévenir les uns dans les autres pour réorienter les processus et la construction de soi…

50 Pr. Jean-Marc Dutrénit 3 - Construction de soi et opportunités. Trois exemples La belle écriture des Bretonnes Bertaux- Wiame Isabelle, Le projet familial, Annales de Vaucresson, 26, 1987,1, Vos filles peuvent réussir Bertaux-Wiame Isabelle, Le projet familial, Annales de Vaucresson, 26, 1987,1, La pelle ou les études Santelli E, La mobilité sociale dans l'immigration. Itinéraires de réussite des enfants d'origine algérienne, PUM, 2001, 305 p.La mobilité sociale dans l'immigration. Itinéraires de réussite des enfants d'origine algériennePUM

51 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ex n° 1 - La belle écriture des Bretonnes (Bertaux-Wiame 1987) Un couple breton (cordonnier et lavandière) émigre à Paris en 1920, et trouve à semployer comme chauffeur et lingère (« On embauche à Paris ! », loccasion est saisie). Leurs deux filles suivent une scolarité primaire studieuse. La mère apprend à la boulangerie du coin que le Crédit Lyonnais recrute des jeunes filles ayant une belle écriture. (Interaction de bifurcation) Les deux filles sont embauchées à 14 ans. Elles se hissent dans la classe moyenne. (Elles construisent leur nouvelle identité).

52 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ex n° 2 - Vos filles peuvent réussir (Bertaux-Wiame 1987) Ouvrier à Dourdan, épouse surveillante chef hôpitaux de Paris, le couple a deux filles. (Train-train ordinaire) « Comment vont les enfants ? » demande un jour le patron. Elles font une bonne scolarité et seront secrétaires répond la mère. Pourquoi ne pas les envoyer à luniversité comme les enfants de cadres ni plus ni moins intelligents ? (Interaction de bifurcation) Les parents déménagent, le père est embauché à lhôpital. Les filles feront des études supérieures (Délibéré familial innovant) Une fille est devenue médecin, lautre directrice de Centre Social (Elles ont construit une identité différente de celle de leurs parents).

53 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ex n° 3 - La pelle ou les études Lille 1990, après le cours. Je bavarde avec des étudiants dorigine maghrébine formant un bon tiers de lamphi. Comme leur présence dément les thèses de lhabitus culturel, je leur demande comment ils sont arrivés là. Très simple répondent-ils ! Les parent (sachant à peine lire les chiffres) regardaient les carnets scolaires : « Bonnes notes : 10 francs; mauvaises notes : coups de bâtons ! » (Délibéré familial innovant) Puis, à ladolescence, les Vieux nous ont dit « Attention, il faut choisir : la pelle ou les études ! » (Interaction de bifurcation) On a choisi les études ! (Ils ont construit une nouvelle identité).

54 Pr. Jean-Marc Dutrénit 4 - La socialisation secondaire 4 - La socialisation secondaire (Berger & Luckman 1980 ) Définition : incorporation de nouveaux savoirs en provenance du monde professionnel vers le soi Elle peut prendre le pas sur la socialisation primaire (parfois nommée lhabitus )

55 Pr. Jean-Marc Dutrénit Etapes et conditions de réussite de la socialisation secondaire Etapes et conditions de réussite de la socialisation secondaire (Berger & Luckman 1980 ) 1.Prise de distance des rôles incluant une disjonction entre identité réelle et virtuelle (Interactions avec anciens élèves ayant réussi, Saga, Epopée, mythe des héros) 2.Techniques spéciales assurant une forte identification au futur rôle et un fort engagement personnel (épreuves par groupes solidaires coopérant à une oeuvre commune…) 3.Action continue dun appareil conversationnel (entretiens, dynamique de groupe, débats…)

56 Pr. Jean-Marc Dutrénit Etapes, suite… 4.Processus institutionnel dinitiation permettant une transformation de la « maison » de lindividu et une implication des socialisateurs dans le passage dune maison à lautre (voyage de fin détude, fête de fin dannée, cérémonie de remise des diplôme, etc..) 5.Existence dune institution médiatrice permettant la conservation dune partie de lidentité ancienne pendant lidentification à des autrui nouveaux perçus comme légitimes (Bureau des élèves, Junior entreprise, etc..)

57 Pr. Jean-Marc Dutrénit 5 - Une théorie interactive de la déviance (Neser, Silberg, Parrish, 1968) Méconnue depuis sa publication en 1968, cette théorie est confirmée par de nombreux résultats denquêtes

58 Pr. Jean-Marc Dutrénit Host-agent model for deviance Neser, Silberg, Parrish, Soc Work 1968, 13, 2, Occasions de délits + Apprentissage Aisé & Nombreux stimuli Non sanction Egaux défavorables Valeurs conflictuelles Modèle parental pauvre Accès limité à buts sanctionnés Instit de formation & aide de faible qualité Faible tolérance à lanxiété Faible estime de soi (maladie, QI, réputation) Problèmes émotionnels AGENTS INSPIRA TEURS HOTE Occasions de délits limitées Apprentissage Difficile & Peu de stimuli Ressources pour sanctions Egaux favorables Valeurs homogènes Modèle parental positif Accès à buts utiles Instit de formation & aide de bonne qualité Niveau de Délinquance Acceptation de soi Identification à valeurs Positives (relig,educ, culture) QI moyen ou supérieur contact

59 Pr. Jean-Marc Dutrénit Commentaire du modèle interactif de la déviance (diapo précédente) (Neser, Silberg, Parrish, 1968) Dans la diapo précédente, les auteurs ont recensé les différentes interactions qui peuvent, au contact des qualités intrinsèques du sujet (partie droite de la diapo), linciter à la déviance (moitié haute) ou au contraire à lintégration (moitié basse) Partie gauche du schéma : principales interactions de bifurcation vers la déviance ou au contraire vers la sagesse Partie droite du schéma : les qualités intrinsèques du sujet (HOTE) qui offriront plus ou moins de résistance aux interactions (délibéré personnel) La construction dune identité (niveau de délinquance) résulte de ce délibéré, ou plutôt de la longue suite de délibérés à propos des interactions de bifurcation plus ou moins contradictoires

60 Pr. Jean-Marc Dutrénit 6 - Apport des Neurosciences : on devra compter avec le cerveau La très grande plasticité du cerveau permet dapprendre et de déduire leçons et anticipations de chaque expérience individuelle Pendant le sommeil, des neurones dun mètre de long mettent en contact aléatoires les diverses zones cérébrales. Le résultat est imprévisible (Changeux 1997) Le cerveau des émotions mémorise à tout âge. La compétence sociale semble être localisée précisément dans une zone du lobe temporal droit. Sa lésion entraîne une perturbation radicale des relations sociales chez le singe comme chez lhomme (Damasio 2003)

61 Pr. Jean-Marc Dutrénit Conclusion EM sur la personne La fatalité nexiste pas Lhéritage familial est toujours revu et corrigé par la personne. Parfois refusé Plus nous interagissons, observons, apprenons... plus nous devons arbitrer, choisir… plus nous sommes libres… On se construit soi-même au contact des autres, de tous les autres

62 Pr. Jean-Marc Dutrénit D - Le travail social dun point de vue ethnométhodologique Définition Trois exemples de descriptions ethnométhodologiques de travail social Exemples de construction de soi par interactions organisées par le travail social La compétence sociale concept ethnométhodologique au cœur du travail social Létude américaine « Chicago Longitudinal Study » Conclusions

63 Pr. Jean-Marc Dutrénit Définition du travail social On entend par travail social tout acte qui au moyen dinteraction, dapprentissage ou de service permet de développer le statut (contibutions/ rétributions) de personnes tombées au dessous de seuils définis par la société (Jean-Marc Dutrénit 1981) Lintervention sociale est universelle, variable à linfini. Elle incarne une forme dentraide entre les hommes Au quotidien les hommes inventent de nouvelles formes dentraide et de travail social

64 Pr. Jean-Marc Dutrénit Trois exemples de descriptions ethnométhodologiques de travail social M. Foucauld Histoire de la folie 1970 J. Donzelot La police des familles, 1975 C. Chevreuse Pratiques inventives du travail social 1975

65 Pr. Jean-Marc Dutrénit Dans ces œuvres leurs auteurs exposent des « interactions de bifurcation »… … qui sont le cœur battant de linnovation et du changement

66 Pr. Jean-Marc Dutrénit Une très longue interaction de bifurcation est décrite par M. Foucauld dans son Histoire de la folie (1970) Jusquau XVème siècle lEglise, qui avait créé les premiers hôpitaux au IVème siècle, gérait partout en Europe le Spirituel (Religion) et le Temporel (Gestion) des hôpitaux Vers 1450 les échevins des villes (élus municipaux) ont progressivement partout pris le pouvoir sur le Temporel au moyen de procès longs et difficiles (un siècle entier à Angers) mettant en cause les abus de biens sociaux par plusieurs abbés responsables en chef des hôpitaux. Les abbés conservèrent néanmoins le Spirituel

67 Pr. Jean-Marc Dutrénit Une interaction de bifurcation inventive est décrite par J. Donzelot dans La police des familles, (1975) Depuis Vincent de Paul on pouvait abandonner un nouveau né dans le « tour » de lhôpital (guichet de dépôt anonyme). Les enfants étaient alors déposés en nourrice à la campagne contre une allocation aux nourrices. Beaucoup de jeunes mères de la campagne ont alors établi une connivence avec les « tourières » pour récupérer leur propre enfant en nourrice tout en bénéficiant de lallocation. Gouvernement, préfets et gendarmes ne purent faire cesser le trafic quen supprimant le tour en Mais linventivité populaire avait préparé lavènement des allocations familiales quelques années plus tard.

68 Pr. Jean-Marc Dutrénit Dans Pratiques inventives du travail social (1975) C. Chevreuse a exposé des interactions de bifurcations travailleurs sociaux-acteurs divers En entreprise pour réintégrer les handicapés Au lycée pour prévenir laddiction aux drogues diverses En unités territoriales pour apporter solutions daction pour des catégories de population Un des chapitres écrit par Jean-Marc Dutrénit et D. Cassegrain théorise ce mouvement permanent de création-adaptation et le présente sous forme de modèle compréhensif valable pour les différentes périodes du travail social et de leurs transitions N.B. C. Chevreuse est le nom que sest donné le collectif de 9 cadres de travail social et 9 sociologues ayant écrit ce livre sous la dir scientifique de R. Sainsaulieu.

69 Pr. Jean-Marc Dutrénit Exemples de (re)construction de soi de lusager par les interactions Ou comment le travail social met parfois en œuvre les principes soulignés par lethnométhodologie

70 Pr. Jean-Marc Dutrénit Interactions dinsertion tous les jours après la classe dans 40 pays : les programmes 4H (Head-Heart-Hand-Health) De huit ans jusquà la fin de luniversité ou école professionnelle Il sagit de participer à des actions créatives dans des entreprises, des associations, des administrations, etc.. Ex : deux élèves de lycée professionnel dessineront et construiront une pièce de machine outil de lusine voisine, deux autres iront réparer le chauffage de la mairie, deux autres feront le mobilier du théatre municipal, etc. Ceux du lycée classique rédigeront un formulaire de satisfaction du supermarché, etc… Les plus petits feront pousser des légumes avec leurs parents, etc.. Ces interactions pré-citoyennes aident les jeunes à apprendre des capacités concrètes comme : - diriger - sexprimer - respecter autrui - sadapter au changement - être responsable - décider - produire un revenu de leurs propres projets - se documenter sur les carrières possibles Ces capacités construisent des parts significatives de la personnalité

71 Pr. Jean-Marc Dutrénit Nouveau type dinteractions pour adolescents difficiles : Le camp des fortes têtes (Téléfilm, Arte, sept 2006) Un camp dété pour 15 adolescents récalcitrants en conflit avec leurs parents, deux mois au bord dun lac du Nord Canada, loin de tout. Activités nature, dobservation, de conversation, épreuves de créativité. Discipline explicite appliquée avec explications. Et exposé des conduites à tenir. Direction par un psychologue docteur. Impossibilité légale et pratique de quitter le camp sans autorisation expresse des parents En découvrant leur capacités nouvellement acquises y compris celle de comprendre la nature, la coopération et le plaisir que cela leur procure, ces adolescents deviennent travailleurs en classe et aimables avec leur entourage. La solidité de ce nouvel état est contrôlée par enquête un an après le retour à la maison.

72 Pr. Jean-Marc Dutrénit L efficacité du placement est maximum entre 16 et 20 ans « Le camp des fortes têtes » laissait voir que même après 16 ans la construction de la personne est très efficace. Une preuve statistique de ce phénomène existait déjà dans létude de M. Lepage- Chabriais 1980 (tableau suivant).

73 Pr. Jean-Marc Dutrénit Devenir à 30 ans de 600 anciens détablissements sociaux pour mineurs (M. Lepage Chabriais 1980) Age du placement Durée placement Type de placement Intégration profession- nelle à 30 ans Intégration familiale à 30 ans Avant 16 ans quelconque 16 à 20 ans> 2,5 ansInternat spécialisé Bonne

74 Pr. Jean-Marc Dutrénit Destruction / reconstruction synaptique à ladolescence (Bourgeois & Desmotes-Mainard, 2001) Phénomène marquant la puberté chez les mammifères, la montée hormonale détruit 40% de leurs synapses (les connexions entre neurones). Cela signifie trois choses : Personne nest responsable de laspect dévasté des adolescents Tout lentourage participe à la reconstruction des nouvelles synapses et aux significations qui sy logent Des interactions de réciprocité forte pour les ans comme le programme 4H, « Le camp des fortes têtes » et les séjours en institution façonnent de nouvelles synapses qui favoriseront plus tard la réciprocité positive

75 Pr. Jean-Marc Dutrénit Le casework avec contrat dobjectifs négociés est un type dinteraction qui fait progresser le fonctionnement familial mesuré sur léchelle St Paul Mullen & Dunpson Thirteen evaluative studies, 1977) Contrat dobjectifs à 6 mois Absence de contrat Avant caseworkScore St PaulScale Faible Après caseworkScore St PaulScale FORT Score St PaulScale Faible

76 Pr. Jean-Marc Dutrénit La résilience ou abandon du passé à partir dinteractions nouvelles La résilience est une capacité du vivant à réduire limportance des expériences douloureuses du passé pour se centrer sur de nouvelles expériences plus positives pour soi et les autres (Cyrulnick 1999). Notre pré-câblage cérébral pour la coopération (Damasio 2003) est probablement un support essentiel de cette capacité.

77 Pr. Jean-Marc Dutrénit Une application de la résilience et de la coopération : développer la parentalité dans un service dAide Sociale à lenfance (Ruhaut 1999) Système Traditionnel Absence de contact entre famille biologique et famille daccueil RESULTAT : Tx. retour en famille en fin de mesure = 30% Nouvelles interactions Réunion bimestrielle entre : famille biologique, famille daccueil un référent ASE centrée sur la tâche : « Comment organiser au mieux lavenir de lenfant ? » RESULTAT : Tx. retour en famille en fin de mesure = 70%

78 Pr. Jean-Marc Dutrénit Lart et linsertion Changeux 1994, Lefebvre 1998, Merle dAubigné 1998 Des ateliers dart 2fois 2h/semaine pour des handicapés mentaux stimule les aires cérébrales des émotions qui à leur tour stimulent les aires de la mémoire et du raisonnement. Les progrès sont sensibles et la joie de vivre perceptible (Changeux, Merle dAubigné) La pratique artistique (danse, photo, théâtre de marionnettes) pour des personnes sans espoir de reclassement est une revitalisation préalable à formation et emploi (Lefebvre)

79 Pr. Jean-Marc Dutrénit La politique de la ville aux USA et en France (Donzelot Faire société, 2000) Deux politiques, deux résultats La France attribue des subsides à des personnes dans le besoin et à des organismes indépendants les uns des autres. Absence de coopération. La délinquance augmente. Les USA attribuent du pouvoir à des organismes territoriaux encadrés par la loi les obligeant à reconstruire un quartier avec des emplois, des logements, des écoles et des comités de citoyens. Le succès du Bronx à New York est la vitrine de cette politique réussie. Elle catalyse la coopération. La satisfaction des acteurs encourage leurs efforts. La délinquance diminue.

80 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ces formes interactives réussies de travail social ont deux points communs : lutilisation des degrés de liberté pour organiser la coopération entre les acteurs un type de coopération conduisant parfois à la compétence sociale, nouveau concept de développement personnel

81 Pr. Jean-Marc Dutrénit La compétence sociale est devenue en 10 ans un sujet très étudié Nombre darticles publiés dans les revues scientifiques Avant références Avant « Social skills & learning » => références (dans ERIC, Education Ressource Information Center) « Social competence & learning » => références (dans ERIC)

82 Pr. Jean-Marc Dutrénit Sous les droits et devoirs de chacun on trouve - le statut (implicite) - la compétence sociale (familière et obscure) Compétence sociale Statut C/R Droits / Devoirs Définition : établir réciprocité positive avec autrui à travers capacités essentielles : motivation, anticipation, image de soi, responsabilité, maîtrise espace, utilisation des acquis dans tous les éléments du statut Le statut = estimation du rapport contributions / Rétributions, dans les disciplines implicites de la vie quotidienne : formation, travail, hygiène, famille, loisirs, logement, budget

83 Pr. Jean-Marc Dutrénit Le concept de compétence sociale capitalise les résultats épars sur le développement personnel représente la face individuelle de la coopération permet de rendre le travail social plus rapide et plus efficient car ce concept : définit le point dapplication du travail social Quantifie les composantes de ce point autorise un diagnostic permet des actions concertées pour son développement par les intervenants sociaux

84 Pr. Jean-Marc Dutrénit Effets dun accroissement de compétence sociale (JM Dutrénit, cours sur le Fonctionnalisme, IUT en ligne, diapos ) meilleure réussite scolaire et professionnelle (médiation pour apprendre) meilleure intégration pour les handicapés réduction des dépenses de protection sociale Cf « social competence » en anglais sur le web

85 Pr. Jean-Marc Dutrénit Six principaux moyens complémentaires de développement de la compétence sociale (JM Dutrénit 1997) Aider la personne à analyser son système de valeurs Organiser des médiations relationnelles entre la personne et le monde Etablir de nombreux contrats contribution / rétribution Offrir des enseignements cognitifs dans la zone proximale dapprentissage de la personne Proposer des applications individuelles de ces enseignements Proposer des applications en coopération inter groupes de ces enseignements

86 Pr. Jean-Marc Dutrénit Plus dinfos : Cf. IUT en ligne, cours intitulé « La compétence sociale, nouvelle orientation dans le développement de la personne »

87 Pr. Jean-Marc Dutrénit Conclusion : apports de lEM au travail social Les initiatives dans les degrés de liberté Les interactions de bifurcation La coopération qui favorise le développement individuel et collectif La compétence sociale Ouverture vers une rationalité forte du travail social

88 Pr. Jean-Marc Dutrénit Conclusion générale sur lEM LEM montre que lhomme a partout et toujours inventé des solutions aux problèmes quil se posait De manière locale De façon imprévisible La coopération, la réciprocité apparaissent comme les bases universelles et historiques parce que biologiques du développement humain Cest un encouragement à trouver des formes pleinement participatives dans tous les secteurs des sociétés humaines

89 Pr. Jean-Marc Dutrénit Comparaison Fonctionnalisme / Habitus Culturel / Ethnométhodologie 1/2 A lopposé des paradigmes Fonctionnaliste et Habitus Culturel, lEM analyse les phénomènes à partir des consciences individuelles La question devient alors dassurer des mesures objectives des subjectivités et de leurs interactions Les techniques de preuves sont alors exactement les mêmes que dans les autres disciplines : montrer que différents modes daction entrainent différents états de conscience et de réaction des personnes concernées

90 Pr. Jean-Marc Dutrénit Comparaison Fonctionnalisme / Habitus Culturel / Ethnométhodologie 2/2 Une différence cependant avec les sciences de la nature inerte est la gigantesque capacité danticipation de lhomme : la cause de ses actes se trouve très souvent dans le futur anticipé et non dans le passé Ces différents points sont présents et enrichis dans le paradigme de lIndividualisme Méthodologique

91 Pr. Jean-Marc Dutrénit Ouvrages cités dans la partie ethnométhodologie N.B. Les ouvrages cité dans une partie sont parfois des références critiques du paradigme étudié Baumrind, 1991; Weiss & Schwarz, 1996; Miller et al., 1993). Résumé par Nancy Darling. Site web à ce nom.Baumrind, 1991Weiss & Schwarz, 1996Miller et al., 1993 Berger & Luckman 1980 "La Construction sociale de la Réalité Bertaux-Wiame Isabelle, Le projet familial, Annales de Vaucresson, 26, 1987,1, Bourgeois & Desmotes-Mainard, 2001 Les mutations cérébrales pendant ladolescence, Annales médico- psychologiques, 159,10, Changeux J.P. Raison et Plaisir, O. Jacob 1994 Crozier M. & B. Tillette Nouveau regard sur la société française O. Jacob 2006 Cyrulnik B. Un merveilleux malheur, O. Jacob 1999, 2002 Damasio Antonio R. Le cerveau des émotions, O. Jacob 2003 et Looking for Spinoza: Joy, Sorrow and the Feeling Brain N.Y. Harcourt Inc Dobry, M. Sociologie des crises politiques, 1986 Donzelot J. Faire société, O. Jacob 2000 Garfinkel, H. (1967). Studies in ethnomethodology. Englewood Cliffs, NJ: Prentice Hall.... LEFEBVRE G. Reconstruction identitaire et insertion, Harmattan, 1998 LEPAGE-CHABRIAIS, M. Réussir le placement des mineurs en danger, Harmattan 1996 MERLE DAUBIGNE D. Création artistique et dépassement du handicap. Les ateliers Personimages Harmattan 1998 Mullen & Dunpson Thirteen evaluative studies, 1977 Lucas C. Suerte. Lexclusion volontaire, Plon, 1995 Mayer S What money cant buy : family income and Childrens Life Chance, Harvard Univ Press Neser, Silberg, Parrish, The host-agent model for deviance Soc Work 1968, 13, 2, Santelli E, La mobilité sociale dans l'immigration. Itinéraires de réussite des enfants d'origine algérienne, PUM, 2001, 305 p.La mobilité sociale dans l'immigration. Itinéraires de réussite des enfants d'origine algériennePUM Schutz A. Le chercheur et le quotidien, Méridiens 1987 Thornton 1989 Changing attitudes toward family issues in the US, J. of Marriage and the Family 51(4): )

92 Pr. Jean-Marc Dutrénit La collection « Technologie de lAction Sociale » (dir. JM Dutrenit, Editions de LHarmattan) peut être qualifiée dethnométhodologique pour ses analyses et les préconisations. Voici les titres publiés 1/3 BELIN B. Animaux au secours du handicap 2000 (Prix Fernand Méry 2002, Académie Vétérinaire de France) BIN-HENG M.- CHERBIT, F. - LOMBARDI, E. Traiter la violence conjugale 1996 BORN M., LIONTI A.M., Familles pauvres et intervention en réseau, 1996 BOROY A. Mes enfants sourds 2eme ed BOSHI R. La prévention des troubles psychiques chez lenfant et ladolescent.1998 BRESSON M. SDF et nouveau contrat social CAHEN J. Réussir malgré sa dyslexie 2000 CASPAR, Ph. Laccompagnement des personnes handicapées mentales, 1994 CCAH (B. Belin) Linsertion professionnelle des handicapés 2003 CCAH (B. Belin) Les personnes handicapées vieillissantes, colloque, tome 2, 2003 CCAH (B. Belin) Les personnes handicapées vieillissantes, colloque, Tome 1, 2002 COLMONT H. Handicap, inventivité et dépassement, 2003 COTHENET Sylvie Réseau contre maltraitance 2004 COULIBALY A. Droit au travail et handicap : comment améliorer ? DE CONNINCK Le métier de surveillant de prison DROUARD Y. Léducateur spécialisé en foyer de CAT DUTRENIT J.M. La compétence sociale, diagnostic et développement 1997 DUTRENIT (dir) Recherche et développement qualité en Action Sociale 2004 DUTRENIT J.M. Action sociale et qualité sociale, 2001 DUTRENIT, J.M. Evaluer un centre social, 1994

93 Pr. Jean-Marc Dutrénit La collection « Technologie de lAction Sociale » (dir. JM Dutrenit, Editions de LHarmattan) peut être qualifiée dethnométhodologique pour ses analyses et les préconisations. Voici les titres publiés 2/3 GATTO F. Enseigner la santé. Lexemple de la Kinésithérapie 2005 GAYDA, M. LEBOVICI, S. (ed) Lenfant polyhandicapé et son milieu 2002 GAYDA, M. (ed.) Les causes de lautisme et leur traitement 2000 GILLET, J.C. Animation et animateurs, le sens de laction, 1995 GOUARNE (ed) Les aveugles dans lentreprise 1997 GRANVAL D. Adolescents difficiles, établissements et aide sociale Comment améliorer ? 2002 GRANVAL D. Le projet individualisé en travail social JELLAB A. Le travail dinsertion en mission locale 1997 JOING J.L. Ethique et qualité en action sociale, 2002 LAFORESTRIE R. Vieillesse et société 1997 LARES-YOËL L.M. Mon enfant triso 1997 LAVOIE J.P. Familles et soutien aux parents âgés dépendants, 2000 LECAPITAINE…Lintégration scolaire des malentendants LEFEBVRE G. Reconstruction identitaire et insertion, 1998 LEPAGE-CHABRIAIS, M. Réussir le placement des mineurs en danger, 1996

94 Pr. Jean-Marc Dutrénit La collection « Technologie de lAction Sociale » (dir. JM Dutrenit, Editions de LHarmattan) peut être qualifiée dethnométhodologique pour ses analyses et les préconisations. Voici les titres publiés 3/3 MERIGOT D. Familles en structures daccueil. Approche systémique MERLE DAUBIGNE D. Création artistique et dépassement du handicap. Les ateliers Personimages 1998 NICOLAS-LE STRAT P. Pouvoirs de limplication. Les nouvelles bases de lintervention sociale.1996 RATER GARCETTE, Chr. La professionnalisation du travail social ( ), 1996 REBOUL Visiteur à lhôpital et en maison de retraite 2005 ROMIEUX Ch. Logement social et traitement de linsécurité, 2007 RUHAUD B. Accueil familial et gestion de lautorité parentale SCELLES R. Fratrie et handicap 1998 TEXIER, VAN HYFTE et al. La parentalité nouvelle scène éducative 2001 THYS P. La pratique de la liberté surveillée 1998 VASSEUR P., Protection de lenfance et cohésion sociale. IV au XXeme siecle 1999 VERGNE M.L. Le travail social au cœur des paradoxes, 2002 VEZINA, A. et al. Diagnostic et traitement de lenfant en danger, 1995 VIARD Audrey (dir) La loi de rénovation de laction sociale au quotidien 2005 VOCAT Y. Apprivoiser la déficience mentale 1997 ZAFFRAN, J. Lintégration scolaire des handicapés 1997


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