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1) Lidéologie, la ritualisation; 2) le symbolisme de limaginaire; 3) lÉtat et ses jetons symboliques

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Présentation au sujet: "1) Lidéologie, la ritualisation; 2) le symbolisme de limaginaire; 3) lÉtat et ses jetons symboliques"— Transcription de la présentation:

1 1) Lidéologie, la ritualisation; 2) le symbolisme de limaginaire; 3) lÉtat et ses jetons symboliques Guy Lanoue, Université de Montréal,

2 Comment un phénomène peut-il être universel, et pourtant avoir tellement de manifestations particulières quon risque de ne plus être capable de faire de comparaisons? Est-ce un problème de notre épistémologie héritée du romantisme allemand, qui a tendance à fusionner de phénomènes autrement indépendants? /1/An-Execution-In-Rome-For-Murder,-1820.jpg À gauche, les États pontificaux au 19 e siècle prétendent que les condamnés fassent une déclaration «spontanée» de culpabilité avant lexécution. Même la base théologique dune grande religion nest pas imperméable à la politique et à lidéologie. Guy Lanoue, Université de Montréal, 2011

3 Mysticisme – tentative de s'unir à Dieu chamanisme – des pratiques de transe et de divination qui cherchent à voir ce qui n'est pas normalement visible dans le monde existentiel (p.e., la source et la cause de maladies) sorcellerie – tentative d'utiliser les forces surnaturelles pour influencer les évènements et les personnes, généralement à distance possession – condition d'être possédé par un ou plusieurs esprits ou dieux. Les quatre dimensions standards du geste religieux:

4 Lemplacement de lhumain vis-à-vis limaginaire établit de diverses distances et diverses directions de déplacement: 1: on se dirige vers le monde des esprits (mysticisme) 2: immobile, mais le monde des esprits vient vers nous (possession) 3: immobile, mais on voit au- delà de notre portée habituelle (chamanisme) 4: immobile, mais on projet notre capacité dagir à distance (sorcellerie) Lactivité et la pensée religieuse, quoique soit sa manifestation a donc comme but identifier et de franchir les frontières de limaginaire. Où est le pouvoir? + Imaginaire - Individu + Individu - Imaginaire

5 Parenthèse: pourquoi le ciel est-il homme et la terre est-elle femme? Selon leur vocabulaire reconstruit, les Indo-européens de lAsie centrale qui ont peuplé lEurope 2-3,000 ans a.J.-C. étaient de grands éleveurs de bétail et de chevaux (voir J.P. Mallory, In Search of the Indo-Europeans, 1989). Un régime économique pastoral a généralement besoin de beaucoup de territoire pour les cheptels. Il est donc fort probable que les proto-Indoeuropéens avaient de problèmes à établir ou à contrôler leurs frontières, ce qui souvent mène à la militarisation de la société. Il nest pas impossible que ceci ait encouragé, selon Georges Dumézil (Mythe et épopée, 3 vols., ), lémergence dune conception tripartite de lunivers et de la mythologie: a) le sacré, lié au désir de lordre dans un univers potentiellement instable, symbolisé par darchidieux masculins tels que Zeus, Jupiter ou Yahweh, dont le point de vue surélevé dans les cieux les permet de voir des tentatives de pénétrer les frontières lointaines et indéfendables; b) le guerrier, qui défend le peuple sur la dimension terrestre; c) les travailleurs (fermiers, éleveurs), qui incarnent la fertilité et la reproduction. À souligner quun problème essentiellement «horizontal» et sans solution parfaite, la défense du territoire et des frontières, est projeté, dans limaginaire, sur une dimension «verticale»: le ciel du sacré, le monde terrestre des hommes, et la terre symbole de la fertilité et donc féminine. Conceptualiser le problème ainsi permet de préciser de solutions idéalisées: p.e., un dieu omnipuissant et surtout omniprésent (voir, p.e., les aventures multiples de Zeus) qui protège la communauté. LArbre Monde (arbor mundi) est une conception ancienne de lunivers sous forme darbre (un chêne ou un frêne; voir le PPT La civilisation romaine) qui survit dans quelques mythologies indo- européennes. Voir E. Meletinsky, The Poetics of Myth, Dans ces mythologies, les aigles (qui volent très haut et voient très loin), des abeilles (qui ruchent dans le creux des arbres), et même les écureuils (qui courent sur les troncs) sont considérés comme sacrés, car ils font le lien entre le haut souvent masculin et sacré, et le bas féminin et profane. ldercontent/sitebuilderpictures/priestesse sgreece.jpg Les Thriae (ou Melissae) sont des prêtresses- prophétesses liées à Apollon et aux abeilles (dont le nom); meli, le miel, est aussi la manne du frêne.

6 Représentation visuelle de lArbre cosmique scandinave : notez la structure, où la plus grande couverture est en-haut (dieux, déesses, qui voient tout). Les panthéons grecs et romains étaient peuplés de déesses très puissantes, capables dagir seule, de façon indépendante; le monde terrestre est masculin (le tronc = symbole du lignage patrilinéaire), mais les racines « féminines » (et la base biologique) sont cachées. http25.media.tumblr.comtumblr_mb018t7OTW1roupexo1_500.gif

7 La parenté tsimshian Résidence patrilocal (avec le frère de la mère) Mariage matrilatéral (avec la cousine croisée) Filiation matrilinéaire (avec politique patriarcale)

8 1) Léquation hauteur = masculin = puissance nest pas universel, même si elle est répandue parmi les peuples indo- européens. La masculinisation de la hauteur nest pas directement liée à un «complexe» patriarcal. 2) Un régime patriarcal/patrilinéaire est une tentative de créer un modèle de lunivers rangé, avec un Eux et Nous clairement délimité sur le plan topographique, c.-à-d., «horizontale». La référence à ce modèle est une frontière, la séparation. Le degré de masculinisation du complexe indique le degré de «pénétrabilité» souhaitée. 3) Par contre, le ciel puissant et masculin projette symboliquement la volonté de lordre et de la protection du statuquo quand les frontières ne sont pas surveillées ou sont continuellement menacées. Un dieu masculin «en-haut» met laccent sur le Nous qui tente de «voir», symboliquement, au cœur des intentions ennemies. Les cieux et leurs dieux masculins deviennent de métaphores «verticales» pour lhiérarchie politico-sociale puissante. 4) Quand il existe de solutions intermédiaires (p.e., occupation intermittente; potlatch ou rituel équivalent) pour aviser les voisins que le groupe est néanmoins vigilant même si les frontières ne sont pas totalement sécurisées (p.e., les Sekani, les peuples de la Côte Ouest du Canada, les anciens peuples scandinaves, les Yanomami), les personnes peuvent adopter le chamanisme comme compromis, où le chaman humain a la capacité de voir loin, mais uniquement en brisant avec la quotidienneté (ingérer de psychotropes, shypnotiser au son de tambours, fixer des miroirs où se «voit» une autre dimension, comme Alice au pays des Merveilles; voir E. Meletinsky, The Poetics of Myth, New York, 1998). 5) Au 19e siècle, plusieurs théories proposent que la fertilité féminine dominât la pensée de tribus agricoles. Par contre, les nomades étaient censés avoir de dieux célestes masculins voués à combattre leurs ennemis; ceci est une projection de la gouvernance militarisée des victoriens et ignore que toutes les civilisations dépendent de la fertilité de la terre, mais que seulement une petite minorité de ces régimes placent la terre féminine au premier rang dans le panthéon (voir J.G. Frazer, The Golden Bough, 1890, qui propose que sacrifier le roi soit une forme dunion avec la terre, qui, au printemps, renouvèle la nature). Bref, ce nest pas la présence ou labsence dune hiérarchie politique, mais son efficacité à régler les problèmes daccès aux ressources qui pousse les personnes à développer de mythologies qui implicitement favorisent la hauteur. Le Rameau dor se réfère à une cérémonie qui se tenait près de Ariccia, une petite communauté 30km au sud de Rome, où un vieux roi-prêtre romain incarnait les faiblesses et les malheurs de la communauté, pour être tué par son successeur; ceci est la base de la théorie de Fraser sur la mort et la résurrection des rois-dieux qui renouvèlent la fertilité de la Terre. flickr.com/31/ _d5480a454e.jpg

9 Pas toutes les sociétés possèdent l'ensemble de ces 4 dimensions. P.e., le chamanisme et le mysticisme semblent inconnus parmi les Aborigènes d'Australie. Parmi les centaines de groupes du continent, la majorité semble croire en la sorcellerie et dans une mythologie complexe de la création (Dreamtime, le «Temps de rêve», une dimension parallèle et primordiale où existent les matrices éternelles qui forment les objets de notre dimension) qui établit des liens très précis entre les groupes en les catégorisant selon une logique projetée sur cette dimension. Les liens sont donc «éternels», comme lest cette dimension. Il nest pas surprenant que tous ces groupes sorganisent et se représentent selon une logique linéaire et clanique.

10 Dautres peuples sadaptent très bien à lactivité missionnaire des grandes églises «occidentales», pour créer une vision syncrétique, soit en modifiant leurs croyances autochtones, soit cachant (mais pratiquant toujours) leur propre tradition. Dautres encore, p.e., le catholicisme, ne tolèrent pas (officiellement) de manifestations religieuses concurrentielles ou alternatives, telles que le chamanisme / _3212afc18b_m.jpg Plusieurs de ces religions syncrétiques se trouvent en Afrique, naturellement, étant donné la présence intense de missionnaires (incluant les musulmans). Ces religions ont ajouté une autre couche de symboles et pratiques quand divers peuples africains furent asservis et transportés au Brésil – le santeria, le candomblé, la macumba, p.e., ont des éléments africains et indiens, comme le vaudou haïtien fusionne des croyances catholiques, africaines et caraïbéennes.

11 Peut-être lexemple mieux connu et étudié dun mouvement religieux est représenté par les cultes de cargaison de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Les peuples du littoral de lile étaient souvent asservis pour travailler dans les plantations fondées par les Européens. Cette différence en statut et surtout de pouvoir les a poussés à rechercher le «secret» du pouvoir des blancs, quils ont interprété dans la clé de richesse mercantile (noublions pas que plusieurs groupes possédaient déjà le complexe du Big Man, où le statut dépend de la richesse matérielle de lhomme). Souvent, ils se sont inspirés des missionnaires et ont développé des narrations «bibliques», et ils ont également tenté dimiter la culture visible des blancs – le port duniformes et marcher au pas (les soldats), le discours solennel (les missionnaires), la construction de simulacres de biens et de marchandises européennes (la cargaison des marchands, justement). Voir Kenelm Burridge, Mambu, Londres, 1960, et New Heaven, New Earth: A Study of Millenarian Activities, Oxford, 1969; Peter Worsley, The Trumpet Shall Sound, Londres, Un avion de paille; marcher au pas _ _marchers_300.jpg

12 Les Sekani vivent dans un rapport avec linvisible qui est dominé par une forme de possession, où l'esprit de l'animal s'approche, mais ne saisit pas le contrôle complet de l'individu (mais il peut, menant à des conséquences néfastes). Il nest pas surprenant quils affichent et valorisent lindividualisme dans leur organisation sociale. Wechuge, le Windigo athapascan, un monstre cannibale qui représente un excès dindividualité: «manger» les personnes dautrui est une métaphore puissante pour nier lexistence des autres; le Moi devient un hyper- Moi. Cette «maladie» se déclenche quand les personnes sont trop isolées lune de lautre. Lisolation extrême mène à lindividualisme, qui menace la solidarité du groupe; voir D.H. Turner, Dialectics in Tradition: Myth and Social Structure in Two Hunter-Gatherer Societies, Londres,

13 La scapulomancie pratiquée par les Innu de la Rive-Nord du St-Laurent, où les personnes tentent d'interpréter la craquelure lors qu'un os de l'épaule est brulé. L'interprétation n'est jamais individuelle, mais se fait en groupe, et donc on partage la responsabilité pour diriger le groupe de chasse vers le troupeau de caribou dont ils dépendent (à différence de la chasse à l'orignal, le caribou se déplace en troupeau, et il est plus difficile à trouver dans les grandes forêts du nord). Lindividualité est donc protégée par le partage de responsabilité. commons/thumb/c/c9/Orakelknochen.JPG/200px-Orakelknochen.JPG Cette pratique est certainement liée à la divination effectuée par la lecture des autres parties du corps (p.e., le foie, organe privilégié par les haruspex romains). Lire le corps (animal et humain) et ses composants (fluides, restes, organes) pour connaitre le futur est une pratique tellement répandue quon peut dire quelle est un trait primordial de la pensée mythique. La partie de lorgane est signe de lorgane, qui est signe du corps, qui est métaphore de la communauté: des chaines syntagmatiques (métonymiques) qui agissent de synecdoque. Omoplate (gauche) et dessin étrusque dun foie de mouton, indiquant les parties et leur signification. Il était utilisé pour éduquer les apprentis.

14 Le Hamatsa est un rituel kwakiutl (kwakwakawakw) dont les composants dramatiques font surtout référence au cannibalisme, qui est parfois mis en scène par les danseurs (avec le corps dépilé dun ours comme «victime»). Il est surtout pratiqué lhiver, lors que les Kwakiutl sont ensemble dans le village – le moment de maximum faiblesse politique. Il nest donc pas surprenant que le cannibalisme (lincorporation symbolique des autres pour former un super-Moi) devienne le leitmotiv dominant du rituel. okedBeakHamatsaMaskKevinCranmerMay08.jpg

15 Le rêve Il est possible à induire des rêves pour voir ailleurs, au-delà des limites physiologiques normales, ou pour voir le futur: cest le rêve chamanique (prémonitoire). Les Dènè (Athapaskans septentrionaux), par exemple, rêvent la direction où se trouvera le gibier (ils dorment en orientant la tête dans la direction où ils espèrent trouver les animaux). Lincertitude et le menace à la survie sont des choses courantes, étant donné la superficie de k km 2 des territoires de chasse typiques pour un groupe de Des rêves chamaniques sont également répandus parmi les sociétés agricoles (ou celles qui dépendent de ressources concentrées dans lespace; p.e., la Côte Ouest). Lagriculture agglomère les personnes et laisse vide les zones périphériques, augmentant ainsi la crainte de lAutre. Les marges deviennent une zone inconnue « sauvage » où, souvent, vivent les monstres de limaginaire. Voir econs/Le%20rêve%20de%20Gilgamesh.pdf pour un exemple renommé, lÉpopée de Gilgamesh (de Sumer; peut-être le premier texte littéraire de lhistoire). econs/Le%20rêve%20de%20Gilgamesh.pdf Gilgamesh et Enkidu tuent le monstre Humbaba; Gilgamesh a rêvé quil affrontera le gardien de la Forêt de Cèdres, qui était quasi imbattable; Enkidu a interprété ses rêves en clef positive pour lencourager. Palais du Roi Kapara, à ell Halaf, Syrie. 10e - 9e siècles a.J.-C.

16 Les Klamath de la Californie septentrionale et de lOregon méridional (mais qui appartiennent au regroupement culturel du Plateau) croient dans le voyage chamanique vers le Pays des Morts, où tout (incluant la dimension temporelle) est renversé, et donc ils peuvent prendre des nouvelles du futur. Il sagit de croyances «orphiques». Le mort dOrphée, 1494; eau-forte; Kunsthalle, Hambourg Orphée, un argonaute et compagnon de Jason, dévasté par la mort de son épouse Eurydice, est accordé la permission de Hadès gardien de lEnfer daller trouver sa femme. Il ne réussit pas, et à la fin est tué par des femmes qui seraient, selon la légende, envieuses de ses talents musicaux et du fait quil reste fidèle à la mémoire dEurydice.

17 Normalement, les singeries d'un chaman ne sont pas considérées un rituel parce qu'elles ne sont pas collectives, mais individuels. Cependant, le chaman répète ses gestes et crée son petit univers. Ces contorsions définissent un espace rituel parce qu'on sait que c'est le chaman, et uniquement lui, qui peut agir selon ce modèle. Le chaman doit se divorcer des conditions normales pour voir loin, quand il ny a pas de moyen (arbre cosmique, dieux célestes) de grimper plus haut pour étendre la vision au-delà des frontières. Si certains éléments de la vie politique normale risquent de devenir trop chaotiques (car la normalité est menacée par lennemi-étranger dont on ignore les intentions), le chaman en contraste adopte temporairement un régime hyperrigide: écouter les battements de tambour; fixer un miroir qui dédouble la réalité (un tamtam visuel); parfois ingérer de psychotropes. En général, cest un renversement: le chaman passe de lhypernormal au chaos comportemental, et la vie (ou parfois, le patient) passe du chaos à lordre. Chaman saami (Finlande) Chaman sitka (Alaska )

18 Claude Lévi-Strauss a suggéré («Lefficacité symbolique», Anthropologie structurale, 1958) que les gestes et les «singeries» du chaman peuvent être analysés comme des tentatives détablir un pont entre un malade et la communauté. Pourquoi le chaman? Parce que, dans une communauté surtout homogène, caractérisée par une culture qui favorise la solidarité mécanique où les traits publics du Soi se ressemblent (à différence de la solidarité organique, où ils se chevauchent), la maladie extrême aliène le patient au point quil ne partage plus de points de repère pour exprimer ses conditions existentielles. Le chaman montre au patient quil nest pas seul. Parfois, cela suffit pour guérir. AMVg/tCoeU7ct8N8/s400/Claude+L%C3%A9vi-Strauss+ou+l%27%C 3%A9claireur+de+nos+mythes.jpg Détail, La création de lhomme, Chapelle Sixtine, Rome Claude Lévi-Strauss en Amazonie, 1938

19 Possession en Inde – typique de peuples tribaux; il ne fait pas partie de l'Hindouisme comme tel. Le possédé n'est pas conscient ni responsable de ses actions pendant qu'il est en transe. Peut être la dimension la plus intéressante de ces pratiques et croyances et que les Occidentaux les classent comme faisant partie de la religion «tribale», car on ne peut facilement comprendre cet empressement de renoncer à la rationalité qui définit, pour les Occidentaux, la dynamique fondamentale du Moi.

20 Les grandes religions – Catholicisme, Bouddhisme, etc. – renoncent à la sorcellerie ou au chamanisme, mais proposent une vision mystique, et, dans certains cas, la possession semble possible pour les catholiques (les saints). Elles sont «grandes» parce quelles sont liées à la présence des formations étatiques. stories/articles/physics-and-mysticism-vF.jpg

21 Toutes les religions, donc, permettent à lindividu dagir seul et dagir comme membre dune communauté. La religion peut être vue comme une instance spéciale d'un phénomène plus répandu et non spécifiquement religieux dans le sens traditionnel, c.-à-d., la religion ne serait pas uniquement une tentative de formuler des réponses abstraites et métaphysiques (donc, non falsifiables, dans le sens du philosophe Karl Popper) aux mystères sans solutions (p.e., la mort, les forces naturelles qui apparaissent surnaturelles quand il n'y a pas de connaissance scientifique, etc.). La religion serait plutôt une tentative d'augmenter le pouvoir individuel vis-à-vis de la communauté, une tentative de renforcer lindividualité sans nier lidentité sociale de la personne, daffirmer que lindividu est tout de même un membre d'une communauté. Adhérer à une religion est comme adhérer à une communauté imaginée – la qualité abstraite des croyances (qui doivent être affirmées uniquement en public lors de certaines occasions) permet à lindividu de conserver intact le noyau intime de son individualité, mais dagir en respectant les conventions formelles de la socialité. Bal de finissants, Grande-Bretagne Bal de finissants, Montréal (Laval) Lindividualité et la dimension religieuse

22 Rendre les gestes conformes à un modèle crée et définit le temps spécial; les gestes conformes peuvent donc avoir des significations « anormales » assez différentes des significations qui entourent et encadrent la vie quotidienne. En dépit des interprétations formelles fournies par lidéologie, le bris entre le vécu et limaginaire permet aux individus dinterpréter les symboles comme ils veulent. Cest cet aspect intensément intime et même solitaire de lexpérience religieuse qui agit sur lindividualité. Le rituel de St-Jean, cathédrale de Lyon

23 Ritualiser lagir dans un espace imaginaire Le rituel est donc fondamental pour comprendre la religion, parce que toute religion suggère l'existence de l'espace rituel comme un espace social où existe un temps spécial et hors-norme. Cet espace rituel est spécial, car les signes ne sont plus attachés aux éléments du quotidien, mais à dautres composants de lespace rituel. Le rituel est donc une zone de créativité, mais les résultats ne menacent pas les lignes de force déjà en équilibre, car ils peuvent rester attachés à limaginaire – ils font partie de la dimension métaphysique de la religion. Bain rituel au Népal endon-live/carnival444%20jose%20miguel%20gomez%20reuater.jpg Carnaval à Rio P. Bruegel, La Lutte entre Carnaval et Carême, c=IWSAsset&k=2&d=17A4AD9FDB9CF F 8FA9CA92A6105D CD09D0B6AE4F903F69820 Carnaval à Ivrea (Italie)

24 v=1&c=IWSAsset&k=2&d=17A4AD9FDB9CF F8FA9CA92A64E6DAD43607F129B F39BA9143 Défile à Viareggio Carnaval à Londres Les parades publiques liées au Carnaval sont des expressions du degré de solidarité de la communauté; les composants du défilé sont parfois arrangés pour créer une représentation renversée du vécu quotidien.

25 Le tarentisme aux Pouilles, selon Ernesto De Martino (La terra del rimorso, 1961; La terre du remords, 1999), est une métaphore puissante pour la misère économique et surtout psychique des pauvres du sud de lItalie et, notamment, des femmes dans cette société plutôt patriarcale. Censée être mordues par une araignée tarentule, les femmes se donnent à de gestes forts et déchainés qui semblent inconsciemment incarner la sexualité quelles ne peuvent assumer ouvertement. Taranto est une ville portuaire fondée par les Grecs, qui lavaient baptisé Taras, nom dun fils de Poséidon, maitre de la mer. Le nom de la ville est à lorigine du nom de la maladie, car la condition est émergée dans la zone limitrophe au 16 e siècle, mais il y a de suggestions que des manifestations semblables existaient ailleurs en Europe dès le 11 e siècle. Le phénomène est certainement lié au contrôle de la sexualité des femmes (la grande majorité des victimes sont de jeunes femmes nubiles, et il se manifeste surtout en été, avant la récolte), pour conserver intacts les réseaux dentre-aide. Ce nest pas surprenant que les gestes frénétiques des femmes soient «domptés» par les rythmes réguliers et ritualisés de la musique. Il existe des musiciens spécialistes du genre (des hommes, naturellement).

26 Les rapports de plaisanterie Les rapports de plaisanterie sont basés sur lobligation formelle de limiter linteraction avec un autre à des (surprise!) plaisanteries. Ceci peut inclure lobligation dinsulter lautre. Parfois, ceci nest pas réciproque et équilibré, et la personne cible de blagues ou dinsultes doit se taire (on dit un rapport asymétrique). Ils sont la contrepartie des rapports dévasion (avoidance relationships, en anglais), où les personnes ne peuvent se parler ou interagir (les deux peuvent se manifester dans la même société). Originalement identifié par A.R. Radcliffe-Brown, qui avait suggéré que la structure sociale consiste de pratiques dont le but est dappuyer dautres dimensions de la structure. Le rapport de plaisanterie, donc, est une tentative de conserver intacte les rapports en les entourant de formalisme et de silence, surtout dans le cas où tels rapports sont retenus primordiaux pour conserver et appuyer la structure. Les rapports de plaisanterie sont une forme de soupape de sécurité qui canalise le vécu vers la formalité et le rituel. c/c6/Ignorance_is_bliss_-_shortbread_cookie_with_a_smile.jpg

27 RatI/AAAAAAAAAX8/se64xClvFtU/s1600/ thb.jpg Typiquement, ces rapports se développent entre un homme et son oncle paternel dans un système matrilinéaire, ou entre un homme et son oncle maternel dans un système patrilinéaire (pour limiter la contamination du pouvoir clanique quand deux clans sont liés par le mariage); entre un petit-fils et son grand-père parmi les Aborigènes australiens (pour réduire au silence le grand-père, dont lexpérience de vie contredit la fiction politique que les matrices éternelles du Dreamtime soient plus importantes des contingences du vécu); entre un homme et une femme dans une entreprise occidentale; à un carnaval ou saturnale (une forme de débauche ritualisée) où les rapports normaux sont renversés.

28 Répondre à linconnu: science ou religion thumb/3/38/Scisteps.jpg/300px-Scisteps.jpg Un chasseur ne sait pas où se trouve le gibier; sil ne le trouve pas, il meurt. Un cultivateur prie pour la pluie; sil y a une sècheresse, il meurt. Un ouvrier ne sait pas dune année à lautre si les patrons décident quil est plus économique dutiliser des usines en Corée du Sud. Toutes ces instances de linconnu représentent le chaos, de linconnu et de tensions insurmontables pour la communauté. Pour dompter le chaos, les personnes proposent de systèmes cohérents de signification. Il y a deux possibilités: la science réduit linconnu à ses plus petits composants et analyse les rapports systématiques entre eux pour reconstruire un modèle de lensemble. Autrement dit, la science répond au désordre avec une structure basée sur la logique. La religion, par contre, offre une solution inverse: face au chaos, elle propose une version du désordre créée par lhomme, où il est donc possible à intervenir. Des forces primordiales, des esprits malins, des monstres cannibales, des dieux capricieux; un Dieu (chrétien) vengeur et hautain: limaginaire religieux est loin dêtre idyllique. Mais à différence du chaos terrestre, il est possible dy intervenir, par de cadeaux et de sacrifices, par loffre de la loyauté, par de rituels qui rendent hommage à ses résidents et qui reconnaissent leur puissance. Le chaos terrestre est substitué par des menaces qui peuvent être contrôlées, domptées ou évitées.

29 httpwww.apodimos.comarthra06DecGREEK_MYTHOLOGY_ THE_PRINCIPAL_GODSindex_filesimage002.gif /ideas/images-ideas/greek-evanscover.jpg Le chaos transformé en cosmos Cet espace religieux, un champ miné de pièges et de menaces, est néanmoins logique. À sa façon, donc, il incarne la perfection, la mytho-logique lévi-straussienne. Du chaos humanisé émerge une manifestation de la perfection représentée par les enchainements parfaitement logiques du système (qui en principe le permet dexpliquer tous les phénomènes de lunivers) ou par les pouvoirs surhumains extraordinaires des esprits et des dieux. La religion insère le chaos dans une structure. Un cosmos « parfait » La généalogie du Chaos, source de la terre et de limaginaire. La première génération des dieux est simultanément des entités, des lieux, et de forces primordiales qui animent lunivers

30 En fait, cest cette combinaison paradoxale de contenu «dangereux» dompté par une structure «cosmique» («ordonnée», dans le sens grec) qui explique pourquoi la religion est quasi universellement jumelée à lart, soit par le sujet artistique, soit par une esthétique particulière. Comme domaine, lart incarne lharmonie, car ses composants (formes, couleurs, sujets) sont liés lun à lautre selon un ensemble de règles dont il est possible à préciser la logique. Par contre, en traçant les lignes de la perfection, cette logique lance une invitation tacite à limagination de dépasser la structure du possible, en explorant des possibilités de limaginaire qui ne sont pas normalement réalisées. Lart et la religion donc forme une couple complémentaire: la religion propose fusionner un contenu «menaçant» à un sous-texte «parfait», et lart marie la «perfection» de sa composition à la possibilité daller au-delà les limites du possible: dabandonner la perfection et dexplorer le transgressif. wn-mandala-religious-art-pinklotus.jpg llection/images/objects/size3/ _SL1.jpg À gauche, un mandala contemporain («cercle» en sanskrit): la forme parfaite À droite, lart religieux populaire mexicain, 19 e siècle: le sujet «dangereux» (la crucifixion, le «cannibalisme») mais «structuré».


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